Louise Marie Madeleine Guillaume de Fontaine, par son mariage Madame Dupin, est née à Paris le et morte au château de Chenonceau, le .

Célèbre à son époque pour sa beauté et son statut de femme d'esprit, Louise Dupin est une personnalité du siècle des Lumières et tient un brillant salon littéraire. Elle est l'arrière-grand-mère par alliance de George Sand.

Louise Dupin est l'une des pionnières du féminisme. Elle poursuit avec ténacité pendant dix ans une étude pour la défense des femmes avec pour secrétaire Jean-Jacques Rousseau. Elle revendique l'égalité, l'accès au savoir et à la liberté conjugale. Elle propose un contrat de mariage temporaire ou renouvelable. Elle s'en prend au mariage civil qu’elle juge injuste et elle est favorable à celui des prêtres.

Biographie Contexte familial vignette|redresse=1.20|Le comédien et auteur dramatique Florent Carton-Dancourt, le grand-père maternel de Louise Dupin, en 1704 par Robert Gabriel Gence. Ancienne collection du château de Courcelles-le-Roy, de Passy et de Chenonceau. Musée de la Comédie-Française. vignette|redresse|Portrait de l'officier protestant, Samuel Boutinon des Hayes (1598-1667) au siège de La Rochelle en 1628. Le mariage de René Vallet de Villeneuve et d'Apolline de Guibert, le à Paris, réunit pour la troisième fois le sang des Dancourt et celui des Boutinon des Hayes. Ancienne collection du château de Courcelles-le-Roy et de Chenonceau. École française du , collection privée. vignette|redresse|Marie Anne Armande Carton-Dancourt (1684-1740), la mère de Louise Guillaume de Fontaine vers 1720. Elle est représentée en Diane chasseresse. Peinture anonyme, collection privée. vignette|redresse|Samuel Bernard (1651-1739) comte de Coubert, financier et banquier, père naturel de Louise Guillaume de Fontaine. Portrait par Joseph Vivien, musée des Beaux-Arts de Rouen.

Louise Guillaume de Fontaine est la première des trois filles naturelles du banquier Samuel Bernard et de Marie-Anne-Armande Carton Dancourt (1684-1740), dite Manon, fille des comédiens Florent Carton Dancourt et Marie-Thérèse Le Noir de La Thorillière.

L'ascendance paternelle et maternelle avec ses alliances de Louise de Fontaine sont d'origines protestantes. Les ancêtres de son père naturel, Samuel Bernard, sont des marchands hollandais protestants. Quant à la lignée des Carton-Dancourt, elle est issue de gentilshommes huguenots, originaire de Picardie.. Sa grand-tante, Judith CartonJudith Carton est la demi-sœur du comédien Florent Carton-Dancourt. Leur père, Florent Carton (sieur d'Ancourt et la Bertelinière, écuyer, capitaine des chasses à Fontainebleau, sénéchal de Saint-Quentin) s'est marié en premières noces avec Judith Léger et de cette union est née, Judith Carton. Florent Carton épouse en secondes noces à Paris en 1655, Louise de Londé (ou de Londay) et leur enfant est Florent Carton dit Dancourt (1661-1725)., s'est mariée à Paris le avec un riche noble protestant d'origine poitevine, Samuel Boutinon des Hayes, veuf en premières noces de Noëlle Arnoult (morte à Paris en ). Le père de celui-ci, Guillaume Boutinon des Hayes, au service de Maximilien de Béthune, duc de Sully, est tué en 1600 au siège de Montmélian. Il laisse deux enfants en bas âge, Samuel et Théophile, que le duc de Sully prend en charge.. Le cardinal de Richelieu confie à Samuel Boutinon des Hayes, le commandement de l'artillerie au siège de La Rochelle en 1628. Il devient lieutenant général d'artillerie en 1653 et meurt à l'Arsenal de Paris au mois de . Samuel Boutinon des Hayes est l'auteur de divers traités sur l'artillerie.. Son fils qui porte le même prénom, Samuel Boutinon des Hayes (1660-1728) ajoute de Courcelles à son nom de famille et il est élevé dans la religion réformée. Du fait de son exil en Suisse puis au Danemark., il épouse tardivement le à Paris, Marie Anne Michelle Carton-Dancourt (1685-1780), sa cousine germaine et la tante de Louise.. Les Dancourt quant à eux, ont librement abjuré le protestantisme, et cela bien avant la révocation de l'édit de Nantes.

La mère de Louise de Fontaine monte sur scène dès l'âge de onze ans et elle est reçue à la Comédie-Française à quinze ans. Armande Dancourt épouse le à ParisSource : registre des mariages de la paroisse de Saint-Sulpice de l'année 1702, page 90. Ce registre a été détruit lors de l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris, le ., paroisse de Saint-Sulpice, Jean-Louis Guillaume de Fontaine (1666-1714), commissaire et contrôleur de la Marine et des Guerres au département des Flandres et de Picardie. Le couple est d'abord fixé à Dunkerque de par les fonctions de l'époux, mais la jeune mariée revient bientôt à Paris puis elle crée un salon. Quant à sa liaison avec Samuel Bernard, leur rencontre a peut-être débuté avant le mariage d'Armande. Il n'existe aucune certitude sur le commencement de leur relation. Le mari d'Armande était plus souvent dans les ports à inspecter la marine, qu'à Paris. Samuel Bernard usa de son influence pour promouvoir Jean-Louis Guillaume de Fontaine dans les affaires de la marine et peut-être se le concilier ainsi..

Guillaume de Fontaine reconnaît avec complaisance Louise, ainsi que les deux cadettes : Marie-Louise le et Françoise-Thérèse le , toutes les trois de la paroisse Saint-Roch à Paris.

Les enfants de Samuel Bernard sont évoqués par Jean-Jacques Rousseau dans Les ConfessionsLes Confessions de Jean-Jacques Rousseau, Livre . :

De l'union entre Jean-Louis Guillaume de Fontaine et Armande Dancourt, sont nés deux enfants légitimes. L'aînée, Jeanne-Marie-Thérèse vient au monde en 1703L'historien Gustave Desnoiresterres n'a pas retrouvé trace de l'acte de naissance dans les registres paroissiaux à Paris, de l'aînée des enfants Fontaine.. Elle a épousé François II de Barbançois seigneur de Celon dans le BerryDans les registres paroissiaux de Celon, la jeune épouse signe : Marie Thérèse de Fontaine de Barbançois Celon. Pour la rencontre des familles Barbançois et Dupin, voir également le chapitre Claude Dupin. le . Elle donne naissance à un fils, François-Armand de Barbançois le à Paris en la paroisse de Notre-Dame-de-Grâce-de-PassyFrançois-Armand de Barbançois est écuyer et officier dans le régiment des gardes françaises du roi. Il meurt au château de Celon le à l'âge de 18 ans et il est inhumé le lendemain dans le chœur de l'église de Saint-Germain de Celon., mais elle meurt à l'accouchement.

Le second, Jules-Armand, également de la paroisse Saint-Roch à Paris, est né le . Il devient le commissaire des guerres pour les villes, citadelles et forts de Metz, Toul, Verdun, Montmédy, Longwy le . puis fermier général. Il est l'époux de Louise Liégault de l'Isle de Châteauneuf, tous deux propriétaires du château du Coq à AuteuilÀ ne pas confondre avec le château du Coq ou des Porcherons qui était situé dans l'actuel de Paris., en copropriété avec l'une de ses sœurs, Marie Louise Guillaume de Fontaine, épouse alors séparée d'Antoine Alexis Panneau, écuyer et seigneur de d'Arty.. Ce château appartenait à leur mèreMarie Anne Armande Carton Dancourt avait acquis le château du Coq à Auteuil auprès de Samuel Jacques Bernard, comte de Coubert et de Grosbois, le fils aîné de Samuel Bernard.. Jules Armand Guillaume de Fontaine est mort à Paris le à l'âge de 49 ans et le couple est sans postérité..

Armande Dancourt devient Dame de la seigneurie de Passy le par l'acquisition du château de Passy auprès de Jacques-Daniel de Gueutteville, seigneur d'OrsignyActe de vente du château de Passy entre Jacques Daniel de Guetteville d'Orsigny à Dame Marie Armande Carton, veuve de Louis Guillaume de Fontaine, se reporter au répertoire numérique du notaire Maître Sylvain Ballot (étude CXVI) à Paris aux Archives nationales. Vue 8 sur 23 de la liste chronologique des actes. Armande Dancourt n'a jamais été usufruitière du château de Passy mais bien sa propriétaire légitime. De par cette acquisition, elle devient Dame de la terre et seigneurie de Passy et non Samuel Bernard qui n'a jamais hérité de ce titre même s'il finance cet achat et les travaux à venir. et grâce aux générosités de Samuel Bernard qui lui donne les fonds nécessaires.. Après le décès de ce dernier, elle vend le château le à Gabriel Bernard, comte de Rieux, le fils cadet de Samuel Bernard. L'acte de vente précise qu'elle demeurait rue du Luxembourg, paroisse Saint-Roch à Paris. L'année suivante, Armande Carton Dancourt meurt à Paris le d'un cancer au sein.Décès de Marie Anne Armande Carton-Dancourt dite Manon Dancourt, se reporter au répertoire numérique du notaire Maître Louis Bronod à Paris aux Archives nationales. Le testament de Dame Marie Armande Carton veuve de des Fontaine est déposé le jour de sa mort le 13 février 1740 (vue 4 sur 32) chez son notaire. L'inventaire de l'ensemble de ses biens a lieu le 23 février 1740 (vue 6 sur 32) chez ce même notaire..

Naissance vignette|redresse|Portrait supposé de Louise Guillaume de Fontaine enfant, vers 1715. École française du (collection privée).

Louise de Fontaine voit le jour à Paris, paroisse Saint-Roch, le . Son acte de baptême est transcrit dans le registre du mois de janvier 1707L'historien Gustave Desnoiresterres a relevé l'intégralité de plusieurs actes paroissiaux de la famille Fontaine, avant l'incendie qui a ravagé l'Hôtel de ville de Paris le , où disparaît la collection des registres paroissiaux et d'état civil. Louise de Fontaine est bien née le , à la paroisse Saint-Roch. Mais le baptême est enregistré l'année suivante en 1707, suivant les indications de Gustave Desnoiresterres : . D'où une grande confusion entre 1706 et 1707. Ainsi, dans l'acte de décès de Louise Fontaine à Chenonceaux en date du 30 brumaire An VIII, la date de naissance mentionnée : , est erronée.Actes paroissiaux relevés dans les registres de la capitale avant la Commune de Paris, consulter l'ouvrage de . :

D'après le duc de Luynes, le parrain de Louise, Monseigneur le duc Louis d'Aumont de Rochebaron (1667-1723), du nom, pair de France, premier gentilhomme de la chambre du roi, serait en réalité son grand-père naturel. Le duc d'Aumont aurait eu une relation avec Marie-Thérèse Le Noir de La Thorillière, épouse de Florent Carton-Dancourt. Ses filles, Armande et Michelle, seraient nées de cette liaison et le duc d'Aumont s'est toujours intéressé à leur destinée..

La présence du duc d'Aumont ne se limite pas au parrainage de Louise. Il assiste au contrat de mariage de Claude Dupin et Louise de Fontaine, le chez le notaire Sylvain Ballot. Il lègue également à Louise Dupin, une bonbonnière en or.

Enfin, le duc d'Aumont organise le mariage de Michelle Carton-Dancourt (1685-1780) avec Samuel Boutinon des Hayes (1660-1728), du nom, le à Paris..

La sœur cadette de Louise, Françoise-Thérèse Guillaume de Fontaine (1712-1765), épouse de Nicolas Vallet de la Touche, se confie en ces termes concernant les origines familiales à propos du duc d'Aumont. :

Jeunesse Gaston de Villeneuve-Guibert décrit ainsi l'enfance de Louise Fontaine :

L'insouciance propre à ces années dure peu et la jeune Louise sera confrontée à la réalité du monde adulte, sur la place de la femme dans la société du et la toute-puissance de l'autorité paternelle. Les pères seuls décident du sort de leurs enfants. Le rôle de l'institution religieuse sur le statut des femmes est déterminante. L'éducation au couvent consiste à imposer l'obéissance, la soumission, accepter l'autorité des parents et de l'époux auquel elle est destinée.

Claude Dupin vignette|redresse|gauche|Retranscription de l'acte de mariage de Claude Dupin et Louise de Fontaine, le en l'Église Saint-Roch à Paris. Le document original est détruit lors de l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris au moment de la Commune de Paris en 1871.