thumb|upright|L'Archange Gabriel de Visotski (). Galerie Tretiakov. thumb|upright|Archange Mikhaïl d’Andreï Roublev. Déisis de la Dormition de Zvenigorod.

Une icône (du grec ancien , eikôn, « image ») est une représentation de personnages saints dans la tradition chrétienne.. L'icône possède un sens théologique profond qui la différencie de l'image pieuse. Elle est complètement intégrée dans la catéchèse orthodoxe mais aussi dans celle des Églises catholiques orientales qui ont préservé cette tradition ainsi que dans une partie de l'Église catholique occidentale et dans les Églises antéchalcédoniennes. En tant qu’images saintes, les icônes font partie intégrante de la liturgie pour les orthodoxes, et leur vénération est devenue un dogme de la foi depuis le septième concile œcuménique. Les icônes ont été soumises, dès le , par les Églises de la Pentarchie, à de sévères contraintes artistiques (sources d'inspiration stéréotypées, rigueur du trait, jeux des couleurs).. Jusqu'à nos jours, ces canons se sont perpétués, assurant la continuité de cette peinture dédiée à la gloire de Dieu.

Présentation vignette|upright|Icône de Christ, attribuée à Andreï Roublev. Dans l’Église orthodoxe, les icônes sont saintes et il est courant de voir des fidèles leur dédier des gestes de dévotion. Il est aussi important de vénérer l'icône que d'écouter la parole ou de lire les écrits. Les catholiques utilisent de plus en plus l'icône dans la liturgie, sans toutefois lui donner la même importance que dans l'usage orthodoxe.

Œuvres d'art Une icône est une œuvre peinte ou sculptée selon une tradition précise, représentant un sujet ou un thème de religion chrétienne, et plus spécifiquement orthodoxe. Sa dimension peut varier de quelques centimètres à plusieurs mètres. On appelle iconographie l'étude des sujets, des thèmes ou des attributs de cette tradition figurative. Les peintres ne peuvent représenter que des saints. Aussi n'y eut-il jamais de natures mortes. Les personnages sont souvent entourés d'un halo ou nimbe, communément appelé auréole, le tout sur fond uni. Ils sont empreints de paix.

Les icônes montrent un style déterminé par leur patriarcat d’origine (byzantin, grec, russe, éthiopien, arménien…) et leur école. Ces écoles d'iconographie étaient implantées dans les monastères. Chez les grands peintres, le trait est reconnaissable, bien que certaines icônes soient le fruit d'un atelier œuvrant autour d’un iconographe. Les plus connus sont Théophane le Grec, saints Andreï Roublev et Daniil Tcherny, Dionissi et surtout saint Luc. La tradition exige l'absence de signature car l’iconographe est seulement l’instrument de l’Esprit saint.

Le style varie selon la date de réalisation. Ainsi, les traits de caractère varient selon que l'icône appartient aux premiers siècles de la chrétienté, au Moyen Âge, à la Renaissance (où l’influence italienne est manifeste), au (au caractère saint-sulpicien) ou encore au avec le retour aux traits théologiques originels.

L'icône a connu son premier âge d'or à Byzance autour des . La tradition s'étend ensuite à la Bulgarie, la Russie, la Serbie et la Roumanie où elle atteint son apogée du au .

Symbolisme vignette|Le Royaume des Cieux, icône russe du , avec un piédestal en perspective inversée en bas à droite. Musée national d'histoire de la religion, Saint-Pétersbourg. L’icône ne représente pas le monde réel. La transfiguration en est la clé, en particulier dans le visage des personnages. La lumière est signifiée de deux manières : celle matérielle, manifestée par l'éclairage des objets, mais surtout celle intérieure, en chacun des personnages. Cette dernière est figurée par la carnation (couleur de fond pour la chair) pure et assez claire. L'origine de cette représentation reste discutée. Le contraste entre ces deux lumières est mis en relief sur l’icône de crucifixion : saint Jean et Marie dégagent cette lumière intérieure alors que le Christ, mort à cet instant sur la croix, a la carnation plus sombre et éteinte, presque vert plombé.

D'autre part, le monde est représenté en perspective inversée afin que le contemplateur devienne le point convergeant de l’icône pour établir ainsi un lien intime avec elle. La perspective inversée prend le spectateur comme point de fuite. L'espace représenté sur l'icône s'affranchit de la vision terrestre en trois dimensions.

Classification Comme les pays d'origine et les styles, les thèmes sont très nombreux et on les classe, en général, ainsi : les personnages : Marie, le Christ, les apôtres, les martyrs, les saints, les anges ; les fêtes commémorant des épisodes de la vie du Christ (Nativité, Résurrection…), de Marie (Entrée au Temple, Annonciation…), de l'histoire de l'Église (exaltation de la Croix, …) ; les représentations historiées : les scènes de l'Ancien Testament, les miracles de Jésus, les vies de saints ; les représentations théologiques : le chemin du moine, le Jugement dernier ; Les icônes-calendriers appelées Menaions ou Ménologes.

Pour un même saint, les représentations sont aussi classées par thèmes. Ainsi, la Vierge est généralement représentée avec le Christ enfant dans les bras. Cependant, on parle de « Vierge de tendresse » si la joue de la mère et celle du Christ sont accolées, de « Vierge qui montre le chemin » (Odigitria) si la mère désigne le Christ, de « Vierge de Kazan » si le Christ semble debout à côté de sa mère, de la « Vierge du signe » si la mère est en Orante (les mains élevées en signe de prière), le Christ apparaissant en médaillon « en elle » (cette dernière représentation renvoie au texte du prophète Isaïe : Es. 7.14). Chacune de ces représentations suit des règles précises, la liberté de l'iconographe étant balisée pour éviter de s'écarter de l'enseignement de l'Église.

Histoire Premières icônes vignette|Ce caveau du début du découvert le à Tomis (Scythie mineure) est considéré comme représentant une cène paléochrétienne malgré l'absence de tout symbole chrétien. Cette discrétion peut être liée à la persécution de Dioclétien. D'après l'historien Vitaly Petrenko., l'origine des icônes remonte aux premiers chrétiens qui traçaient leurs images sur les murs des catacombes, alors qu'ils étaient persécutés : elles expriment une pensée théologique et exégétique même lorsque les symboles chrétiens sont prudemment absents. La théologie de l'icône indique que ces images des saints et de la Vierge peuvent être vénérées pour ce qu'elles représentent, mais non adorées pour elles-mêmes.

Les premiers chrétiens considéraient les images comme une forme d'idolâtrie, d'un retour au paganisme. C'est devant les images de l'empereur que les premiers chrétiens furent martyrisés. Les artistes travaillaient pour le monde païen devaient rompre avec le monde pour travailler pour les chrétiens. Tertullien (qui se convertit au montanisme) les charge d'une faute s'ils se prosternent devant des images chrétiennes. La conception des images par les chrétiens et les païens sont fort différentes.

L'art des catacombes apparaît à une époque où les artistes cherchent à évoquer la vie intérieure de l'homme. Les lieux du culte sont encore petits, des catacombes ou des demeures privées. Mais les chrétiens utilisent encore les symboles païens en leur donnant une signification différente. Les saisons, par exemple, signe de vie et de mort chez les païens deviennent symbole de la résurrection. Le navire, signe de prospérité, devient le symbole de l'Église. Mais les symboles ne sont plus simplement des décorations mais des vérités de la foi. Certains sont issus de l'Ancien Testament mais d'autres sont typiquement chrétiens comme celui de la multiplication des pains symboles de l'eucharistie, l'utilisation du mot « i-ch-th-u-s » (Ichtus) dont chaque lettre se réfère au Christ et qui est très répandu dès le . Ces images sont d'une grande simplicité de moyens tant au point de vue du trait que des couleurs. Elles ne sont pas vénérées car elles restent dans la sphère du symbole. L'Église n'a pas encore élaboré les dimensions du mystère de l'Incarnation qui ne vont apparaître que lors des premiers Conciles.

Les iconoclastes ont fait disparaître bon nombre d'images et le temps a fait son œuvre si bien qu'il reste peu d'images antérieures à cette grave crise théologique. Il reste quatre séries d'images : les peintures murales des catacombes de Rome, les mosaïques monumentales de Rome, Ravenne et Kiti (Larnaca), les ampoules en terre cuite ramenées de Terre Sainte par des pèlerins et conservées à Monza, les portraits à l'encaustique conservés au Sinaï.

Sur les ampoules de Monza () figurent déjà le canon iconographique actuel de toutes les représentations des grandes fêtes. Sur les icônes du Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, le souci de la ressemblance du portrait est saisissant. Sur les images de Rome, la composition et le caractère catéchétique et pédagogique de l'image sont indéniables.

Art byzantin L'art de l'icône s'est épanoui dans l'espace de l'empire romain d'Orient, dit (depuis le ) empire byzantin. Même si la « grammaire iconographique » (représentations historiées et langage des images) reste la même dans l'ensemble du christianisme, chaque moitié de l'Europe connaît un développement esthétique et théologique propre. En Occident, l'évolution représentative qui suit l'art paléochrétien prend les formes du roman (encore très proche du byzantin), puis du gothique, de la renaissance italienne, du baroque… Alors qu'en Orient, l'on passe de l'art paléochrétien à l'art byzantin, qui, malgré ses vicissitudes, garde un rapport théologique à l'image relativement constant, même lorsque l'orthodoxie s'étend à la Russie. Cet aspect donne à l'icône son caractère immuable dans les traits et l'organisation de la représentation.

Développement historique thumb|upright|Vierge à l'enfant italo-crétoise d'Emmanouíl Lambárdos. À l'origine, le terme icône désignait toute image religieuse, quelle qu'en soit la technique (peinture, mosaïque, orfèvrerie, tissu…). Dans l'acception moderne, il désigne une « image religieuse » réalisée, selon des règles particulières, sur un panneau de bois mobile, et destinée au culte individuel ou communautaire.

Le premier « art figuratif chrétien » se rencontre d'abord dans les catacombes de Rome. Il s'agissait d'un art de la clandestinité, crypté, à valeur symbolique. Un païen voyant un homme avalé par un monstre marin ne pouvait y reconnaître l'épisode de Jonas avalé par le poisson, et encore moins y discerner la préfiguration de la résurrection du Christ.

Vers les , à partir de la paix constantinienne, l'icône connaît une réelle floraison. Elle veut présenter l'exemple de saints personnages, en garder la mémoire, illustrer les principaux événements de l'Ancien et du Nouveau Testament. Son inspiration synagogale est très visible.

La conversion des empereurs et l'afflux de fidèles fait débuter une création esthétique qui détermine l'art des siècles suivants. L'art reçoit un autre contenu : il devient le reflet de la toute-puissance divine. Se crée alors un programme nouveau de types et d'images. Si au début du l'art chrétien adopte les formes de l'art impérial, à la fin du même siècle le mouvement se renverse. La ville de Constantinople devient le centre d'un art nouveau, chrétien par son essence et hellénistique et oriental par ses racines.

À partir du milieu du , dans le cadre d'un empire désormais christianisé, l'icône se répand dans la piété populaire. À cette époque apparaissent les légendes sur les icônes d'origine miraculeuse ou apostolique.