Armand Hayet est un capitaine au long cours de la marine à voile, cap-hornier et écrivain français, né le à Bordeaux et mort à Paris le . Il est connu dans le milieu maritime pour avoir porté au grand public les chants de marins destinés à aider aux manœuvres sur les voiliers. Il a également fait connaître les chansons des îles d'outremer du début du , les dictons et tirades relatifs à la mer et à la marine à voile, et les us et coutumes à bord des long-courriers de la marine marchande à voile.
Biographie Achille Hayet, le père d'Armand Hayet est un français né en Argentine en 1856, pays dont il prend la nationalité à 18 ans. Il rentre en France à 25 ans pour épouser Anne Bignerte dont il aura trois enfants : Étienne dit Armand en 1883, Jeanne en 1885 et Marguerite en 1887. Il meurt le , laissant trois orphelins dont l’aîné, Armand, n'a que 5 ans et demi.
Carrière maritime 1898-1907 À quinze ans, le , Armand Hayet embarque en qualité de pilotin sur le trois-mâts barque Colbert, l'un des trois navires qui seuls relient directement l'Europe à Tahiti. Ce premier voyage va durer treize mois et se solder par un tour du monde, avec passage des caps de Bonne-Espérance à l'aller, et du Cap-Horn au retour. Dès ce premier embarquement, Armand s'enthousiasme de tout, et commence à noter les dictons, contes, chansons et traditions qu'il découvre, habitude qui ne le quittera plus.
Au retour de ce premier voyage, il est reçu au concours d'entrée de l'École d'hydrographie et de navigation de Bordeaux qui prépare au diplôme d'officier de la marine marchande. vignette|Cahier d'hydrographie AH 1898
Le , Armand embarque en qualité de matelot léger sur le Richelieu, goélette à vapeur commandée par Pierre Landard et armé par un équipage de 24 hommes. Ses destinations sont Tenériffe, Rufisque, Saint-Louis du Sénégal et Dakar. Il effectue un second voyage en tant que matelot sur ce même bateau, puis le , il embarque sur la Cordillère, un paquebot à vapeur des Messageries Maritimes, pour la ligne Rio de la Plata-Montevideo-Buenos Aires.
À son débarquement, il devance l'appel et effectue ses obligations militaires, qu'il effectue sur le cuirassé Brennus, basé à Toulon. Reçu lieutenant au long cours, il peut alors enfin revenir à sa navigation préférée, et cherche un engagement sur un voilier.
Le , âgé de vingt ans, Armand Hayet embarque sur l'Eridan, trois-mâts construit à Saint-Malo, qui effectue principalement les voyages aux Antilles pour charger du bois de campêche, du sucre, du tafia, du rhum. Engagé comme lieutenant, il termine le voyage comme second-capitaine à la suite du débarquement à Conakry de son prédécesseur, malade. Il repart une seconde fois sur l'Eridan comme lieutenant, pour Dakar et le Cap-Haïtien, campagne de cinq mois sur du bois de campêche. Puis une troisième fois comme second capitaine pour Cayenne et le Cap-Haïtien.
Le , Armand est engagé comme second-capitaine sur le Saint-Vincent de Paul, trois-mâts en bois doublé cuivre. Il désarme à Durban le pour repartir le lendemain, pour son dernier voyage, sous le commandement du Capitaine Blanchard. En effet, après un voyage assez accidenté, avec en particulier l'éperonnage dans la Manche d'une barque de pêche dénommée la Fusée, le , Le Saint-Vincent de Paul s'échoue sur les rochers des Essarts de Langrune, dans la Manche. Ce naufrage voit la fin de la carrière maritime d'Armand Hayet ; il est âgé de seulement 24 ansM. Colleu - J et C Briot - Chasse-Marée décembre 1998 - Armand Hayet, capitaine collecteur..
Ironie du sort, c'est le de cette année 1907 qu'il reçoit son brevet de Capitaine au long-cours, qu'il ne pouvait obtenir avant d'avoir 24 ans et 60 mois de navigation à bord de navires français.
1907-1968 Mauritanie Armand Hayet part ensuite comme méhariste, puis premier résident de Port-Étienne en Mauritanie, comme administrateur colonial. Il travaille sous les ordres des Généraux Duboc, Gouraud, Patey et Mourel et rencontre Ernest Psichari. Cette seconde vocation pour les « sables » est interrompue brutalement d'une part par la maladie qui le fait rapatrier d'urgence, d'autre part par la première guerre mondiale.
Malgré son congé pour maladie grave contractée au Service à la Colonie, Armand Hayet est mobilisé sur sa demande et affecté au Commandement de la Marine et du Front de Mer La Rochelle-La Pallice, et au commandement de la Police de la Navigation Maritime, délégué aux routes.
Carrière administrative Le , Armand Hayet rejoint l'Administration des Régions Libérées, comme Directeur des Services financiers des Dommages de Guerre du Département de l'Aisne. Il crée et organise ce service de 400 employés, qu'il dirige de à , réglant plus de 14 milliards de francs d'indemnisation. C'est pour son action dans le processus d'indemnisation des dommages de guerre qu'il reçoit la Légion d'Honneur le . C'est à Laon qu'il rencontre sa future épouse, de dix-huit ans sa cadette, Raymonde Boucaud, née le à Nantes. Ils auront 2 filles : Marguerite et Rose, nées en 1924 et 1926.
Retraite parisienne et œuvre littéraire N'ayant pas obtenu d'être rappelé au Service Central à Paris, Armand Hayet se met en disponibilité en . De nouveau mobilisé en 1939, et affecté au Front de mer Charente, il y prend le commandement de la Navigation Maritime et de l’Équipage de Garde des Bâtiments de Commerce et de Défense du Port de La Pallice.
De retour à Paris, il réside dans le arrondissement, Rue Boulard dans un pavillon Napoléon III sans confort mais avec un jardinet en plein Paris (qu'il a surnommé port Boulard). À défaut de naviguer, il va pouvoir se consacrer à son œuvre littéraire.
Sa sœur Marguerite, qui a épousé en 1909 le peintre cubiste André Lhote, habite de l'autre côté de la rue. Par son intermédiaire et grâce aux vacances organisées chaque année au Grand-Picquey, Armand Hayet est amené à connaître dès 1918 quelques artistes importants de son temps tels que Jean Cocteau, Georges Auric, Raymond Radiguet ou Jean et Valentine Hugo. Il fréquente également Jean Labadié, Eugène Osty de l'Institut international métapsychique, Jean Coutrot, Isabelle Rivière, Jacques Perret et des peintres comme Maria Blanchard, Kostia Térechkovitch, Roger Chapelet, ainsi que ses anciens collègues capitaines de la marine à voiles comme Pierre Sizaire.
Un de ses visiteurs réguliers dans les années 50 et 60 est l'écrivain - résistant aux opinions très traditionalistes Jacques Perret qui a brossé un portrait malicieux du Commandant Hayet sur ses vieux jours. Nostalgique de l'Algérie française, il avait mis en berne une fois pour toutes le drapeau français décorant son salon à compter de 1962.
Perret raconte que Hayet décortiquait et annotait impitoyablement les livres à thème maritime et pointait sarcastiquement les erreurs et approximations, montrant l'incompétence de l'auteur en matière de mer et de navires. Il estimait hautement les écrits de Roger Vercel qui bien que non-marin avait, disait-il, "tout compris des hommes et du matériel", mais nombreux étaient ceux qu'il dénigrait vivement.
Il meurt à Paris le .
Œuvres littéraires Chansons de Bord Armand Hayet publie en 1927, aux éditions Eos, un ouvrage comportant 14 chansons, destinées à accompagner les manœuvres sur les voiliers. Ces derniers ayant pratiquement disparus depuis la guerre de 1914, remplacés par les bateaux à vapeur, et ces chants n'étant chantés exclusivement que par les marins à bord et jamais dans les ports, il était en effet urgent à ses yeux de les faire connaitre du grand public, sous peine de les voir sombrer définitivement dans l'oubli. Cette publication venait couronner tout naturellement le travail de collectage qu'il avait commencé dès ses premières navigations.
« Parlerai-je [à présent] de la patience, de l'acharnement que j'ai dû déployer durant des années, au cours de toutes mes traversées sous toutes les latitudes, pour arriver à obtenir les textes complets d'une vingtaine de chansons de bord ? parlerai-je des enquêtes, des interrogatoires auxquels je me suis livré à la mer ou à terre, soit auprès de mes camarades officiers au long cours, soit auprès de matelots, jeunes et encore enthousiastes, ou vieux « bat-la-houle » désabusés, mis en confiance par l'octroi de quelques boujarons de tafia ou par le don somptueux de cigares qui, bien que richement bagués, n'en étaient pas moins destinés par leur nouveau propriétaire, à suppléer, en fin de campagne, à la pénurie de « tablettes à chiquer » ? Armand Hayet - Chansons de Bord.
À la publication de l'ouvrage, le ministre de la Marine, Georges Leygues lui adresse une lettre de félicitations : « L'exécution typographique et les illustrations de cet ouvrage sont remarquables. Le texte si original et où s'expriment tant d'ardeur, de sensibilité et de mélancolie, méritait d'être conservé. Vous avez accompli une bonne action et fait acte de véritable historien en le tirant de l'oubli »
Il fait plusieurs distinctions entre les chansons de bord : La Chanson à hisser, était chantée quand l'effort à fournir était très soutenu, spécialement quand on hissait un hunier. Dans cette manœuvre, la force nécessaire ne pouvait être donnée que durant l'inclinaison du navire sur le bord favorable, et la chanson avait le rythme plus ou moins lent du roulis. Un soliste chantait un ou deux couplets, et les matelots rythmaient leur effort en répondant par quelques mots, pendant que le bateau se relevait et retombait sur l'autre bord : Sur le Pont de Morlaix, Nous irons à Valparaiso, Jean-François de Nantes. La Chanson à virer, était entonnée par l'équipage virant au cabestan. C'était des chants joyeux, animant la ronde des marins appuyant sur les barres horizontales du cabestan : La Margot, La Danaé, Le grand Coureur... D'une façon générale, pendant la plus grande partie de l'opération, les manœuvres au cabestan n'exigeaient pas une grande dépense musculaire et les marins tournaient autour de lui à vive allure, souvent même en courant. La Chanson du gaillard d'avant, bien que parfois chantée pendant les travaux calmes, était plutôt une chanson de repos : Adieu cher camarade, Au 31 du mois d'août. On y retrouve des chansons destinées à soutenir la nage dans les embarcations, caractérisée par des accents profondément nostalgiques et un rythme très lent, présentant une certaine parenté avec les chants désespérés de la vogue des galères : Pique la baleine , Les pêcheurs de Groix. Les chansons du gaillard d'avant étaient très variées. Elles offraient cette particularité remarquable que certaines d'entre elles se présentaient avec un texte d'une correction presque parfaite et bien inattendue dans un chant de matelot. Il va sans dire que le plus grand nombre en restait quand même enjolivé d'expressions d'une énergie et d'une précision bien maritime.
C'est ainsi qu'Armand Hayet doit réécrire en partie les chansons afin de ne pas choquer le grand public, tout en gardant l'esprit et les rimes. Pour ce premier ouvrage, il collabore avec Charles Bredon pour l'harmonisation, et avec son beau-frère André Lhote pour les illustrations.
Une seconde édition Eos parait en 1934 en même temps que Dictons et Tirades des Anciens de la Voile, puis le livre est réédité en 1939 aux Éditions Denoël.
En 1971, Denoël fait paraître un ouvrage qui regroupe ces deux livres, sous le titre "Dictons, Tirades et Chansons des anciens de la Voile".
Chansons de la Voile « sans voiles »