vignette|redresse|Un lanceur Soyouz prêt à être lancé.
Le cosmodrome de Baïkonour (en kazakh , romanisé ; en russe , romanisé Kosmodrom Baïkonour ), créé en 1956, est une base de lancement russe située au centre du Kazakhstan, à proximité de la ville de Baïkonour. Le site est situé dans une région de steppe au climat extrême, mais dispose d'un embranchement sur la ligne de chemin de fer Moscou - Tachkent. C'était l'un des points les plus au sud de l'URSS et donc les plus proches de l'équateur dans ce pays, ce qui permettait d'économiser du carburant lors d'un lancement spatial.
Le site a été choisi en 1955 pour implanter un centre de lancement destiné à la mise au point des missiles balistiques intercontinentaux R-7 Semiorka de l'Union soviétique. Lorsque l'activité spatiale soviétique s'est développée, sous l'impulsion des équipes de Sergueï Korolev, qui avaient mis au point le missile, le centre de Baïkonour a été choisi pour placer en orbite les premiers satellites artificiels puis le premier homme dans l'espace.
Depuis cette époque, Baïkonour a été un centre de lancement très actif. Une quinzaine de tirs ont eu lieu tous les ans, en particulier les vols habités russes et les lancements à destination de l'orbite géostationnaire. Le site, qui s'étend sur , dispose d'installations de fabrication de carburant, de plusieurs bâtiments d'assemblage de lanceurs et de préparation des satellites et des vaisseaux. Le cosmodrome abrite des pas de tir opérationnels pour les lanceurs Soyouz, Proton, la version terrestre de la Zenit, Dnepr et Tsyklon ainsi que de nombreux pas de tir désaffectés témoins de l'ensemble de l'histoire spatiale soviétique et russe. C'est également jusqu'à récemment un important site de tests pour les missiles balistiques intercontinentaux : et porteurs d'une charge utile avaient été tirés depuis Baïkonour au .
L'éclatement de l'Union soviétique en 1991 a placé la base de lancement en territoire kazakh et la Russie paie un loyer relativement élevé ( de dollars par an en 2016) au gouvernement de ce pays, source de conflits latents. Le gouvernement russe envisage depuis cette époque de développer les autres centres de lancement dont elle dispose, notamment le nouveau cosmodrome Vostotchny, situé dans l'oblast de l'Amour et inauguré en 2016, et la base de lancement de Plessetsk, où elle construit le premier pas de tir de son nouveau lanceur Angara. Elle n'a cependant opéré réellement aucun transfert de ses activités. L'activité du cosmodrome de Baïkonour a entraîné la création d'une ville adjacente qui a successivement reçu les noms de Zarya, Leninskiy, Leninsk et Zvezdograd avant de prendre en 1995 celui de Baïkonour.
Situation géographique Baïkonour est implantée dans l'oblys de Kyzylorda, au milieu de la steppe kazakhe, dans une région au climat continental marqué par des étés torrides dont les maximums atteignent , parfois accompagnés de tempêtes de sable, et des hivers glaciaux dont les températures atteignent et sont accompagnés de forts vents.. La base est située sur la rive droite (nord-est) du fleuve Syr-Daria et à à l'est de la mer d'Aral. Elle dispose d'un embranchement sur la ligne de chemin de fer Moscou - Tachkent, qui se situe près de la station de Tioura-Tam, aujourd'hui gare de la ville de Baïkonour née avec le cosmodrome.
Historique Le choix du site vignette|Baïkonour photographié par un avion espion U-2.
Les premiers missiles soviétiques dont la portée ne dépasse pas sont lancés depuis la base de Kapoustine Iar. En 1954, le développement du missile balistique intercontinental R-7 Semiorka dont la portée dépasse les entraîne la nécessité de disposer d'une nouvelle base de lancement. Pour répondre aux besoins de la nouvelle fusée qui doit retomber dans les eaux qui bordent le Kamtchatka, la nouvelle base de lancement ne doit pas comporter de reliefs marqués sur plusieurs centaines de kilomètres dans l'axe de lancement afin de permettre un pilotage par radioLes premières fusées soviétiques de cette époque sont pilotées par radio. Le système développé nécessite deux stations radio de part et d'autre du pas de tir à une distance de et une troisième station dans l'axe de lancement à une distance comprise entre . Cette dernière est chargée de mesurer la vitesse précise de la fusée et de commander l'extinction des moteurs. Cinq ans plus tard, ce système sera abandonné, faisant disparaître la justification du choix de Baïkonour. et les deux premiers étages doivent pouvoir retomber dans des zones inhabitées. Après une étude menée par une mission gouvernementale, le site de Tioura-Tam, qui se trouve au Kazakhstan, république intégrée dans l'Union soviétique, est choisi parmi quatre autres sites. Situé au milieu d'une zone désertique, il répond parfaitement aux contraintes imposées par les communications radio ; par ailleurs il est longé par une ligne de chemin de fer qui le relie aux principaux centres industriels du pays.. Les seules habitations aux alentours se trouvent à la station de chemin de fer de Tioura-Tam où vivent une poignée de personnes attachées au fonctionnement de la ligne ferroviaire. Un embranchement sur la ligne principale s'enfonce dans la steppe et dessert une ancienne mine. La ville la plus proche est à plus de . Malgré les énormes problèmes de logistique soulevés par un endroit aussi désolé, la création de la base de lancement sur ce site, baptisé Base de lancement pour la recherche scientifique (en ou NIIP-5), est approuvée au conseil des ministres de l'Union soviétique le .. Les premiers constructeurs arrivent sur le site au printemps 1955 et une agglomération commence à se former le long des berges du Syr-Daria ; celle-ci d'abord baptisée Site (Desyataya ploshchadka) prend ensuite le nom de Zarïa avant d'être rebaptisée Leninsk le . Dès , le site accueille et le nombre des résidents passe à fin 1960. Les conditions de vie sont très dures pour les soldats (la construction est confiée à l'Armée) qui dorment dans des tentes ou des voitures de chemin de fer reconverties. L'eau est rare car celle du fleuve n'est pas potable. Les mieux lotis sont logés dans des baraques préfabriquées ou des huttes en bois. Mais la priorité est donnée à la construction du site de lancement du missile R-7 (site ), dont le premier tir doit intervenir en 1957, et aux installations permettant son assemblage et sa préparation, (site ) éloigné d'un kilomètre et demi. Tous deux se trouvent à une trentaine de kilomètres de la nouvelle agglomération... En 1957 un aéroport est inauguré et permet d'offrir une variante au déplacement en train.
Premiers lancements Le premier lancement depuis Baïkonour a lieu le avec le tir du premier missile intercontinental, la R-7 Semiorka. Le même type de fusée sera utilisé pour lancer cinq mois plus tard le premier satellite artificiel Spoutnik 1. Le pas de tir est également utilisé en 1961 pour le lancement de la fusée abritant Youri Gagarine, premier homme placé en orbite dans l'espace. À cette occasion le cosmodrome est officiellement baptisé Baïkonour pour répondre aux besoins de la presse qui souhaite connaître l'endroit d'où est partie la fusée à l'origine de cet événement planétaire. Dans l'espoir de tromper les puissances étrangères, les autorités soviétiques décident de lui donner le nom d'une petite ville minière située en réalité à plus de au nord-est. Cette décision est approuvée par le conseil des constructeurs réunissant les principaux concepteurs de la fusée dont Korolev. Le pas de tir est par la suite reconstruit ou rénové à plusieurs reprises notamment après l'accident en 1962 d'une fusée Vostok victime d'une perte d'un accélérateur d'appoint après le décollage ainsi qu'en 1983 après l'explosion au décollage de la fusée portant le vaisseau Soyouz T10A, dont l'équipage est sauvé par la tour de sauvetage.
Expansion du site de lancement vignette|redresse|Lancement d'une fusée Proton, qui utilise un carburant extrêmement toxique, cancérigène et polluant à base d'heptyle.. vignette|Installations de lancement de missile situées sur la base photographiées par un satellite espion KH-9 américain en .
Au cours des années 1960, la base connaît une croissance rapide et voit la multiplication des lancements. Leurs nouveaux types de lanceurs nécessitent la construction de complexes dédiés. L'activité de test des missiles balistiques est tout aussi importante et entraîne elle-même la construction de silos et de sites de préparation.
Un deuxième complexe de lancement pour la R‑7 Semiorka et ses dérivés comprenant un pas de tir et des installations d'assemblage est édifié entre et sur le modèle du premier complexe. À la même époque, le constructeur Mikhail Yanguel fait édifier un troisième complexe de lancement pour tester son missile R‑16. Il comprend deux pas de tir, un bâtiment d'assemblage, un bâtiment de stockage d'ogives nucléaires et trois silos. Lors de la première tentative de tir de la R‑16 l'explosion du missile tue une centaine de personnes. Le pas de tir resté intact, après avoir servi à tester le missile, est reconverti en 1964 pour lancer des fusées Cosmos avant d'être désaffecté. Toujours en 1960, on édifie un complexe de lancement pour le missile balistique R‑9 développé par Korolev : celui-ci comprend cinq plates-formes de tir ainsi que trois silos. Un quatrième complexe est construit entre 1962 et 1963 pour le missile balistique UR-200 de Vladimir Tchelomeï. En 1966 les installations sont modifiées pour permettre le tir du lanceur Tsyklon. Un des deux pas de tir est endommagé en 1990 et n'est pas réparé par la suite. Entre 1962 et 1963 est également édifié le complexe de lancement destiné aux missiles balistiques R-36 de Mikhail Yanguel. Celui-ci comprend deux plates-formes de tir et une vingtaine de silos dont 18 comportent des missiles opérationnels porteurs d'une arme atomique orbitale entre 1969 et 1973. Un autre complexe de lancement est construit pour la version R-36M comportant 9 silos. À compter de 1999, une version à usage civil de ce missile, baptisée Dnepr, est commercialisée et lancée depuis ce site. Entre 1964 et 1965, Tchelomeï fait édifier un complexe destiné au missile balistique UR-100 qui comprend deux plates-formes de lancement. Quatorze silos contenant des missiles dérivés de l'UR‑100 (SS‑11 puis SS‑19) sont opérationnels sur la base dans les années 1970 et 1980. Le lanceur Rokot est développé entre 1987 et 1990 à partir de la dernière version du missile et est tiré à plusieurs reprises depuis ce complexe. Le neuvième complexe de lancement est édifié à compter de 1963 pour tirer le missile UR‑500 de Tchelomeï. Un complexe d'assemblage et deux plates-formes de tir sont achevés en 1965. Le lanceur mi-lourd Proton, dérivé de l'UR‑500, est tiré pour la première fois en 1967 et continue sa carrière aujourd'hui. Deux autres plates-formes de lancement sont construites pour ce lanceur entre 1971 et 1976. Un dixième complexe de lancement est édifié dans les années 1970 pour tester des missiles balistiques de Yanguel. La construction d'un nouveau complexe destiné à la fusée géante lunaire N-1 est réalisée entre 1964 et 1969. Deux plates-formes de lancement et un bâtiment d'assemblage de très grande taille sont édifiés. Les quatre lancements de la N‑1 entre 1969 et 1972 sont des échecs et le complexe est abandonné. Il est réactivé et reconverti entre 1978 et 1988 pour le lanceur Energuia porteur de la navette spatiale Bourane qui effectue un vol unique en 1988. Depuis, le bâtiment (dénommé 112) est réutilisé pour la préparation des satellites. Entre 1978 et 1983, un complexe de lancement est édifié non loin des anciens pas de tir de la R-16 pour la fusée Zenit qui a été mise au point sur la base d'un propulseur d'appoint d'Energuia. En 1990, l'un des deux pas de tir est détruit par l'explosion au lancement d'un Zenit. L'autre pas de tir est réactivé en 2005 pour lancer la Zenit 3SLB commercialisée par la société Sea Launch..