Le Califat abbassideEn arabe : / al-ʿabbāsiyyūn ou / banū ʿabbās (« les descendants d'Abbâs »). (arabe : / al-ḵilāfa al-ʿabbāsiyya) est un califat sunnite qui gouverne une large partie du monde musulman de 750 à 1258.

La dynastie des Abbassides est fondée par As-Saffah, issu d'un oncle de Mahomet, Al-Abbâs. Elle arrive au pouvoir à l'issue d'une véritable révolution menée contre les Omeyyades, apparentés de manière plus éloignée au prophète de l'islam. Ils veulent un État plus profondément musulman, où les Iraniens convertis à l'islam auront une part égale à celle des Arabes. Après plus de trois ans de guerre, le général abbasside Abû Muslim triomphe des Omeyyades en 750 à la bataille du Grand Zab.

Sous les Abbassides, le centre de gravité de l'islam se déplace de la Syrie vers l'Irak où une nouvelle capitale est fondée en 762 : Bagdad Éric Limousin, 100 Fiches d'histoire du Moyen Age: Byzance et le monde musulman, éd. Bréal, 2005, p. 136. La civilisation arabo-musulmane est à son apogée, dans un empire qui s'étend de l'Ifriqiya aux rives de l'Indus. La dynastie abbasside donne naissance à d’illustres califes comme Al-Mânsur, Al-Ma’mūn ou encore le légendaire Harun ar-Rachid qui étendent la religion musulmane, la langue arabe ainsi qu'une conscience universaliste de l'islam qui caractérise tout le monde médiéval musulman.

Paradoxalement, c’est aussi sous leur direction que commence le lent déclin de la civilisation arabo-musulmane. L’empire gigantesque conquis sous les premiers califes et ensuite sous les Omeyyades a arrêté son expansion ; en Espagne puis en Égypte et en Tunisie, des souverains locaux arrachent leur indépendance et réclament le titre et la dignité califales, tandis que les dynasties iraniennes (Bouyides) et les tribus turques fraîchement converties à l’islam (Seldjoukides) prennent de plus en plus d’importance au sein de l’empire, prenant même Bagdad. Malgré ces difficultés, la fructification culturelle et le contrôle territorial (réduit) des Abbassides perdurent jusqu'au sac de Bagdad par les Mongols de Houlagou Khan en 1258. À la suite de cet événement, le califat abbasside est de facto aboli pendant trois ans, avant d'être restauré par le sultan mamelouk Baybars en 1261. Mais cette restauration est surtout symbolique : les califes abbassides qui siègent au Caire (la capitale du sultanat mamelouk) n'exercent aucune charge politique (à l'exception d'Al-Mustain pendant quelques mois en 1412) bien qu'ils continuent de revendiquer une autorité religieuse jusqu'en 1517, année de la conquête de l'Égypte par l'Empire ottoman.

La révolte Abbasside

Au , alors qu’en Occident les Carolingiens évinçaient la première dynastie de rois francs (les Mérovingiens), en Orient les califes Omeyyades régnaient sur un territoire allant de l’Espagne à la Transoxiane. Les Arabes, habitués à des systèmes de pouvoir fondés sur la tribu guerrière, devenaient sujets d'un immense empire, animé d'une vie commerciale intense et englobant de nombreux peuples.

La révolution qui déchut les Omeyyades de leur califat ne fut pas simplement le remplacement d'une dynastie par une autre mais était animée de sentiments profondément inscrits dans le passé et la religion musulmane ; même si d'autres facteurs notamment économiques (pour les nouveaux convertis), stratégiques (habileté des Abbassides à gérer les différences) contribuèrent à leur victoire alors que d'autres révoltes avaient échoué.

Faiblesse des Omeyyades Les OmeyyadesLes Omeyyades : l'Empire arabe., surtout après la mort d'Hisham, étaient en proie à de féroces conflits internes, et virent certains partis se liguer avec les rebelles. En plus, leur base de soutien traditionnel s'était rétrécie puisque réduite aux Syriens ; sur lesquels Marwaan (le dernier des Omeyyades) finit même par ne plus pouvoir compter à la suite de la bataille du Grand ZabDynastie Omeyyade..

Les nombreuses séditions (avant celle des Abbassides) dans le vaste empire, en plus de l'épuisement militaire sur de nombreux fronts externes, infligèrent de lourdes pertes financières et humaines à la dynastie omeyyadeLes Omeyyades, histoire du califat omeyyade de Damas..

L'association religieuse des mouvements Les nombreux soulèvements au cours du règne omeyyade étaient presque tous pourvus d'un courant religieux, voire messianique, poussé par la tendance millénariste de l'époque. Dans le cas des Abbassides, leur mouvement proclama un retour aux vraies valeurs de l'Islam, se cacha derrière le nom du plus révéré et lança une révolution sous l'étendard messianique noir.

Perte de la légitimité religieuse Leur conversion tardive et leur opposition à Mahomet lors de la naissance de l'État islamique exposèrent la famille omeyyade à l'opposition, surtout des premiers partisans du Prophète (al-anṣār). En tant que dynastie, on considéra qu'ils avaient dévié des valeurs au cœur de la religion, le train de vie décadent, même impérial, de certains califes (notoirement al-Walīd II) jugé impie et à l'encontre de l'égalitarisme déclaré par le Coran. Les Kharijites étaient une secte qui croyait ardemment que le régime avait invalidé son droit à régner, elle resterait une source tenace de résistance.

Questions de lignée D'autres éléments de la communauté islamique s'opposaient aux Omeyyades selon lesquels cette dynastie se serait injustement emparée du pouvoir de la lignée de 'Alī, apparentée généalogiquement à Mahomet. Le massacre du petit-fils du Prophète, à la bataille de Karbala, attisa ces tensions même davantage. Les Abbassides purent exploiter cette faille profonde au sein de la communauté islamique et s'alignèrent sur les demandes des premiers chiites en lançant un appel à la défaite des ennemis de la famille du Prophète. Le potentiel de cet aspect se montre dans le soulèvement de Moukhtar ath-Thaqafi (685-687) qui réclama lui aussi le retour du pouvoir aux descendants de Mahomet.

Grandes tribus Les califes omeyyades, qui cherchèrent tour à tour le soutien des tribus Qays et KalbValgieri 1970, ne parvinrent pas à gérer ces tensions (même si un nombre de califes prit des mesures pour amortir la situation). Les failles entre ces grands regroupements devinrent de plus en plus critiques, s'aggravant à la suite de la mort de al-Waliid II. Les tribus du Yaman, aliénées par un califat en faveur des Qays, constitueraient un élément important dans les forces responsables de son renversement.

Situation des Mawali Dotés d'un fort sentiment tribal, mais aussi méfiants envers les personnes fraîchement converties à l'Islam, les Omeyyades privilégiaient les grandes familles arabes dans leur administration et les postes importants. Ils maintenaient une telle attitude envers les Ajam (soit les peuples iraniens, les Berbères et les peuples turcs) qui, convertis à l’islam, réclamaient les droits que le Coran leur garantissait et la stricte égalité entre Arabes et non-Arabes en conformité avec la parole du Prophète :

Un nombre considérable de ces nouveaux musulmans furent mécontents de leur statut fiscal défavorable et du classement comme citoyens de seconde zone malgré leur appartenance à l'Oumma. Le degré de chagrin se manifesta dans leur participation au soulèvement de Moukhtar ath-Thaqafi (685-687). Le peuple maure étaient également une source de protestation pour des raisons semblables à celles des nouveaux musulmans. À un niveau plus profond, la question des mawālī constitua un problème insoluble, leur contribution considérée par l'état trop valables pour permettre la mise en œuvre d'une politique fiscale plus juste.

Khorassan et Iraq comme foyers de rebellion L'Irak, avec sa population importante, sa classe agricole destituéeVaglieri. 1970 et une forte tendance chiite, était un terrain propice à une révolution, comme l'avaient déjà montré les maints soulèvements contre la dynastie Omeyyade avant le déferlement des Abbassides. La transposition des plaintes présentes ici vers le Khorassan par le biais des colons et des troupes irakiennes créa des conditions en commun dans les deux territoiresSharon, M. 1983. Black Banners from the East. Et l'Irak et le Khorassan partageaient cette préférence pour la lignée de 'Alī, comprenaient une population importante de mawālī, s'indignaient du régime exploiteur et autocratique syrien (surtout en matière fiscale) et éprouvaient de l'amertume envers les troupes syriennes cantonnées sur leurs sols. Le Khorassan comme région à la lisière d'un vaste empire et non exploitée par un autre mouvementon pourrait le considérer une terre vierge, apte à servir de sol fertile: Sharon, M. 1983. Black Banners from the East, était particulièrement propice à être le berceau de la révolution abbasside.

Les savants occidentaux du avaient insisté sur la nature ethnique du soulèvement, soit celui d'un peuple iranien soumis à un régime essentiellement arabe. Aujourd'hui cette théorie a été largement écartée comme un modèle portant l'empreinte de la pensée nationaliste contemporaineBerkey, J. 2003. The formation of Islam. Cambridge: Cambridge University Press., et réalignée sur les questions économiques et surtout religieusesHumphreys, R.S. 1991. Islamic history.

En outre, on note des plaintes en commun et une certaine solidarité entre les colons arabes et le peuple du Khorassan. Les barrières entre la population indigène et les Arabes s'étaient donc estompées (grâce à l'interaction sur le plan économique et aux mariages mixtes) pour donner naissance à une élite arabo-persaneKennedy, 2004. À l'heure de la révolution, ces colons arabes constitueraient un corps important des forces combattantes, en plus des forces non-iraniennes.

Maîtrise des sources de tension Pour réaliser leurs ambitions, les Abbassides maîtrisaient habilement les sources de mécontentement au sein de divers groupes et les désirs d'un renouveau pieux. Leur campagne ciblait une base de soutien (et d'opposition aux Omeyyades) aussi large que possible. Ils modifièrent leur idéologie, à l'origine extrême, pour se donner un attrait plus populaire et renforcèrent leur revendication généalogique (plutôt faible) afin de rallier les partisans du rétablissement de la famille de Mahomet. Les divisions politiques qui poindraient après la réussite de la révolution démontrent la nature creuse de ces alliances. Les Abbassides tenaient en plus à masquer l'identité exacte du chef de ce retour aux valeurs islamiques et les politiques qui seraient mises en œuvre. D'aucuns suggèrent mêmeElton, Encyclopaedia of Islam. que les Abbassides s'étaient emparés d'un mouvement naissant au Khorassan et le redirigèrent vers leurs propres fins.

Chute du Califat Omeyyade Les premiers signes de révolte éclatent en 747 où Abu Muslim déploie pour la première fois l’étendard noir, emblème de la maison abbasside.

En 749, l’armée abbasside traverse l’Euphrate et s’empare de la ville de Kûfa ; entraînant la région dans des affrontements sanglants.

En l'an 750, les armées du calife omeyyade Marwan II rencontrent les soldats Abbassides lors de la bataille du Grand Zab. Trop confiants et sûrs de leur supériorité sur le champ de bataille les dirigeants omeyyades sous-estiment leurs adversaires. L'échec de Marwan II lors de cette bataille entraînera la famille omeyyade vers la chute. Et hormis Abd-Al-Rahman , toute la famille dirigeante est massacrée et le califat omeyyade définitivement aboli.

Les Omeyyades évincés du pouvoir, les nouveaux souverains abbassides poussent leurs frontières à l'ouest en prenant une à une les villes d'Afrique du Nord jusqu'à parvenir en 761 aux portes de Kairouan qui se situe dans l'actuelle Tunisie où ils enrayeront leur progression, préférant se concentrer sur l'Irak et l'Asie en général d'où sont issus une grande majorité des soldats abbassides.

Fondement