L'agriculture de l'URSS était principalement collectivisée, avec quelques parcelles de terres privées. Elle est généralement considérée comme l'un des secteurs les moins efficaces de l'économie de l'URSS. Un certain nombre de taxes sur la nourriture (prodrazverstka, prodnalog...) furent introduites au début de l'Union soviétique, afin de favoriser la collectivisation et la lutte contre les koulaks. Cette collectivisation a pour conséquence les famines soviétiques de 1931-1933, et notamment l'Holodomor. Un système de fermes collectives, kolkhoze ou sovkhoze, est mis en place, visant à une meilleure productivité et à plus d'équité, mais échouant sur ces deux points. Sous Nikita Khrouchtchev, Leonid Brejnev et Mikhail Gorbachev, un certain nombre de campagnes, comme celle des « terres vierges » ont été entreprises afin de pallier les insuffisances chroniques de l'agriculture soviétique avec des résultats souvent en décà des attentes.

Histoire Pendant le « communisme de guerre » (1918-1921) Le communisme de guerre a eu lieu pendant la guerre civile russe et consiste, en ce qui concerne l'agriculture, à la réquisition de ce qui dépasse le minimum vital des paysans, ainsi que le rationnement et la centralisation de la nourriture.

Pendant la NEP (1921-1929)

Au sortir de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile, l'Union soviétique risque la famine. Lénine décide d'introduire une relative libéralisation à partir du congrès à Mars 1921, et demande aux paysans de fournir une part brute de leur production, le reste des surplus pouvant être revendu. Cette mesure permet l'augmentation de la production agricole à des niveaux supérieurs à ceux d'avant la révolution.

Économiquement, la nouvelle politique économique ou NEP lancée en 1921 par Lénine, est une véritable période de récupération dans un pays désorganisé par 3 ans de guerre civile et aussi pour la société civile. Elle passe par un rétablissement partiel de l'économie de marché tout en maintenant le monopole de l’État soviétique sur le secteur bancaire, le commerce extérieur, les ressources minières et l'octroi de concessions à des entrepreneurs privés. Les entreprises de moins de 21 ouvriers sont dénationalisés et permet à l'agriculture et à l'industrie de retrouver leur niveau d'avant guerre.

Elle est pensée par régime soviétique qui s'est heurté à la résistance des masses paysannes comme une politique de développement commun et partagé entre monde agricole et ouvrier, après les 4 ans de guerre civile et les réquisitions peu efficaces (Prodrazviorstka) et vécue par la population paysanne notamment de 1919 à 1921 et ayant abouti à de nombreux heurts et une véritable guerre paysanne contre le régime. De plus la famine a ravagé les régions autour de la volga doublée de plusieurs épidémies de typhus, choléra et variole occasionnant de 2 à 5 millions de morts supplémentaires .

Lénine, rendu prudent et réaliste par l'exercice du pouvoir, insistait notamment sur le fait de ne pas recourir à une politique brutale pour amener la population paysanne vers le socialisme estimant que la transformation de la mentalité paysanne prendrait des générations rejoignant ainsi la position de ces propres opposants en 1917 considérant qu'il fallait du temps.

Les cartes de rationnement instaurées après la première guerre civile sont supprimées en 1922 signe du rétablissement de la situation.

droite|vignette|Premier tracteur, tableau de Vladimir Krikhatsky.

En 1927, le niveau de la production industrielle et paysanne retrouve celui de 1913. Toutefois, en 1926, la quantité de céréales est inférieure de 50% de celle de 1913, alors qu'en 1911, l'empire russe exportait 11 millions de tonnes de céréales.

Le ravitaillement des villes est perturbé par la disparition des grands propriétaires fonciers et des paysans aisés (koulaks) détenteurs avant guerre de 70 % des surplus agricoles commerciablisables.

Repliée sur elle même dans un mode archaïque, la société paysanne dans les campagnes de l'URSS, rendue doublement plus méfiante par l'expérience de la guerre civile et des réquisitions forcées, adopte une poitique d'autoconsommation des surplus refusant les prix bas proposés par les coopératives étatiques tout en évitant tout signe d'enrichissement contraire à l'idéologie du régime soviétique et susceptible d'attirer son attention.

L'hiver 1927-1928 s'accompagne par la baisse de la collecte avec 4,5 millions de tonnes de céréales contre 6,8 millions de tonnes l'année précédente. Staline, qui a concentré dans ses mains l'essentiel du pouvoir de l'appareil d'Etat communiste depuis 1924, considère que la NEP est dans une impasse et que le monde paysan va devoir subvenir aux besoins de l'industrialisation du pays, entourés de pays capitalistes.

Il reçoit l'opposition de l'économiste de formation Boukharine qui dénonce dans la Pravda les risques d'une exploitation militaro-féodale de la paysannerie.

La collecte de céréales de 1928-1928 est encore inférieure à la précédente et aboutit une génération de tensions dans la société avec l'apparition de pénuries. Les cartes de rationnement sont rétablies. La pouvoir stalinien considère que les capitalistes ruraux veulent miner le mouvement soviétique et qu'il faut procéder à la collectivisation accélérée qui est voté par le congrès soviétique en avril- avec un objectif de 20% de collectivisation.

La collectivisation 1930-1935

En 1928, avec le premier plan quinquennal, le pouvoir soviétique remet en chantier la collectivisation soviétique de l'agriculture qui avait été suspendue entre 1921 et 1927, durant la mise en œuvre de la Nouvelle politique économique (NEP). Cette collectivisation réorganise la production agricole en instaurant le kolkhoze comme unité de base avec les fermes d'État (sovkhozes).

Elle implique l'expropriation du monde paysan et notamment des plus « riches » d'entre eux, les koulaks. Les kolkhozes étaient des entreprises agricoles détenues et gérées par un ensemble de paysans propriétaires des outils de production, mais non du sol, propriété de l'État. La terre était mise à disposition perpétuelle des kolkhoziens. Les paysans cultivaient en commun la terre, vendaient la production à l'État et se partageaient les profits.

Les sovkhozes étaient des grandes entreprises agricoles d'État. Les travailleurs y étaient des ouvriers agricoles. Dans les kolkhozes et les sovkhozes, il y avait une pratique pour échanger les champs individuels avec les champs collectifs. Il y avait un nombre extrêmement petit de fermes individuelles restantes (khutor, хутор), situés dans des zones rurales isolées dans les pays baltes, l'Ukraine, la Sibérie et les régions cosaques.

La politique de collectivisation passe par la création de 4 000 sovkhozes et 250 000 kolkhozes chargés de fournir les récoltes agricoles nécessaire à la modernisation à marche forcée décidée par Staline à partir du . Elles doivent fournir pour 1932 d'après les prévisions du plan, 43% du blé commercialisable pour obtenir les machines outils nécessaires à l'industrialisation.

La collectivisation forcée, qui est loin de concerner une minorité de « paysans aisés » ou « koulaks » mais que l'historien russe V.P. Danilov décrit sous le terme de raskrestianivanie (« dé-paysannisation »), mais en fait l'ensemble du monde paysan, déclenche des résistances paysannes importantes avec près de , émeutes et insurrections pour la seule année 1930Nicolas Werth, Les historiens russes face au passé soviétique, ihtp.hypotheses.org, 19 novembre 2015.

De nombreux paysans s'opposèrent donc à la collectivisation forcée et y répondirent par des actes de sabotage, par la baisse de leur productivité, où par des incendies de culture, le versement des charrues dans les rivières ou par l'abattage des animaux de trait. Il y eut aussi quelques cas de destruction de biens et des attaques contre des fonctionnaires et des membres des collectifs.

En effet, pour le monde paysan qui représente alors 80% de la population, la collectivisation se traduit plus profondément par un retour au servage pourtant aboli en Russie en 1861, et également et plus gravement encore, par la perte du plus grand bénéfice de la révolution de 1917, à savoir la détention de la terre par ceux qui l'exploitent.

Le phénomène de la répression de la dékoulakisation qui vise bientôt de manière arbitraire tout paysan s'opposant à la collectivisation, s'accompagne par la création de l'administration principale des camps de travaux ou goulag doublée d'une surveillance accrue et acérée des dissidents et opposants politiques de l'empire soviétique. Ce dispositif reprend la pratique de l'empire russe de la relégation en zones reculées baptisées colonies spéciales. Les familles déportées dans des conditions effroyables (10 % de mortalité durant le trajet) doivent survivre dans les steppes par leurs propres moyens sous contrôle de la police politique.

Le résultat de cette collectivisation forcée et des bouleversements qu'elle provoque dans le monde paysan et dans les capacités de production alliés aux aléas climatiques de ces années sont les famines soviétiques de 1931-1933 dont le nombre total de victimes oscillent entre 6C'est l'estimation de Nicolas Werth dans son Histoire de l'Union soviétique. De l'Empire russe à la Communauté des États indépendants (1900-1991), PUF, coll. « Thémis Histoire », Paris, refondue, 2001, 243.Jean Radvanyi, La Nouvelle Russie, Armand Colin, « Collection U », mise à jour, 2004, .Alain Blum, Naître, vivre et mourir en URSS, Payot, Paris, 2004, . et 83,328 millions en Ukraine selon l'historien ukrainien Stanislav Kulchitsky, 2,5 millions en Russie et 1,7 à 2 millions au Kazakhstan selon les informations recueillies par la chercheuse russe Valentina Jiromsakaïa « La famine en URSS en 1932-1933 », Infographie de RIA Novosti.Robert Conquest parle de 7 millions de morts, Sanglantes moissons : la collectivisation des terres en URSS, Paris, 1995.Georges Sokoloff parle de 7 millions de morts, La démesure russe, Paris, 2009, .La Commission internationale d'enquête sur la famine de 1932-1933 faite en 1984 par Congrès Mondial Ukrainien a estimé le nombre de morts à au moins en Ukraine et à 3 millions ailleurs en URSS. millions de personnes. Pendant ce temps, le gouvernement (exerçant le monopole du commerce extérieur qu'il avait institué au début des années 1920) exportait quelque quatre millions de tonnes de céréales pour payer les importations massives de machines, y compris les tracteursMark Tauger, The Years of Hunger: Soviet Agriculture, 1931-1933, eh.net, novembre 2004.

En Ukraine, l'Holodomor (ou la Grande Famine) conséquence directe de la politique d'industrialisation de Joseph Staline et de punition de la paysannerie et du nationalisme ukrainien qui résiste à la collectivisation agricole lancée en 1929 et au projet d'une URSS centralisée et autoritaire, renforcée en 1932 par la loi des epis, fait 4 à 5 millions de morts en 1933, chiffres et faits qui sont dissimulés par une habile propagande.

En parallèle, un exode rural massif de 12 millions de personnes sur un monde payan qui regroupe 80% de la population en URSS est enregistré de 1930 à 1933.

La planification et le travail agricole en 1932 se sont déroulés dans des conditions bien pires qu'en 1931, avec de graves pénuries et des famines dans de nombreuses régions.

En parallèle, l'élevage subit un « désastre » à cause des pertes du processus de collectivisation, des mauvaises récoltes qui ont réduit le fourrage, de la mauvaise gestion dans les fermes collectives et enfin de la famine elle-même, les paysans abattant les animaux pour survivre.