vignette|Logo Le Réseau Biblio du Québec est un regroupement provincial de onze réseaux régionaux qui offre des services aux municipalités québécoises de moins de . Sa mission est de maintenir et de développer les bibliothèques publiques en région. Les valeurs du regroupement sont le respect, l’intégrité, ainsi que la solidarité.. En 2018, le réseau comptait 748 bibliothèques membres..

Historique

Les bibliothèques publiques au début des années 60 En 1959, le gouvernement du Québec adopte la Loi sur les bibliothèques publiques du Québec. Cette loi permet la création de deux organismes interdépendants : la Commission des Bibliothèques publiques, organisme permanent et consultatif chargé de faire des recommandations au ministre, et le Service des bibliothèques publiques, responsable de l’exécution de la loi.

En 1961, le gouvernement crée le ministère des Affaires culturelles (MAC) et le service des bibliothèques publiques y est rattaché. Le mandat du service est de « favoriser pour tous les citoyens du Québec, citadins ou ruraux, l'accès gratuit et permanent aux livres et à leurs compléments audiovisuels. » Il doit aussi « fournir au ministère des Affaires culturelles, à la Commission des bibliothèques publiques, aux associations de bibliothécaires, aux bibliothèques, tout renseignement d'ordre culturel, bibliographique ou bibliothéconomique.» L’une de ses principales responsabilités était de planifier le développement du réseau de bibliothèques publiques, du point de vue local, municipal et régional.

À la suite de la structuration des services, le gouvernement commence à recueillir des données statistiques sur les bibliothèques publiques du Québec. Elles permettent d'établir un état des lieux et de le comparer à la moyenne canadienne. En 1961, la population desservie par les bibliothèques publiques au Québec est alors de 45,1%. Le nombre d’usagers s’élève à 14,2% alors que la moyenne canadienne (hors Québec) cette année-là est de 53,4%. Le nombre de livres par habitant est de 0,78, proche de la moyenne canadienne (0,8 livre par habitant) mais très en deçà du standard de l'époque de 1,5 livre par habitant. Le prêt de livres par habitant est de 1,69, alors que la moyenne canadienne est de 3,3.

La situation en région au Québec est particulièrement préoccupante, puisque « 94% de la population rurale ne bénéficie d'aucun service de bibliothèque valable.»

Les Bibliothèques centrales de prêt (BCP) : l'embryon du Réseau BIBLIO En 1962, le Ministère des Affaires culturelles (MAC) se lance dans le développement d’un réseau de bibliothèques régionales, les Bibliothèques centrales de prêt (BCP); « un système régionalisé de bibliothèques qui offriraient aux municipalités de moins de un soutien technique et professionnel en matière de bibliothéconomie ». Le modèle est inspiré des Bibliothèques départementales de prêt françaises.

Le rapport de la Commission d'étude sur les bibliothèques publiques du Québec de 1987 rappelle les rôles et le statut administratif qui avaient été attribués aux BCP. Les bibliothèques publiques se divisent en deux grandes catégories : les bibliothèques publiques autonomes dans les municipalités de plus de et, pour les plus petites municipalités, les bibliothèques publiques affiliées à la BCP de la région. Dans ce rapport, on explique que : « Il a alors été estimé qu'au-delà d'une population de , les municipalités disposent des ressources nécessaires pour prendre en charge et supporter la plus large part de leur service de bibliothèque. » Pour se doter d’une bibliothèque publique affiliée, la municipalité doit signer un contrat de service avec la BCP de sa région. « La municipalité s'engage à respecter des normes de services, à payer tous les frais encourus pour le local et le personnel et à verser la BCP, pour les services reçus, un montant établi en fonction de sa population ». En contrepartie, la BCP a pour mission d'établir et de maintenir les structures de développement et de fonctionnement des bibliothèques. Elles assurent la circulation des documents entre bibliothèques affiliées et concentrent les achats et le traitement documentaire de façon à mettre les ressources en commun et à diminuer les frais d’exploitation. Ce sont des corporations privées sans but lucratif. À ce titre, elles sont gérées par un conseil d'administration élu par l'assemblée générale, composée des représentants municipaux et des responsables des bibliothèques affiliées de toutes les municipalités qui ont signé un contrat de service avec elles.

La première bibliothèque centrale de prêt (BCP) en Mauricie vignette|Gérard Desrosiers, fondateur de la Bibliothèque centrale de prêt de la Mauricie C’est en Mauricie que la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) initie le développement du réseau des bibliothèques municipales et souhaite que la bibliothèque de Trois-Rivières devienne une bibliothèque régionale. Le docteur Gérard Desrosiers, président de la Société Saint-Jean-Baptiste et fondateur de la bibliothèque de la commune de Saint-Narcisse, joue alors un rôle important. La collection de sa bibliothèque étant insuffisante pour combler les besoins de ses concitoyens, il trouve un arrangement avec le conservateur de la bibliothèque de Trois-Rivières, Michel Panneton, pour emprunter plusieurs caisses de livres pour sa bibliothèque. Il fera la navette entre les deux villes une fois par semaine. Cet exemple sert de modèle à la Société Saint-Jean-Baptiste pour la promotion des bibliothèques dans toutes les municipalités de la région.

Michel Panneton et Gérard Desrosiers participent également à la présentation d’un mémoire pour la création du Service des bibliothèques de la Mauricie. La Commission des Bibliothèques publiques du Québec y répond favorablement. La première Bibliothèque centrale de prêt est alors créée à Trois-Rivières en 1962.

Développement des autres bibliothèques centrales de prêt En 1964, une deuxième Bibliothèque centrale de prêt voit le jour à Hull en Outaouais. Dans les années qui suivent, neuf autres BCP sont créées, pour atteindre un total de onze en 1981. +Chronologie de la création des Bibliothèques centrales de prêt.DateRégion28 novembre 1961BCP Mauricie - Bois-Francs31 juillet 1964BCP Outaouais20 octobre 1970BCP Saguenay–Lac-Saint-Jeandécembre 1975BCP Bas-Saint-Laurent–Gaspésie7 octobre 1976BCP Nord-Ouest (actuelle Abitibi-Témiscamingue)7 septembre 1977BCP Québec–Chaudière-Appalaches12 septembre 1977BCP Estrienovembre 1978BCP Région sud de Montréal (actuelle Montérégie)15 janvier 1979BCP des Portages (ouest du Bas-Saint-Laurent)3 août 1979BCP Côte-Nordmai 1981BCP des Laurentides

Les années 1980 : la consolidation du réseau Dès la fin des années 70, les bibliothèques publiques de la ville de Montréal se regroupent afin de mettre en commun certaines ressources et d’améliorer les services. Ce regroupement inspire les responsables de bibliothèques en région et des initiatives similaires se multiplient. Ces regroupements régionaux réunissent des directeurs de bibliothèques publiques autonomes et de Bibliothèques centrales de prêt. Ils permettent l’organisation de projets communs subventionnés, la formation des membres, des achats groupés, campagnes de promotion, etc. Dans cette mouvance, les onze réseaux régionaux affirment leur désir de travailler ensemble et se dotent d’une structure commune en 1984, le Regroupement des Bibliothèques centrales de prêt.

En 1979, Denis Vaugeois, alors ministre des Affaires culturelles, fait adopter la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (loi 51)Canada, Québec. Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, D-8.1, entrée en vigueur en 1981. Cette loi a un impact direct sur les bibliothèques puisqu'elle les oblige « à se procurer leurs ouvrages au prix de détail dans les librairies agréées par le ministère.» Il lance une étude interne pour dresser un bilan des bibliothèques publiques. On y apprend entre autres que « 92% des bibliothèques municipales ont des locaux déficients.» En 1980, il lance un plan quinquennal de développement des bibliothèques publiques, connu sous le nom de « Plan Vaugeois ». « Ce plan propose des mesures plus généreuses pour la construction et la rénovation de bibliothèques municipales. De plus, le gouvernement augmente l’aide au fonctionnement de ces institutions en subventionnant les collections dont les coûts ont augmenté après l’adoption du projet de loi 51 (...). Ce plan de développement obtiendra des résultats tangibles en peu d’années. Le plan Vaugeois contribuera ainsi à l’essor des bibliothèques dans la province et servira de référence au développement de la lecture publique au Québec.» Les conséquences sur les bibliothèques sont appréciables : plus de 700 bibliothèques sont construites en 6 ans sur le territoire québécois. Les dépenses des municipalités pour leur service de bibliothèque passent du simple au double (de 4,76$ par habitant en 1960 à 9,57$ par habitant en 1979). La population desservie atteint 86% à la fin de la décennie.

Cependant, à la suite d'un changement de gouvernement en 1986, les subventions d'aide aux bibliothèques publiques chutent drastiquement. Le gouvernement commande en 1987 la tenue d'une Commission d'étude sur les bibliothèques publiques, présidée par Philippe Sauvageau. Un des éléments qui ressort du rapport, surnommé « Rapport Sauvageau », est le fait que, « malgré les améliorations apportées à la suite du plan quinquennal de développement instauré en 1980 par le ministère des Affaires culturelles, le réseau de bibliothèques publiques du Québec demeure, encore aujourd'hui, incomplet et fait figure de parent pauvre si on le compare à celui des autres provinces canadiennes.» Le rapport recommande la modification de la Loi sur les bibliothèques publiques de 1959, notamment pour y inclure explicitement les Bibliothèques centrales de prêt dont le statut légal demeurait flou. Il cible aussi la Loi 51, qui réduirait le pouvoir d'achat des bibliothèques. Sauvageau recommande la mise sur pied d'un programme d'aide financière aux achats de volumes. Le rapport a peu de conséquences concrètes. La seule mesure tangible est la recréation du Service des bibliothèques publiques qui avait été supprimé en 1982. Il sera cependant définitivement aboli en 1993.

Les années 90 : Les Centres régionaux de services aux bibliothèques publiques En 1992, « l'Assemblée nationale adopte la Loi sur le ministère de la Culture et des Communications (loi 52), qui abroge la Loi sur les bibliothèques publiques de 1959. Sept articles sur cinquante et un de cette loi sont consacrés aux bibliothèques publiques.» Suivant cette loi, les Bibliothèques centrales de prêt deviennent les Centres régionaux de services aux bibliothèques publiques (CRSBP). Leurs objets d'intervention sont définis dans l'article 18 de la Loi. Ils sont alors chargés d'établir de maintenir et de développer des collections de documents publiés, des services de traitement documentaire ainsi que tout autre service professionnel ou technique relatif au fonctionnement d'une bibliothèque publique. Ils ont aussi pour rôle de conclure des contrats de services documentaires, professionnels ou techniques relatifs au fonctionnement d'une bibliothèque publique et de favoriser la mise en commun des ressources, les échanges entre les bibliothèques publiques et la coopération avec toute bibliothèque ou tout organisme intéressé. Enfin, ils sont chargés de promouvoir toute autre activité reliée au fonctionnement d'une bibliothèque publique et d'encourager et soutenir des programmes de formation, d'information, d'animation et de développement culturel.