La ligne du télégraphe Chappe de Paris à Strasbourg est une liaison du télégraphe Chappe, mise en service en et reliant Paris à Strasbourg. Il s'agit de l'une des premières grandes lignes du télégraphe optique français. Décidée par le Comité de salut public après le succès de la ligne Paris–Lille, elle fut conçue à l'origine comme une liaison stratégique entre Paris et Landau, alors place forte française du Palatinat. Après plusieurs modifications, interruptions et reprises de travaux, la ligne fut finalement ouverte entre Paris et Strasbourg le . Elle demeura en service jusqu'en 1852, date à laquelle elle fut remplacée par le Télégraphie électrique installé le long de la ligne ferroviaire Paris–Strasbourg.. Longue d'environ 500 kilomètres, elle constitua pendant plus d'un demi-siècle l'un des principaux axes de communication stratégique du gouvernement français vers les frontières de l'Est..

Historique La guerre révolutionnaire et le besoin de communications rapides En 1793, la Première République est confrontée à une situation militaire critique. Les armées de la Première Coalition menacent les frontières du pays tandis que des insurrections intérieures éclatent dans plusieurs provinces. Dans ce contexte, la Convention nationale recherche un moyen de transmettre rapidement les ordres militaires et les informations stratégiques entre Paris et les armées du Nord.. Face à l'urgence des besoins militaires, le gouvernement décida de donner la priorité à la construction de la ligne Paris–Lille, jugée plus stratégique que la ligne orientale vers Landau. Le Comité de salut public plaça le service télégraphique sous l'autorité du ministre de la Guerre tout en conservant sa direction généraleÉdouard Gerspach, Histoire administrative de la télégraphie aérienne en France, E. Lacroix (Paris), 1861, 116 p. Voir en ligne. Les débuts du projet (1794) La décision

Après la mise en service de la première ligne télégraphique entre Paris et Lille en 1794, la Convention nationale décida immédiatement la création d'une seconde ligne à destination de l'Est. Ce projet répondait à un contexte militaire marqué par les guerres de la Révolution française. La frontière du Rhin constituait alors un secteur stratégique nécessitant des communications rapides entre le gouvernement et les armées. Par un arrêté du 12 vendémiaire an III (), le Comité de salut public ordonna la construction d'une nouvelle ligne télégraphique reliant Paris à Landau via Châlons, Metz et Strasbourg. Tirant les enseignements de l'exploitation de la ligne Paris–Lille, les autorités cherchèrent à améliorer la rapidité des transmissions, alors jugée insuffisante, et étudièrent notamment de nouveaux systèmes de signalisation destinés à accroître le rendement du réseau. Le système de Landau En effet, l'expérience acquise sur la ligne Paris–Lille avait toutefois révélé certaines limites : lenteur de transmission, vocabulaire de signaux imparfait et difficultés techniques. Pour y remédier, le mathématicien Gaspard Monge participa à l'élaboration d'un nouveau système télégraphique à sept indicateurs, parfois désigné sous le nom de « système de Landau »Une barre noire, fixe, longue d'environ seize mètres (cinquante pieds) est soutenue par quatre montants. La barre porte cinq indicateurs pareils aux petits indicateurs du télégraphe déjà établi. Deux des poteaux qui soutiennent la barre portent chacun un semblable indicateur. Ces sept indicateurs sont mus par des poulies à la manière ordinaire..

Les frères Chappe finirent par adopter ce nouveau système, non sans réticence, et Claude adapta en conséquence ses études relatives à l'organisation de la ligne Paris-LandauAssociation des amis de la maison du Kochersberg, 1994.Voir en ligne. Le projet de ligne entre Metz et Landau ne connut qu'un début de réalisation. Il fut bientôt délaissé au profit d'une dérivation de Metz vers Strasbourg, considérée comme mieux adaptée aux échanges avec les territoires allemandsGénéral Gemain, Le télégraphe aérien à Metz, Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 1927.Voir en ligne.

Le lancement du projet La direction technique du projet fut confiée à Claude Chappe, sous la supervision de la Commission des travaux publics. Le , un projet fut soumis à la Commission des travaux publics avant d'être validé le lendemain par le Comité de salut public.

Afin d'assurer la réalisation du projet, l'administration télégraphique fut réorganisée. Claude Chappe, devenu ingénieur en chef, fut assisté de ses frères Ignace et François, qui prirent en charge une part importante des tâches administratives, financières et réglementaires. Le service central fut installé à l'Hôtel de Villeroy, à Paris, qui devint le siège de l'administration télégraphique.

Les premiers tracés Le tracé de la ligne fut divisé en quatre sections administratives ayant pour centres Paris, Châlons, Metz et Strasbourg. Chaque division disposait d'un personnel chargé des études de terrain, des acquisitions foncières, de la conduite des travaux et de la gestion des approvisionnements.

Des ateliers spécialisés de serrurerie et de menuiserie furent également créés pour la fabrication des appareils télégraphiques. Le règlement adopté pour cette nouvelle ligne fixa précisément les responsabilités du personnel, les modalités de financement et les procédures de contrôle. Soucieux de limiter les dépenses publiques, le Comité de salut public imposa toutefois une stricte politique d'économie tout au long de la réalisation du projet. Le , la Commission des travaux publics procéda à la nomination des gérants et des conducteurs chargés de la construction de la ligne. Ces agents furent recrutés parmi les administrations techniques de l'État en raison de leur expérience dans les domaines du bâtiment et des travaux publics. Les conducteurs étaient notamment issus des corps d'architectes, d'ingénieurs ou d'inspecteurs des travaux, dont les compétences étaient directement adaptées aux besoins du chantier télégraphique. Il s'agissait de Brunet, Charles-Henri Sordi, Mathieu Xavier Durant et Noutizon.

À la fin de 1794, Claude Chappe établit un premier projet de ligne. Les stations prévues pour la traversée de l'Alsace comprenaient notamment : Sarrebourg ; Saint-Jean-Kourtzerode ; Haberacker ; Nordheim ; Breuschwickersheim ; Strasbourg. Il était accompagné d'un ingénieur nouvellement recruté, Charles-Henri Sordi, qui devait s'occuper, plus particulièrement, de l'extrémité Est de la ligne.

Les stations temporaires et permanentes Avant l'achèvement des stations permanentes, Claude Chappe envisagea le recours à des appareils provisoires, dits télégraphes ambulantsDescription par Joseph Lakanal, en 1793 : Le télégraphe ambulant est établi sur un chariot; son mécanisme est, à quelque chose près, celui du télégraphe stationnaire; il en diffère dans les dimensions et dans la manière dont s'exécute la manoeuvre : le répétiteur qui sert à indiquer les divers mouvements et les différentes positions du télégraphe y est remplacé par une disposition particulière du levier qui rend la manœuvre très facile et permet à un seul agent de manipuler et d'observer tout à la fois., afin d'accélérer la mise en service de la ligne et d'assurer les premières transmissions sans attendre la construction complète des infrastructures définitives. A l'exception de la station du Raincy et les stations de l'Hôtel du Gouvernement de Metz, la grande majorité des stations de la ligne ont donc été constituées de bâtiments érigés de toutes pièces. Elles sont constituées de deux parties : une maisonnette pour abriter les manipulateurs, les lunettes et les stationnaires, et un mécanisme juché sur le toit. La maisonnette est à l'origine en bois, de forme carrée avec un toit à quatre pentes. Elle est plus ou moins surélevée, soit sur un tertre de terre soit curieusement perchée sur une construction en bois comme à Sivry la Perche. Construites rapidement, elles se dégradent aussi vite ; on fut donc obligé de les aménager, de les reconstruire, de les déplacer et on finit par les ériger sur un soubassement de briques ou de pierres, de forme carrée ou ronde. À la différence des installations provisoires, la ligne définitive devait être construite avec des appareils de Systeme Landau, caractérisés par leurs sept indicateurs et une largeur de 11,50 mètres.

La réalisation des postes vignette|Benjamin Zix, Vue du Haut-Bar : le poste du Haut-Barr en place sur le rocher au milieu des ruines du château, 1805. À partir de l'an III (1795), Mathieu Xavier Durant est chargé de la réalisation de nombreux postes sur la ligne Paris–Strasbourg, notamment dans les régions de Metz, des étangs lorrains et des Vosges. Les difficultés sont considérables : manque de crédits, pénurie de matériaux et retards administratifs ralentissent fréquemment les travauxSociété d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, Annales de la Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, 2002.. Aidé de deux collaborateurs, il réussit à construire plusieurs stations entre l'an III et l'an V. Mathieu Xavier Durant avance parfois ses propres fonds pour poursuivre les constructions et assurer le paiement des artisans.

Au printemps 1795, l'ingénieur Charles-Henri Sordi, installé à Strasbourg, révisa le tracé. Il remplaça notamment le sommet du Haberacker par le Haut-Barr, près de Saverne, jugé plus accessible. Dans sa version, les stations alsaciennes principales étaient : Sarrebourg ; Haut-Barr ; Nordheim ; BreuschwickersheimLe poste de Breuschwickersheim ne devait intervenir qu'à titre de relais de secours, lorsque les conditions météorologiques rendaient les communications difficiles entre Nordheim et Strasbourg. ; Strasbourg. Sordy veut économiser la station de Saint-Jean Kourtzerode.

Les travaux de maçonnerie et de construction furent adjugés à un entrepreneur de Mutzig en avril 1795. Un projet prévoyait également l'installation d'un poste télégraphique sur la Cathédrale de Strasbourg. Ces éléments sont conservés dans les archives militaires et les travaux étudiés par l'historien Henri GachotBulletin de l'Association des amis de la maison du Kochersberg. 1994.. thumb|Tour du télégraphe Chappe à Saverne

Le , Jacques Antoine Rabaut-Pommier soumit à la Convention un projet visant à installer la station parisienne du télégraphe sur le pavillon de l'Unité du palais des Tuileries. La proposition fut adoptée sans délaiPaul Charbon, La ligne de télégraphe Chappe Paris-Strasbourg, Société des amis du vieux Strasbourg, 1993.. Le , le journal berlinois Vossische Zeitung fait paraître cet écho daté de Paris : Entre ici et Landau va être construit un nouveau télégraphe. Les télégraphes ne seront pas réservés aux nouvelles politiques, mais donneront aussi des nouvelles du temps et des phénomènes naturels.

Les difficultés La construction de la ligne de Paris à Landau se déroula dans un contexte de graves difficultés matérielles et financières. Malgré la mobilisation des différentes administrations révolutionnaires pour fournir fonds, matériaux et moyens de transport, les pénuries chroniques limitèrent fortement l'exécution des travaux. La dépréciation rapide des assignats réduisait la valeur réelle des crédits alloués, tandis que la rareté des matières premières et de la main-d'œuvre ralentissait la progression des chantiers. Face à ces contraintes, les responsables télégraphiques eurent fréquemment recours à des solutions de récupération et de réemploi.