vignette|Un des Aïnous au concours de tir à l'arc - Journée anthropologique . (Jeux olympiques d'été de 1904). vignette|Tir à l'arc lors des journées d'anthropologie pendant les Jeux olympiques d'été de 1904. Les Journées anthropologiques sont un événement sportif américain, organisé en , en marge de l'Exposition universelle de 1904 de Saint-Louis (Missouri), la (LPE) et des Jeux olympiques de 1904. Cet événement s'est déroulé sur deux journées, les 11 et .

Histoire L'initiative des journées revient à James Edward Sullivan, le responsable du département de culture physique de l'Exposition universelle de 1904 à Saint-Louis et directeur des Jeux olympiques de 1904. Il s'inquiète de la possibilité que les sportifs amérindiens surpassent leurs confrères blancs ., et souhaite vérifier les , dans la perspective de confirmer une et de conforter l'idée d'une supériorité des capacités athlétiques de la , dans le cadre d'une Amérique ségrégationnisteSite rfi.fr, article du 23/07/2024 : "Brève histoire des Jeux olympiques modernes par ses disciplines insolites, oubliées ou inattendues".. Il s'agit, pour vérifier les qualités physiques des athlètes indigènes, de leur faire disputer des épreuves habituellement pratiquées par les joueurs blancs, afin de pouvoir comparer leurs performances à celles enregistrées pour ces derniers. Cette sollicitation de Sullivan intéresse McGee, à qui elle offre de nouvelles possibilités d'expérimentation anthropométrique. Celui-ci souhaite mettre en lumière l'importance du savoir anthropologique durant ces journées, de permettre aux scientifiques des observations directes et de favoriser des études qui confirmeront la supériorité des Blancs et de valider les thèses du racisme scientifiqueSite pierrelagrue-jo.com, page sur L’Anthropology Day (1904).. Dès 1903, William J. McGee est chargé de mettre en place ces journées. Il décide de la nature des épreuves auxquelles seront soumis les indigènes, retenant les tests de force, de vitesse et d'endurance.

Les participants de ces journées, une centaine au total, sélectionnés parmi les indigènes exhibés à l'Exposition universelle, sont répartis en huit groupes culturels différentsles Africains, les Asiatiques, les Philippins, les Aïnous, les Tehuelche, les Cocopas, les Pueblos et les Amérindiens. Parmi eux, des Crows, des Sioux, des Pawnee, des Navajos, et des Ojibwés amérindiens ; des Aïnous, des Syriens, des Patagoniens d'Amérique du Sud, des Zoulous et des Pygmées d'Afrique, des Moros, des Negritos et des Igorot des Philippines. Ils sont une centaine, sélectionnés parmi les participants de l'exposition universelle.

L'organisation des jeux anthropologiques est confiée au département d'anthropologie et de culture physique et au Muséum Field d'histoire naturelle de Chicago. Durant ces journées, les observations autorisées par le dispositif permettent des théorisations diverses, tentant d'expliquer les prestations des sportifs. Le dispositif mis en place par McGee pour ces journées assure un caractère scientifique aux observations, autorisant ainsi les scientifiques à tirer des conclusions des prestations dont ils sont témoins. Selon Nancy Parezo, son but était de : en rassemblant les indigènes, il permettait aux scientifiques de procéder à des « observations systématiques » et des « études anthropométriques et ethnographiques ». McGee souhaite présenter au public américain des exemples des divers « chapitres de l'évolution humaine », qu'il a rassemblés à l'exposition de Saint Louis, afin de démontrer que son tout jeune département d'anthropologie peut produire de nouvelles connaissances sur une base empirique, durant l'exposition. Sullivan quant à lui, responsable du département de culture physique et fervent partisan de l'éducation physique et sportive, souhaite démontrer que les athlètes américains sont supérieurs en ce qui concerne leurs performances, aux sportifs d'autres pays et cultures. Parezo relève que les prestations des athlètes indigènes ont servi à cautionner des conclusions prétendument scientifiques pour appuyer des théorisations sur la supériorité des athlètes blancs, théories qui ont été répercutées par la presse et présentées aux Américains, et qui ont, selon elle, renforcé leurs conceptions prélables. Parezo estime que le protocole expérimental, conduit durant ces journées, ne pouvait que mettre en évidence l'échec sportif des peuples indigènes et la supériorité blanche.

L'anthropologie, jeune discipline — l'American Anthropological Association (AAA) a été créée par McGee en 1902 — s'efforce d'obtenir une reconnaissance académique et professionnelle. Elle doit faire la démonstration publique qu'elle propose un corpus de connaissances qui est à la fois utile et nécessaire. Elle doit montrer qu'elle n'est pas uniquement une théorie, mais que ses hypothèses théoriques et sa méthodologie ont des applications pratiques. En tentant de donner une compréhension des peuples colonisés, les anthropologues ont pu être utilisés pour donner aux sociétés européennes et américaine, des justifications de leur façon de percevoir et de traiter les peuples indigènes ou colonisés.

La LPE offre un certain nombre d'exemples de comparaisons entre la civilisation américaine et les autres civilisations des peuples indigènes, au moyens d'expositions consacrées à des objets ou des techniques. Une place particulière est faite à des expositions qui montrent des peuples dans leur milieu naturel, où leurs habitats, leur pratiques religieuses et leurs activités artisanales permettent aux visiteurs d'accéder à une connaissance complète de ces peuples. Ainsi, un village reconstitué, abritant environ 1200 représentants des différents peuples philippins, qui se livrent à des activités de poterie, de vannerie et textiles, permettent d'entrevoir les coutumes d'un pays récemment acquis par les États-Unis. Une autre attraction permettait aux visiteurs de faire un séjour au pôle Nord ou encore de voir un village inuit, avec lutte entre des chasseurs et des ours blancs. C'est à Mc Gee que revient la responsabilité d'organiser la participation des indigènes à la LPE. Son but affirmé est de retracer l'évolution humaine et de resituer la place des individus et des peuples au sein de cette progression, ceci afin d'obtenir autant de connaissances que possible sur l'origine et la destinée humaine. Mc Gee se montre vigilant à l'égard des comparaisons, et souhaite comparer des représentants moyens, pour ne pas fausser les résultats de la comparaison.

Les sections d'anthropométrie et de psychométrie présentent une exposition permanente, pour comparer les caractéristiques physiologiques et mentales des différentes races, y compris des visiteurs, s'efforçant de recueillir des données concernant les différentes populations présentes durant l'exposition : il s'agit d'offrir des moyens de retracer, avec exactitude, le développement physique et intellectuel de l'humanité. Cette possibilité doit également offrir aux visiteurs européens et américains, la possibilité d'acquérir des connaissances, en se prêtant eux-mêmes à la recherche, en tant qu'objets d'étude.

Les prospectus qui annoncent les Journées anthropologiques soulignent que cet événement dont les participants sont exclusivement indigènes représente une première mondiale. Certains participants sont réunis le pour des entraînements (Trial Heats), tandis que d'autres doivent assurer d'autres performances, danses ou chants, ou simulcacres d'affrontements entre des représentants de différents peuples. Mc Gee affirme, dans son rapport final que les participants s'étaient prêtés librement à l'opération, assertion dont Parezzo estime qu'elle est peu probable : en effet, il n'a jamais communiqué de données ni expliqué comment il avait obtenu des athlètes une participation bénévole et qu'ils se prêtent aux recherches dont ils étaient l'objet. Le caractère bénévole de leur participation avait été exigé par Sullivan, afin de se conformer aux règles olympiques.

Aucun des participants n'avait participé auparavant à des Jeux olympiques, et un certain nombre d'entre eux ne comprenaient sans doute pas ce qui était attendu d'eux. Les référents de ces journées n'étaient eux-mêmes pas préparés : le programme avait été déterminé moins d'une semaine avant le début des épreuves, l'assistant de Mc Gee, Stephen C. Simms n'était arrivé que l'avant-veille de Chicago. Il élimina plusieurs épreuves prévues, qui lui semblaient aberrantes, notamment des épreuves de natation prévues alors qu'un certain nombre des athlètes enrôlés ne savaient pas nager. Il supprima également les épreuves qui nécessitaient une connaissance du jeu, notamment le tennis et le waterpolo. Sullivan insista pour conserver au moins une épreuve d'haltérophilie. Sullivan insista sur les épreuves de course, du fait des représentations existantes sur la rapidité à la course des indigènes. Luther H. Gulick servait d'arbitre et Martin Delaney expliquait les règles avant le début de chaque épreuve, mais cette annonce était faite uniquement en anglais, ce qui limita la compréhension des participants, certains demandant à refaire l'épreuve lorsqu'ils avaient compris ce dont il s'agissait, ce que Gulick refusa, soutenant que cela aurait faussé les résultats. À cela s'ajoutait le fait que les organisateurs n'avait à leur disposition le stade que pour deux jours. Après les explications, des éliminatoires avaient lieu, au sein de chaque groupe, pour déterminer l'athlète le plus rapide parmi les Africains, les Philippins, les Asiatiques ou les Amérindiens. Les vainqueurs devaient participer aux finales organisées le second jour, afin de déterminer quel était l'indigène le plus rapide. C'était ce dernier temps que Sullivan voulait comparer aux résultats olympiques. Les vainqueurs de la journée furent convoqués pour une nouvelle compétition inter-peuples le lendemain. D'autres compétitions se déroulèrent le même jour, et un certain nombre de participants durent participer à plusieurs compétitions le même jour. Un certain nombre de finales furent annulées, soit qu'il reste trop peu de participants en lice à l'issue des premières courses, soit qu'ils soient trop fatigués. C'est le cas pour les courses de relais, pour lesquelles si peu de participants avaient compris l'enjeu qu'ils n'étaient pas assez nombreux pour organiser des finales.

Les finales se tiennent le , avec des courses, des courses de haies, des épreuves de saut et de lancer, ainsi que des démonstrations de lutte. Les indigènes purent choisir parmi des activités proposées, notamment le tir à la carabine sur des pièces lancées, l'escalade d'un piquet de 50 pieds en 20 minutes. Pour la clôture, il y eut un concours de danse et une bataille de boue. Des épreuves nouvelles sont proposées, notamment de baseball. Certaines épreuves ne rencontrent aucun succès : les Amérindiens refusent de s'investir à des épreuves de lancer de poids, qu'ils trouvent stupides, ce qui fait dire à Sullivan que jamais auparavant dans l'histoire du sport, d'aussi piètres performances n'avaient été enregistrées pour le lancer de poids. Les épreuves de javelot se heurtent aux mêmes difficultés, alors que Sullivan pensait que les indigènes allaient exceller dans cette discipline.

Alors que Sullivan estime que les résultats des indigènes sont décevants, Simms est embarrassé et exprime son sentiment que les données recueillies sont inutilisables pour ce qui est de la comparaison entre les peuples de différentes origines.

Jeux olympiques et Expositions universelles