La surpêche est la pêche excessive (légale ou illégale) ou pêche destructive de la ressource, pratiquée par l'homme sur certains poissons, crustacés ou mollusques. C'est une tendance observée dans presque toutes les pêcheries de la planète, qui préoccupe la FAO et l'ONU car menaçant la sécurité alimentairePauly D., R. Watson et J. Alder. 2005. . Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci 360:5-12. et les équilibres écologiques marins. Selon la Banque mondiale et la FAO, en 2009 le coût de perdus (par comparaison à un scénario de pêche durable Rapport de synthèse du rapport TEEB commandé par l'Europe à un groupe de travail (sur 3 ans) piloté par l'économiste Pavan Sukhdev pour le Sommet de la Terre de Nagoya (2010) (PDF, 49 p.)).
Le concept de pêche durable désigne les modes de pêche visant à ne pas surexploiter la ressource ; certains auteurs, face au constat que la libre concurrence et les subventions ont aggravé la surpêche, plaident également pour une « altermondialisation halieutique »Julien Noel et Bastien Malgrange. « « Un autre monde halieutique est possible ! » : pêche durable et altermondialisation halieutique en France » 28 juin 2011. Revue Vertigo, Regards / Terrain, 2011..
thumb|300px|Graphique reprenant les couleurs conventionnelles des « feux rouges » et du code de la route, appliquées aux zones de risque et de précaution (jaune) pour le concept de pêcheries gérées et contrôlées, montrant quand un plan de reconstitution est obligatoire en termes de précaution, et montrant les points critiques (danger, et limite dépassée) pour ; 1) la biomasse du stock reproducteur et 2) le taux de mortalité induit directement et collatéralement par les actions de pêche (incluant donc les prises rejetées en mer ou les dégâts collatéraux des chaluts sur les habitats, les impacts des filets perdus, les impacts de la destruction des rapports prédateurs/proies, la privation de nourriture pour les oiseaux et animaux piscivoresActu Environnement, Les oiseaux marins, victimes collatérales de la surpêche, 27 décembre 2011, Cf. étude internationale montrant une corrélation entre le déclin des populations d'oiseaux marins et la surpêche. La définition d'un seuil critique de biomasse de poissons vital aux oiseaux pourrait ainsi favoriser l'émergence d'une pêche durable.
Éléments de définition On parle de surpêche quand l’augmentation des capacités de capture entraîne : une diminution du nombre de prises, voire la disparition plus ou moins locale de certaines espèces une diminution de la taille moyenne et de l'âge des prises (qui correspond à une perte de niveaux trophiques) une diminution du poids moyen des prises (individus plus jeunes, ou éventuellement sous-alimentés) la régression du stock d'individus aptes à se reproduire (sachant que le nombre d'œufs fécondés et pondus est bien plus élevés chez les poissons ayant atteint leur pleine maturité)
Lorsque ces signes sont groupés, ils indiquent que l’espèce est pêchée plus vite qu’elle ne peut se reproduire et se maintenir. Mais il n’est pas toujours facile de précisément distinguer un mort d'un vivant quand un seuil critique est dépassé, ni les rôles respectifs de la pêche et d'autres facteurs environnementaux (surtout climatiques ou liés à la pollution ou à l'introduction d'espèces invasives ou de parasites) dans la baisse de certains stocks de poissons. De plus les dérèglements climatiques induisent des modifications (naturelles ou non) des courants ou des apports terrigènes via les estuaires, et certaines populations de poissons ou de crustacés peuvent se déplacer, pouvant localement laisser croire à une amélioration de la situation ou au contraire à une régression. On observe par exemple une remontée vers le nord de certaines populations de poissons. Des poissons peuvent ainsi donner localement l'impression de disparaître ou de réapparaître dans une région pour d'autres raisons que la pression de pêche. Seules une gestion partagée et une surveillance scientifique générale des « stocks » peuvent donner une idée globale des ressources marines halieutiques. Pêche excessive conduisant à un épuisement de stocks de poissons.
Modélisation Différents modèles biomathématiques (Ecopath, Ecosim, Ecospace..) permettent de mieux analyser et prédire les effets (niveaux trophiques en particulier, ou réponse des communautés animales à la surpêchePiet, G. J., et S. Jennings. 2005. http://icesjms.oxfordjournals.org/content/62/2/214.full Response of potential fish community indicators to fishing]. ICES Journal of Marine Science 62 : 214-225 (résumé).) de la surpêchePauly D., V. Christensen et C. Walters. 2000. Ecopath, Ecosim, and Ecospace as tools for evaluating ecosystem impact of fisheries. ICES Journal of Marine Science [ICES J Mar Sci] Vol 57 : 697-706..
Situation mondiale de la surpêche thumb|300px|400 tonnes de chinchard du Chili pêchées par un senneur chilien. Selon une étude de 2001Jeremy B. C. Jackson et al, Review Historical Overfishing and the Recent Collapse of Coastal Ecosystems, 2001-07-27 Science : Vol. 293 n° 5530 pp. 629-637. DOI : 10.1126/science.1059199. Résumé., que d'autres ont confirmée depuisWatson, R. A., Cheung, W. W., Anticamara, J. A., Sumaila, R. U., Zeller, D., & Pauly, D. (2013). Global marine yield halved as fishing intensity redoubles. Fish and Fisheries, 14(4), 493-503. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1467-2979.2012.00483.x/full, tous les océans sont aujourd'hui touchés par la surpêche. Et l'. Les auteurs de l'étude de 2001 estiment que les données d'écologie rétrospective aident à clarifier les causes profondes des changements écologiques, et leur ampleur… Et qu'elles démontrent aussi des objectifs réalisables de restauration et gestion des écosystèmes côtiers, qui ne pouvaient même pas être envisagées sur la seule perspective limitée des observations récentes.
Une autre étude récente (2011) a dans sept écosystèmes (en Atlantique, dans le Pacifique et les océans de l'hémisphère sud) et pour 14 espèces d'oiseaux marins observé les effets du manque de nourriture, induit par la surpêche. Elle a montré que les relations prédateur-proie sont essentielles pour comprendre la dynamique des écosystèmes marins. Sur la base des bases de données mondiales les plus complètes, les chercheurs ont quantifié l'effet des fluctuations d'abondance de nourriture sur le succès de reproduction des oiseaux marins ; ils ont montré qu'existait un « seuil critique » de nombre de proies (poissons et krill accessibles, dits « forage fish / poisson fourrage ») sous lequel l'abondance des oiseaux marins décline systématiquement. Cette « réponse au manque de nourriture » a été commune dans tous les cas étudiés. Ce seuil critique est d'environ un tiers de la biomasse maximale en proie observée dans les études à long terme. Ce seuil est selon les auteurs un nouvel indicateur du minimum de biomasse en proies nécessaire à la survie à long terme des populations d'oiseaux marins. De plus, en consommant préférentiellement les poissons malades ou plus lents, les oiseaux prédateurs contribuent probablement eux-mêmes à long terme au maintien de stocks halieutiques en meilleure santé.
Une équipe de recherche internationale a passé au crible plus de 200 modèles d’écosystèmes océaniques sur l’ensemble de la planète, pour évaluer l’évolution de la biomasse mondiale en poissons de 1880 à 2007 : elle conclut, en , que les stocks de gros poissons (thons, mérous, requins et autres prédateurs supérieurs) ont chuté de deux tiers en un siècle ; et ce déclin s’accélère : plus de la moitié (54 %) de cette perte de biomasse s’est produite au cours de ces 40 dernières années, soit depuis le début de la pêche industrielle dans les années 1970Moins deux tiers de gros poissons en 100ans, Institut de recherche pour le développement (IRD), novembre 2014..
Histoire thumb|350px|Carte topographique, les plateaux continentaux, habitat de la grande majorité des poissons, y apparaissent en bleu cyan. On voit que la mer du Nord est située entièrement sur un plateau. La prise de conscience par le plus grand nombre de l'existence d'une surexploitation des ressources halieutiques de l'océan est relativement récente. En 1609 dans son , le juriste Grotius, fondateur d'un droit international basé sur le droit naturel, pouvait encore écrire : . On sait aujourd'hui qu'en fait, la majorité des poissons (peut-être 90 %) habite la zone pélagique de l'océan, soit les zones de moindre profondeur ; ce n'est que depuis les années 1980 qu'on commença à pêcher en eaux profondes (à plus de de profondeur) des poissons relativement peu connus avant, tels que le flétan noir, l'empereur, la lingue bleue, le sabre noir, ou le grenadier [controller=News&tx_news_pi1[action]=detail&cHash=bc87f9360d525a26d269baf42bf97346 Pêche profonde : l’Europe peine à fixer le cap], Cité des sciences et de l'industrie, 16 octobre 2012., mais qui vivent en densité plus faible et constituent tous des ressources non-durables du fait des très faibles taux de reproduction et de croissance des espèces de grande profondeur.
Toutefois, dès le , la raréfaction des poissons commence à inquiéter dans l'Atlantique européen., et le médecin Tiphaigne de La Roche décrit les mers européennes comme et , accusant notamment les filets traînants, ancêtres de nos chaluts modernes.. Son hypothèse est reprise quelques années plus tard par le naturaliste Henri Louis Duhamel du Monceau dans sa ., mais à l'époque la principale réponse apportée sera d'étendre le rayon d'action des navires et de développer les pêches profondes, australes ou outre-mer.
La surpêche n'est donc pas un phénomène récent, même si elle s'est accentuée, systématisée et mondialisée après la Seconde Guerre mondiale. À titre d'exemple : la surpêche du saumon date au moins de plusieurs siècles, comme en témoignent certaines des gravures illustrant l'Encyclopédie de Diderot (au ). Ces illustrations décrivent précisément des systèmes sophistiqués de filets ou de barrages posés sur toute la largeur d'un cours d'eau, permettant déjà de capturer la quasi-totalité des saumons remontant ces cours d'eauChasses, pêches : extrait du « recueil de planches sur les sciences, les arts libéraux et les arts méchaniques »] (numérisé par Gallica et la BnF)Autre illustration provenant de l'encyclopédie de Diderot, montrant des techniques de pêche intensive du saumon, utilisées en France au . Un peu plus tard, la pêche intensive de la sardine en Baie de Douarnenez (France) a montré les limites de méthodes si efficaces qu'elles ont en quelques décennies fait régresser ou localement disparaître une ressource qui paraissait antérieurement inépuisable. Une étude récente (2019) basée sur l'ADN d'écailles collectées à partir des années 1910 montre que le déclin du saumon rouge a été plus généralisés et brutal qu’on ne le pensait jusqu'alors : les 13 principales populations de saumon rouge sauvage de la rivière Skeena (l'un des deux cours d'eau encore les plus « riches » en saumon du canada) ont chuté de 56% à 99% de 1913 à 2014, principalement à cause de la surpêche selon les auteursLesley Evans Ogden (2019) Salmon-smeared notebooks reveal fisheries past bounty ; Science 23 aout 2019: Vol. 365, N°6455, pp. 733 ; DOI: 10.1126/science.365.6455.733 (résumé et lien vers l'article). Dès 1889, le Parlement britannique vote une loi autorisant le Fisheries Board à interdire la pêche au chalut (beam trawling) dans le Moray Firth, en Écosse, afin de préserver la population de harengs. Néanmoins, les chalutiers étrangers continuèrent à pêcher dans cette région. En septembre 1925, le Conseil international pour l'exploration de la mer nomma une commission ad hoc chargée de résoudre le problème, qui publia un rapport en 1927. Cette même année, l'Assemblée de la Société des Nations vota une résolution concernant la possibilité d'établir "une protection internationale de la faune maritime".