L’Armée secrète (AS) est un regroupement de résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale, créé en septembre 1942.
Organisation Cette structure de combat est issue du regroupement des formations paramilitaires des trois plus importants mouvements de résistance de la zone sud. : Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur.
Au milieu de l'année 1942, en Région R1, ces trois grands mouvements souhaitent coordonner les unités militaires dont ils disposent, afin de les rendre plus efficaces. Henri Frenay, le chef de Combat, revendique le commandement de la nouvelle structure, mais il se heurte à l'opposition d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie, chef de Libération-Sud. et à celle de Jean-Pierre Lévy, chef de Franc-TireurPréface au livre II, .. Jean Moulin tenant à ce que ce poste ne soit pas occupé par une personnalité déjà engagée dans un mouvement, Frenay propose le nom de Charles Delestraint., général rappelé de sa retraite durant la bataille de France, qui admire de Gaulle — qu'il a eu sous ses ordres — et déteste Vichy. C'était le seul officier général à avoir été promu malgré la défaite. ; la proposition est acceptée unanimement.
Le , à Lyon, a lieu la première rencontre entre Jean Moulin et le général Delestraint. À l'issue de l'entretien, Jean Moulin fait mettre immédiatement les trois chefs régionaux des formations paramilitaires des grands mouvements à la disposition de Delestraint, lui permettant ainsi de choisir le plus apte à la direction régionale de l'Armée secrète. À ce poste, clandestin et dangereux, le général nomme le capitaine Claudius Billon. Dès septembre, Billon, connaissant le petit nombre d'hommes engagés dans la Résistance et capables d'accepter responsabilités et risques, après avoir pris les contacts nécessaires, nomme chacun des chefs départementaux AS de R1, à l'exception du chef départemental AS de l'Ain, nommé directement par Delestraint.
En octobre, Delestraint est nommé (officiellement) par le général de Gaulle (le général de Lattre avait également été approché pour ce poste, mais avait refuséDaniel Cordier, Alias Caracalla : mémoires, 1940-1943, Paris, éd. Gallimard, 2009, .). La prise effective de commandement ne se fait toutefois que le . Son secrétaire à ce poste est François-Yves Guillin ; le chef du de l'AS est Joseph Gastaldo. André Lassagne est l'adjoint de Gastaldo, avant de devenir celui de Delestraint, et le renseignement est confié à Albert Lacaze (). Son chef d'état-major est François Morin-Forestier, issu de Combat, état-major dans lequel est également intégré Raymond Aubrac..
Le , à Collonges-au-Mont-d'Or, a lieu la réunion constitutive du Comité de coordination de zone Sud — le chef de l'Armée secrète y est présenté par Jean Moulin aux responsables convoqués. Ce comité est destiné à préparer l'union des trois grands mouvements de résistance.François-Yves Guillin, Henri Hours, et alii, Lieux secrets de la Résistance, Lyon, 1940-1944, Lyon, éd. lyonnaises d'art et d'histoire, 2015, 238 pages, ..
Inexpérimenté face aux contraintes de la vie clandestine., Delestraint passe toutefois en décembre la ligne de démarcation pour prendre contact avec les mouvements majeurs de la zone Nord : Ceux de la Libération, l'Organisation civile et militaire (OCM), le Front national, Libération-Nord.. Puis, de retour dans la zone libre, il participe à la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR), lors de la réunion du , à Miribel, dans le département de l'Ain..
En Région R1, au début de , l'Armée secrète est décapitée par Hugo Geissler, commandeur du Sipo-SD à Vichy, et ses hommes. Le , à Lyon, place du Pont, il arrête le capitaine Claudius Billon, chef de l'AS de R1 (onze départements), et Pierre Lavergne, son adjoint. Le , à Saint-Étienne (au 31, rue Basse-des-Rives), lors d'une réunion secrète de l'état-major de l'AS départementale, les mêmes arrêtent le chef de l'AS Loire, le lieutenant Gaëtan Vidiani, et ses compagnons. Le , au Puy-en-Velay, ils poursuivent le démantèlement de l'AS en R1 avec l'arrestation du chef de l'AS Haute-Loire, le capitaine Alfred Salvatelli, chez lui, ainsi que de ses compagnons. À partir de cette dernière arrestation (), le département de la Haute-Loire passe en région R6 (Auvergne). Le , ces trois arrestations, orchestrées par Geissler, figurent, en bonne place, au début du rapport Kaltenbrunner adressé à von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich..
Delestraint cherche ensuite, contre l'avis de Frenay (qui avait été nommé provisoirement délégué général de l'Armée secrète), à mettre l'Armée sous la tutelle des MUR. Frenay, en étant, d'un côté, le de l'Armée secrète, et, de l'autre, membre du comité de coordination de cette même armée, souhaite alors le rappel de Delestraint et sa propre nomination à la tête de l'Armée secrète, souhaits à nouveau écartés par les autres membres du comité de coordination, Moulin, d'Astier et Lévy..
À Londres, en , pour rencontrer les autorités alliées., Delestraint est chargé de faire de sa troupe le « noyau de la future armée française », estimée à . Par malheur, François Morin-Forestier est arrêté en mars, avec Raymond Aubrac, Maurice Kriegel-Valrimont et Serge Ravanel, des MUR, et ne peut être libéré qu'en mai, grâce à l'action de son ancien co-détenu, Raymond Aubrac. Sa libération ne permet pourtant pas son retour à l'état-major : trop exposé, il est exfiltré vers Londres. En avril, Delestraint repart une nouvelle fois à Paris où il arrive le . Par le rapport du , Moulin déplore les risques que prend Delestraint, accomplissant seul son travail alors qu'il devrait être mieux secondé.
Le , Delestraint, Gastaldo et Jean-Louis Théobald, un de leurs adjoints, sont arrêtés à Paris. Le , une réunion d'état-major a lieu pour trouver un successeur à Delestraint à Caluire-et-Cuire. Le lieutenant-colonel Émile Schwarzfeld, candidat à la succession de Delestraint, Aubrac, candidat pour la direction en zone nord, et Lassagne, pour la zone sud., ainsi que d'autres chefs de la Résistance comme Moulin, Henri Aubry, René Hardy, Albert Lacaze et Bruno Larat sont faits prisonniers. En , le colonel Pierre Dejussieu-Pontcarral est nommé chef d'état-major d'une Armée secrète désormais sans chef officiel. Le chef d'état-major de la zone Sud est le général Jouffrault, jusqu'en , date à laquelle il est arrêté lui-aussiOncle d'André Grandclément, Jouffrault aurait été arrêté à la suite de la trahison de son neveu ()..
Le , l'Armée secrète (de tendance gaulliste) est fondue dans les Forces françaises de l'intérieur (FFI), avec l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA, giraudiste) et les Francs-tireurs et partisans français (FTPF, communistes, à ne pas confondre avec le mouvement Franc-Tireur).
Dans les régions vignette|L'organisation des différentes régions de la Résistance. Cette structure est surtout présente dans la moitié sud de la France : Rhône-Alpes (région de résistance R1) et Auvergne (région de résistance R6), mais aussi Limousin (région de résistance R5), le Sud-Est (région de résistance R2) et le Sud-Ouest (région de résistance R4). Elle correspond à l'organisation utilisée par Combat..
L'unification des régions de la zone libre ne prit que quelques semaines, les différents chefs étant choisis parmi les chefs régionaux en poste. En région « A », l'effectif fut quasiment entièrement composé de membres de l'OCM.
+ Organigramme Région Échelon Chef Autres responsables B Région général Faucher Deux-Sèvres Edmond Proust Gironde Maurice Sère M Région général Louis-Alexandre Audibert M1 Région Calvados Robert Kaskoreff ( bureau - Conduite des opérations) M2 Région général Marcel Allard Finistère Mathieu DonnartRoger Bourrières Morbihan Maurice GuillaudotPaul Chenailler R1 - Rhône-Alpes Région Claudius Billon. Robert Ducasse Albert Chambonnet Pierre Lavergne (Maquis)André Vansteenberghe (renseignement) Ain André Bob Forniercapitaine Henri Romans-Petit. Jean PerretMarcel Gagneux Haute-Savoie commandant Jean Vallette d'OsiaHenri Romans-PetitJoseph Lambroschini dit Nizier Maurice Anjot (adjoint)Tom Morel (maquis) Savoie Henri Viltard Isère Samuel JobAlbert Reynier.cdt Albert de Seguin de Reyniès. cdt Albert de Seguin de Reyniès (état-major)Louis Nal. Jura Valentin Abeille Loire Gaëtan Vidiani Jean Marey Roger Laporte (adjoint, secteur Saint-Étienne). Haute-Loire capitaine Alfred Salvatelli Saône-et-Loire Georges de la Ferté-Sénectère R2 - Sud-Est Région Henri Masi Charles Gonard (corps francs)Jean Garcin (corps francs) Bouches-du-Rhône Christian OzanneGeorges Flandre.André Aune Vaucluse colonel Philippe Beyne. R3 - Sud Région Marcel Galot (adjoint). Gard Albert Thomas Hérault Georges Flandre Pyrénées-Orientales Louis TorcatisDominique Cayrol R4 - Sud-Ouest Région Paul JonasGeorges Delmas.Maurice Rousselier Jacques Renard Ariège Joseph-Paul Rambaud Haute-Garonne commandant Rigal. Jean-Baptiste Amat Lot Robert Noireau Tarn Robert Rossi R5 - Limousin Région Raymond Faro Corrèze Raymond FaroMartial Brigouleix Marius Guédin (maquis)Louis Lemoigne (civil) Creuse Albert Fossey-François Marcel Fleisser (maquis) Dordogne Raymond BerggrenMojzesz Goldman.Charles MangoldRichard Seiler, Charles Mangold, Chef de l'Armée secrète en Périgord, L'Harmattan, Paris, 2014. Maurice Loupias (Bergeret, corps francs) Vienne Edmond Bernard« Les Maquis civraisiens du secteur Vienne Sud ». Haute-Vienne Yves Tavet Indre capitaine René Antoine (Carpy).Paul Mirguet R6 - Auvergne Région Jean Chappat. Haute-Loire Henri Chas
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . . Thèse de doctorat d'État en Histoire, Université Montaigne-Bordeaux 3, 1978. . . Thèse de doctorat en Histoire, Université Lumière-Lyon 2, 1992. .
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Articles connexes Résistance intérieure française Liste des réseaux et mouvements de la Résistance intérieure française
Liens externes
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