Le sulfate de magnésium est un composé chimique minéral anhydre de formule MgSO communément appelé sel anhydre d'Epsom.

En réalité, c'est l'heptahydrate de sulfate de magnésium des chimistes ou l'epsomite des minéralogistes qui était et est encore le plus souvent récolté et purifié, puis vendu le plus souvent en masse cristalline, sous le nom commercial et traditionnel de « sel d'Epsom », « sel anglais », « sel de Sedlitz »Autrefois respectivement dénommé en Grande-Bretagne, en France ou en Allemagne (Sedlitz est une ancienne ville de Bohême, appartenant à l'ancien Saint-Empire romain germanique. Burkhard Reber, « Les grands pharmaciens : V. François Tingry (1743-1821) Quelques notes sur sa vie et sur sa découverte du sel de Sedlitz en France » dans Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie, 1917, vol. 5, , 317.. Ce sulfate naturel de magnésium hydraté était aussi dénommé « sel amer » pour son goût ou sa saveur amère, repérable en bouche après ingestion.

Caractéristiques physico-chimiques Ce sel anhydre, matière poudreuse de masse molaire , incolore à légèrement coloré, principalement de maille orthorhombique, possède une densité assez élevée, avoisinant 2,66. Il est soluble dans l'eau, mais précipite uniquement en heptahydrate de sulfate de magnésium. Ce corps chimique hydraté, de densité beaucoup plus faible soit 1,68 est dénommé epsomite par les minéralogistes. Le sulfate de magnésium monohydraté existe aussi dans la nature, il a été décrit sous le nom de la kiesérite. Il est toutefois instable aux températures ambiantes ou dans les plages de température usuelles du laboratoire.

Notons que le sel anhydre réagit de façon exothermique avec l'eau. En solution dans l'eau, le sulfate de magnésium produit des cations magnésium Mg et des anions sulfate SO, les premiers étant fortement solvatés par l'eau.

Suivant les auteurs, la solubilité pour d'eau pure oscille entre de MgSO à , entre à .

Le sulfate de magnésium est soluble dans le glycérol et l'éther, mais insoluble dans l'acétone.

Usages anciens et modernes Antiquité Le sulfate de magnésium (ingéré) est depuis l'Antiquité considéré comme un puissant laxatif.

Sel d'Epsom L'histoire du sel d'Epsom veut qu'au , durant l'été sec de 1618, un fermier dénommé Henry Wickes (ou Wicker), vivant à Epsom en Angleterre aurait observé un trou contenant de l'eau. L'ayant agrandi pour y faire boire son bétail assoiffé, il constate que ses bêtes refusent d'y boire. Quelqu'un aurait alors suggéré qu'il pourrait s'agir d'une eau médicinale (hydragogue). Le bruit se répand et la population locale commence à y plonger des plaies ouvertes ou des membres douloureux..

À partir d'une date indéterminée, l'eau est ingérée comme médicament, et au début du siècle Epsom sera la première station thermale anglaise à vendre de l'eau minérale à boire.

Quelques décennies plus tard, Lord Dudley North, qui vivait à proximité, aurait utilisé cette eau comme médicament. En 1645, il publie The Foirest of Varieties, livre dans lequel il prétend être le premier à faire connaître .

En 1695, Nehemiah Grew est le premier à analyser ces eaux purgatives et à isoler et préparer le « sel d'Epsom ». Il tente de privatiser cette ressource et de breveter la production et la vente des sels d'Epsom, ce qui cause un conflit avec deux apothicaires (les frères Moult), conflit qui est selon Putscher & Lindeboom (1984) à relier au contexte de la concurrence, ancienne en Angleterre, pour le monopole de la délivrance des médicaments, opposant le Royal College of Physicians à la Worshipful Society of Apothicaries of London. Il écrit un traité sur , affirmant que Lord North fut le premier à prendre les eaux comme médicament après être passé par les stations thermales allemandes pour guérir une « amélancolie » ; il aurait considéré l'eau d'Epsom « comme un médicament envoyé du Ciel »..

En 1688, Gordon Home dans Epsom, son histoire et ses environs, dit que de nombreux médecins ordonnent une visite à Epsom et que ces cures sont devenues une mode.

En 1753, le Richard Russel, très populaire, introduisit les bains de mer, une diversion qui, selon certains, sera fatale à Epsom pendant environ 150 ans.

La mode du sel d'Epsom renait vers 1900, où l'on prétend qu'en solutions aqueuses et au contact du corps et de la peau, le sel d'Epsom peut soulager, apaiser les fatigues et les douleurs, notamment décontracter et relaxer les muscles. Au début du , on lui a aussi prêté des effets anesthésiques (en application sous-cutanée), testées par le Henry Tucker, de l'hôpital général de Philadelphie, pour soulager des inflammations locales. Selon ce dernier : .

Et d'après le Colonel R.D Rudolf (Professeur en thérapeutique à l'Université de Toronto) à la même époque, des cas de guérison de gonorrhée, d'épididymite et d'orchite, de rhumatisme gonorrhéique, de rhumatisme articulaire aigu, de névrite, etc., auraient été rapportés.

A la fin du , les spas et autres instituts de beauté ou de massage proposant l'hydrothérapie, l'aromathérapie, la phytothérapie affichent souvent l'utilisation de ce supposé reminéralisant et revitalisant, en exfoliation ou en bain corporel. Parce que très dense, une solution concentrée de sel d'Epsom permet à une personne de flotter dans un bain, d'où son utilisation dans les caissons d'isolation sensorielle. Aucune preuve de la plupart de ses effets (en usage externe) n'a pu être scientifiquement reliée au sulfate de magnésium, ni démontrer sa capacité à traverser la barrière cutanée. Alors que si le traitement est délivré par voie intraveineuse ou orale, le Sulfate de magnésium présente un intérêt médical démontré vis à vis de certaines pathologies.

Il est parfois utilisé en émulsion à phase huileuse, avec alors peut-être plus de chances de pénétrer la peau.

En médecine Le sel d'Epsom est utilisé depuis la fin du siècle, pour différentes indications :

antidoteLapostolle, F., Alayrac, L., Adnet, F., Maistre, J. P., Leseur, A., & Lapandry, C. (2001) Disponibilité des antidotes dans l'aide médicale urgente. La Presse médicale, 30(4), 159-162., parfois utilisé ou testé contre certains empoisonnements par des pesticides organophosphorés par exempleThabet, H., Brahmi, N., Kouraïchi, N., Elghord, H., & Amamou, M. (2009). http://www.em-consulte.com/article/228489 Intoxications par les pesticides organophosphorés: nouveaux concepts]. Réanimation, 18(7), 633-639. arythmie cardiaque éclampsie (à utiliser avec prudence et réserver aux cas graves ou pré-éclampsie sévère en raison des effets secondaires parfois importantsRozenberg P (2006) Intérêt du sulfate de magnésium dans la prise en charge de la prééclampsie. Gynécologie obstétrique & fertilité, 34(1), 54-59. et selon certains auteurs à éviter en cas de pré-éclampsieBerkane N (2010) Contre l’utilisation du sulfate de magnésium dans la prévention de la crise d’éclampsie en cas de prééclampsie. Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 38(2), 159-161.) neuroprotection du fœtus en cas de menace d'accouchement prématuré. Administration à la femme enceinte de sulfate de magnésium pour protéger le fœtus de dommages cérébraux pouvant être induits par la prématurité. asthme laxatif ou purgatif pour le soulagement de la constipation occasionnelle par des problème de croissance des ongles crampes (nocturnes et diurnes), sans efficacité prouvée. Le sulfate de magnésium fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en )WHO Model List of Essential Medicines, list, avril 2013.

Effets externes bénéfiques du sel d'Epsom : un mythe ? Une étude faite à l'Université de Birmingham au Royaume-Uni a fondé une croyance largement répandue que toute personne immergée dans une solution à 50-55°C de sulfate de magnésium une fois par jour, durant au moins 12 minutes, et ce sept jours de suite verrait son taux sanguin et urinaire de magnésium augmenter, ce qui suggèrerait que le sel d'Epsom pénètre le corps, de manière transdermique (i.e. au travers de la peau) pour ensuite entrer dans les cellules et dans la circulation sanguine. Ce passage, s'il existait, se ferait dans de nombreux processus biologiques (facilitation du fonctionnement musculaire et nerveux, biosynthèse des protéines, régulation de la pression artérielle, fonction cognitive améliorée après une lésion cérébrale, atténuation de certaines formes d'arthrose…). Les auteurs de l'étude de Birmingham avait conclu que , ajoutant que .

Mais l'étude de BirminghamDr RH Waring Report on Absorption of magnesium sulfate (Epsom salts) across the skin ; PDF, mis en ligne en 2015 par l'ESC (Epsom salt council), basée sur 19 personnes âgées de 24 à 64 ans, 10 femmes et 9 hommes, sans groupe témoin, sans placébo, sans essais avec d'autres sels, n'a ensuite jamais été officiellement publiée dans une revue à comité de lecture (uniquement mise en ligne sur le site commercial du Epsom salt council qui est une entité commerciale spécialisée dans la vente et la promotion du sel d'Epsom. De plus les volontaires devaient utiliser au moins 1 % de sel d'Epsom (soit 1 g de MgO4/100 ml d'eau), mais la plupart en ont utilisé bien plus () ont précisé les auteurs.

Or, une revue d'études récente publiée en Allemagne n'a trouvé aucune preuve que des bains dans le sel d'Epsom permette au magnésium de pénétrer à travers la peau note Max Brenner (de l'Institut Feinstein de recherche médicale). Selon ce travail, aucune étude solide et fondée sur des preuves n'a montré que la barrière cutanée laisserait passer en quantité significative des sels solubles de l'extérieur vers l'intérieur du corps (ce qui si c'était le cas mettrait rapidement l'homéostasie de l'organisme en péril pour un corps plongé dans l'eau de mer). le sel d'Epsom en solution est ionisé, et donc incapable de pénétrer la couche lipophile de l'épiderme. En effet, de par sa structure et sa composition, la couche cornée de la peau limite fortement la perte d'humidité et de nutriments par le corps.. Une peau saine est très hydrophobe et sa perméabilité aux substances provenant de l'extérieur est très limitée, ce dont tiennent compte les médicaments topiques généralement préparés de sorte à être absorbés par les glandes sudoripares ou les follicules pileux, ou par des muqueuses, ou intégrés dans une matrice grasse ou huileuse susceptible de traverser la matrice lipidique du Stratum corneum. La traversée rapide et en quantités significatives de cette couche n'est possible que pour les substances très lipophiles, ce qui n'est pas le cas des ions magnésium issus du sulfate de magnésium mis en solution. Le rayon de l'ion magnésium hydraté (86 picomètres) est environ 400 fois plus grand que celui de sa forme déshydratée ce qui rend très difficile sa traversée de membranes biologiques s'il n'est pas associé à une protéine transporteuse spécifique. Or, ces transporteurs sont absents des cellules mortes formant la couche externe de l'épidermeJahnen-Dechent, W.; Ketteler, M. Magnesium basics. Clin. Kidney J. 2012, 5 (Suppl. 1), i3–i14. la cellule dédiée à la transpiration (glande sudoripare) permet, certes, un passage, très contrôlé, d'eau interne et de sels vers l'extérieur ; mais dans un sens opposé à celui souhaité. il est démontré que via le follicule pileux (naturellement gras) le magnésium peut pénétrer l'épiderme, mais à une vitesse dépendant de la concentration externe et du temps. Ces follicules constituent cependant moins de 0,1 à 1 % de la surface de la peau ce qui questionne la pertinence clinique d'une thérapie transcutanée. Une étude a porté sur la perméation du magnésium appliqué par voie topique, mais sans produire de données sur la quantité de magnésium absorbé.. ;