Les Gardes rouges (chinois : 紅衛兵 / 红卫兵 ; pinyin : Hóng wèi bīng) sont un mouvement de masse chinois constitué en grande partie d'étudiants et de lycéens, dont Mao Zedong s'est servi, de l'été 1966 (historiquement connu sous le nom de « Août rouge ») à 1968, pour poursuivre le processus de la révolution culturelle (1966-1976).

Ce mouvement de jeunesse, impulsé par le Parti communiste chinois, devait prendre pour cible les symboles « réactionnaires » de la société chinoise et notamment les Quatre Vieilleries (vieilles coutumes, vieilles idées, vieilles cultures, vieilles habitudes), qui empêcheraient le socialisme d'avancer.

Pour accomplir ce but, les gardes rouges patrouillaient dans les rues et détruisaient les objets leur paraissant contre-révolutionnaires (livres, statues, costumes traditionnels, peintures). Ils pouvaient aussi soumettre à des séances « d'autocritique » publiques les citoyens montrant des signes de réticences ou ayant un comportement qu'ils jugeaient suspect.

Ils furent ensuite critiqués et persécutés par Mao Zedong lui-même, qui exila nombre d'entre eux dans les campagnes les plus reculées et mit fin brutalement à leurs excès, soutenu en cela par l'Armée populaire de libération.

Origines

Cette révolution visait à purger le parti et renforcer le maoïsme après l'échec du Grand Bond en avantRévolution culturelle en Chine Encyclopédie Universalis, . Les Gardes rouges seront les auteurs de terribles excès durant celle-ci, allant de la destruction systématique du patrimoine à l'humiliation publique, l'enfermement en « camps de rééducation » (ou laogai) et parfois l'exécution des « intellectuels ».

Ce mouvement fut encouragé et manipulé par Mao dans une stratégie de reconquête du pouvoir. Il ferma les lycées et les universités de 1966 à 1972 pour favoriser leur développement. « Curieuse alliance que celle du hiérarque vieillissant avec ces adolescents fanatisés qui le considèrent comme un dieu » indique la sinologue Marie-Claire BergèreMarie-Claire Bergère, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, Paris, 1989..

Historique Les Gardes rouges sont des groupes de garçons et de filles dont l'âge varie de douze à trente ans, et dont la majeure partie est constituée de lycéens. Ils portent un brassard de coton rouge sur lequel figurent trois caractères jaunes qui forment l'expression « Gardes rouges ». Le nouveau slogan à la tête de l'État est <ref name="JLD">Jean-Luc Domenach Mao, sa cour et ses complots. Derrière les Murs rouges, Chapitre XI : Un coup d'État de masse', page 309 et suivantes'''</ref>. Inspirés par les principes du Petit Livre rouge, les gardes rouges ont pour vocation d'éliminer les Quatre vieilleries, de revivifier la société chinoise par opposition au modèle de la société russe rigidifiée. Ils débaptisent à Pékin les noms de rues et monuments évoquant l'ancienne Chine impériale. Ils confisquent les biens des anciens capitalistes. Leur mission est surtout de propager les pensées de Mao Zedong.

Première apparition (1966) Le , Nie Yuanzi, une enseignante de l'université Tsinghua à PékinVéronique Magaud, « Miao Chi, Olivier Dard, Béatrice Fleury, Jacques Walter, dirs, La Révolution culturelle en Chine et en France », Questions de communication, 33, 2018, p.361-365 et la secrétaire du Parti communiste du département de philosophie de l'université, rédige avec d'autres membres du Parti le premier dazibao (une affiche murale). Le dazibao appelle les étudiants à se rebeller contre le président de l'université un « bourgeois antirévolutionnaire » et à défendre le président Mao Zedong. L'opération est supervisée par Cao Yi'ou, la femme de Kang Sheng un proche de Jiang Qing.

Les premiers Gardes rouges sont ainsi constitués autour d’un groupe d’élèves de l’École secondaire annexe de l’université Tsinghua.

Août rouge et terreur rouge

vignette|Mao Zedong, Lin Biao et les gardes rouges (1966). La réputation des gardes rouges fut acquise le (Août rouge). Lors d'une manifestation de masse sur la place devant la porte de la Paix Céleste (place Tian'anmen), Mao accepta et porta le brassard qui servait d'insigne à l'une des fractions de l'école moyenne dépendant de l'université Tsinghua (chinois traditionnel 清華大學 ; chinois simplifié 清华大学 ; pinyin qīnghuá dàxué). Le brassard était rouge avec l'inscription Hong Weibing (« Gardes rouges » ; chinois traditionnel 紅衛兵 ; chinois simplifié 红卫兵 ; pinyin hóng wèibīng) en lettres dorées.

Ce brassard lui fut remis par Song Binbin, la fille d'un des Huit immortels du Parti communiste chinois, Song Renqiong. Mao lui suggéra de changer son prénom de Bin Bin (« Gentille & Modeste ») en Yao Wu (« Va-t-en-guerre » ou « violente »)Révolution culturelle en Chine : les remords d'une garde rouge Le Figaro, 14 janvier 2014.

Factions rivales Les gardes rouges s'attaquèrent aux cibles désignées : les hauts fonctionnaires et les intellectuels, mais aussi à tous les Chinois soupçonnés de s'opposer au président Mao.

Un grand nombre de membres des « cinq catégories noires » ont été persécutés et même tués.

Les interprétations des consignes données conduisent les gardes rouges à se scinder en factions rivalesLes massacres de la Révolution culturelle : Textes de Song Yongyi, traduit par Marc Raimbourg, sous la direction de Marie Holzman, 9.

La première faction se désigne par le nom de « vieux gardes rouges » (lao hongweibing) pour marquer sa prééminence sur les autres factions. Elle est composée essentiellement d'enfants des cadres du parti communiste. Ces gardes rouges considèrent être les plus compétents pour interpréter les orientations de Mao du fait de leur proximité au pouvoir. Puis les rebelles (zaofanpai), qui s'opposent d'une part à la hiérarchie, d'autre part aux orientations des factions rivales. Enfin les conservateurs (baohuangpai) se donnent pour mission de protéger Mao.

D'autres scissions donnent naissance aux « rebelles conservateurs » et aux « rebelles révolutionnaires ». À ces groupes s'ajoutent des factions locales qui s'organisent dans les provinces chinoises. Ainsi le garde rouge Dai Hsiao-ai évoque les différentes factions de la région de Pékin : « les aigles », « drapeau rouge », « rebelles révolutionnaires ». Un groupe de l'université de Qinghua allait acquérir une réputation nationale puis mondiale, il se dénommait « gardes rougesMémoires du garde rouge Dai Hsiao-ai, autobiographie politique présentée par Gordon A. Bennett et Ronald N. Montaperto, Éditions Albin Michel, 1971, 89 ». Pour Jacques Andrieu, les Gardes rouges conservateurs défendaient « l'ordre établi » alors que les Gardes rouges rebelles est un « courant anti-bureaucratique, qui percevait celui-ci comme reposant sur l'oppression d'une partie de la population par une nouvelle classe sociale »Jacques Andrieu (chargé de recherche CNRS) Les gardes rouges : des rebelles sous influence Cultures & Conflits, été 1995.

Pour Marie-Claire Bergère, .

Destruction des Quatre vieilleries

vignette|Les gardes rouges tentent de démolir le panneau d'affichage devant un magasin de montres (1966). Lors du rassemblement du , Lin Biao prend la parole, en tant que porte-parole de Mao, pour exhorter les gardes rouges à détruire les Quatre vieilleries .

Les objets antérieurs à 1949 doivent être détruits. Les maisons sont pillées, les objets d'art et les meubles anciens sont détruits. Des feux sont allumés pour brûler les livres. À Pékin les particuliers, issus de « mauvaises origines » dont les biens furent simplement détruits ou volés sont finalement chanceux. En effet, certains d'entre eux sont expulsés de leurs logements et doivent rejoindre la province d'origine de la famille. Les Gardes rouges prennent ces mesures pour . Ainsi entre le et le Pékinois sont expulsés. Au cours de la même période et pour l'ensemble de la Chine « monstres malfaisants » doivent retourner dans le village d'origine de leur familleLa Dernière révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976 Chapitres 6, Les Gardes rouges pages 143 et suivantes.

Par contre un autre sort attend les « révisionnistes de haut niveau ». En effet des écrivains, des artistes, des enseignants, des intellectuels, des scientifiques passent dans la catégorie des . Ils subissent des humiliations et des maltraitances régulières notamment lors de grands meetings rassemblant des milliers de Gardes rouges. Ainsi lors du rassemblement du devant Gardes rouges et partisans, Wu De, nouveau maire de Pékin, dénonce ». À cette occasion les anciens responsables politiques de Pékin dont Peng Zhen, Liu Ren, Wang Li, Wu Han et Zheng Tianxiang sont les représentants de cette « lie » et ils sont « luttés ». De même le , sur le campus de l'université de Tsinghua, spectateurs assistent à l'humiliation de Wang Guangmei, la femme du président Liu Shaoqi et de près de 300 autres « révisionnistes engagés sur la voie du capitalisme». Après ces séances de lutte certaines victimes, poussées à bout, se suicident.

Les musées sont détruits. La Cité interdite échappe à la destruction par les gardes rouges grâce à l'intervention de Zhou Enlai qui la fait protéger avec l'armée.

Guerre civile (1967)

Pendant l'été de 1967 la Chine . Mao Zedong indique : . Chaque école, usine entité politique se déchirait. Lin Biao constate : . L'incident de Wuhan est caractéristique de cette période. Au début de 1967, 54 organisations de Gardes rouges se disputaient le pouvoir, au fil des alliances et confrontations, elles se regroupent en deux factions. D'un côté les conservateurs avec le « million de héros », de l'autre les « trois aciers trempés » plutôt à gauche. Le chef local de l'Armée populaire de libération, , prit le parti de la faction conservatrice espérant ainsi maintenir l'ordre. Mao Zedong, accompagné de son premier ministre Zhou Enlai, de Xie Fuzhi et de Wang Li, fait une tournée d'inspection à Wuhan, tout en gardant confidentielle sa présence. Chen Zaidao est critiqué et malmené par les Gardes rouges gauchistes, ce qui provoque une vive réaction de l'armée de la région militaire de Wuhan. Ainsi Wang Li est arrêté par l'armée, c'est Zhou Enlai qui réussit à le faire libérer après de difficiles négociations. Mao Zedong doit fuir la ville de Wuhan pour se mettre à l'abri. À la suite de cet incident Chen Zaidao est relevé de son commandementChen Zaidao sera réhabilité en 1972 et sera membre du Comité central en 1978.. Des troupes militaires sont envoyées à Wuhan pour rétablir l'ordre maoïste. Peu après cet épisode Mao et Jiang Qing engagent le mouvement « armer la gauche » pour contrebalancer le pouvoir militaire provoquant de nouvelles flambées de violencesLa révolution culturelle sous le regard des Français, 1966-1971 de Camille Boullenois, Préface de Marianne Bastid-Bruguière pages 43 et suivantes. La situation de Wuhan est loin d'être isolée, à Canton, à Nankin, dans le Sichuan ou le Hunan l'armée s'oppose violemment aux Gardes-rouges gauchistes. Mao Zedong va de nouveau changer de stratégie, après avoir détruit le « Parti de Liu Shaoqi » en utilisant les Gardes rouges, il se rapproche du modéré Zhou Enlai et utilise Lin Biao, chef des armées, pour établir un nouvel ordre.

Élimination (1968)