La charte de Rodolphe III est une charte de l'année 996 signée par le roi Rodolphe III de Bourgogne et accordant le , c'est-à-dire le pouvoir comtal sur la vallée de la Tarentaise à l'archevêque de Tarentaise, Aymon /Amizon.

Cet acte est le plus ancien document conservé aux Archives départementales de la Savoie.

Contexte

La vallée de la Tarentaise appartient au royaume d'Arles, puis sous le règne des Rodolphiens au royaume de Bourgogne transjurane.. Au cours de cette période, les Alpes sont l'objet d'invasions sarrasines. (lire en ligne).. L'historiographie récente a démontré qu'à défaut de véritables invasions, la présence des Sarrasins se limite à la présence de quelques bandes qui par contre rançonnent les voyageurs, pillent, voire parfois détruisent.. Leur présence fait surtout l'objet de (Sorrel, 2006). Les Sarrasins implantés à La Garde-Freinet (Provence) sont défaits en 973 (cf. Présence sarrasine au nord des Pyrénées).

Au lendemain de cette défaite, le roi des Deux Bourgognes, Rodolphe III, cherche à réorganiser son royaume. Cette réorganisation passe notamment à travers la concession de pouvoirs, le , aux évêques de son territoire... Rodolphe III octroie ces privilèges afin de renforcer son autorité face à l'influence grandissante des empereurs du Saint-Empire issus de la dynastie des Ottoniens... Pour l'archiviste Gilbert Coutaz, il se lance dans un en faveur du pouvoir ecclésiastique (Tarentaise en 996, Sion en 999, Lausanne en 1011, Vienne en 1023). Le médiéviste René Poupardin insiste sur le fait que ces donations offrent en réalité plus de droits aux récipiendaires qu'elles n'impliquent de devoirs envers leur suzerain.

L'archevêché de Tarentaise est aussi enclavé entre les possessions des Humbertiens, qui donneront naissance à la maison de Savoie..

Teneur de la charte La charte de Rodolphe est un acte écrit scellé« Mille ans d'archives en Savoie », exposition aux Archives départementales de la Savoie, novembre 1996-février 1997, Chambéry.. Les proportions du document sont de 60 par 44 cm. Il est rédigé en minuscule caroline.

La fin du document nous informe de l'année, du lieu ainsi que du nom du scribe :

L'acte est ainsi rédigé à l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune, durant l'année 996. La signature est un monogramme du Rodolphe III, roi des Deux Bourgognes et elle est accompagnée d'un . Le site des Archives départementales de la Savoie propose un agrandissant en ligne du document, ainsi que du sceau et de la signature. Le document a été écrit par Anselme, le chancelier du roi, chanoine de l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune.

La charte indique que le roi Rodolphe III , , à l'archevêque Aymon /Amizon et à l'Église de Tarentaise, . (lire en ligne). (lire en ligne).. L'archevêché . L'évêque reçoit ainsi . Le document ne précise cependant pas sur quels territoires s'applique le .

L'acte présente le roi Rodolphe III en face aux envahisseurs qui ont apporté la destruction, les Sarrasins, dits dans la charte (« Hiberniens »). Il nomme également Aymon /Amizon (Amizo) à l'origine de la renaissance des richesses dans la vallée et que le roi récompense avec l'octroi du . Ce terme peut d'ailleurs être traduit par « compagnon » permettant une seconde lecture du document, comme le souligne l'érudit local Jean-Paul Bergerie, . Les Sarrasins servent de au récit, le document visant plutôt à limiter le pouvoir de contestation provenant des seigneurs laïcs du royaume. L'historien Henri Pirenne a souligné que ..

L'archiviste paléographe Jacqueline Roubert précise que le , à cette période, n'a plus rien à voir avec celui du temps des premiers Carolingiens, il désigne désormais .

Conséquences Il s'agit de la première mention d'un « comté de Tarentaise », ce qui ne permet pas aux historiens d'infirmer ou de confirmer son existence avant cette date. Jacqueline Roubert souligne que le rôle dans l'Antiquité de la vallée ou encore le fait même que Moûtiers soit érigée en indique qu'elle . Cette obtention du titre marque une politique royale en faveur de l'institution religieuse, permettant de contrebalancer dans cette société féodale les pouvoirs des seigneurs laïcs. Sans être associé aux comtes carolingiens, ce titre amène cependant à recevoir (lire en ligne). Cela implique également que l'archevêque-comte est astreint aux mêmes devoirs qu'un seigneur laïc.

Il faut attendre la fin du pour qu'un premier archevêque, Rodolphe de Chissé, utilise le titre de comte dans un acte.

Le document ne précise par ailleurs pas quelles sont les possessions de l'Église de Tarentaise, elles ne représentaient en réalité qu'une partie mineure de la vallée. Si l'espace du diocèse reprend l'ensemble de la vallée de la Tarentaise, de Cléry (situé dans la Combe de Savoie) à Laval de Tignes (aujourd'hui Val d'Isère), auquel s'ajoute une partie du bas-val d'Arly et du Beaufortain, le comté, dont on ne trouve qu'une trace de délimitations datant du , s'étendait très probablement du castrum de Conflans, au début de la vallée, au Pas du Siaix, ainsi que sur les vallées secondaires débouchant sur Moûtiers (vallée des Belleville — Doron de Belleville et vallée de Bozel — Doron de Bozel), mais aussi le Beaufortain. De fait, toute la haute-Tarentaise, de même que les enclaves des seigneuries d'Aigueblanche et de Salins, échappent à cette juridiction temporelle, et se trouvent sous le contrôle notamment de la famille seigneuriale de Briançon.. Cette famille portera le titre de vicomte de Tarentaise, à partir du .

La forme de l'acte se retrouve en partie lors de l'élaboration des diplômes de 999 pour le diocèse de Sion, en 1011 pour celui de Lausanne ou encore en 1023 pour Vienne.

Voir aussi Bibliographie

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Articles connexes Diocèse de Tarentaise Bulle d'or (1186) Histoire du droit

Liens externes

Notes et références

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