Christine Brisset est une militante française, née Charlotte-Antoinette Kipfer à Chagny (Saône-et-Loire) le et morte à Paris le . Connue pour son action en faveur des sans-abri après la Seconde Guerre mondiale, elle est la fondatrice du mouvement des Castors en Anjou.
Biographie
Jeunesse et premières expériences À l'âge de six ans, Charlotte-Antoinette Kipfer est comme en témoigne son fils dans le film documentaire On l'appelait Christine de Chantal Monteiller et Marie-Josée Aubert. Avec une formation autodidacte, à elle occupe un poste de sténodactylographe dans une usine de guerre à Chalon-sur-Saône, puis celui de secrétaire dans une entreprise de crins en 1920. Présidente de l'aéroclub de Bourgogne, elle devient l'une des premières femmes-pilotes de France. Paralysée à la suite d'un accident d'avion elle va se faire soigner en Suisse. Après sa guérison, elle assume la direction d'une clinique accueillant les personnes atteintes de tuberculose humaine. Elle rencontre alors Armand Arnold qu'elle épouse en 1934 et qui décède de la tuberculose en 1936, trois mois après la naissance de leur fils.
Premiers engagements 1936-1945 Titulaire des diplômes d'infirmière, de jardinière d'enfants et d'assistante sociale, elle rentre en France en 1936 et elle est nommée directrice de l'Institut de puériculture et de périnatalogie. Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle se charge d'organiser des camps de réfugiés pour enfants. En 1940 elle s'engage dans le réseau de Résistance du Musée de l'Homme et elle y rencontre Pierre Brisset, directeur d'une entreprise d'épicerie à succursales multiples à Angers. Il deviendra son second mari. Pierre Brisset, membre du Sillon, mouvement pour un christianisme social, est aussi administrateur du Courrier de l'Ouest et fondateur du Mouvement républicain populaire (MRP) en Anjou. À la Libération de la France, celle qu'on appelle simplement Christine tient une chronique d'entraide au Courrier de l'Ouest et s'engage bientôt dans un combat personnel en faveur des sans-logis et des personnes mal logées.
Occupations de logements vacants 1946-1949 À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France compte cinq millions de sans-abri, soit environ un huitième de la population. L'ordonnance du 19 octobre 1945 permet aux préfets de réquisitionner les logements vacants ou inoccupés mais cette ordonnance n'est guère suivie d'effets , notamment à Angers où de nombreux quartiers comme la Doutre ou Saint-Michel souffrent cruellement du mal-logement ; au recensement de 1946, soit le quart de la population vit en situation de surpeuplement. Dans ce contexte de 1946, une Commission familiale et ouvrière du logement (CFOL), se met en place à Angers. L'urgence est de trouver un toit décent au plus vite pour les familles sans logis ou mal logées. Christine Brisset, alors journaliste va apporter un soutien actif au mouvement. Il ne s'agit pas de passer au squattage sans avoir épuisé toutes les propositions de location amiable. Mais quand elles ne sont pas suivies d'effet, Christine demande une ordonnance de réquisition. Si cette ordonnance n'est pas appliquée, elle informe les autorités de la date à laquelle les familles s'installeront dans les logements inoccupés, c'est ce qu'on appelle une occupation illégale, un squattage, "une mesure d'urgence", argue Christine et dans la majorité des cas les propriétaires finissent par accepter la location imposée. Ainsi sur les 317 occupations effectuées de 1947 à 1949, seulement 5 propriétaires portent plainte. En 1949 la presse surnomme Christine la fée des sans-logis, la madone ou la Jeanne d'Arc des squatteurs. Elle obtient l'appui du préfet de Maine-et-Loire et le soutien financier du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, Eugène Claudius-Petit.
Des logements pour tous, fondation des Castors angevins Entre 1945 et 1956, plus de 2000 habitations à loyer modéré (HLM) sont construits.
En 1950, en accord avec la Commission familiale et ouvrière du logement (CFOL) d'Angers, elle fonde l'association les Castors, système d'entraide mutuelle grâce auquel les membres de l'association construisent leur propre maison; c'est ainsi que des cités entières avec services et structures de loisirs modifient le paysage angevin d'après-guerre.
En 2013, les Castors sont scindés en deux associations : les Castors angevins qui facilitent l'accession à la propriété et Anjou Castors qui gère un patrimoine de .
Actions contestées et réhabilitation tardive Entre 1945 et 1962, dans l'urgence des relogements, Christine Brisset soutient l'occupation de vacants, ce qui lui vaut 49 comparutions au tribunal. Ses prises de positions et ses actions lui attirent de nombreuses inimitiés. En 1962, à l'indépendance de l'Algérie, elle aide une dizaine de familles de rapatriés à se reloger. Elle perd l'appui du préfet Jean Morin, et devient la cible d'une campagne de diffamation. Le 2 mai 1964, elle est condamnée à un an de prison ferme pour gestion frauduleuse, une peine qui ne sera jamais appliquée, malgré la confirmation en appel en 1966 et en cassation en 1968. Elle est licenciée de sa propre société. L'ancien préfet de Maine-et-Loire Jean Morin et l'ancien ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme Eugène Claudius-Petit considère que la procédure est une machination. En 1964, « dans une ambiance de revanche locale », elle quitte Angers pour s'installer à Paris. Christine est réhabilitée vers 1970 et décède en 1993, trois ans après la création du Droit au logement (DAL).
Hommages 2005, 52', On l'appelait Christine, film documentaire de Marie-Josée JaubertOn l'appelait Christine - film documentaire, 2004. La Scam, société des auteurs multimedia. Christine Brisset, justicière des sans-logis, film documentaire de Camille Thomine et Théo Sorroche, diffusé sur France 3 le 6 mars 2025. 2012, L'insoumise, bande dessinée-reportage de Chantal Montellier & Marie-Josée Jaubert d'après le film On l'appelait Christine. Dans cet album, Christine Brisset fait revivre à travers ses souvenirs l'histoire d'habitations et de cités entières qui ont permis le relogement de milliers de personnes au lendemain de la guerre à Angers. Christine évoque aussi ses mises en cause et les procès auxquels elle a dû faire face. Un square à Angers et une résidence à Montreuil-Juigné portent son nom.
Annexes Bibliographie Chantal Montellier, Marie-José Jaubert, L'Insoumise, d'après le film de Marie-José Jaubert On l'appelait Christine, Arles, Actes Sud, 2012...
Liens externes
Notes et références
Catégorie:Militante française Catégorie:Logement social en France Catégorie:Squat Catégorie:Sans-abri Catégorie:Naissance en juillet 1898 Catégorie:Naissance à Chagny (Saône-et-Loire) Catégorie:Décès en janvier 1993 Catégorie:Décès à 94 ans