Laffaire Steve Maia Caniço est une affaire judiciaire française liée à la disparition puis à la mort de Steve Maia Caniço.
Cet homme de est porté disparu à Nantes dans la nuit du au , jour de la Fête de la musique. Sa disparition coïncide avec une intervention policière ayant eu lieu sur un quai d'une île de la Loire où la fête s'était prolongée au-delà de la limite autorisée de 4 heures du matin. D'après des témoins, Steve Maia Caniço était présent à cette fête. Des rassemblements sont organisés afin d’obtenir « justice pour Steve ». L'affaire connaît un retentissement important dans un contexte marqué par des violences policières. Le corps de Steve Maia Caniço est retrouvé dans la Loire plus d'un mois après les faits.
D’après des participants à la fête et des secouristes présents, l’intervention non justifiée des policiers a provoqué une panique ayant conduit à la chute de plusieurs personnes dans la Loire. Au contraire, selon les représentants de la police et le rapport de l'IGPN, les participants à la fête ont agressé les policiers, qui ont alors répondu de façon proportionnée notamment par l'utilisation de gaz lacrymogènes, et il n'est pas possible d'établir un lien direct entre l'intervention policière et la disparition de Steve Maia Caniço.
L'enquête, dépaysée à Rennes dès , établit en que Steve Maia Caniço est effectivement tombé dans la Loire . À partir de , sont mis en examen le commissaire divisionnaire chargé du dispositif policier au moment de la chute, l’ancien directeur de cabinet du préfet, et l’ancien préfet de Loire-Atlantique. La maire de Nantes, la ville et la métropole sont placées sous le statut de témoin assisté. En , le commissaire Grégoire Chassaing est relaxé. Les autres mis en examen et les témoins assistés bénéficient d'un non lieu.
Contexte Les faits se sont déroulés le long du quai Président-Wilson, sur l'île de Nantes, en Loire-Atlantique, dans la nuit du au , lors de la célébration de la Fête de la musique par un groupe de personnes, situé sur ce lieu, la police nationale étant intervenue de façon concomitante, à ce même endroit.
Sécurisation du site Dans son rapport, l’Inspection générale de la Police nationale pointe un défaut de sécurisation des abords de la Loire, dû selon elle à une défaillance des autorités municipales. Il est notamment écrit dans le rapport. : La ville n’avait mandaté que deux agents d’une société privée de sécurité afin d’empêcher la foule attirée par les sound systems de tomber dans le fleuve proche, alors même qu’ils étaient censés placer ces systèmes le long du quai Wilson. Elle a fait positionner des barriérages le long d’une partie seulement du quai Wilson, alors que les sound systems ont été installés jusqu’au bout du quai (en direction du pont des Trois Continents) ce qui a généré un risque pour le public.
Le maire adjoint à la sécurité de la ville de Nantes, Gilles Nicolas, répond à ces accusations : Quand il y a mort d’homme, il faut être précis, or j’ai le sentiment que dans ce rapport on procède par approximations. Premièrement, la mairie n’a délivré aucune autorisation quant à l’installation des sound systems, qui s’implantent historiquement au quai Wilson et sans barriérage. Deuxièmement, le quai Wilson étant une propriété du port autonome (et donc de l’État), sa sécurisation relève des pouvoirs de police du préfet. Et, enfin, nos agents de sécurité étaient là pour assurer la liaison avec le poste de secours situé, lui, sur un terrain communal.
Selon France Info, le rapport de l'IGPN .
Pascal Freneau, secrétaire général du grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire, explique l'absence de protection sur la majeure partie est du quai Wilson long de sur la section en aval du pont des Trois-Continents par le fait que celui-ci accueille toujours une activité maritime, fluviale ou portuaire certes peu fréquente, mais limité aux petites unités (comme les paquebots de croisières à faible tonnage faisant épisodiquement escale à Nantes). L'installation de parapets n'est pas envisageable dans l'immédiat car il empêcherait de poursuivre cette activité... En réalité, la préfecture n'accorde plus d'autorisation d'accostage pour les navires de croisière sur ce site depuis plusieurs années, justement pour des raisons « de sûreté et de sécurité »..
Précédents Depuis le réaménagement de la partie ouest de l'Ile de Nantes à la fin des années 2000, il y a régulièrement des chutes dans la Loire. Dans la soirée du 19 au , un étudiant chute accidentellement du quai Wilson., le même que Steve, et en octobre de la même année, un autre étudiant chute dans la Loire à la sortie d'une discothèque.. Ce drame a mis en lumière la faiblesse de la sécurité, notamment le faible nombre de bouées : un témoin assistant à la scène ayant dû parcourir plusieurs centaines de mètres pour en trouver une..
Dans des conditions très proches, soit deux ans auparavant, le jour de la Fête de la musique 2017, sur le même quai Wilson, une intervention policière avait abouti à la chute de deux personnes dans la Loire. Les policiers nantais avaient alors opté pour « un repli tactique », sous la direction du même commissaire (Grégoire Chassaing) impliqué dans l'affaire de 2019.. À la suite de cela, la foule s'était dispersée lentement. Un compte-rendu d’opérations de police datant du avait été rédigé et transmis à la préfecture ainsi qu’à la Direction centrale de la Sécurité publique (DCSP)..
Un agent de sécurité publique ayant participé à des opérations dans le cadre des fêtes de la musique précise que les années précédentes, il « n’était pas question de rétablissement de l’ordre, mais de sécurisation ». Cette personne a, en outre, déclaré : Notre but est de protéger les jeunes, pas de les mettre en danger. D’ailleurs, il y a cinq ans de cela, lorsque j’étais sur le dispositif, comme nous savions que les berges n’étaient pas protégées et qu’ils étaient en état d’ébriété, nous attendions qu’ils s’épuisent d’eux-mêmes. Et vers 6, 7 heures du matin, ils arrêtaient. Ils ne dérangeaient personne puisqu’il n’y a pas d’habitation autour. Cette année, il ne fallait pas intervenir ou alors il fallait leur trouver un autre lieu de fête.
Selon un membre du collectif L'Assemblée des blessé.e.s, qui recense le nombre de victimes de tirs de lanceur de balles de défense (LBD), et s'est même à Nantes..
Déroulement des faits Selon un reportage effectué conjointement par l'AFP et le journal Le Monde, le soir même de la Fête de la musique, comme chaque année à l'occasion de cette animation, une dizaine de murs d’enceintes diffusant de la musique (dénommés sound systems) avaient été installés sur le quai. Cette année, la tolérance des autorités était fixée jusqu’à 4 heures du matin. Durant la nuit, le rassemblement a été estimé à plus de ..
Steve Maia Caniço, un homme de , amateur de musique techno., était présent à cette fête. À 3 heures du matin, il envoie trois derniers textos à ses amis : , , puis ....
Interventions des forces de l'ordre Selon le rapport de l'IGPN, à l’heure fixée par les autorités, soit du matin, une vingtaine de policiers de la compagnie départementale d'intervention (CDI ou SDI) et de la Brigade anti-criminalité (BAC) sont dépêchés sur les lieux afin de mettre fin aux festivités. Neuf sound systems coupent le son mais un autre, situé en bordure du quai, à un endroit sans parapet, refuse. Après de discussion, ils finissent par s'exécuter et les policiers se replient. Selon le rapport de l'IGPN, à , . Ils éteignent le son une première fois, et c'est à que les policiers se retirent. Toutefois, peu de temps après, la musique reprend avec la chanson Porcherie de Bérurier Noir.. Les policiers reviennent dès lors sur les lieux.
Selon la police, les policiers auraient subi des jets de projectiles en tous genres ainsi que des coups, selon les déclarations de Johann Mougenot, directeur de cabinet du préfet de Loire-Atlantique. Leur action qui s'est ensuivie aurait donc été en riposte. Selon les fêtards, ce sont les policiers qui ont lancé les hostilités avec des tirs de grenades lacrymogènes.. D'après Le Figaro, la police affirme qu'il n'y a eu « aucune charge » des forces de l'ordre.. D'après Libération, le rapport de l'IGPN indique que la police n'est pas intervenue pour disperser les fêtards : elle s'est contentée de répondre à des jets de projectiles. Néanmoins, au vu des vidéos disponibles de l'événement, Libération affirme que la version de la police est fausse : . Cependant, le journal reconnaît aussi qu'il est . Un cadre de l'IGPN déclare à l'AFP qu'une charge, « c’est une avancée en rang avec des policiers très proches et des boucliers » et que, à Nantes, c’était « une avancée avec une possibilité pour les gens de passer sur le côté puisqu’on a même des images de personnes filmant les policiers de dos »..
Le rapport de l'IGPN décrit plusieurs phases : À , . À , après s’être équipés, les policiers reprennent leur position. À , ils répliquent aux jets de cailloux et bouteilles. Ils ont en face d’eux « », selon le cadre de l’IGPN. Les policiers utilisent trente-trois grenades lacrymogènes lancées à la main, douze tirs de lanceur de balles de défense, dix grenades de désencerclement..
Selon Libération, « durant plus de vingt et une minutes », les policiers utilisent « continuellement des grenades lacrymogènes en direction du fleuve ». Ils utilisent aussi des tasers et leurs matraques, et un maître-chien est vu à .
Selon le rapport de l'IGPN, la police n'a pas chargé la foule et personne n’est tombé à l’eau à cause de l’opération : . Selon les témoignages recueillis par la presse, les policiers ont chargé et l’opération a provoqué un mouvement de panique, entraînant la chute de plusieurs personnes dans les eaux de la Loire. D'après L'Obs, un syndicat de police affirme qu'une charge des policiers a bien eu lieu, et L'Obs, analysant les images obtenues par Libération, estime qu'une dizaine de policiers a avancé vers la foule à partir de , puis que la majorité des policiers se sont arrêtés d'avancer à .
Pendant toute l'opération, des fêtards alertent les forces de police de la proximité avec la Loire puis, très vite, les alertent aussi qu’il y a eu des chutes de plusieurs d'entre eux dans l’eau, et qu'une personne est en train de se noyer.. Selon le rapport de l'IGPN, entre et , plusieurs appels d'urgence signalent des personnes tombées dans la Loire..
D'après L'Obs, malgré les avertissements, les policiers continuent d'envoyer du lacrymogène. Des projectiles sont également lancés par les fêtards en direction des forces de police durant cette séquence. France Info, analysant le rapport de l'IGPN, affirme qu'à partir de , après les premiers tirs de lacrymogènes, les autorités qui supervisent l'opération policière depuis le « centre de supervision urbain » visualisent sur leurs écrans qu'« un épais nuage de fumée blanche » empêche « toute visibilité sur la réaction des participants ». Presque immédiatement, l'ordre est donné, deux fois, de stopper les tirs de lacrymogènes. Mais ces ordres ne sont pas suivis d'effets. Selon le rapport de l'IGPN, le commissaire qui commandait les policiers sur le terrain qui, essuyant des jets de projectiles, ont dû .
À , selon le rapport de l'IGPN, la foule se disperse à la suite de l'arrivée d'une compagnie de CRS. Selon le rapport du commandant de l'unité de CRS, il s'est refusé à employer les gaz lacrymogènes et a réussi à ramener le calme en dialoguant avec les fêtards et en leur promettant l'absence de violence. À , la situation était suffisamment calme pour justifier le départ d'une des deux sections.
Différentes chutes dans la Loire