José Manuel Zelaya Rosales, né le à Catacamas (département d'Olancho), est un homme d'État hondurien.

Élu président de la République du Honduras le , il prend ses fonctions le . Il est arrêté le par l'armée et expulsé vers le Costa Rica., deux heures avant le début d'une consultation populaire jugée illégale par la Cour suprême. Cette consultation, juridiquement non contraignante, portait sur le rajout d'une urne lors des élections de novembre, en vue d'un vote en faveur ou non de la convocation d'une assemblée constituante. Le coup d'État a été condamné par la communauté internationale, qui demandait le rétablissement de Zelaya dans ses fonctions. Il a tenté sans succès de rentrer à Tegucigalpa, le Sylvain Biville, Le retour manqué de Manuel Zelaya, RFI, 6 juillet 2009. En dépit de son expulsion, Zelaya continuait toutefois d'exercer un certain nombre de fonctions présidentielles, notamment en continuant à représenter le Honduras devant les instances internationales (le nouveau gouvernement n'ayant été reconnu par aucun État), et en nommant des ambassadeursZelaya dice que no estará en el poder menos de lo que le corresponde, La Vanguardia, 7 juillet 2009Mark Lacey, Coup Puts Honduran Diplomats, Friends and Colleagues, on Opposing Sides, New York Times, 7 juillet 2009. Le , Porfirio Lobo lui succède comme président de la République. En 2021, sa femme Xiomara Castro est élue présidente de la République.

Biographie Manuel Zelaya, familièrement surnommé « Mel », est le fils d'un des plus grands entrepreneurs forestiers du pays et d'une institutrice en école primaireMaría Laura Carpineta, La metamorfosis de Mel, Pagina 12, 3 juillet 2009. Il a étudié à l'Université nationale hondurienne (UNAH), sans toutefois en être sorti diplômé, ne validant que onze unités d'enseignement. Malgré sa formation d'ingénieur civil, il a consacré l'essentiel de son travail à la gestion de ses propriétés foncières et de ses troupeaux. Il s'affilia au début des années 1970 au Parti libéral (centre-droit)Biographie de Manuel Zelaya par la basée à Barcelone. Il est ainsi devenu en 1987 président de l'Asociación de Industriales de la Madera (Association des industriels du bois), un syndicat patronal membre du Conseil hondurien de l'entreprise privée (Consejo Hondureño de la Empresa Privada), la plus grande confédération patronale du pays.

Le fait qu'il soit issu d'une famille de grands propriétaires terriens a conduit son principal adversaire pour l'élection présidentielle, Porfirio Lobo, à l'accuser durant la campagne d'avoir participé, en 1975, à l'assassinat de 14 personnes dont deux religieuses et un prêtre, lors d'une manifestation de paysans sans terre (peones) en révolte contre les grands possesseurs de Latifundia. Le père de M. Zelaya avait d'ailleurs été soupçonné d'être le commanditaire du et avait été un temps emprisonné de ce fait, les corps ayant été retrouvés sur ses terres.

Il épouse Xiomara Castro en 1976.

Élu député d'Olancho en 1985, il assume à partir de 1987 des fonctions importantes à la Chambre des députés. Il dénonce l'utilisation par les États-Unis du territoire hondurien comme base arrière pour les Contras (ce qui est officiellement nié). Il échappe à une tentative d'assassinat en 1987.

Il est réélu député en 1989, siégeant dans les rangs de l'opposition à Rafael Leonardo Callejas du Parti national (droite). Réélu député d'Olancho en 1993, il s'approche de la faction la plus progressiste et centriste du Parti libéral, dirigée par Carlos Roberto Reina. Après avoir abandonné ses fonctions patronales, il occupe le poste de ministre du Fonds hondurien d'investissement social (FHIS) à partir de 1998, sous le gouvernement du président Carlos Flores. Après l'ouragan Mitch d', il est aussi nommé à un poste de responsabilité dans le cabinet spécial de reconstruction nationale où il se fait favorablement remarqué. Il abandonne ses fonctions en afin de se consacrer aux primaires, dans l'optique des élections de 2001. Il crée alors une section à l'intérieur du Parti libéral, dénommée Movimiento Esperanza Liberal (MEL, coïncidant avec ses initiales). Mais il perd le les primaires, remportée par le président du Congrès, Rafael Pineda Ponce, qui échouera lui-même à la présidentielle face au candidat du Parti national, Ricardo Maduro Joest.

Campagne présidentielle et élection en 2005

Manuel Zelaya, soutenu par le Parti libéral du Honduras (PLH, centre-droit), axe sa campagne présidentielle sur plusieurs points : Renforcement de la sécurité (par un doublement du nombre de policiers, un recours plus fréquent aux peines de réclusion criminelle à perpétuité, l'abrogation du délit de seule appartenance aux maras et l'instauration de programmes de réhabilitation ; son opposant nationaliste, Porfirio Lobo Sosa, défendait quant à lui la peine de mort pour les membres des maras) ; Lutte généralisée pour « éradiquer » le crime, les gangs armés (maras), la petite délinquance, la « délinquance en col blanc » et la corruption dans l'administration hondurienne ; Lutte contre le chômage (qui touche 40 % de la population active) et la pauvreté (80 % de la population du pays vivant en dessous du seuil de pauvreté), par la création de 100 000 emplois par an, la réduction des prix du carburant et le recours à la gratuité scolaire.

Au , le dépouillement de 88,38 % des bulletins donne 49,9 % à Manuel Zelaya, devançant Porfirio Lobo Sosa, soutenu par le Parti national. Ce dernier, après avoir contesté les résultats, admet sa défaite Manuel Zelaya élu président du Honduras au terme d'un scrutin controversé — Le Monde (archives payantes). Le Parti libéral gagne presque, lors de ces élections générales, la majorité absolue au Congrès, remportant 62 des 128 sièges. Les autres partis, notamment ceux de gauche (Unificación Democrática (PUD), Partido Demócrata Cristiano de Honduras (PDCH)) et Partido de Innovación y Unidad-Social Demócrata, PI-USD) obtenaient, eux, moins de 4 % au total. Le taux de participation ne s'élevait cependant qu'à 46 %.

Le gouvernement Zelaya

Politique économique Lors de son investiture le , il félicite les députés du vote de la loi de participation civique et appuie l'ALÉAC (Accord de libre-échange de l'Amérique centrale), qui entre en vigueur en . Toutefois, il dénonce à l'Assemblée générale de l'ONU, en , les accords de libre-échange comme « politique économique impitoyable, insensible et protectionniste pour beaucoup de secteurs ». Cela ne l'empêcha pas de signer des accords de libre-échange, en 2007, avec Taïwan, Panama et la Colombie.

Zelaya doit affronter deux dossiers majeurs, concernant l'énergie et la dette extérieure. La Empresa Nacional de Energía Eléctrica (ENEE) est alors en effet au bord de la faillite. Il proclame l'« état d'urgence énergétique » le . Fin , il proclame aussi l'« état d'urgence dans le système sanitaire » afin de débloquer l'équivalent de huit millions de dollars pour l'achat immédiat de médicaments. Parallèlement, le FMI préconise des privatisations, dont celle de l'opérateur public de télécommunications, Hondutel.

Sur le plan énergétique, Zelaya effectue un appel d'offres international afin de choisir les compagnies offrant les meilleurs prix, mesure à laquelle Esso, Texaco et Shell, présents au Honduras depuis des décennies s'opposent. Ceux-ci obtiennent l'appui du département d’État des États-Unis, menacent d'organiser des pénuries d'essence et commencent à réduire les livraisons. En , les autorités choisissent ConocoPhillips pour le gazole et l'essence et Gas del Caribe pour le gaz liquide, signant les contrats en . Ceci permet à Zelaya de faire baisser le prix à la pompe. Accusant les compagnies Esso, Texaco et Shell de « chantage », de « boycott », de « sabotage » et de « terrorisme énergétique », il ordonne la mise à disposition de leurs installations en faveur de la firme américaine ConocoPhillips, mais revient sur cette décision quelques jours après, à la suite des protestations de l'ambassadeur des États-Unis.

Après ses premiers succès économiques, Zelaya s'attaque à sa deuxième promesse, la réduction de la pauvreté et renforce son virage social fin 2007-début 2008, augmentant le salaire minimum de façon inédite et promulguant, malgré ses origines familiales, une loi pour la protection des forêts. Il lance le programme @prende qui permet à un million d'élèves de bénéficier d'ordinateurs dans les écoles publiques. En , il octroie aux paysans les terres qu'ils occupent depuis plus de trois ans et aux propriétaires une indemnisation. Dans un entretien publié dans El Pais le jour du coup d'État, Zelaya affirmait : « j'ai pensé faire les changements à l'intérieur du schéma néolibéral. Mais les riches ne cèdent pas un penny. Les riches ne veulent rien céder de leur argent. Ils veulent tout garder pour eux. Alors, logiquement, pour faire des changements il faut incorporer le peuple »En espagnol : « Mire, yo pensé hacer los cambios desde dentro del esquema neoliberal. Pero los ricos no ceden un penique. Los ricos no ceden nada de su plata. Todo lo quieren para ellos. Entonces, lógicamente, para hacer cambios hay que incorporar al pueblo. » Pablo Ordaz, "El jefe del Ejército desobedeció a su comandante, que soy yo", El Pais, 28 juin 2009..

Sous son mandat, la dette publique a été réduite de 10 points. Les inégalités ont légèrement diminué, la part des revenus détenus par les 10 % de la population les plus riches est passée de 44 à 41 % de la richesse nationale tandis que les dépenses en matière de santé ont augmenté de moins d'un point de PIB.

Politique intérieure Les deux premières années du mandat de Zelaya sont marquées par les manifestations des coordinations indigènes et du Bloque Popular contre le traité de libre-échange avec les États-Unis signé par le prédécesseur de Zelaya et entré en vigueur au début de son mandat. Les manifestants réclament aussi des lois pour limiter l'activité des multinationales minières et pétrolières, ainsi que pour lutter contre la déforestation et entamer un processus de redistribution des richesses. Confronté à une grève des enseignants, il accepte en d'augmenter leurs salaires.

Zelaya propose aussi, dans un premier temps, l'alternative entre la prison et le désarmement aux membres de la Mara Salvatrucha et de la Mara 18, mais, devant l'échec de cette proposition, décide finalement d'envoyer l'armée aux côtés des policiers. Les organisations de défense des droits de l'homme critiquent l'échec de la lutte contre les escadrons de la mort assassinant les enfants des quartiers pauvres.

Affaires étrangères Aussitôt après son investiture, l'ambassadeur des États-Unis Charles Ford lui soumet une liste des ministres recommandés par son gouvernement. Trois noms sont proposés par ministère afin de permettre au président de choisir entre eux. Charles Ford lui demande par ailleurs d’offrir l'asile à Luis Posada Carriles, responsable de plusieurs attentats contre Cuba dont en particulier la destruction du Vol 455 Cubana qui avait fait 73 morts ; la présence de celui-ci aux États-Unis étant jugée embarrassante. Manuel Zelaya refuse ces requêtes. Les États-Unis répondent en refusant un visa à Jorge Arturo Reina, pressenti comme futur ministre des Affaires étrangères.

Il réussit en à obtenir un accord avec son homologue du Salvador, Antonio Saca, à propos des frontières communes, qui étaient contestées depuis la « guerre du football » de 1969. Un projet binational de centrale hydroélectrique fut aussi mis à l'étude. Il régla aussi, en , le litige frontalier avec le Nicaragua, qui était allé jusqu'à la Cour internationale de justice.