La bataille de Damas (), chute de Damas () ou prise de Damas () est une bataille de la Première Guerre mondiale. Elle fait partie de la campagne du Sinaï et de la Palestine et oppose les forces alliées de l'Empire britannique et du royaume hachémite du Hedjaz, proclamé en 1916, à celles de l'Empire ottoman soutenu par l'Allemagne. Les forces ottomanes, défaites en Palestine, se replient vers la Syrie ottomane. Menacées d'encerclement par les forces britanniques de l'Egyptian Expeditionary Force et les insurgés arabes, elles doivent abandonner Damas.
Préliminaires Après l'échec des dernières offensives allemandes en sur le front de l'Ouest, l'Empire britannique peut concentrer une part croissante de ses forces sur le front du Moyen-Orient, resté pratiquement statique depuis la prise de Jérusalem en .
L'Egyptian Expeditionary Force du général Edmund Allenby, formée de troupes britanniques, australiennes, néo-zélandaises et indiennes, passe à l'offensive, traverse les monts de Judée et écrase la armée ottomane à la bataille de Megiddo (19-) : celle-ci bat en retraite vers le nord et subit de lourdes pertes dans la vallée de Jezreel du fait des attaques de la cavalerie et de l'aviation britanniques. La cavalerie britannique et australo-néo-zélandaise s'empare de plusieurs nœuds de communication à l'ouest du Jourdain, Afoula, Jénine et Beisan. La ottomane ( et ) commandée par Mustafa Kemal Pacha (le futur « Atatürk »), affamée et épuisée, n'est pas en mesure de rétablir un front solide mais se replie en bon ordre par la rive ouest du Jourdain en livrant des combats de retardement. La ottomane, commandée par Mehmed Djemal Pacha (surnommé Küçük Djemal, « Djemal le petit », pour le distinguer de son prédécesseur Djemal Pacha) tient la rive orientale du fleuve et n'a encore subi que des raids mineurs de la guérilla de la révolte arabeJohn D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, ..
Allenby ordonne alors à la division montée de l'ANZAC, corps de cavalerie commandé par le général néo-zélandais Edward Chaytor, de couper la retraite de la en s'emparant d'Amman où les Britanniques avaient subi deux échecs en mars et . La « seconde » bataille d'Amman () est un succès : la division de l'ANZAC capture à ottomans qui se repliaient de Ma'an vers Amman, plus la garnison de la ville et du chemin de fer d'Amman, soit au totalSpencer Tucker, World War I: Encyclopedia, Volume 1, ABC Clio, 2005, .. Cependant, le gros de la lui échappe car le général Otto Liman von Sanders, commandant allemand de l'armée ottomane, lui avait ordonné de se replier vers le nord dès le E. G. Keogh & Joan Graham, Suez to Aleppo, Melbourne: Directorate of Military Training by Wilkie & Co., 1955, .. Environ ottomans et allemands, principalement de la , refluent vers Damas, mais largement désorganisés et incapables d'opposer une résistance efficaceDavid T. Zabecki, Germany at War: 400 Years of Military History, ABC-Clio, 2014, ..
La marche vers Damas vignette|Raids des insurgés arabes (16-27 septembre 1918) et avance de la vers Deraa (28-29 septembre 1918). Cyril Falls, Official History of the Great War, 1930 vignette|Campement bédouin, entre 1898 et 1948 vignette|Bédouins s'entraînant au tir, entre 1898 et 1948 vignette|Transport de blessés ottomans, Palestine, mai 1918 La cavalerie de l'ANZAC tient alors une ligne discontinue entre Jénine et Afoula, la de cavalerie anglo-indienne (général MacAndrew) pousse une pointe au nord et s'empare de Nazareth, sans pouvoir bloquer complètement la retraite des forces ottomanes . Allenby décide de reprendre l'offensive pour s'emparer de Damas avant que Liman von Sanders n'ait le temps de former un nouveau front entre Haïfa et la vallée du Yarmouk. La direction de l'opération est confiée au général australien Harry Chauvel. La division de l'ANZAC, qui a fourni relativement moins d'efforts pendant les précédents combats, doit avancer en tête par Tibériade, suivie par la de cavalerie. La (général ) doit suivre la ligne du chemin de fer par Deraa pour arrêter les restes de la . Entre-temps, l'armée chérifienne de l'émir Fayçal se regroupe à l'est de Deraa, autour d'Azraq, rejointe par de nombreux irréguliers locaux comme les . Les Arabes sabotent la voie ferrée et retardent la retraite ottomane mais ne sont pas en force pour affronter le gros de la , encore nombreuse et bien commandée. Le lieutenant-colonel T.E. Lawrence, conseiller de Fayçal, pense que les Arabes doivent remporter une action mémorable pour peser dans la prochaine conférence de paixJohn D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, -164..
La petite armée chérifienne, dite « armée du Nord », commandée par Nouri Saïd (futur premier ministre du royaume d'Irak), compte 4 compagnies d'infanterie montée arabe auxquelles s'ajoutent le détachement français du capitaine Rosario PisaniP. E. Pierrard, "Capitaine Rosario PISANI (1880-1951)", L'Algérianiste, n)70, juin 1995 ( avec 2 canons, 4 mitrailleuses, 10 fusils-mitrailleurs, utilisables notamment comme DCA contre les avions allemands), plus 30 Gurkhas et 35 Indiens montés qui servent surtout comme dynamiteursRémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, et 225-226.. Les volontaires irréguliers, au nombre d'un millier au départ d'Azraq, appartiennent à diverses tribus de la région : les Taoueïha (Howeitat), Ruwallah, Rémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, -237..
Le à Tafas, l'armée du Nord rencontre des habitants en fuite qui ont été témoins d'un massacre commis par les troupes ottomanes pendant leur retraite : et ont été abattus. La colonne ottomane est rattrapée et encerclée, à l'exception d'une section de mitrailleurs allemands de l'Asien-Korps qui parviennent à se frayer un chemin. Furieux du massacre de femmes et d'enfants, Nouri Saïd, le chérif Nasser et Lawrence ordonnent aux Arabes de ne pas faire de quartier : les Turcs capturés sont abattus, sauf une compagnie de 250 hommes pris par une unité isolée. Cet épisode ternit l'image de la cause arabe et laissera de longs remords à LawrenceRémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, .. Le , Fayçal ordonne de marcher vers Damas.
Allenby ne souhaite pas compromettre ses hommes dans des combats de rue : il ordonne à la brigade montée australienne de contourner la ville par le nord pour couper la route de Homs, aux et divisions de la contourner par le sud, et de laisser les troupes chérifiennes entrer les premières dans DamasRémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, -247.. Chauvel télégraphie à ses unités : Cité par John D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, ..
La cavalerie britannique et australienne se met en route avec très peu d'approvisionnements : un jour de fourrage et deux jours de vivres, de sorte qu'elle doit réquisitionner en route. L'objectif de Chauvel est de s'emparer de Damas et de ses entrepôts avant que les Turcs n'aient le temps de se regrouper en défense. Ses forces franchissent plusieurs passages difficiles dans les marais qui entourent le lac de Tibériade et le lac Houlé en s’emparant du seul pont qui traverse le Jourdain, à Jisr Benet Yakub (« pont des filles de Jacob »)John D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, -164..
L'avant-garde du régiment anglais Dorset Yeomanry entre en contact avec Lawrence et les troupes chérifiennes près de Deraa. Les forces britanniques et arabes réunies entrent dans Deraa où elles trouvent une réserve de fourrage, mais aussi un train rempli de blessés turcs que les irréguliers arabes commencent à piller et massacrer. Le général Barrow ordonne à Lawrence de faire cesser ce scandale mais celui-ci répond que : Barrow doit envoyer ses propres hommes pour expulser les BédouinsJohn D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, .. Cependant, Nouri Saïd, le chérif Nasser et Lawrence, aidés par leurs unités les plus disciplinées, parviennent à rétablir l'ordre dans d'autres quartiers de la ville et arrêter les pillages. Barrow laisse la à Deraa pour assurer la sécurité.
Le , la 4th Light Horse Brigade australienne franchit le Jourdain au pied du plateau du Golan et fait venir ses équipages de pont pour remplacer le pont détruit. Après quelques escarmouches avec les Tcherkesses, venus du Caucase russe et établis dans cette région par les Ottomans, les Australiens entrent sans grande difficulté dans Qouneitra. Les Turcs en retraite évitent le combat mais il arrive que des traînards turcs soient tués par les habitantsJohn D. Grainger, The Battle for Syria, 1918-1920, Woodbridge, Boydell Press, 2013, ..
La petite armée chérifienne, partie de Deraa le 29, avance sur le flanc droit de la . Le , elle fait 600 prisonniers turcs et arrive au sud de DamasJohn E. Mack, A Prince of Our Disorder: The Life of T. E. Lawrence, Harvard University, 1988, ..
Damas, ville ouverte Recherche d'une issue politique vignette|Grande mosquée des Omeyyades à Damas.
Damas est une ville d'une grande importance symbolique. Métropole à la limite du désert, elle a été la première capitale du califat, sous les Omeyyades, hors de la péninsule arabique. Gertrude Bell, en 1907, écrit : Pour les Hachémites et les nationalistes arabes, elle est un centre spirituel et une future capitale. Les Britanniques sont conscients de cette importance et soucieux de préserver la ville, comme le montre un article de W.T. Massey, correspondant de la presse britannique au quartier général d'Allenby : John E. Mack, A Prince of Our Disorder: The Life of T. E. Lawrence, Harvard University, 1988, ..
Les nationalistes arabes de Syrie avaient, en 1916, formé un comité secret à Damas en vue de reconnaître le royaume hachémite sous la direction du chérif Hussein. Ce groupe comprenait le docteur Ahmad Qadri, du parti Al-Fatat, le docteur Abderrahman al-Shabandar, futur ministre de Fayçal dans l'éphémère royaume arabe de Syrie, et deux généraux arabes de l'armée ottomane, Yassin al-Hachimi et Rida al-Rikabi, auxquels se joint le cheikh Badreddin al-Hassani, chef des oulémas de DamasAli A. Allawi, Faisal I of Iraq, Yale University, 2014, .. Cependant, Yassin al-Hachimi est repassé du côté des Ottomans : après avoir commandé une division du en Galicie, puis la garnison de Tulkarem, il est blessé à la bataille de Salt ; en convalescence à Damas, il est hors d'état de jouer un rôle politiqueTarbush, Mohammad A., The Role of the Military in Politics: A Case Study of Iraq to 1941, Routledge, 1988, .. Rida al-Rikabi, qui avait exercé les fonctions de maire de Damas, est absent de la ville lors de l'entrée des Alliés : les Ottomans viennent de lui confier le commandement des troupes qui se retirent de GaliléeDenise Ammoun, Histoire du Liban contemporain - T.1 : 1860-1943, Fayard, 1997, ..
Deux notables de Damas, les frères Abdelkader et Mohammed Saïd al-Djezaïri, descendants du grand émir algérien Abdelkader ibn Muhieddine qui avait fini sa vie à Damas, jouent double jeu entre les nationalistes arabes et les Ottomans. Lawrence se méfie d'eux car il est persuadé qu'Abdelkader a dénoncé un de ses raids sur les confins syriens et causé son arrestation à Deraa en Rémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, .. Mehmed Djemal Pacha, qui redoute des troubles à Damas et prépare l'évacuation de la garnison turque, confie à Abdelkader la formation d'une force de police auxiliaire d'un millier d'hommes, des Maghrébins pour la plupart, tandis que Mohammed Saïd, en échange d'une forte somme, garantit la sécurité d'un certain nombre de bâtimentsRémi Kauffer, La saga des Hachémites: La tragédie du Moyen-Orient 1909-1999, Stock, 2009, ..
Un gouvernement très provisoire vignette|Porte Bab Kisan à Damas, 1950