vignette|Une rose déposée devant l' le , dans le cadre du , un mouvement global de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales. Les violences gynécologiques et obstétricales sont les comportements, actes, paroles ou omissions commis par le personnel de santé, qui ne sont pas justifiés médicalement ou sont accomplis sans le consentement libre et éclairé d'une femme enceinte, d'une parturiente ou d'une jeune mèreVoir Billet sur le blog de Marie-Hélène Lahaye. Des comportements inappropriés ou sexistes sont aussi recensés. Ces violences font partie des violences médicales et sont punies en France par le code pénal lorsqu'elles portent atteintes à l'intégrité, à la liberté, à la dignité et à la personnalité de la patiente.

Il s'agit d'un type de violence contre les femmes. Longtemps taboues même en milieu féministeVoir un billet bilan lors du changement d'adresse du blog de Marie-Hélène Lahaye en juin 2019., ces maltraitances sont désormais décrites et débattues dans la sphère publique et médiatique, notamment grâce à l'action de Marie-Hélène Lahaye dans le monde francophone.

Description Sont notamment cités comme relevant de la violence obstétricale : la révision utérine, lorsque réalisée sans anesthésie ; l'épisiotomie, lorsque pratiquée de manière quasi-systématique ; le : point de suture appliqué après une épisiotomie resserrant l'entrée du vagin ; l'injection d'ocytocine de synthèse (oxytocine) au cours de l'accouchement sans l'accord de la parturiente ; le toucher vaginal, lorsque pratiqué sans consentement ou sur une patiente anesthésiée.

Historique

Les références bibliographiques répondant au mot-clé « violence obstétricale » sont disponibles sur la base de données de l'Alliance francophone pour un accouchement respecté (AFAR)Thème « violence obstétricale », base de données bibliographiques de l'AFAR..

L'article du Ladies Home Journal, un magazine grand public américain datant de 1958, est vraisemblablement la première dénonciation des violences obstétricalesSheila Stubbs, Cruelty in Maternity Wards, Ladies Home Journal, 1958.. La sage-femme canadienne Gloria Lemay estime qu'il a eu « un énorme impact sur les femmes » et a « initié le mouvement visant à autoriser la présence des pères dans les salles d'accouchement »Gloria Lemay, Cruelty in Maternity Wards, article de blog, 2010..

En 1965, F. Edmonde Morin publie en France l'ouvrage Petit Manuel de guérilla à l'usage des femmes enceintes, dénonçant par le corps médicalF. Edmonde Morin, Petit Manuel de guérilla à l'usage des femmes enceintes, Le Seuil, 1965, ..

Dès la première moitié des années 1990, une revue de la littérature scientifique montre que l’accouchement peut donner lieu à des traumatismes, allant pour certains jusqu’au syndrome de stress post-traumatiqueHélène Vadeboncoeur, Accouchement et traumatisme psychologique. Revue de littérature sur accouchement et traumatisme, 2006.

Au début des années 2000 en France, plusieurs associations s'engagent à militer pour une « naissance respectée ». Les pratiques intrusives sur le corps des parturientes, dans un univers surmédicalisé, sont de plus en plus souvent assimilées à des « viols ». (version française) ou des « mutilations génitales » (dans le cas de l'épisiotomie sans consentement). Le terme « violence obstétricale » était déjà utilisé au Québec en 2002Hélène Vadeboncoeur, Les gestes obstétricaux violents. Les Dossiers de l’Obstétrique n° 317, juin 2003, p. 26-29. et repris en France à partir de 2004Bernard Bel, Pour une naissance insoumise, In Grégoire, Lysane & Stéphanie St-Amant (dir.), Au cœur de la naissance : témoignages et réflexions sur l'accouchement, Montréal, Remue-ménage, 2004, p. 361-382. pour désigner des gestes accomplis sans le consentement de la patiente, bien que ces prises de position fussent qualifiées « d'extrémistes » par le corps médical, voire « rétrogrades » dans certains groupes féministes qui tenaient la médicalisation de l'accouchement pour une avancée indiscutable de leur causeVoir « Le rapport à la modernité » dans Agnès Echène, Féminisme & Maternité, Le Cordon, décembre 2003..

En 2009, une étude réalisée pour la Haute autorité de santé (HAS) sur la maltraitance « ordinaire » (car banalisée, et non exceptionnelle) dans les établissements de santé pose des bases d’analyse dans le contexte français, bien que ce rapport ne cible pas spécifiquement l'obstétrique et la maternitéCampagnon, Claire; Ghadi, Véronique, Un état des lieux fondé sur des témoignages d’usagers et de professionnels : la maltraitance « ordinaire » dans les établissements de santé, rapport à la Haute Autorité de Santé, 2009..

En 2010, le Venezuela définit dans la loi sur les droits des femmes, la violence obstétricale et en donne la définition suivante : « l'appropriation du corps et du processus de reproduction des femmes par le personnel de santé, [...] entraînant une perte d'autonomie et la capacité de décider librement de leurs corps et de leur sexualité, ayant un impact négatif sur la qualité de vie des femmes ».

Le , le Conseil de l'Europe adopte une résolution pour lutter contre les violences obstétricales.

Pays En Belgique Mi-2022, le Sénat prépare un rapport d'information sur les violences obstétricales devant déboucher sur des recommandations annoncées pour fin 2022.

En France Le débat est relancé en France dès 2014, avec une forte médiatisation, par le hashtag #PayeTonUterus. Des milliers de femmes témoignent sur les réseaux sociaux des jugements de valeur, paroles ou comportements déplacés qu'elles ont eu à subir de la part du personnel de santé autour de leur santé gynécologique et sexuelle. Un collectif crée à ce moment le site collaboratif Gyn&co, pour recenser des soignants respectueux de leur patientèle.

Début 2015, un internaute révèle que l'enseignement du toucher vaginal est réalisé, dans certaines services hospitaliers, sur des patientes endormies au bloc opératoire. La BBC réalisera un documentaire sur le lancement de cette affaire.

Une tribune appelant au respect du consentement dans l'enseignement de la médecine est rédigée par Marie-Hélène Lahaye, Clara de Bort et Béatrice Kammerer et co-signée par une cinquantaine de personnalités. Marisol Touraine, alors ministre chargée de la santé, commande un rapport à la conférence des doyens, rapport rendu public en .

Un documentaire diffusé sur France Culture en présente de nombreux témoignages et relance le débat.

En 2016, Marie-Hélène Lahaye, qui tient le blog Marie accouche là portant sur une , définit la violence obstétricale comme ..

Un débat reprend en , lorsque la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa commande un rapport sur le sujet au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, en annonçant en particulier un taux d'épisiotomie en France de 75 %, contre une recommandation OMS de l'ordre de 20 à 25 %. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français s'est insurgé de ce commentaire. En effet, là où l'INSERM évoque un taux de 26,8 % dans un rapport de 2010, la secrétaire d'État s'appuie sur une étude menée en 2013 par l'association Maman travaille, association dont elle est la fondatrice. Le Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE) commente cette « bataille de chiffres »De l’utilité des bourdes - L’essentiel derrière les batailles de chiffres et les polémiques suite aux déclarations de Marlène Schiappa, communiqué de presse du CIANE, 28 juillet 2017. et publie en octobre un communiqué de presse sur les violences obstétricalesViolences obstétricales : comprendre, prévenir, réparer, communiqué de presse du CIANE, 17 octobre 2017..

En 2017, l'ouvrage Le livre noir de la gynécologie, contenant de nombreux témoignages de violences gynécologiques et obstétricales, est publié.

Le rapport publié le par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes recommande pour reconnaître l'existence et l'ampleur des actes sexistes, les prévenir, faciliter leur signalement, les condamner et informer les femmes sur leurs droits.. Selon ce rapport, la surreprésentation des hommes dans les spécialités médicales gynécologie et obstétrique, le nombre élevé de consultations de suivis médicaux, la non-prise en compte dans la formation du personnel médical du caractère intime ainsi que l'absence de formations sur les violences sexistes et sexuelles favorisent les agissements sexistes.

Aux États-Unis Entre les années 1950 et 1980, certains obstétriciens et gynécologues nord-américains auraient pratiqué le "point du mari" qui consiste en des sutures clandestines effectuées après une épisiotomie pour rendre l’entrée du vagin plus étroite afin d'augmenter prétendûment le plaisir du partenaire sexuel de la femme qui en est victime, ce qui provoque des douleurs à long terme. Il n'y a pas de preuve que cette pratique ait été répandue en Amérique du Nord, mais elle apparaît dans des études sur l'épisiotomie au Brésil par exemple.

En 1958, une sage-femme écrit anonymement au Ladies Home Journal, un magazine grand public américain, et supplie l'éditeur d'enquêter sur les violences obstétricales. Il s'ensuit une avalanche de lettres de femmes qui dénoncent des abus de médicaments pour le confort du médecin, des femmes attachées pendant leur accouchement ou des médecins insultants.

Au Mexique Une étude de 2012, conduite dans deux hôpitaux publics de Mexico, montre des abus physiques et verbaux ainsi qu'une discrimination des femmes à la charge de l'état de la part du personnel médical.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Articles connexes Passages, court métrage documentaire Éducation sexuelle Violences faites aux femmes Mutilation génitale

Liens externes

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