Le protectorat britannique d'Afrique centrale (en ) est une ancienne colonie britannique qui s'étendait sur le territoire actuel du Malawi. Créé en 1891, il devient le protectorat du Nyassaland en 1907.

L'intérêt des Britanniques pour la région est consécutif aux explorations de David Livingstone qui, en 1852, remonte le Zambèze. Le gouvernement britannique finance son expédition débutant en 1858 à l'occasion de laquelle il découvre le lac Malawi en 1859. Dans son sillage, dans les années 1860, des sociétés missionnaires s'installent, notamment l'Église d'Écosse, l'Église libre d'Écosse et l'Universities' Mission to Central Africa ainsi que quelques colons. Le gouvernement portugais revendique cependant la majeure partie de la région. Afin de prévenir une occupation effective par les Portugais, les Britanniques y instituent un protectorat, qui couvre d'abord le sud de la région puis la totalité du territoire en 1889. Après des négociations avec les Portugais et les Allemands quant aux frontières, l'existence du protectorat est formellement ratifiée par le gouvernement britannique en .

Les Britanniques engagent un conflit armé avec les esclavagistes swahilis en 1895, qu'ils emportent, afin de faire cesser la traite sur la rive orientale du lac Malawi.

Une problématique se fait jour dès le début quant aux revendications foncières des Européens arrivés avant l'instauration officielle du protectorat.

Dépourvu de ressources minérales, l'économie du protectorat repose essentiellement sur l'agriculture, café puis coton et surtout tabac et thé. La construction d'un chemin de fer au début du permet l'accroissement significatif des cultures de rente correspondantes.

Débuts

Les hauts plateaux de la Shire au sud du lac Nyasa (actuel lac Malawi) et la région à l'ouest du lac sont explorés par David Livingstone entre 1858 et 1864 dans le cadre de ses expéditions sur le Zambèze. Il prétend que le climat doux et la fertilité de l'endroit pourrait en faire un emplacement idéal pour faire la promotion du christianisme et pour le commerce. À la suite, des missions anglicanes et presbytériennes s'établissent dans les années 1860 et 1870. Dans les années 1870, l'African Lakes Corporation, originaire de Glasgow, commence à travailler en étroite coopération avec les missions presbytériennes. Son but est de mettre en place une activité de commerce et de transport, de combattre le commerce esclavagiste, de faire des profits afin de financer les missions et de développer l'influence européenne dans la région. Une mission et un petit poste commercial sont établis à Blantyre en 1876 et un consul britannique prend résidence en 1883.

Des prazos (domaines fonciers aux mains de Portugais) sont établis dans la basse vallée de la Shire depuis 1830, et le gouvernement portugais réclame l'autorité sur la majeure partie de l'Afrique centrale, quoiqu'il n'y ait d'occupation portugaise effective que sur de petites parties de celle-ci. En 1879, le gouvernement portugais réclame formellement à gouverner la région au sud et à l'est de la Ruo et, en 1882, occupe la basse vallée de la Shire jusqu'à la Ruo. Les Portugais entament des négociations avec les Britanniques à ce sujet, mais la conférence de Berlin (nov. 1884-fév. 1885) met fin à ces discussions bilatérales. Dans le même temps, lAfrican Lakes Corporation essaie d'obtenir le statut de compagnie à charte auprès du gouvernement britannique mais, en 1886, elle n'y est pas encore parvenue. En 1885-1886, Alexandre de Serpa Pinto entreprend une expédition qui atteint les hauts plateaux de la Shire, mais il échoue à signer un traité de protection avec les chefs Yao des territoires à l'ouest du lac Malawi.

Jusqu'en 1888, le gouvernement britannique refuse la responsabilité de protéger les quelques sites coloniaux des hauts plateaux de la Shire, malgré les réclamations de l'African Lakes Corporation qui affirme que la présence portugaise perturbe ses activités commerciales. Il refuse également de négocier avec Lisbonne, considérant que les revendications sur les hauts plateaux de la Shire, que les Portugais veulent inclure dans le Mozambique portugais, ne sont pas appuyées par une occupation effective, ce qui est une clause de la conférence de Berlin. Afin de prévenir cette occupation portugaise, Harry Johnston est nommé comme consul pour le « Mozambique et l'intérieur des terres », afin de rendre compte de l'influence portugaise dans les régions du Zambèze et de la Shire et de signer des traités avec les chefs locaux encore en dehors de la juridiction portugaise. Ces traités ne visent pas, à ce moment, à être les prémices d'un protectorat, ils ont pour but d'empêcher les signataires d'accepter la « protection » d'autres États européens. Avant de prendre ses fonctions sur place, Harry Johnston passe six semaines à Lisbonne, au début de 1889, afin de négocier les sphères d'influence respectives du Portugal et du Royaume-Uni en Afrique centrale. Le texte préliminaire, rédigé en , détermine une « sphère » britannique incluant toutes les terres à l'ouest du lac Malawi, ainsi que le Mashonaland, mais pas les hauts plateaux ni la basse vallée de la Shire, dévolus aux Portugais. Cela va au-delà de ce que le gouvernement britannique est prêt à accepter, et la proposition est rejetée.

En 1888, le gouvernement portugais donne comme consigne à ses représentants de tenter de négocier des traités de « protection » avec les Yao du sud-est du lac Malawi et des hauts plateaux de la Shire. Une expédition, organisée par Antonio Cardoso, ancien gouverneur à Quélimane, part pour le lac Malawi en ; peu de temps après, au début de l'année 1889, une seconde expédition, menée par Alexandre de Serpa Pinto, remonte la vallée de la Shire. À elles deux, les expéditions permettent la signature de plus de vingt traités avec les dirigeants locaux. Alexandre de Serpa Pinto rencontre Harry Johnston en aux bords de la rivière Ruo, après que le second ait conseillé au premier de ne pas traverser la rivière pour rejoindre les hauts plateaux. Jusque là, de Serpa Pinto avait agi avec prudence, mais, en septembre, après des affrontements mineurs entre l'avant-garde de ses troupes et des chefferies Makololo , il traverse à Chiromo. En réponse, John Buchanan, adjoint de Harry Johnston, décrète, en l'absence de ce dernier, un « protectorat des hauts plateaux », malgré les instructions contraires du Ministère britannique des affaires étrangères. Il est probable qu'il a agi sur la foi d'instructions laissées par Harry Johnston avant son départ pour le nord, instructions qui avaient pour but de dissuader Alexandre de Serpa Pinto de continuer sa progression plutôt que d'établir la domination britannique sur la région. Néanmoins, en , les soldats portugais attaquent une chefferie Makololo, tuant soixante-dix personnes puis, dans deux bateaux armés, remontent la Shire à travers la zone où Buchanan a instauré le protectorat. Après le départ d'Alexandre de Serpa Pinto, gravement malade, en , son commandant en second, João Coutinho, progresse jusqu'à Katunga, le port fluvial le plus proche de Blantyre ; certains chefs Makololo fuient vers Blantyre pour s'y réfugier. La proclamation ultérieure d'un « protectorat des districts du Nyassaland » par Harry Johnston est aussi contraire aux instructions du Ministère des affaires étrangères.

vignette|District de Nsanje (en rouge) sur la carte du Malawi.

Ces événements déclenchent une crise anglo-portugaise qui culmine le par un ultimatum britannique qui exige que les Portugais renoncent à toute revendication sur le territoire compris entre la rivière Ruo et l'ouest du lac Malawi. Le gouvernement portugais accepte sous la contrainte et ordonne à ses troupes présentes dans la vallée de la Shire de se retirer sur la rive sud de la Ruo. L'ordre parvient à Katunga le et, le , Katunga et Chiromo sont totalement évacuées par les troupes portugaises. L'instauration du protectorat est finalement approuvée en . En effet, la découverte du canal de Chinde, dans le delta du Zambèze, suffisamment profond pour les bateaux océaniques et situé dans les eaux internationales, permet d'éviter de passer par le territoire portugais et d'utiliser le port de Quélimane. La décision de Lord Salisbury, Premier ministre britannique de l'époque, est aussi influencée par l'offre faite par la British South Africa Company de financer l'administration du protectorat. Le traité anglo-portugais de 1891 fixe la frontière sud du territoire renommé British Central Africa Protectorate (« protectorat britannique d'Afrique centrale »). La rivière Ruo forme de facto la frontière séparant les sphères d'influence britannique et portugaise depuis 1879. Le traité de 1891 attribue une zone à l'ouest de la Shire et au sud de sa confluence avec la Ruo aux Britanniques alors qu'elle était aux mains des afro-portugais jusqu'alors. Le traité prévoit en outre un bail de pour Chinde, un port où les bateaux océaniques transfèrent leurs marchandises sur des bateaux fluviaux afin d'alimenter l'intérieur du pays. La frontière nord avec la zone d'influence allemande est fixée dès 1890 par un accord anglo-allemand ; elle est formée en partie par la rivière Songwe (aujourd'hui frontière entre le Malawi et la Tanzanie). Sa frontière occidentale avec les territoires administrés par la British South Africa Company (actuelle Zambie) passe le long de la ligne de partage des eaux matérialisée par la rivière Luangwa.

Consolidation En 1891, Harry Johnston ne contrôle effectivement qu'une partie des hauts plateaux de la Shire, eux-mêmes petite partie du protectorat, avec une force de soixante-dix soldats indiens. Les chefferies Yao sont proches des implantations européennes sur les hauts plateaux de la Shire et, dès , Harry Johnston utilise la force contre trois petites chefferies situées sur la rive orientale du lac. Après des victoires initiales, ses troupes sont forcées de battre en retraite et, en 1892, n'entreprennent plus d'action contre les chefs Yao qui refusent le contrôle britannique. La petite troupe d'origine, renforcée ultérieurement par des recrues indiennes et africaines, est utilisée jusqu'en 1895 dans le cadre de plusieurs conflits de faible ampleur contre ceux qui ne veulent renoncer à leur indépendance. Les trois principaux groupes qui résistent à l'occupation britannique sont les Yao du sud du protectorat et les Swahilis du centre et du nord du lac Nyasa (lac Malawi), impliqués dans la traite esclavagiste, ainsi que les Ngoni, organisés en deux royaumes agressifs et expansionnistes dans l'ouest et le nord. En 1893, Cecil Rhodes alloue une forte somme à Harry Johnston afin qu'il puisse recruter deux cents mercenaires indiens et africains et attaquer la résistance armée ; vers la fin de l'année 1895, la résistance Yao est réduite à quelques bandes armées sans bases fixes, qui se réfugient au Mozambique lorsqu'elles sont menacées. Après cela, jusqu'en 1898, la force armée sert à renforcer la police recrutée localement dans la lutte contre le trafic d'esclaves.