La fièvre aphteuse est une maladie virale généralement non mortelle, voire bénigne qui affecte notamment le bétail mais aussi des espèces sauvages. Considérée comme l'une des maladies animales les plus contagieuses, elle se caractérise par l'apparition d'aphtes buccaux mais aussi d'éruptions vésiculeuse au niveau des onglons et des mamelles des animaux.
Elle a un fort impact économique, ce qui conduit des politiques nationales et internationales de lutte.
Histoire La description la plus ancienne connue de la fièvre aphteuse est faite en 1514, par l'Italien Hieronymus Fracastorius.
C'est à Francisco Toggia et à ses observations dans le Piémont en 1799 que la fièvre aphteuse doit son nom. En France, la fièvre aphteuse est également appelée « cocotte », « surlangue » ou « claudication ».
L'origine virale de la maladie est découverte par Friedrich Löffler et Paul Frosch en 1898.. En 1922, Vallée et Carré mettent en évidence l'existence de différents sérotypes.
Étiologie thumb|Virus de la fièvre aphteuse. La fièvre aphteuse est causée par le virus du même nom, en anglais FMDV pour foot-and-mouth disease virus. Il s'agit d'un virus du genre des Aphthovirus et de la famille des picornaviridae.
Le virus de la fièvre aphteuse est un virus non enveloppé mesurant entre 25 et de diamètre. Son génome est constitué d'ARN à simple brin à polarité positive, d'une longueur de 8,4 kpb, codant pour des protéines structurales et non structurales.
Sérotypes Sept sérotypes sont connus chacun avec plusieurs sous-types : A, O, C, SAT (pour South African Territories) 1, SAT 2, SAT 3 et Asia 1. Ils varient de par leurs antigènes. La pathogénie de chaque souche varie, et il n'y a pas d'immunité croisée ; l'infection par une première souche n'induit pas nécessairement une protection contre une autre.
Survie Le virus peut survivre plusieurs semaines dans de nombeux environnements : pâturages, eau, sol, boues, urines, fumier, à la surface de plusieurs matières (bois, métal, carton, laine). Le virus de la fièvre aphteuse survit presque indéfiniment aux températures de congélation. Le sperme et les embryons (à moins d'être traités selon le protocole de l') peuvent conserver le virus de la fièvre aphteuse. La destruction de la plupart des souches se fait par chauffage à pendant 10 minutes ; la destruction de virus peut aussi être mise en œuvre par la pasteurisation et les procédés industriels tels que le lait condensé, le lait évaporé ou le lait en poudre.
thumb|Panneau indiquant la fermeture de sentiers pour cause de fièvre aphteuse (Royaume-Uni, 2001).
Épidémiologie La prévalence de la fièvre aphteuse à l'échelle mondiale n'est pas connue. Cependant, en cas de contamination, la morbidité peut atteindre 100 %, en contaminant l'entièreté du troupeau.
La mortalité est faible chez les adultes, comprise entre 1 et 2 %, mais atteint 20 % chez les veaux.
Espèces affectées La fièvre aphteuse touche les Artiodactyles, principalement les bovins, mais aussi les chèvres, moutons, les porcs ainsi que les yacks et les buffles. D'autres espèces à sabots fendus sont susceptibles d'être touchées : les cervidés, les antilopes, les cochons sauvages et les girafes, les chameaux de Bactriane. Des contaminations anecdotiques sont parfois observées chez d'autres espèces (chiens, hérissons, éléphants, tatous, kangourous, capybaras).
Les vaches traditionnelles ou améliorées ne sont pas également sensibles à la maladie. De la même façon, les vaches laitières sont beaucoup plus affectées que les animaux de boucherie..
La fièvre aphteuse n'est pas considérée comme transmissible à l'être humain. Seuls quelques cas exceptionnels de transmission sont rapportés dans l'histoire.
Distribution géographique La fièvre aphteuse touche le monde entier, à l'exception de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Elle affecte principalement l'Asie et l'Afrique, mais des épizooties surviennent également parfois en Europe et en Amérique du Sud. Elle a été éradiquée de certaines régions.
Les sérotypes sont cependant différemment répartis en fonction des zones géographiques.
Après la Seconde Guerre mondiale la fièvre aphteuse s’est largement répandue dans le monde entier. En 1996, elle était endémique en Asie, en Afrique et localement en Amérique du Sud, où cependant le Chili, l'Uruguay et l'Argentine n’ont pas connu d’épidémie depuis avril 1994. La plupart des pays européens ont été reconnus comme n’étant pas touchés, si bien que ceux qui appartiennent à l'Union européenne ont cessé la vaccination. L'Amérique du Nord, l’Amérique centrale, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et les Îles Britanniques ne l’ont pas connue pendant plusieurs d'années.
En Europe occidentale, les éleveurs étaient confrontés régulièrement à des épizooties de fièvre aphteuse. Afin de lutter efficacement contre cette maladie, la plupart des pays européens ont généralisé à partir des années 1960 un programme de vaccination obligatoire. Ce programme a permis l'éradication de la fièvre aphteuse à partir du milieu des années 1980. Compte tenu notamment des risques de contamination inhérents à la manipulation du virus dans les laboratoires d'une part, mais aussi de la possibilité de contamination due au vaccin lui-même en cas d'inactivation imparfaite du virus., le programme de vaccination a été arrêté en 1991. Il a été remplacé depuis par un plan de lutte strictement sanitaire pour deux raisons : l'éradication des foyers de fièvre aphteuse autochtone était terminée et la protection vis-à-vis du risque d'introduction de la maladie passe dès lors par des mesures de contrôle sanitaire aux frontières, l'arrêt de la vaccination permettait de justifier d'un statut indemne de fièvre aphteuse indispensable pour l'ouverture du marché américain aux produits alimentaires européens.
Par la directive 2003/85/CE du , le Conseil de l'Union européenne – tout en confirmant le choix fait en 1991 – a introduit des mesures destinées à faciliter le recours à la vaccination d’urgence, sans abattage systématique ultérieur des animaux vaccinés..
En Algérie, la fièvre aphteuse est apparue dans les cheptels des bovins au début de l'été 2014. La moitié des régions du pays était alors touchée, de même que la Tunisie et le Maroc.
Contamination
La fièvre aphteuse est une maladie particulièrement contagieuse. Elle est transmissible de nombreuses manières, et de manière directe comme de manière indirecte : par contact direct entre animaux, par inhalation de particules virales, ou par l'intermédiaire d'objets et de produits biologiques contaminés.
L'inhalation de particules virales aérosoles expirées par les malades est la principale voie de contamination, mais toutes les matières biologiques provenant d'un animal atteint sont contaminantes : salive, urine, matières fécales, lait, viande, sperme. L'être humain peut constituer un vecteur pour la maladie, par l'intermédiaire de vêtements.
Les animaux atteints excrètent des particules virales contaminantes plusieurs jours avant de manifester eux-mêmes des signes de maladie. Le taux d'excrétion du virus est très élevé et les animaux guéris peuvent rester porteurs et excréteurs du virus pour une durée allant jusqu'à deux ans.
Le virus est également très résistant dans le milieu extérieur. La contamination se fait donc aussi indirectement, par l’intermédiaire de tout objet qui a été en contact avec le virus (vêtements et peau des personnes en contact avec les animaux, véhicules, eau stagnante, débris alimentaires qui n’ont pas été cuits ainsi que les suppléments alimentaires contenant des produits animaux infectés...).
Selon Mac Sharry, auteur d'un rapport sur les politiques des États membres dans le domaine de la lutte contre la fièvre aphteuse, sur les 34 foyers primaires de fièvre aphteuse dénombrés entre 1977 et 1987, 13 foyers étaient « probablement associés soit à un virus échappé des laboratoires ou à la production et l'utilisation de vaccin mal inactivé ». Ainsi, d'après le Ministère de l'Agriculture « Le dernier épisode de fièvre aphteuse en Bretagne en 1981 était dû au passage du virus vaccinal (mal inactivé) d’un cheptel de bovins (qui, régulièrement vaccinés, étaient immunisés) à une exploitation porcine voisine. »http://cours.vet-alfort.fr/fichier/bftoma/r_cours_252/fa-2004.pdf Statut En Belgique, la fièvre aphteuse est une maladie à déclaration obligatoire.
Facteurs de risque
Symptômes 250px|thumb|Vésicules percées sur les pattes d'un porc atteint de la fièvre aphteuse
Chez les bovins, la fièvre aphteuse se manifeste par une température élevée qui baisse rapidement après deux ou trois jours, des aphtes à l'intérieur de la bouche qui provoquent une production excessive de salive filandreuse ou écumeuse avec hypersialorrhée, et des cloques sur les pieds qui peuvent s'ouvrir et faire boiter. Des animaux adultes peuvent perdre du poids et ne pas s’en remettre pendant plusieurs mois ; les testicules des mâles matures peuvent gonfler tandis que chez les vaches, la production de lait peut baisser de façon importante. Quoique la plupart des animaux guérissent finalement de la fièvre aphteuse, la maladie peut provoquer la myocardite (inflammation du muscle du cœur) et la mort, particulièrement chez des animaux nouveau-nés. Quelques animaux infectés restent asymptomatiques mais ils sont des vecteurs de la fièvre aphteuse et peuvent la transmettre à d'autres.
Diagnostic Parmi le diagnostic différentiel de la fièvre aphteuse figurent la stomatite vésiculeuse, l'exanthème vésiculaire, l'exanthème vésiculaire du porc, la peste bovine et la diarrhée virale bovine .
Prise en charge Il n'existe pas de traitement curatif. Si l'abattage sanitaire n'est pas requis, la prise en charge consiste à désinfecter les zones atteintes pour prévenir les infections
Contrôle et prévention
Mesures de biosécurité
L'introduction d'animaux asymptomatiques doit être évitée.
Ce caractère très contagieux justifie de strictes mesures de contrôle comprenant, outre la désinfection, la quarantaine, la destruction des animaux atteints et des interdictions d’exportation pour la viande et les autres produits animaux vers des pays non touchés par la maladie.
Vaccination préventive La vaccination contre la fièvre aphteuse est réalisée en Europe de manière préventive, jusqu'en 1991, année à partir de laquelle elle n'est plus autorisée.
Le vaccin contre la fièvre aphteuse peut contenir des souches d'un comme de plusieurs sérotypes. Il est formulé à base de virus inactivé, et peut permettre de distinguer les animaux infectés des animaux vaccinés.
Avant la mise au point du vaccin, l'aphtisation, une technique semblable à la variolisation permettait déjà de conférer une bonne immunité à l'ensemble d'un troupeauhttp://www.oie.int/boutique/extrait/lombard1032948.pdf.
On a pu ensuite avoir recours à un sérum qui, inventé par Friedrich Loeffler, n'a connu de réelle application qu'à la suite des travaux de Roux, Vallée et Carré, en 1903.. Après la Première Guerre mondiale, la production industrielle de ce sérum permit de traiter en une seule année en France tandis que de sérum furent utilisés au Danemark dans les années 1920 (sur une durée de 9 ans). Ce sérum, qui a pu être utilisé en association avec l'aphtisation, n'offrait toutefois qu'une immunité limitée à une quinzaine de jours, obligeant à des interventions répétées pour un effet prolongé.