Les canaux de la ville de Lille formaient un réseau dense, en majorité non navigable, constitué du au à l'intérieur de l'enceinte de 1670, complété au sud de ce rempart, sur le territoire des actuels quartiers Vauban-Esquermes et de Wazemmes par des aménagements réalisés au (canal des stations) et au (canal Vauban et digue). Depuis un accord entre le Châtelain Jean et le magistrat de la ville lors de la canalisation de la Haute Deûle en 1271, l'ensemble de ces voies d'eau faisait partie du domaine communal y compris les bras de la Deûle qui les alimentaient en amont. Ces canaux insalubres ont été comblés ou recouverts à la fin du et au début du .
Historique Origine Avant l'émergence urbaine de Lille et la création de sa première enceinte, les cours d'eau s'écoulant à l'emplacement de la ville actuelle étaient limités aux bras de la Deûle et à trois modestes affluents, le Becquerel ou « Chaude Rivière » qui prenait sa source à Fives, la Riviérette dont la source était située approximativement à l'emplacement du carrefour du boulevard Jean-Baptiste-Lebas, de la rue Solférino, de la rue d'Arras, de la rue de Cambrai et un très court ruisseau à l'emplacement de l'actuel parc Matisse.
La Deûle se divisait en 2 bras en aval de la planche à Quesnoy, confluent situé à l'emplacement du quai de l'Ouest au bord de l'actuelle gare d'eau entre le canal de la Haute Deûle et le port de Lille au sud du quartier des Bois Blancs. Le plus important, l’Arbonnaise ou Fourchon qui s'écoulait à Esquermes puis à Wazemmes entre les actuels boulevard Vauban et rue Nationale. La Haute Deûle canalisée au dont le cours correspondait approximativement à celui de la Deûle dans le quartier des Bois Blancs et rejoignait le Fourchon derrière l’actuel jardin Vauban, approximativement à la jonction du boulevard Vauban et de la rue Desmazières.
Avant les premières canalisations du Moyen-Âge, ces deux bras se confondaient peut-être dans une large zone humide.
Un troisième bras moins important, le Bucquet dérivait de la Haute Deûle au pont de Canteleu passait à l’emplacement de la partie nord de la Citadelle et rejoignait un bras principal à l'emplacement de l'angle de la rue d'Angleterre et de la rue Jean-Moulin dans le Vieux-Lille.
Ces bras se jetaient dans la Basse-Deûle (actuelle avenue du Peuple-Belge), cours aval unique de la rivière.
Les parcours originels de ces bras de la Deûle et de ses affluents avant le ne sont pas déterminés avec certitude et font l'objet de débats entre historiens.
Constitution du réseau intérieur Le réseau qui se constitue du au début du est la résultante de canalisations d'écoulements naturels antérieurs, de creusements artificiels et de l'utilisation d'anciens fossés extérieurs de remparts transformés en canaux intérieurs lors des extensions de l'enceinte. Ces aménagements drainent la zone humide qui s'étendait dans le centre de la ville et permettent son urbanisation au Moyen-Âge.
Contrairement à ceux de la plupart des villes flamandes, tracés au milieu des rues, les canaux de Lille s'écoulaient à l'intérieur des îlots à l'arrière des maisons ce qui donnait un accès à l'eau aux habitants et favorisait les activités artisanales. À l'origine, les canaux étaient nettoyés par un effet de chasse, à la suite d'ouvertures périodiques des vannes au départ des fossés de l'enceinte. Ceux-ci étaient des réservoirs alimentés par la haute Deûle et le Fourchon. Cette configuration devient un inconvénient à la suite du détournement d'une grande partie des eaux vers les fossés de la Citadelle par le canal Vauban en 1669 puis par le canal de la Moyenne Deûle en 1750 ce qui tarit le Fourchon et par conséquent les fossés des remparts. Faute de courant, l'eau devient stagnante ce qui rend insalubres ces canaux étroits.
Ces voies d'eau étaient enjambées par de nombreux ponts, au passage de chaque rue, très rapprochés sur certains tronçons, par exemple rue des Ponts-de-Comines où des ponceaux donnaient accès à chaque maison de la rive sud-est (côté Saint-Maurice).
Ils passaient également sous les constructions, par exemple, le pont de la rue Esquermoise sur le canal de Weppes était bordé de maisons côté nord (vers la cathédrale). Cet ancien passage, actuellement piétonnier, est visible entre la rue de Weppes et la rue Thiers.
La cunette et la formation des canaux intérieurs La cunette était le fossé en eau qui entourait les enceintes successives de la ville sauf la dernière, celle de 1858, où l'alimentation en eau du fossé était interrompue au sud de la ville. La cunette était alimentée par les bras de la Deûle, Fourchon, Arbonnoise, Bucquet, puis par le canal des stations qui était une dérivation artificielle de cette rivière et par ses affluents, Becquerel et Riviérette. La cunette alimentait elle-même les canaux intérieurs. Plusieurs parties de la cunette englobées dans la ville fortifiée lors de ses agrandissements sont devenus des canaux intérieurs.
Le canal de la Monnaie ou canal Saint-Pierre est l'ancien fossé de la partie sud-est de la première enceinte qui entourait le castrum mentionné dans la Charte de dotation de la collégiale Saint-Pierre de 1066. Ce fossé en contrebas de l'ancienne motte castrale arasée en 1848 où s'élève l'actuelle cathédrale Notre-Dame de la Treille était complété par un fossé en boucle. Ce fossé deviendra le canal du Cirque, du nom d'un établissement établi sur la motte au début du .
Les fossés de l'enceinte du début du qui s'étend au sud-est de l'enceinte primitive pour entourer le forum sont à l'origine ; au nord-est, du canal des Sœurs-Noires et du canal du moulin du château qui s'écoulaient entre les actuelles rues des Arts et des Jardins parallèlement à ces rues et jusqu'à la Basse Deûle à l'emplacement de la place Louise de Bettignies. Ce fossé deviendra un canal intérieur lors de l'agrandissement de 1617. au sud-est, du canal de la rue de la Quénette, du canal des Ponts-de-Comines, du canal de la rue de Paris qui forment la limite des paroisses Saint-Maurice et Saint-Étienne et deviendront des canaux intérieurs lors de l'extension de l'enceinte autour des paroisses Saint-Maurice et Saint-Sauveur, au sud ouest, du canal des Poissonceaux, au nord-est, du canal du Pont-de-Weppes ou canal de Weppes qui s'écoulait du pont de Weppes (rue Esquermoise) à la rue des Trois-Molettes. L'autre rive du canal de Weppes prolongé par le canal de la Baignerie ou canal de la rue de l'Arc sera longée par l'enceinte étendue en 1370 autour du faubourg de Weppes (paroisse Sainte-Catherine).
Les fossés de l'enceinte qui a englobé les paroisses Saint-Maurice et Saint-Sauveur et l'ilot Rihour à la fin du ou au début sont à l'origine du canal des Molfonds, du canal des Jésuites et du canal des Hibernois alimenté par la Riviérette créés lors de l'agrandissement de la ville en 1603.
Lors de l'agrandissement de la ville en 1617 au nord-est, du faubourg des Reignaux à l'îlot du Gard, le fossé de l'enceinte de l'ancien château de Courtrai détruit en 1599 est devenu le canal du Pont-de-Flandre.
Cependant, le fossé au sud de l'ilot Rihour, de l'emplacement de l'ancienne tour de l'Angèle, actuel square Morisson jusqu'à l'angle des actuelles rue Thiers et du Nouveau siècle) fut comblé lors de l'agrandissement de 1603. Lors de l'agrandissement de 1670, la partie de la première enceinte qui entourait le castrum, approximativement de l'angle de la rue d'Angleterre et de la rue Jean-Moulin au pont-neuf fut également détruite avec comblement de son fossé ainsi que, dans son prolongement au sud-ouest la partie de l'enceinte de l'agrandissement de 1370 autour du faubourg de Weppes (quartier Sainte-Catherine) jusqu'à la porte de la Barre.
Lors de la dernière extension de l'enceinte en 1858, la cunette du rempart de 1670 fut également comblée du quai du Wault à la Noble Tour.
Consistance du réseau Liaisons nord-est-sud-ouest
Canal de la Baignerie ou canal de l'Arc, canal de Weppes, canal du Cirque et canal Saint-Pierre ou canal de la Monnaie. Cet ensemble de canaux non navigables qui reliaient la Haute-Deûle à la Basse-Deûle en longeant la Motte castrale et le castrum est probablement le plus ancien. Le canal de la Monnaie bordait la première enceinte autour du castrum dont la rue des Vieux murs garde le souvenir. Le canal du Cirque formait avec le canal de la Monnaie une boucle autour de la motte castrale. Le canal de la Baignerie, le plus en amont de cet ensemble, correspondait au fossé de l'enceinte du faubourg de Weppes datant de l'agrandissement de 1370 ayant englobé ce quartier, la paroisse Sainte-Catherine, dans la ville. Avant la création du canal de la Moyenne Deûle en 1751, les marchandises transitant entre le port du Wault et la Basse Deûle étaient transportées par voie terrestre par les voies carrossables les plus proches (rue de la Barre, rue Basse). Deux ensembles parallèles dont le creusement à une date incertaine, au ou au cours du , a contribué à assécher au cours du dans le centre de Lille le bras de la Deûle, qui s’étendait en largeur, approximativement de la Grand-Place à la rue des Ponts-de-Comines, et à permettre l’urbanisation de cet espace compris entre le forum primitif (à l’intérieur du triangle formé par la rue Esquermoise, la rue Basse, la rue de la Grande-Chaussée, la rue de la Bourse) et le bourg de Fins (autour de l’église Saint-Maurice), ce qu'attestent la fondation de l’hospice Saint-Nicolas en 1231 à l’emplacement de l’angle des rues Neuve et Saint-Nicolas, de la halle échevinale en 1253 à l’emplacement de l’arrivée de la rue Faidherbe sur la place du Théâtre et des boucheries à proximité en 1285. Canal de la rue de Paris, canal des Ponts-de-Comines (à l'emplacement de la rue éponyme), canal de la rue de la Quenette, ensemble reliant le canal de la Rue de la Vieille Comédie au sud-ouest (prolongement du canal des Poissonceaux) au canal des Sœurs Noires au nord-est. Ces canaux provenaient de la cunette de l'enceinte du début du autour du forum. Canal des Boucheries, du nom de Boucheries créées en 1285 derrière la halle échevinale (approximativement à l'emplacement de l'accès du théâtre du Nord sur la rue Saint-Nicolas). Ce canal était relié au canal de la porte de Paris par le canal de la Rue de la Vieille Comédie et, à l'autre extrémité, au canal des Sœurs Noires. Il était parallèle à l'ensemble précédent également dans une direction nord-est-sud-ouest et s'écoulait à l'intérieur du territoire englobé par l'enceinte du début du et correspond à l'aménagement d'un port vers 1281 entre la tour Rihour (qui était située à l'angle de la Rue de la Vieille Comédie et de la rue des Fossés) et le pont de Fins (qui enjambait la rue de la Cordwannerie, actuelle rue Pierre-Mauroy) en liaison avec la canalisation de la Haute-Deûle à la même époque. Ce port s'envasa et devint inutilisable. Ce port qui ne s'étendait pas en aval du pont de Fins ne supprimait pas la rupture de charge à l'intérieur de la villeD’après Jean Caniot, ce port aurait été situé non à l’emplacement du canal des Boucheries mais à celui du canal de la rue de Paris qui s’écoulait parallèlement entre la rue du Sec Arembault et la rue Saint-Nicolas. La création du canal des Boucheries serait donc peut-être antérieure à 1281.