LUSS Monitor de 1862 est un navire cuirassé de l'US Navy célèbre pour sa participation au premier affrontement entre cuirassés, lors du combat de Hampton Roads, qui signe la fin de l'époque de la marine à voile.
Sa courte carrière se déroule pendant la guerre de Sécession (1861 - 1865).
La situation au début 1862 La guerre de Sécession commence le . Onze États basculent dans le camp confédéré. Parmi eux, la Virginie, où se trouve l'arsenal de Gosport, près de Norfolk, un inconvénient pour la marine de l'Union.
Les troupes confédérées s'approchent de Norfolk en . Les Nordistes évacuent la région le . Ils incendient l'arsenal de Gosport, mais, pour des raisons confuses, cela sera tellement mal mené que les Sudistes récupèreront une grosse quantité d'approvisionnement dans un arsenal rapidement remis en état.
Le Nord cherche à étouffer la Confédération. Pour cela, il instaure le blocus de sa façade maritime.
Le Sud veut casser ce blocus, tant pour son commerce que pour l'espoir de voir pencher en sa faveur les puissances du Vieux Continent. Pour cela il lui faut se doter d'une marine. Il décide de construire des navires cuirassés, et commence par utiliser la carcasse renflouée d'une frégate détruite par les Nordistes en retraite, le MerrimackLe navire, à l'origine, s'appelait Merrimack. Les sudistes l'ont renommé Virginia. Mais les Nordistes, comme une bonne part des Sudistes, continuent à l'appeler par son nom d'origine. Cette habitude est conservée dans l'article.
Si l'idée de construire des navires cuirassés était dans l'air depuis plusieurs annéesLa France a lancé la frégate cuirassée Gloire en 1859, promptement suivie par le Royaume-Uni avec le ., la découverte des plans confédérés accélère le mouvement. La décision est prise de construire des navires capables de s'opposer à ceux du Sud, en particulier le Merrimack en cours d'armement à l'arsenal de Gosport.
Le , des annonces sont passées dans la presse pour inviter les entreprises à présenter des projets de navires cuirassés. Il y aura 17 réponses à l'appel d'offres passé. Trois projets seront retenus, dont celui d'un dénommé Ericsson.
vignette|alt=Photo de la statue de John Ericsson érigée à la Battery, New York, tenant une maquette du Monitor à la main|Statue de John Ericsson à la Battery (Manhattan), à New York, tenant une maquette du Monitor à la main. John Ericsson, né en 1803, dirige un chantier de construction navale à New York. D'origine suédoise, il a émigré en 1839 après avoir vainement tenté de vendre à la marine britannique un nouveau modèle de navire de guerre. D'un caractère difficile, il est mal vu de l'état-major de la marine américaine et c'est de justesse que son projet a été retenu.
Son projet est radicalement différent des deux autres qui sont, eux, plus proches de ce que présentent déjà la Gloire ou le . Avec la disparition des mâts et des voiles, le navire cuirassé est uniquement propulsé par une hélice quadripale actionnée par une machine à vapeur. Un pont quasiment au ras de l'eau et une grosse tourelle cylindriqueEricsson avait déjà présenté son projet à Napoléon III, pendant la guerre de Crimée. À l'époque, son navire avait une tourelle en forme de coupole. Ericsson ne gagnera pas de commande mais une aimable lettre de remerciements et une médaille., abritant deux canons de (, le calibre, sinon la puissance, des canons des dreadnoughts du Jutland).
C'est son projet qui est retenu. Il est cependant concevable que l'argument qui ait emporté la décision des autorités de la marine fédérale soit plus la vitesse de réalisation garantie par le constructeur que la compréhension de la révolution que le nouveau vaisseau cuirassé allait apporter à la guerre navale. Les deux autres projets, ceux qui allaient donner naissance au et au , ne pouvaient aboutir avant la date prévue par les Nordistes pour l'apparition du cuirassé préparé par les Sudistes.
Construction
Le contrat est signé le . Il prévoit que le navire doit être livré cent jours plus tard, moyennant un prix de .
Une marque de la défiance de l'état-major de la marine US envers le projet présenté par John Ericsson peut être relevée dans ce contrat : il précise que le navire doit comporter mâts, voiles et provisions pour cent hommes pendant un mois, ce qui est totalement incompatible avec le projet présenté par Ericsson. Le constructeur ignorera purement et simplement ces clauses et personne ne s'en souciera plus...
Les travaux sont menés au plus vite, mais il y aura quand même du retard. Le navire est lancé le . On lui pose ensuite sa tourelle. Il se compose en définitive d'une coque en fer, sur laquelle est posé un pont blindé. Il est pris en charge par la marine fédérale le .
Caractéristiques
dira le prince de Joinville, vice-Amiral de France, dans la relation qu'il fera du combat de Hampton Roads.
Allure générale
Le projet réalisé est celui d'un bateau à pont plat, quasiment au ras de l'eau, cuirassé bien sûr et surmonté d'une tourelle cylindrique portant deux forts canons.
La coque a une longueur de , pour une largeur de ( et ). Le franc-bord est de , soit . Elle a été construite en deux parties, la coque proprement dite et le pont blindé qui vient se poser dessus en débordant largement. Il déborde aussi à l'arrière pour protéger hélice et gouvernail. Pour les deux parties, on a une armature en chêne sur laquelle sont fixées des plaques de fer.
Son déplacement est de , le quart de celui du Merrimack. Son tirant d'eau de (), la moitié de celui du Merrimack.
La tourelle cylindrique pivotante de a une armature en fer, sur laquelle ont été superposées 8 plaques de blindage d'une épaisseur de () chacune, maintenues par des rivets. Elle a un diamètre de (), pour une hauteur de (). Deux embrasures ont été percées pour les canons, en superposant 3 trous de de diamètre (). Pour protéger l'intérieur et les servants, deux mantelets pendulaires peuvent être manœuvrés latéralement pour obturer les embrasures. Leur poids rend la manœuvre difficile et requiert la force de la totalité des servants des canons.
À la base de la tourelle, une grande roue dentée est reliée par des engrenages à un moteur à vapeur particulier : il lui faut 30 secondes, à pleine vitesse, pour effectuer un tour complet. Un officier et son aide-mécanicien sont spécialement chargés d'assurer la rotation.
Pour assurer l'étanchéité, la tourelle est posée sur son support, un anneau de cuivre. En vue du combat, un mécanisme permet de la soulever légèrement, autorisant alors la rotation.
Pour diriger le navire, il y a une timonerie sur l'avant du navire. C'est une sorte de petit cube blindé qui dépasse du pont, de (), sur l'avant du Monitor. Son blindage est de (). Les seules ouvertures sont des fentes de visée de (¼ pouce).
Aménagement
Tous les éléments décrits ici, de l'avant à l'arrière, se trouvent sous le niveau de l'eau, n'offrant aucune visibilité sur ce qui se passe alors à l'extérieur du navire.
Tout à l'avant, on trouve un espace permettant de jeter ou remonter l'ancre. Cette disposition évite d'exposer l'équipage pendant cette opération. Elle permet aussi de protéger cet élément indispensable. Derrière, on trouve la chambre et le bureau du capitaine. Celui-ci à tribord, celle-là à bâbord. Il y a huit cabines pour officiers, quatre de chaque côté, en deux rangées de deux. L'espace central entre les cabines sert de carré, avec une table en chêne et sièges. La taille des cabines est de sur 4 (1,80 sur ) pour les plus centrales, les autres ont une largeur double, mais elles ne sont pas plus spacieuses à cause de l'arrondi de la coque. L'aménagement est spartiate, un lit de de long, 2 tiroirs dessous et deux placards dessus, difficiles à atteindre dit-on, dans un coin, deux étagères superposées pour disposer les éléments nécessaires à la toilette. Chaque cabine dispose d'un petit hublot à travers le pont permettant de procurer un peu de lumière. Ce hublot peut être couvert d'un blindagePour avoir tous les détails, on pourra se reporter utilement aux lettres très détaillées écrites à l'époque par l'officier-payeur du Monitor, William Keeler.. Ces cabines, comme celles du capitaine, ont les cloisons peintes en blanc ; elles sont décorées de moulures de chêne et noyer. Deux autres cabines servent à l'infirmerie et à la réserve aux alcools (spirit-room) de l'autre côté. Le poste d'équipage : de chaque côté, des réserves, la sainte-barbe. L'équipage peut y accrocher ses hamacs à des crochets du plafond. Mais en général, les marins préfèrent dormir sur le plancher de bois. Ils prennent aussi là leurs repas. Cependant, ils préfèreront, à chaque fois que possible, manger à l'air libre sur le pont. C'est de là que l'on peut gagner la tourelle, puis le pont, en passant par l'une des deux trappes au sommet de celle-ci. Derrière la cloison centrale, la cambuse, WC et réserves. Les machines occupent la moitié arrière de la coque ; elles sont donc aussi sous la surface de l'eau. Le Monitor dispose de 2 chaudières à charbon. La vapeur produite actionne un moteur de 320 chevaux. Par manque de place en hauteur, les pistons sont horizontaux et opposés, ce système de moteur à bras oscillants () est une nouveauté.. Il n'y a pas de cheminée proprement dite. Le tirage est assuré par des ventilateurs qui aspirent l'air à l'intérieur, le faisant sortir par deux orifices placés au ras du pont derrière la tourelle. Il emporte de charbon, dans 2 compartiments situés de part et d'autre des chaudières.La visibilité est faible, l'éclairage étant totalement artificielUne écoutille donne sur le pont, mais l'ouvrir perturbe la ventilation des chaudières et n'est pas sans risque durant un combat.. On peindra même les cloisons en blanc pour accentuer la luminosité.
Il peut faire très chaud dans le cuirassé d'Ericsson. On arrive à noter (), au poste d'équipage, quand le navire n'est pas ancré au soleil ; cela peut monter jusqu'à () dans le local machines. Il y a pourtant une circulation d'air forcé dans tout le navire, mais elle n'est pas très efficace.
La réception du « Ericsson Folly »
C'est ainsi que certains journalistes vont appeler le nouveau navire d'Ericsson, montrant ainsi la valeur qu'on lui attribue.
C'est son constructeur qui va proposer, dit-on, son nom de baptême. Le mot de « Monitor » a le sens de « celui qui enseigne », « celui qui admoneste et corrige les mauvais sujets ». L'intention était de proclamer que le nouveau bateau allait apprendre aux confédérés ce qu'il allait leur en coûter et, accessoirement, de montrer aux puissances européennes tentées par une neutralité bienveillante l'erreur qu'elles feraient en appuyant les sécessionnistes. La proposition est acceptée, et le navire devient officiellement le Monitor.
Il est pris en charge par la Marine US le , 15 jours avant le lancement du Merrimac. Particularité des contrats de ce temps, le constructeur n'est pas entièrement payé. Le solde, 25 % quand même, est retenu jusqu'à ce que le commandant du Monitor, en personne, certifie que le navire navigue bien et est apte à tenir le rôle à lui dévolu. En d'autres termes, quand le Monitor combat le Merrimack, il appartient encore pour partie au civil qui l'a construit...
Mise en œuvre
Le Monitor est un navire révolutionnaire pour l'époqueCela va de la tourelle rotative aux... WC ! Avec chasse d'eau et fonctionnant donc sous la surface. Précision complémentaire : la séparation des officiers d'avec les simples matelots se retrouve même à cet endroit. Les WC des officiers sont à bâbord, ceux de l'équipage à tribord.. Les autres navires à vapeur ont toujours des mâts et des voiles. Leur artillerie est placée principalement en batteries latérales, même s'ils disposent de quelques canons sur pivot.
Et, surtout, ils sont construits en bois et n'ont pas de blindage.
Fonctionnement