Le terme Roumains () a plusieurs acceptions.

En référence au droit international et au droit du sol, il désigne les citoyens de la Roumanie et eux seuls, quelles que soient leurs langues ou leurs cultures (en Roumanie, 11 % d'entre eux se définissent comme appartenant à d'autres communautés culturelles que celle des roumanophones locuteurs des langues romanes orientales).

Les recensements roumains Recensămîntul populaţiei 2004 Recensement de 2002 - Evenimentul.ro - 25 février 2009 et moldaves Recensement moldave de 2004 Recensământul populației 2004 se réfèrent au droit du sang qui prend en compte l'histoire et la culture communes des roumanophones The World Factbook, CIA The World Factbook, CIA (2006) et ONU (2004) vivant de part et d'autre des Carpates, du bas-Danube et du Prut, principalement en Transylvanie, Moldavie et Valachie, et comme minorité dans les Balkans. Selon le droit du sang, « Roumains » définit une ethnie de Roumanie, de Moldavie, d'autres pays voisins et de la diaspora, constituant 89 % de la population en RoumanieRecensement roumain de 2011 : . et 78 % en MoldavieRecensement de 2014 ; en Moldavie le qualificatif de est également usité conformément à l'article 13 de la constitution de ce pays : U.S. Library of Congress: At the time of the 1989 census, Moldova's total population was 4,335,400. The largest nationality in the republic, ethnic Romanians, numbered 2,795,000 persons […]. The subject of Moldovan vs Romanian ethnicity touches upon the sensitive topic of.. Selon cette définition, le mot « Roumains » équivaut à « roumanophones » (locuteurs du roumain comme langue parentale) quelles que soient leurs citoyennetés Marius Sala, Le roumain dans la « Revue belge de philologie et d'histoire », vol. 88, 2010, sur . et ne comprend donc pas les minorités des deux pays roumanophones, mais inclut les minorités roumaines des pays limitrophes (Hongrie, Bulgarie, Serbie et Ukraine. Ethnic Groups Worldwide: A Ready Reference Handbook By David Levinson, Published 1998 – Greenwood Publishing Group.) et de la diaspora.

Désignations

thumb|left|Relations entre citoyenneté, langue et appartenance géo-historique dans l'espace roumanophone. thumb|Évolution des langues romanes orientales avec de bas en haut, les trois phases de la formation, de la dispersion et de la différenciation. thumb|Dispersion linguistique des Valaques dans les Balkans et les Carpates. thumb|Chemins traditionnels de transhumance des Valaques. thumb|220px|Carte de 1896 avec les frontières de l'époque en pointillé noir, montrant l'aire de répartition de la langue roumaine en bleu : le royaume de Roumanie en couvrait alors la moitié. Frontières depuis 1991 ajoutées en rouge : la Roumanie et la Moldavie actuelles couvrent les huit dixièmes de cette aire. thumb|220px|Famille « valaque » transylvaine (Erdélyi oláh család) descendant au marché par Miklós Barabás, 1844. thumb|Roumains au , par Charles Girardet, 1855. thumb|Émigrants roumains au début du , arrivant aux États-Unis, photographiés à Ellis Island. thumb|Famille « valaque » (oláh) de Meria (pays des Motses) en Transylvanie austro-hongroise, 1911. thumb|Costume traditionnel de Moldavie, Chișinău, 1995.

En Roumanie, « Roumain » désigne à la fois le gentilé de la Roumanie et l'ethnonyme des roumanophones, et inclut non seulement les communautés roumanophones hors-frontières, mais souvent aussi les Aroumains, soit l'ensemble des locuteurs des langues romanes orientales au sens large.

La plupart des langues d'Europe occidentale, mais aussi la plupart des pays voisins de la Roumanie, distinguent quant à eux le gentilé de l'ethnonyme, et, selon le droit du sol, réservent le terme « Roumain » à l'ensemble politique des citoyens roumains, pour désigner les roumanophones hors-frontières par d'autres noms comme « Valaques » ou « Moldaves ». Le nom « Valachie » a la même origineIlie Gherghel, « Câteva considerațiuni la cuprinsul noțiunii cuvântului "Vlach" » in Convorbiri Literare, Bucarest 1920, p. 4-8R. Rohlfs, art. « Valaque » in Dictionnaire étymologique P.U.F., Paris 1950..

Au sens le plus strict, en français un « Roumain » est, juridiquement, un citoyen de la Roumanie ; géographiquement un « Moldave » est un habitant de la Moldavie, un « Transylvain » un habitant de la Transylvanie et un « Valaque » un habitant de la Valachie ; historiquement c'est un locuteur d'une langue romane orientale (Istrien, Roumain, Aroumain et Méglénite) ; linguistiquement un « roumanophone » est un locuteur de la langue roumaine (y compris lorsqu'elle est dénommée « Moldave »Recensement sur et arrêt de la Cour constitutionnelle du sur ) et un « Aroumain » est un locuteur de la langue aroumaine (quelles que soient leurs citoyennetés)George Vâlsan, Graiul românesc, I, 1927, , , Opere postume, Bucarest 1936, Steriu T. Hagigogu, « Romanus » şi « valachus » sau Ce este romanus, roman, român, aromân, valah şi vlah, Bucarest 1939.Gilles De Rapper, Pierre Sintès et Kira Kaurinkoski, Nommer et classer dans les Balkans : les Valaques, E.F.A. [efa.gr] et De Boccard, Paris, .

Outre « Valaques », « Moldaves » et « Moldo-Valaques », les roumanophones et les Roumains apparaissent parfois sous des noms régionaux comme « Diciens » en Dobrogée ou « Timocènes » en Serbie..

Beaucoup plus diverses sont les dénominations des locuteurs, partout minoritaires, d'autres langues romanes orientales que le roumain : « Aromounes », « Aromans », « Aroumains », « Ciciens », « Istriotes », « Istriens », « Istro-romans », « Istro-Roumains », « Moglénites », « Mégléniotes », « Mégléno-romans », « Mégléno-roumains », « Valaques », « Vlaques », « Vlachs », « Vlachos », « Vlakhos », « Koutso-vlaques », « Koutso-valaques », « Tchipanes », « Cipans », « Farsherotes », « Gramoshtènes », « Zinzares » et bien d'autres encoreGilles De Rapper, Pierre Sintès et Kira Kaurinkoski, Nommer et classer dans les Balkans : les Valaques, E.F.A. et De Boccard, Paris, .Karl-Markus Gauss, La Nation disparue : chez les Aroumains de Macédoine, in « Voyages au bout de l'Europe », L'Esprit des péninsules, 2003 (trad. Valérie de Daran), ..

En roumain, « Roumains » (Români, Rumâni, adj. românește, rumânește) est attesté par écrit comme endonyme dès le , longtemps avant l'apparition de l'État roumainMaria Holban (dir.), Călători străini despre Țările Române, dix tomes, ed. Academiei Române, Bucarest, plusieurs rééditions, cite ainsi Tranquillo Andronico qui écrit en 1534 que les roumains () « s’appellent eux-mêmes romains » (, cité par A. Verress, Acta et Epistolae I, ; Francesco della Valle accompagnant en 1532 le gouverneur Aloisio Gritti qui note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu'« ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue » citant la phrase : Sti rominest ? (« sais-tu roumain ? », roum. : știi românește ?) : […] si dimandano in lingua loro Romei […] se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? che vol dire : Sai tu Romano ? […] (cité par Cl. Isopescu, « Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento », in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, ; Ferrante Capeci qui écrit vers 1575 que les habitants des « provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) » (Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli…, in Călători străini despre Țările Române, vol. II, ; Pierre Lescalopier qui remarque en 1574 que « Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain… » (in Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol. 48 cité par Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, ) ; le saxon transylvain Johann Lebel qui note en 1542 que « les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de Romuini » : Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur…/Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti (dans De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Sibiu - Cibinii 1779, ; le chroniqueur polonais Orichovius (Stanisław Orzechowski) qui observe en 1554 qu’« en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens » (qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur in « Annales polonici ab excessu Sigismundi », citées par I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555 ; le croate Anton Verancsics qui remarque vers 1570 que « les Valaques se nomment eux-mêmes romains (roumains) » : […] Valacchi, qui se Romanos nominant […] Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno […] (in : « De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae », in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores part. II, Budapest 1857, ) ; le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany qui cite en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes roumains », pour le roumain : Și noi suntem români) et Noi sentem di sange Rumena (« nous sommes de sang roumain », pour le roumain : Noi suntem de sânge român) in Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Târnăveni (Tyrnaviae) 1699, ; Grigore Ureche qui écrit in Letopisețul Țării Moldovei : « Chronique du pays de Moldavie », ) : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul […] (« En Transylvanie n'habitent pas seulement des Hongrois mais aussi une multitude de Saxons et de Roumains un peu partout ») ; Ienăchiță Văcărescu qui écrit au : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (littéralement « A mes descendants Vacaresques/je laisse en héritage/la croissance de la langue roumanesque/et la patrie en hommage ») ou encore Pitar Hristache qui dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 (« Histoire des actions du prince Nikólaos Mavrogénis et de la rébellion de son temps autour de 1790 ») versifie : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/De la Țara Românească (« Je commence selon mon idée/avec quelques plumiers/l'histoire Mavroghénie/de la Valachie »)..

Les Turcs, pour distinguer des « Valaques » du nord du Danube de ceux du sud, appellent les Roumains du pourtour des Carpates kara-iflak, car chez les Ottomans les points cardinaux avaient des couleurs, le sombre/ombreux/ubac (kara) désignant le nord ; c'est aussi l'origine du nom actuel de la mer Noire. Les Aroumains des Balkans et du Pinde étaient les ak-iflak, le clair/lumineux/adret (ak) désignant le sud (en turc, la Méditerranée se dit Ak-Deniz, la « mer claire »). Mais d'autres noms sont attestés, comme koç-iflak (« valaques à béliers ») qui a donné en grec koutso-valaques (« valaques boiteux ») ou encore țințari qui souligne leur prononciation du "č" (cinci : « cinq ») en "ts" (ținți) et qui a donné en serbe, grec ou allemand zinzaresCe nom, semblable au roumain țânțari = « moustiques » proviendrait du bourdonnement de ces insectes selon François Lenormant dans la Revue orientale et américaine, v. IX-1865, ..