Katherine Scoresby Routledge, née Katherine Maria Pease le à Darlington et morte le , est une archéologue et anthropologue britannique. Elle est pionnière en 1914 des premières fouilles significatives, bien qu'inachevées, de l'île de Pâques. Née dans une famille quaker aisée, elle développe une curiosité scientifique précoce et une aspiration à des opportunités éducatives équivalentes à celles de ses homologues masculins. Après des études au d'Oxford et des années d'enseignement, elle épouse William Scoresby Routledge en 1906.

Le couple entreprend un voyage en Afrique orientale britannique, où elle perfectionne ses compétences ethnographiques. En 1910, ils publient conjointement un livre basé sur leurs recherches. Cependant, le couple est surtout connu pour l'expédition Mana vers l'île de Pâques en 1914. Elle co-dirige l'expédition et documente ses découvertes, contribuant ainsi à la préservation de la culture polynésienne des Rapa Nui. L'expédition prend fin en 1914 et elle publie en 1919. Elle est atteinte de schizophrénie et sa santé mentale se dégrade fortement après 1925. Internée en 1929, elle meurt le à l'âge de 69 ans.

En dépit de ses troubles de santé, Katherine Routledge laisse à la postérité un héritage significatif dans le domaine de l'archéologie, particulièrement pour sa compréhension des moaï et sa récolte de données ethnographiques qui offre une première approche de l'histoire de l'île de Pâques. Son travail, initialement sous-estimé, est reconnu ultérieurement grâce à la redécouverte de ses archives, ce qui en fait un exemple de l'effet Matilda dans le domaine de la recherche archéologique.

Biographie Enfance Famille Pease Katherine Pease naît le à Darlington. Elle est le deuxième enfant et l'aînée de Kate et Gurney Pease, le quatrième fils d'une famille quaker aisée.. Ses frères et sœurs sont Harold Gurney Pease, né le , Wilson (Willie) Pease, né le , Lilian (Lil), née le , et John Henry (Jack), né le . Son petit frère, Wilson, devient son confident.

vignette|Joseph Pease, grand-père de Katherine Routledge.|alt=Gravure d'un homme âgé portant une barbe à l'anglaise rejoignant les cheveux et sans poils au menton. Sous le médaillon est écrit "J. PEASE (FIRST QUAKER M.P.) Died Feb 8 1872, aged 71"

La famille Pease est marquée par l'influence de Joseph Pease, son grand-père. Ce dernier parvient à consolider une importante fortune dans des entreprises issues de la révolution industrielle. Ce niveau de vie leur permet de voyager, notamment pour des vacances balnéaires sur la côte de Land's End. Katherine Pease nourrit un fort intérêt pour les sites mégalithiques des îles Scilly ainsi que pour le folklore et les légendes qui les entourent. Elle doit probablement cet intérêt pour la beauté naturelle et les vestiges anciens à Joseph Pease qui invite ses petits enfants à les apprécier en comparaison à l'environnement bruyant, enfumé et pollué des mines dans lesquelles sa famille investit.

Joseph Pease influence directement le caractère de Katherine et devient une figure morale et paternelle, d'autant plus que Gurney Pease s'investit dans les affaires familiales de ses parents. Le décès de Joseph Pease en 1872 affecte fortement les décisions de la famille et le comportement de Gurney.

L'environnement familial dans lequel elle évolue lui permet d'accéder à divers privilèges, mais aussi aux hautes sphères de l'aristocratie. Elle est par exemple présentée en 1884 devant la reine Victoria en qualité de fille de famille influente de Grande-Bretagne..

Environnement religieux La famille de Katherine Pease est profondément imprégnée de spiritualisme et d'occultisme. Chaque voyage devient pour les enfants une occasion de cultiver leur perception spirituelle. Jo Anne Van Tilburg décrit un séjour en Écosse au cours duquel la mère de Katherine et sa tante Jane racontent des légendes d'esprits et de gobelins, concluant par une évocation des fantômes des ancêtres Pease, supposés hanter les collines écossaises.

Ce contexte religieux lui donne un respect marqué de l’histoire familiale et une forte valeur de l’individu et de la propriété tout en l’immergeant dans l'occultisme. Plus tard, elle s'investit d'ailleurs dans le spiritualisme au cours de ses années à Oxford et pratique l'écriture automatique. Cependant, ces récits ont également pour conséquence de nourrir son imagination, sa créativité, ainsi qu'une schizophrénie latente qui l'amène à entendre des voix durant toute sa vie.

Troubles familiaux vignette|Gurney Pease (gauche) et Kate Wilson (droite), parents de Katherine.|alt=Double médaillon en vis à vis. À gauche : un homme en costume avec une barbe à l'anglaise sans poil au menton. A droite : une femme avec une coiffure relevée élaborée. La dynamique familiale est marquée par les périodes de dépression de Gurney Pease, père de Katherine, ainsi que par les comportements imprévisibles et violents de Harold, son frère aîné. Gurney commence sa carrière comme enseignant à l’École du dimanche, puis devient directeur d'une école quaker à Darlington. Cependant, il est plus tard contraint de superviser la mine de fer de Hutton, une charge qui affecte gravement sa santé physique et mentale, le clouant au lit durant de longues périodes.

Les six premières années de Katherine s'effectuent souvent en dehors du cocon familial car ses parents effectuent des séjours sanitaires afin de soigner les maux de Gurney. Les enfants sont généralement pris en charge par leur nourrice, , en l'absence de leurs parents. Cette situation provoque des conflits entre frères et sœurs qui cherchent l'attention de leur mère, et celle-ci transforme la situation en une forme de compétition. Cela affecte très fortement son développement au point qu'elle ne parvient pas à identifier sa place au sein de la famille.

Harold, le grand frère de Katherine, est un enfant complexe au tempérament pouvant alterner entre timidité et agressivité soudaine. Il souffrait probablement de schizophrénie infantile, une pathologie que la famille Pease dit héréditaire. Particulièrement hostile envers les personnes étrangères à sa famille, et avec un tempérament social particulier, il développe au sein de sa fratrie un langage secret. Son agressivité se tourne souvent contre sa mère, que ce soit verbalement ou physiquement. La mise en compétition par Kate Wilson de ses enfants redirige cette agressivité vers Katherine, qui s'en défend. Cependant, lorsqu'elle demande à ses parents d'intervenir, ceux-ci refusent. Cette situation la pousse à faire preuve d'intelligence et de force pour pouvoir se défendre des injustices et dangers.

En 1869, Kate Wilson fait face à une dépression nerveuse à la suite de la naissance de Lily. Les médecins lui imposent du repos et un éloignement de ses enfants. Lorsqu'elle revient de ce séjour, elle se trouve devant une nouvelle situation de crise familiale. Katherine a la scarlatine, une très forte fièvre, et ses frères et sœurs tombent à leur tour malades. Bien que les enfants en réchappent, l'état de santé de la jeune fille est plus grave et altère probablement son développement cérébral. Il pourrait être à l'origine d'hallucinations, de voix et de perceptions qui l'accompagnent toute sa vie.

Décès de Gurney Pease vignette|Le château de Walworth en 2010. La reconstruction du château a débuté en 1871 à la suite du rachat de Gurney Pease.|alt=Photographie moderne d'un château en pierre comportant deux grandes tours rondes et un fronton sur lequel le drapeau de l'Angleterre flotte au vent. En , Gurney Pease décide de faire déménager toute la famille au sein du château de Walworth afin de s'éloigner de l'emprise familiale des Pease et permettre à la famille de . Au sein du château, la famille a un dernier enfant. Cependant, le , la mort de Joseph Pease provoque un nouveau drame. Gurney est si affecté qu'il plonge dans une dépression suicidaire. Il meurt le et toute la famille rejoint les tantes Jane et Emma à Darlington.

Le décès de Gurney affecte la manière d'éduquer de Kate Wilson, et les cycles de violence d'Harold s'amplifient, si bien qu'il est mis à l'écart de la famille durant des semaines. Katherine développe un tempérament qui se caractérise par un besoin constant de s'exprimer, souvent de façon directe et autoritaire, qu'elle s'évertue à réprimer afin de préserver sa position privilégiée au sein de la famille.

En l'absence de père, la présence du cercle élargi de la famille est plus importante. Les enfants sont pris sous l'aile de Joseph et Arthur Pease qui ne tardent pas à les reloger dans le manoir Woodside de Darlington. Les voisins directs du manoir sont les tantes Emma et Jane. Le manoir n'est alors pas en bon état et Joseph entreprend de nombreuses adaptations architecturales. La mère de Katherine reste distante envers ses enfants et s'emporte lorsque la famille Pease se mêle de leur vie familiale. Sa santé mentale reste fragile, si bien qu'en 1878 elle sombre dans une nouvelle dépression.

Le manoir Woodside marque la jeune fille puisqu'il représente un repère stable dans sa vie. Sa pièce préférée est la bibliothèque dans laquelle elle découvre les ouvrages de Charles Dickens, Charles Kingsley, Frederick Marryat, ainsi que les récits de voyage de James Cook et Charles Darwin. L'intérêt débordant pour les livres amuse sa mère qui admet qu' .

Selon Jo Anne Van Tilburg, Katherine Pease développe une forte curiosité scientifique et veut avoir les mêmes opportunités qu'ont eu ses frères, oncles et cousins, ce qui la pousse à suivre une voie inhabituelle à l'époque victorienne. Elle la cite à ce propos : . Katherine Pease se considère alors comme une seeker, selon la tradition quaker dans laquelle elle est éduquée, ce qui l'amène à rechercher des expériences spirituelles dans le contexte de la découverte intellectuelle.

Formation et émancipation Éducation à Woodside vignette|Manoir Woodside, 1878. Katherine Pease (au centre avec un maillet) joue avec ses cousins.|alt=Photographie ancienne sur laquelle plusieurs enfants jouent au croquet dans le jardin à l'arrière d'un manoir avec une véranda imposante. À Woodside, ses tantes Emma et Jane l'influencent fortement. La première la marque par ses habitudes intellectuelles et sa façon de rédiger ses journaux, mais c'est également cette tante qui l'encourage à poursuivre ses études à Oxford. La seconde se dévoue à une vie spirituelle et lui transmet les dogmes quaker. Elle prétend pouvoir communiquer avec les défunts.

Durant son enfance, Katherine Pease est encadrée par des professeurs particuliers qui la guident dans ses études de l'art, de l'histoire, de l'architecture, de la géographie et des mathématiques. Cependant, ils ne parviennent pas à lui prodiguer un enseignement capable de répondre à ses attentes. Elle développe une excellente élocution avec un niveau de vocabulaire très élevé. Sa mère lui apprend également la gestion d'un foyer, de ses finances et de ses domestiques ainsi que des tâches normalement dévolues au père de famille, ce qui représente un atout pour son émancipation future. C'est à l'âge de douze ans qu'elle fait part à sa mère de son souhait d'intégrer une université plus tard, une suggestion radicale pour la période.

Elle suit des cours au Sevenoaks School de ses 13 à 16 ans, ou de ses 16 à 18 ans. Les registres n'ont pas survécu pour confirmer la période. Elle envie le parcours de son cousin Harold qui suit des cours à Cambridge malgré de moins bons résultats scolaires. Cependant, Woodside et l'emprise de la famille Pease réduisent les possibilités d'avenir pour la jeune fille qui annonce vouloir continuer ses études à un niveau supérieur. La décision est mal perçue au sein de la famille Pease, et elle déménage dix jours plus tard avec sa mère en pour s'installer à Oxford.

Oxford et le Somerville Hall