Ladultisme est « le pouvoir que les adultes ont sur les enfants »., ou plus précisément « un préjugé accompagné d'une discrimination systématique à l'encontre des jeunes » J. Gregoire, C. M. Jungers, The Counsellor's Companion, 2007, p. 65..
Tout « auteur » ou manifestation inanimée ou animée d'adultisme est dit « adultiste ». Cela peut comprendre des comportements, des politiques, des pratiques, des institutions ou des particuliers.
Étymologie
Première apparition du terme Le mot adultisme a été utilisé pour la première fois par Patterson Du Bois en 1903 Patterson Du Bois, Fireside Child-Study, 1903, , et apparaît dans la littérature psychologique française dès 1929, décrivant l'influence des adultes sur les enfants. L'adultisme est considéré comme une condition dans laquelle un enfant est possédé par un adulte « physiquement et psychologiquement », et l'extrait suivant en a été donné comme exemple :
Cette définition était remplacée par un article de journal à la fin des par la définition suivante : . L'auteur a identifié de nombreux exemples d'adultisme non seulement de la part des parents mais aussi des enseignants, des psychothérapeutes, du clergé, de la police ou des juges..
Usage L'adultisme est défini comme « les comportements et les attitudes fondés sur les hypothèses que les adultes sont plus capables que les jeunes, et donc qu'ils ont le droit de décider pour les jeunes sans leur accord ».. L'adultisme est aussi considéré en psychologie comme « un penchant pour les attitudes, les idées, les croyances et les actions des adultes ».. L'adultisme est communément utilisé pour décrire toute discrimination à l'encontre des jeunes et se distingue de l'âgisme, qui est simplement un préjudice du fait de l'âge (et pas spécifiquement à l'égard des jeunes). L'adultisme serait, selon certains chercheurs, causé par la peur des enfants et des jeunesP. Scraton, Childhood in crisis?, Routledge, 1997, .. Il semblerait que l'adultisme ait toujours été présent dans la culture occidentale.
FletcherFletcher2013 suggère que l'adultisme a trois principaux modes d'expression : les attitudes adultistes, l'adultisme culturel et l'adultisme structurel : Les attitudes adultistes : Sentiments personnels, hypothèses et croyances qui influent sur l'attitude d'une personne à propos des jeunes (il est également appelé adultisme intériorisé). L'adultisme culturel : Attitudes partagées, induites ou répandues par des croyances et des coutumes, qui partent de l'hypothèse que les adultes sont supérieurs à n'importe qui n'étant pas identifié comme tel, tout simplement en raison de leur âge (il est également appelé adultisme social). L'adultisme structurel : Normalisation et légitimation historique, culturelle, institutionnelle et interpersonnelle des dynamiques qui, d'habitude, avantagent les adultes tandis qu'elles ont des effets négatifs sur les jeunes (cette forme d'adultisme est aussi appelée adultisme institutionnel).
Une étude réalisée par sur la prévalence de l'adultisme a révélé une augmentation du nombre d'organisation de jeunes à aborder la questionThomas F. Tate, Randall L. Copas, Insist or Enlist?: Adultism versus Climates of Excellence, Reclaiming Children and Youth: The Journal of Strength-based Interventions, vol. 12, , 2003, .. Par exemple, un programme local de Oakland, en Californie, décrit l'impact de l'adultisme, qui « freine le développement de la jeunesse, en particulier leur estime de soi et leur amour-propre, leur capacité à nouer des relations positives avec des adultes bienveillants, ou même à voir les adultes comme des alliés » sur leur site web.
Termes similaires Le terme d'adultisme est utilisé pour décrire l'oppression des enfants et des jeunes par les adultes, et désigne un concept qui est considéré comme ayant la même « puissance », le même impact dans la vie de ceux qui en sont victimes que le racisme ou le sexisme. Tout comme le patriarcat, l'adultisme est une forme d'organisation sociale fondée sur la détention de l'autorité par un groupe et l'oppression du second groupe, la différence étant que le groupe dominant est ici constitué des hommes et des femmes adultes et non pas des hommes, et est parfois considéré comme une forme particulièrement forte et généralisée de paternalisme. La pédophobie (la peur des enfants) et l'éphébiphobie (la peur de la jeunesse) sont souvent mentionnés comme étant les antécédents de l'adultismeA. Fletcher, Washington Youth Voice Handbook, Olympia, WA: CommonAction, 2006.. La gérontophobie, ou de son antonyme, la gérontocratie, peuvent être des extensions de l'adultisme.
Des termes similaires comme les « privilèges adultes », le terme anglais « » qui peut être traduit par « adultarchie » (ou adultocratie), et adultocentrisme peuvent être employés. Certains militants anglophones antiadultistes appellent également l'adultisme « », ou « » comme se disent les termes sexisme et hétérosexisme.. Les termes « » et « » n'ont pas comme équivalent français jeunisme, qui lui désigne une préférence pour les jeunes et les adolescents par apport aux adultes.
Une importante organisation antiâgiste, la , décrit la discrimination à l'égard des jeunes comme étant de l'âgisme, ce terme englobant l'ensemble des discriminations liées à l'âge d'une personne. Elle soutient que le terme âgisme est un terme plus compréhensible et plus naturel, et donc est plus couramment utilisé chez les jeunes, les personnes touchées par cette discrimination, mais aussi plus connues et comprises par les adultes. Les défenseurs de l'utilisation du terme « âgisme » pensent aussi qu'il permet de faire cause commune avec les personnes âgées, qui luttent contre leur propre forme de discrimination fondée sur l'âge. Toutefois, une organisation nationale appelée Youth On Board contredit cela, en affirmant que « parler des comportements adultistes en les appelant comportements âgistes est la discrimination à l'égard des jeunes en elle-même »K. Young, J. Sazama, 15 Points to Successfully Involving Youth in Decision-Making, Boston: Youth On Board, 2006.
Il peut aussi être important de rappeler que les préjugés et comportements âgistes envers les personnes âgées étant beaucoup plus connus et reconnus que ceux envers les jeunes, l'emploi du terme « âgisme » contribue à invisibiliser l'adultisme et ses victimes.
Hypothèses sur les causes Dans un article de 1978, Flasher a expliqué que l'adultisme est né de la conviction que les enfants sont des êtres inférieurs, professant que l'adultisme peut se manifester sous la forme d'une alimentation excessive, d'une possessivité excessive ou d'une trop grande restrictivité. Tous ces comportements étant consciemment ou inconsciemment orientés vers un contrôle excessif de l'enfant.
Récemment, les théologiens Heather Eaton et Matthew Fox ont proposé comme définition que, « l'adultisme dérive de la répression de l'enfant intérieur des adultes »H. Eaton, M. Fox, Chapter 10: Transcendent Spirit: Child Honoring and Religion in R. Cavoukian, S. Olfman (Ed), Child honoring: How to turn this world around, Westport, CT: Praeger Publishers/Greenwood Publishing Group, 2006. John Holt a déclaré, « la compréhension de l'adultisme pourrait commencer à expliquer ce que je veux dire quand je dis que beaucoup de ce qui est connu comme l'art infantile est une invention d'adultes »J. Holt (Ed), Teach your own: The John Holt book of homeschooling, Perseus Publishing. ce point de vue étant apparemment partagé par Maya Angelou, qui a fait remarquer : .
Études sur l'adultisme Une enquête de 2006/2007 réalisée par le et du a demandé à et jeunes gens s'ils ont déjà été traités injustement selon différents critères (âge, sexe, race, orientation sexuelle, etc.). Un total de 43 % des jeunes Britanniques interrogés ont déclaré avoir été victimes de discrimination fondée sur l'âge, sensiblement plus que les autres catégories de discrimination comme le sexe (27 %), la race (11 %), ou l'orientation sexuelle (6 %)C. Willow, A. Franklin, C. Shaw, Meeting the obligations of the Convention on the Rights of the Child in England. Children and young people's messages to Government, DCSF, 2007.
Classification En plus de Fletcher, d'autres experts ont identifié plusieurs formes de d'adultisme, offrant une typologie qui comprend l'adultisme intérioriséJenny Sazama, 2004, , l'adultisme institutionnelD. Hernandez, B. Rehman (eds), Colonize This!: Young Women of Color on Today's Feminism, Seal Press, 2002, l'adultisme culturel, et d'autres formes.
L'adultisme intériorisé Dans une publication de la Fondation W. K. Kellogg, de l'université du Michigan, le professeur Barry Checkoway affirme que l'adultisme intériorisé pousse les jeunes à « s'interroger sur leur propre légitimité, à douter de leur capacité à faire une différence » et de perpétuer une « culture du silence » chez les jeunes.
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D'autres exemples de l'adultisme intériorisé incluent de nombreuses formes de violence infligées aux enfants et aux jeunes par les adultes qui reproduisent la violence à laquelle ils ont été confrontés en tant que jeunes, tels que les châtiments corporels ou la violence verbale, et par la communauté (des incidents qui comprennent les politiques des magasins interdisant aux jeunes de visiter les magasins sans les adultes, le fait de devoir laisser son sac à l'entrée des magasins ou d'être fouillé, et le fait d'être chassé par la police, les enseignants ou les parents de certaines zones sans raisons valables).
L'adultisme institutionnel L'adultisme institutionnel peut être évident dans toutes les instances où des limitations et interdictions officielles sont appliquées à un groupe de personnes simplement en raison de leur jeune âge. Les politiques, les lois, les règles, les structures organisationnelles, et leur systématisation installent, perpétuent et inculquent l'adultisme à l'ensemble de la société. Ces limitations sont souvent renforcées par la force physique, la coercition ou l'action de la police et sont souvent considérées comme des doubles standardsM. Males, Framing Youth: 10 Myths about the Next Generation : , 1997. Ce traitement est de plus en plus considérée comme une forme de gérontocratieMonitor Breakfast, avec James Carville et Stanley Greenberg : . - James CarvilleJ.T. Gatto, The Underground History of American Education, 2002.
Les institutions permettant de perpétuer l'adultisme peuvent inclure : les institutions financières, fiduciaires, juridiques, éducatives, communautaires, religieuses et gouvernementales. La littérature relative aux sciences sociales a identifié l'adultisme comme « un contexte d'inégalité sociale et d'oppression des enfants, où les enfants sont privés des droits de l'homme et, de façon disproportionnée victimes de maltraitance et d'exploitation »..
L'adultisme culturel L'adultisme culturel est beaucoup plus ambiguë à définir, mais beaucoup plus répandu et est encore une forme de discrimination ou d'intolérance à l'égard de la jeunesse. Toute restriction ou exploitation de personnes en raison de leur jeune âge et donc de leur absence prétendu de compétences, de compréhension, ou de capacités, peut être désignée d'adultiste. Ces restrictions sont souvent dues à des jugements de la part des adultes sur la seule base de l'âge, tels que le « jugement » ou « la sagesse de l'âge » dont les jeunes sont dépourvus. Un éditeur de magazine parental commente, « la plupart du temps, les gens parlent différemment aux enfants qu'aux adultes, et souvent ils agissent différemment, trop différemmentTreating children as equals, Wright, J. New Renaissance Magazine, 2001 ».
Résultats
Stratification sociale