Des communautés juives vivaient depuis l'Antiquité, avant les conquêtes musulmanes du , dans la péninsule arabique, en Perse, en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, dans l'Europe du sud, régions qui s'islamiseront au moins en partie, pour une période plus ou moins longue ; en effet, le territoire de l'islam s'est étendu au-delà de son aire d'origine, l'Arabie, jusqu'au Khorasan (les actuels Afghanistan et Turkménistan) à l'est, et en Espagne à l'ouest ; pendant quelque temps des musulmans ont gouverné, en Europe, la Sicile et la Crète.

Les conquérants n'imposent pas la conversion à l'islam aux Gens du livre, juifs et chrétiensYouval Rotman (Univ. de Tel-Aviv), "Les Juifs dans l'Islam médiéval", Les Juifs dans l'histoire, dir. A. Germa, B. Lellouch, E. Patlagean, Champ Vallon, 2011, : "La guerre sainte, dont l'objectif est d'établir la domination universelle de l'Islam et qui fournit la justification idéologique des conquêtes, ne comporte pas une conversion forcée à l'islam. Les Arabes musulmans se contentent d'imposer une soumission politique, sociale et économique à la population qu'ils conquièrent", qu'ils considèrent comme dépositaires d'une partie de la Vérité révélée mais des conversions forcées et des massacres auront lieu sporadiquement tout au long de leur histoire ; les polythéistes, pour la plupart arabes (habitants de la péninsule arabique), subissent en revanche des conversions forcées. Les juifs en terre d'islam, comme les autres monothéistes, chrétiens, puis zoroastriens, acquièrent un nouveau statut légal, celui de dhimmis, reposant sur un contrat de « protection » et de soumission, qui sera interprété diversement selon les lieux et les époques. L'abolition du statut de dhimmi date du milieu du dans la plus grande partie du monde musulman.

La « terre d'islam » a été pendant de longs siècles une terre de refuge pour des milliers de juifs européens persécutés, en particulier lors des expulsions de juifs au Moyen Âge.

Cependant, aujourd'hui, le nombre de juifs résidant dans les pays musulmans a été drastiquement réduit - l'Iran et la Turquie étant les deux pays dans lesquels vivent les plus grandes communautés juives de quelques milliers de personnes.

Moyen Âge vignette|droite| Déportation d'Israélites par l'Empire néo-assyrien. vignette|droite|Les juifs sont particulièrement présents dans la partie ouest de la péninsule arabique, le Hijaz (dont les frontières ont varié, en vert, en rouge). thumb|Le royaume juif de Himyar, au sud (en rose bordé de jaune). La péninsule arabique est le théâtre d'une rivalité entre l'Empire byzantin chrétien (en mauve), qui perpétue la politique hostile aux juifs initiée par l'Empire romain, et l'Empire des Perses Sassanides (en rose, au nord-est), avec lequel les juifs de Himyar ont fait alliance. vignette|droite|Itinéraire de Benjamin de Tudèle, notamment en Arabie, vers 1165.

Pour la situation des Juifs dans l'Arabie polythéiste, voir les Juifs de la péninsule arabique avant l'islam. Le statut légal des juifs en terre d'islam au Mahomet prêchant une religion monothéiste, dans laquelle il avait intégré certains apports du judaïsme, s'attendait à être reconnu comme prophète par les juifs de Médine (appelée alors Yathrib), la ville où il avait émigré et qui comptait plusieurs tribus juives. Pour se les concilier, il ordonna dans un premier temps de se tourner pendant la prière vers Jérusalem, qui fut donc la qibla initiale dans l'islam, avant d'être remplacée par la KaabaHeinrich Graetz, Histoire des Juifs (1875), chapitre "Prévenances de Mahomet pour les Juifs", t.3, , lire en ligne Reza Aslan, Le Miséricordieux: La véritable histoire de Mahomet et de l'islam, lire en ligne : . Il ordonna également un jour de jeûne, nommé Achoura, qui coïncide avec Yom Kippour : « Mahomet ordonna très précisément à ses disciples de jeûner en même temps que les juifs en souvenir de leur fuite d'Égypte »Reza Aslan, Le Miséricordieux: La véritable histoire de Mahomet et de l'islam, lire en ligne : ; plus tard seulement, le jeûne dans l'islam fut rattaché au ramadan. Les juifs, toutefois, virent en lui un faux prophète et lui déclarèrent ouvertement leur hostilité.

Mahomet assiégea alors la tribu juive de Banu Qaynuqa, en 624, qui fut contrainte de quitter la ville, dépouillée de ses biens et s'installa en Transjordanie. Un an plus tard, il attaqua une autre tribu juive médinoise, les Banu Nadir, qui se réfugia à Khaybar, à de Médine. La troisième tribu juive de la ville, les Banu Qurayza fut passée au fil de l'épée. En 628, Mahomet poursuivit les Banu Nadir réfugiés à Khaybar : après un long siège, un accord fut conclu avec eux : ils auront la vie sauve, ils conserveront leur religion et leurs biens, mais ils remettront la moitié de leur récolte aux musulmans, qui leur garantissent alors leur protection, ou dhimma. Cet arrangement constitue la première esquisse du statut de tributaires protégés, ou dhimmis, octroyé par Mahomet aux gens du livre, juifs et chrétiens ; des pactes similaires ont été conclus à la même époque avec les chrétiens de NajranMichel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, .

Une tradition plus ou moins légendaire attribue au calife Omar un texte appelé le pacte d'Omar définissant le statut légal des dhimmi aux premiers temps de la conquête arabo-musulmane. Il aurait été élaboré à la suite de la capitulation des chrétiens de Syrie. Il fixe les droits et les devoirs des monothéistes non musulmans. Ceux-ci peuvent pratiquer leur culte en terre d'islam, et disposent d'une autonomie juridique en matière de droit privé (mariages, successions, gestion des lieux de culte, etc.). Ils doivent s'acquitter d'un impôt, porter des signes vestimentaires particuliers (ghiyar), ne pas ériger de lieux de culte plus élevés que ceux des musulmans, ne pas monter à cheval, ne doivent pas posséder le Coran, ni même parler la langue arabeMichel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, , etc. (voir l'article Dhimmi).

« A vrai dire, toutes ces clauses n'ont jamais été appliquées à la lettre dans aucun pays musulman. Même la ségrégation vestimentaire qui est le signe distinctif le plus couramment admis du statut de dhimmi en terre d'islam ne semble pas avoir été appliquée avec rigueur ni continuité : l'historien S. D. Goiten à qui l'on doit l'histoire économique et sociale la plus fouillée du judaïsme méditerranéen aux - siècles n'a rencontré nulle part de référence précise au ghiyar (vêtement distinctif) dans les textes juifs de l'époque, ceux de la Gueniza du Caire notamment »Michel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, .

Les modalités d'application de ces règles dépend du rapport de force qui oppose le pouvoir politique et les théologiens juristes, les accès de rigorisme se produisant quand les « dévots » sont en position de supérioritéMichel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, , et Bernard Lewis, Juifs en terre d'islam, Calmann-Lévy, 1986, . À cela s'ajoutent les différences entre les écoles d'interprétation du droit musulman, ainsi que celles qui séparent les musulmans chiites et les musulmans sunnites.

Selon la tradition musulmane, en 641 le calife Omar, le successeur de Mahomet, aurait décrété que tous les juifs et les chrétiens devaient être expulsés de la péninsule arabique à l'exception des territoires situés à ses extrémités sud et est. Cependant, selon l'historien Gordon D. Newby, en réalité des tribus juives ont continué à vivre dans le Hijaz et en Arabie peut-être jusqu'au début du , sans le lustre toutefois qui avait été celui des communautés juives des premiers sièclesGordon D. Newby (auteur de A History of the Jews of Arabia, Univ. of South Carolina Press, 2009), “Les juifs d'Arabie à la naissance de l'islam”, Histoire des relations entre juifs et musulmans, dir. Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, Albin Michel, 2013, .

Conquêtes musulmanes « Les conquêtes islamiques soulagèrent des persécutions, du harcèlement et des humiliations les Juifs qui avaient vécu sous de rudes régimes chrétiens, en particulier en Palestine, en Égypte et en Espagne »Raymond P. Scheindlin, "Marchands et intellectuels, rabbins et poètes. La culture judéo-arabe à l'Âge d'or de l'islam", Les Cultures des Juifs, dir. David Biale, éd. de l'Eclat, 2002, .

Aussi, à quelques exceptions près, les Juifs, soumis à l'Empire byzantin accueillirent-ils les conquérants arabes comme des libérateurs. Les Juifs aidèrent les musulmans dans les conquêtes de Homs en Syrie, de Hébron et Césarée en Palestine, de Cordoue, Elvira et Grenade en EspagneMichel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, .

Les communautés juives se maintinrent et furent moins atteintes dans l'ensemble que les communautés chrétiennes par l'expansion de l'islam, sans doute du fait de leur faiblesse numérique et militaire : elles ne furent pas perçues comme une menace par les autorités musulmanes.

« Les règles discriminatoires des Ordonnances d'Omar furent souvent ignorées dans les premiers siècles de l'islam, ou appliquées avec laxisme »Raymond P. Scheindlin, "Marchands et intellectuels, rabbins et poètes. La culture judéo-arabe à l'Âge d'or de l'islam", Les Cultures des Juifs, dir. David Biale, éd. de l'Eclat, 2002, .

L'ère des califats

vignette|Un juif et un musulman jouant aux échecs en Andalousie du .

Sous le calife Omar ibn al-Khattâb, la mosquée Al-Aqsa fut construite à l'emplacement de l'ancienne esplanade du temple de Jérusalem, au . Le pouvoir de la dynastie omeyyade s'effrite ; lui succède la dynastie abbasside dès 763.

L'ère du califat abbasside marque, selon Michel Abitbol, « le début de l'un des chapitres les plus éblouissants de l'histoire juive ». Vaincus par les Abbassides, les Omeyyades se réfugièrent en Espagne, où ils refondèrent une dynastie, dans le cadre de laquelle les communautés juives ont connu, comme sous les Abbassides un épanouissement économique et culturel remarquable.

Sous l'influence des rationalistes musulmans une nouvelle discipline va prendre son essor, la philosophie juive avec les contributions majeures de Saadia Gaon et de MaïmonideMichel Abitbol, Histoire des Juifs de la Genèse à nos jours, Perrin, 2013, . L'œuvre de Maïmonide « réconcilie le rationalisme et la théologie médiévale. Elle fournit une base à des textes théologiques et philosophiques dans les trois religions. Le cas de Maïmonide montre les influences culturelles entre juifs et musulmans. Sa philosophie était influencée par les grands philosophes arabes de son époque qui étudiaient et utilisaient l'œuvre d'Aristote, traduite du grec en arabe »Youval Rotman (Univ. de Tel-Aviv), "Les Juifs dans l'Islam médiéval", Les Juifs dans l'histoire, dir. A. Germa, B. Lellouch, E. Patlagean, Champ Vallon, 2011, .. De manière générale, les juifs prennent part au développement scientifique dans le monde musulman, par des œuvres composées en arabe, en philosophie et mathématiques, et par des traductions de textes médicaux et astronomiques grecs.

Bernard Lewis parle d'une symbiose judéo-islamique et évoque une situation proche de celle que l'on connaît par exemple aux États-Unis aujourd'hui, très différente de celle qui a eu cours dans les Empires romain, ottoman, russeBernard Lewis, Juifs en terre d'islam, Calmann-Lévy, 1986, et 98. De cette « symbiose entre les Juifs et leurs voisins on ne trouve aucun équivalent dans l'histoire du monde occidental depuis la période hellénistique jusqu'aux temps modernes. Les Juifs et les musulmans entretenaient d'étroites et d'intenses relations, de nature sociale, intellectuelle et même amicale »Bernard Lewis, Juifs en terre d'islam, Calmann-Lévy, 1986, .