La coutellerie de Moulins est l’une des activités artisanales qui a fait la richesse de Moulins (Allier) entre le et la Révolution.

Elle produit de la coutellerie de luxe.

Histoire

Nicolas de Nicolay, géographe du roi Charles IX, n’en fait pas mention dans sa description de Moulins.

La coutellerie est signalée une première fois en 1595, dans un document conservé aux archives municipales de Moulins : une demi-douzaine de couteaux de table sont achetés par le maire à Jean de Tours pour être envoyés à Paris comme cadeau pour les affaires de la villeArchives municipales de Moulins, registre 316. Cité par Camille Grégoire, « La coutellerie moulinoise », Revue du Bourbonnais, 1885, , . Mais dans « L’art de la coutellerie à Moulins du au », La vie de la coutellerie, , le rédacteur donne la date de 1569..

Ensuite, la coutellerie de Moulins sera citée plusieurs foisHenriette Dussourd, Histoire de Moulins d'après la chronique de ses habitants, Clermont-Ferrand, Volcans, 1975, : « La coutellerie à Moulins atteignit un développement étonnant. » :

En 1606, les comptes de maître Pierre Sevyn, receveur de la ville, mentionnent :

En 1637, M. de Séraucourt fait référence dans son mémoire aux petites statuettes d’émail de verre colorié. M. de Séraucourt (ou Séraincourt« L'art de la coutellerie à Moulins du au », La vie de la coutellerie, ), est l'intendant de la généralité de Bourges, l'importante route de Paris à Lyon et d'Auvergne à Paris par Moulins, qui est « une source pour les ouvriers de cette ville »Cité in: La coutellerie à Moulins du au . On peut lire également : « Ce qui fait valoir le commerce de la coutellerie de laquelle les ouvriers de Moulins excellent, et de l'émail dont il y a de bons ouvriers à Bourbon, Moulins, Nevers ; car chaque étranger a coutume d'emporter de ces sortes d'ouvrages pour en faire présent à sa famille ou à ses amis ».

Au début du , un voyageur hollandais, Justus Zinzerling, signale l'excellente qualité de la coutellerie de Moulins : .

Vers 1660-1661, dans le Journal d’un gentilhomme français en France et en Italie, l’auteur mentionne les artisans moulinois . Dans le même ouvrage, il précise : .

En 1665, dans son mémoire sur la situation de la généralité de Moulins, M. de Pommereu, intendant de la généralité de Moulins, parle du commerce de la coutellerie : .

Selon Camille Grégoire, plusieurs autres ouvrages géographiques, commerciaux et administratifs contiennent des articles et des notes sur la qualité de la coutellerie. Il est à signaler qu'André de Chesne en parle dans ses recherches sur les antiquités des villes et de châteaux en 1729.

En 1762, le Dictionnaire de l'Académie française, au mot couteau, mentionne dans les différents types liés à leur origine : , et au mot coutellerie : .

Principaux ateliers

Noms et poinçons des couteliers Tableau des noms des couteliers, avec la date de réception comme maître et le poinçon choisi : Maître coutelierDate de réception comme maîtreMarqueP. Aloncle fils1767J. couronnéJean Augrand1721Une larme (marque de son oncle L. Colas)Denis Bataille1748La grenadeJ. Bernard fils1722La masse d'armes (la massue)Jean Bernard1753Le lion couronnéRémy Bernard fils1722JésusA. Binville fils1722Le casque couronnéÉtienne Boiron1770Les lettres E et B surmontées d’une étoileA. Borderieux1777Le soleilJ.-B. Borderieux1777Le bâton turcPierre Borderieux1777B. couronnéBrunat1777Le dauphinPierre Cagnon fils1722La coupe couronnéeL. Collas1721La clefMarin Debanne1777Le chiffre 2 couronné (deux couronnes)Gilbert Decamp1755Le verre couronnéA. Desmier fils1722Le canifP. Desmier fils1722Le marteau d'orJ. Drapt fils1722Le pistoletPierre Gagnon1722La loupe couronnéeImbert Gallier1766La corne d'abondanceA. Gilbert fils1722L’arcGilles Gilbert1744G. couronnéGilles Gilbert fils1722La raquette (La baguette)P. Gilbert fils1722O. couronnéN. Girier fils1722La croix d'évêqueÉtienne Got1777D. couronnéF.-B. Grand1787Le croissant couronnéJ.-P. Grand1744T. couronnéJacques Grand1748J. G.Hugues Hastier1750J. L. couronnéP. Hastier fils1722La pointeHattier1777L'aiguilleJacques Hattier1764A. couronnéAnt. Ivelin (peut-être Guelin) fils1733C. Y.Rémy Ivelin (peut-être Guelin) fils1733Le cygneGilles Gilbert Jules1751La crosse simpleLamiral1777La grenade couronnéeA. M. Landois1787La fleur de lis couronnéeP. Lecrosnier1767Le dauphin couronné (marque de Brunat, son beau-père)Claude Lesbfre1777L. couronnéJ. Morand fils1788Une crosseFrançois Moretti aîné1777Le raisinFrançois Moretti fils1777Le trèfle simple couronnéPierre Pelletier fils1722L'écharpeJ. Provost fils1733Le chiffre 2Jacques Raillard1765P. couronnéP. Tenailler fils1730La buretteJ.-B. Viallin1766S. couronnéL. Vigier (juré)1724Claude Vizier1721Une clef

Comme dans tous les centres de fabrication, la coutellerie moulinoise impose l’« insculpation » d’une marque sur les lamesDéfinition du mot Insculpation.

Pour reconnaître la provenance des couteaux et des étuis, le maître doit avoir choisi sa marque, le jour de sa réception en tant que maître. Il doit la mettre sur tous les objets qu'il fabrique. Les registres de perception montrent une grande tolérance : beaucoup de maîtres ne prennent pas de marque.  

Le commerce occupe 48 ouvriers dans la ville en 1696, 52 en 1703, 58 en 1758, 59 en 1763 ; le chiffre revient à 58 en 1764Le chiffre de 57 est donné par Camille Grégoire, in: Camille Grégoire, op. cit. , .

17 maître-couteliers sont reçus en 1722, 12 en 1730. Le nombre diminue pendant plusieurs années jusqu'à 9 réceptions en 1766, puis 18 en 1777.

En 1851, M. Tabourdeau envoie ses produits à l’Exposition Universelle de Londres.

Réglementation

Les matériaux utilisés Le Dictionnaire du commerce de Savary précise :

Notoriété

Cadeaux Aux et s, plusieurs personnalités reçoivent en cadeau des couteaux et des ciseaux, lors d’une halte à Moulins : En 1601, le premier magistrat de Moulins emporte à Paris un lot de coutellerie pour les affaires de la ville. Ce cadeau se compose de . Ils ont coûté 24 livres.

En 1727, le chevalier de Chouine représentant le comte de Charolet, reçoit, au milieu de la liste des cadeaux, vin de Bourgogne, perdrix rouges et grises,

En 1730, pour l’arrivée de Barthélemy de Vanolles, l’intendante reçoit des coffrets, des confitures et soixante-trois livres de coutellerie provenant de chez la veuve Papillot et une boîte pour mettre la coutellerie.

En 1730, des couteaux sont offerts au prince et à la princesse de Conti, de passage dans la capitale Bourbonnaise.

Les couteaux sont offerts à de multiples occasions : en 1741, à l’intendante de la Porte ; en 1744, au duc de Ponthièvre ; en 1746, à l’arrivée de de Bernage ; en 1747, au Maréchal de Belle-Isle ; en 1759, à la princesse Marie-Fortunée d’Este ; en 1749, aux infantes d’Espagne ; en 1765, Pierre Grand fabrique pour Depont, femme de l’intendant de la généralité de Moulins, un couteau et des ciseaux d’or pour la somme de 156 livres.

Quand, en 1770, l’archiduchesse Marie-Antoinette traverse la France pour rejoindre son époux, elle reçoit à Moulins, de Boiron, coutelier de cette ville, une fourniture de couteaux, ciseaux, tire-bouchon,

En 1785, la ville offre de la coutellerie aux princesses Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, se rendant à Vichy.

Lieux de conservation Les couteaux de Moulins peuvent être vus au musée du Louvre, département « Objets d’art » : deux couteaux d’Étienne Boiron, quatre couteaux de Louis Molle dont une magnifique paire de couteaux jumeaux à manche émaillée de bleu, de brun et d’or.

Le musée Carnavalet expose le couteau de Marie-Antoinette, qui serait également l’œuvre d’Étienne Boiron ; enfin, au musée de Langres, un couteau est signé de Toussaint et un autre de Grand.

Le Musée Anne de Beaujeu à Moulins, possède une paire de couteaux dans leur étui de Louis Molle (actif à Moulins durant la seconde moitié du )

Une salle du musée Anne-de-Beaujeu de Moulins présente les arts décoratifs à Moulins au , parmi lesquels la coutellerie de luxe : couteaux en or, argent et nacre, exposés dans des étuis en galuchat ou en bois recouvert de marqueterieCollections du musée Anne-de-Beaujeu..

Rue des Couteliers En 1788, fut dressé le projet de rôle de subsistance pour 1789 à des fins fiscales. Ce document présente la répartition des couteliers. +Répartition des couteliersAdresseNomRue de BourgogneJoseph GrandRue de BourgogneJean JoclinRue de BourgogneHugues HatierRue de BourgogneLe maître AvizardRue des CarmesPierre AloncleRue des CarmesNicolas FerrugeRue des CarmesClaude LefebvreRue des CarmesLouis MoretteRue des CarmesNicolas OlivierRue des CarmesJean TureauRue des CarmesJean VialinRue du Chat<ref>Cette rue est aujourd'hui disparue. Elle correspondait sensiblement à l'alignement du trottoir Est de la place de la Liberté (en prolongement de la rue de la batterie). Voir Marcel Génémont, 'Vieilles rues, plaques neuves, les rues de Moulins, Avermes et Yzeure à travers les âges, Moulins, éd. des cahiers bourbonnais, édition, 1972.</ref> |Mayeul Haiter |- |Rue du Cimetière Saint-GillesLa rue du Cimetière Saint-Gilles était le nom porté jusqu'en 1881 par la voie correspondant à peu près à l'actuelle rue des Halles. Voir Marcel Génermont, op. cit. |Le nomme Staller|- |Rue des Couteliers |Paul Asselinot (ou Asselineau) |- |Rue des Couteliers |Jacques Grand |- |Rue des Couteliers |Jacques Hatier |- |Rue des Couteliers |André Martin landais''Rue de la FlècheJean-Baptiste ClairRue Saint-MartinFrançois HatierRue Saint-MartinFrançois ParizotRue Saint-MartinCharles PlaceRue Sainte-UrsulePierre Grand

Selon Marcel Génermont, jusqu’en 1881, année de l’unification sous son qualificatif actuel, la rue des Couteliers comprenait deux tronçons définis par l’État en 1777 : la rue des Carmes et la rue des Couteliers. La rue des Carmes (du nom du couvent voisin) allait de l’église jusqu’à la rue Monin et de l’autre côté depuis la caserne de la marée chaussée jusqu’au coin de la rue des Cameaux » (rue du ). La rue des Couteliers commence .

Notes et références

Liens externes

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