vignette|La voie empruntée par l'expédition britannique en 1953 débute au niveau de la cascade de glace du Khumbu − remonte jusqu'au Western Cwm (invisible sur la photo) − se poursuit sur la face du Lhotse jusqu'à atteindre le col Sud (dépression neigeuse, à l'extrême droite), pour terminer sur l'arête Sud-Est. Lexpédition britannique à l'Everest de 1953 est la neuvième expédition d'alpinisme qui a pour but d'atteindre le sommet de l'Everest et la première qui le réussit officiellement. En effet, Edmund Hillary et Tensing Norgay atteignent le sommet le .
Dirigée par le général de brigade John Hunt, elle est organisée et financée par le Joint Himalayan Committee. La nouvelle du succès de l'expédition parvient à Londres à temps pour être publiée le matin du couronnement d'Élisabeth II, le .
Contexte
Identifiée comme étant la montagne la plus haute au monde dans les années 1850, l'Everest devient un sujet d'intérêt au cours de l'Âge d'or de l'alpinisme, bien que son altitude soulève des questions quant au fait qu'il puisse un jour être gravi. En 1885, dans Above the Snow Line, Clinton Thomas Dent suggère qu'une ascension est peut-être possible. Des considérations pratiques (ainsi que la Première Guerre mondiale) empêchent toute tentative sérieuse jusque dans les années 1920. Interrogé sur les raisons qui le poussent à vouloir réaliser l'ascension de l'Everest, George Mallory répondra (en ), une phrase qualifiée comme . Mallory disparaîtra sur l'Everest durant l'expédition de 1924 et son sort demeure un mystère pendant .
La plupart des premières tentatives sur l'Everest sont réalisées du côté nord (tibétain), mais la et l'intervention militaire chinoise au Tibet qui s'ensuit, ont pour conséquence la fermeture de cette voie. Les alpinistes commencent à étudier une approche du côté népalais. L'expédition suisse de 1952 emprunte cette nouvelle voie et atteint une altitude d'environ sur l'arête Sud-Est, établissant un nouveau record d'altitude.
Commandement, préparation et entraînement vignette|upright=1.3|Carte de l'itinéraire de Tensing Norgay et Edmund Hillary à l'Everest.
Hunt, un colonel de l'armée britannique, servait au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe lorsqu'il est – à sa grande surprise – invité par le Joint Himalayan Committee de Alpine Club et par la Royal Geographical Society à prendre la tête de l'expédition britannique à l'Everest de 1953. La responsabilité de l'expédition aurait dû échoir à Eric Shipton, qui avait mené l'expédition de reconnaissance depuis le Népal en 1951, ainsi que l'expédition britannique au Cho Oyu de 1952, dont une grande partie des membres avaient été retenus pour celle de 1953. Cependant, le Comité décide que l'expérience de Hunt en matière de commandement militaire, ainsi que son expérience en tant que grimpeur, fourniraient les meilleures chances de réussite à l'expédition. Les Britanniques sont soumis à une certaine pression, les Français ayant reçu l'autorisation de monter une expédition similaire en 1954, et les Suisses une autre en 1955, ce qui signifiait qu'en cas d'échec, les Britanniques n'auraient pas une autre chance de gravir l'Everest avant 1956 au plus tôtGeorge Band, Hunt, (Henry Cecil) John, Baron Hunt (1910–1998), dans lOxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004, . Comme Shipton l'écrit dans une présentation devant le Comité le : . Selon George Band, cette déclaration .
Plusieurs membres de l'expédition britannique, très fidèles à Shipton, se montrent mécontents qu'il ait été remplacé. Charles Evans, par exemple, déclare . Edmund Hillary fait également partie de ceux qui s'opposent au changement de direction, mais il finit par être conquis par la personnalité de Hunt et par son propre aveu que le changement avait été mal géré. George Band donne raison rétrospectivement à Laurence Kirwan, le Directeur/Secrétaire de la Royal Geographical Society, .
Hunt écrira plus tard que le Joint Himalayan Committee avait peiné à lever des fonds pour l'expédition :
vignette|Le Western Cwm, au-dessus de la cascade de glace du Khumbu. La face du Lhotse (centre droit) est gravie jusqu'au col Sud (dépression, centre), l'arête Sud-Est menant au sommet de l'Everest.
L'entraînement des membres de l'expédition débute à Snowdonia au pays de Galles, en hiver. L'hôtel de est utilisé comme camp de base et l'équipe travaille ses techniques d'alpinisme sur les pentes de Snowdon et de Glyderau. Les bouteille d'oxygène sont testées au Climbers Club Hut de Helyg près de Capel Curig.
Les membres de l'expédition quittent le Royaume-Uni pour le Népal. Ils se rendent à Tilbury (Essex) où ils embarquent à bord du SS Stratheden à destination de Bombay le , à l'exception de Tom Bourdillon, du Griffith Pugh et de Hunt, qui souffre alors d'une antrite. Evans et Alfred Gregory, partis en éclaireurs, avaient pris un vol pour Katmandou le . Hillary et Lowe rejoignent le Népal depuis la Nouvelle-Zélande, Lowe par la mer et Hillary par les airs, ses abeilles ayant besoin de soins à cette époque de l'année. Bien qu'un voyage par la mer soit moins cher, Hunt déclare que la principale raison de le choisir plutôt qu'un voyage aérien était .
À Katmandou, les membres de l'expédition sont accueillis par l'ambassadeur britannique, Christopher Summerhayes qui leur aménage des chambres au sein de l'ambassade, aucun hôtel n'existant dans la ville à l'époque. Début mars, vingt Sherpas, sélectionnés par l'Himalayan Club, arrivent à Katmandou pour aider à transporter les charges jusqu'au Western Cwm et au col Sud. Ils sont conduits par le Sirdar, Tensing Norgay, dont c'était la sixième tentative d'ascension de l'Everest et qui est alors, selon Band, . Bien que Tenzing se soit vu offrir un lit à l'ambassade, les Sherpas restants devaient dormir sur le sol du garage de l'ambassade ; ils urinent devant l'ambassade le lendemain pour protester contre le manque de respect qu'on leur avait montré.
L'expédition Un premier groupe quitte Katmandou, avec 150 porteurs, en direction de l'Everest le , suivi d'un second groupe, accompagné de 200 porteurs, le lendemain . Ils atteignent Thyangboche respectivement les 26 et , et débutent le processus d'acclimatation en altitude entre le et le .
Hunt a prévu deux assauts de deux grimpeurs suivis si nécessaire d', bien qu'après deux assauts consécutifs une attente de quelques jours serait nécessaire pour « reprendre des forces » et reconstituer les camps. Le plan des deux premiers assauts est annoncé par Hunt le . La première équipe d'assaut utilisant un système d'approvisionnement en oxygène en circuit clos doit partir du camp avec pour objectif d'atteindre le sommet Sud (South Summit) et si possible le sommet. Elle est composée de Tom Bourdillon et Charles Evans, seul Bourdillon pouvait utiliser les dispositifs d'approvisionnement en oxygène expérimentaux. La deuxième équipe d'assaut, considérée comme la plus forte, est composée d'Edmund Hillary et Tensing Norgay. Elle doit débuter du camp , plus haut sur le col Sud. La troisième équipe d'assaut serait le cas échéant composée de Wilfrid Noyce et Mike Ward.
Si l'expédition (du printemps) échouait, une tentative d'automne après le passage de la mousson serait entreprise (comme les Suisses l'avaient fait en 1952 – le permis d'ascension étant valable pour toute l'année).
Le camp de base L'équipe Icefall atteint le camp de base de l'Everest () le . Quelques jours sont ensuite consacrés, comme prévu, à l’établissement d’un itinéraire à travers la cascade de glace du Khumbu et, une fois la voie ouverte, des équipes de Sherpas transportent des tonnes de matériel jusqu'à la base.
Assaut sur le sommet vignette|Edmund Hillary et Tensing Norgay en 1953 Une série de camps avancés sont progressivement établis dans la montagne. Un camp à est dressé par Hillary, Band et Lowe le , le camp au sommet de la cascade de glace à le et le camp – camp de base avancé – à par Hunt, Bourdillon et Evans le . Les trois hommes effectuent une reconnaissance préliminaire de la face du Lhotse le et le camp est établi à le . Le , Bourdillon et Evans, assistés de Ward et Wylie, atteignent le camp à sur la face du Lhotse, et un peu moins de quinze jours plus tard, le , Wilfrid Noyce et Lowe dressent le camp à . Le , Noyce et le Sherpa Annullu (le frère cadet de Tenzing) atteignent le col Sud, un peu en dessous des .
La première des deux équipes d'assaut précédemment sélectionnées par Hunt — composée de Tom Bourdillon et Charles Evans, se met en marche vers le sommet le . Mais Evans a un problème avec une valve endommagée dans son dispositif d'approvisionnement en oxygène qui prend plus d'une heure à réparer ; puis ils grimpent à un rythme impressionnant de près de par heure. À , au moment de changer les cartouches de chaux sodée, Evans a un autre problème que Bourdillon ne parvient pas à résoudre. Evans poursuit mais sa respiration devient laborieuse. Ils réussissent la première ascension du sommet Sud à , en dessous du sommet principal, et peuvent observer de là une fine crête de neige et de glace sur la roche qui les sépare du sommet principal, une formation rocheuse qui s'apparente à de grandes « marches » (plus tard baptisées ressaut Hillary). Épuisés et affectés par les problèmes des dispositifs d'oxygène, et en raison de l'heure tardive, les deux hommes sont contraints de faire demi-tour à .
Le , la deuxième équipe d'assaut de l'expédition, composée d'Hillary et Tensing Norgay, s'élance à son tour. Norgay avait auparavant atteint une altitude record sur l'Everest en tant que membre de l'expédition suisse de 1952. Ils quittent le camp à et parviennent au sommet Sud à . Ils parviennent ensuite non sans mal à franchir le ressaut tant redouté. La voie désormais libre d'obstacles, le duo atteint finalement le sommet principal de l'Everest à le et se congratule chaleureusement. Ils restent au sommet assez longtemps pour prendre des photos, enterrer des bonbons (offrande bouddhiste de Norgay) et un petit crucifix (confié par Hunt à Hillary) dans la neige. Ils utilisent alors des dispositifs d'approvisionnement en oxygène en circuit ouvert. Après dix minutes à prendre des photos au sommet, sans son dispositif, Hillary se rend compte qu'il . En redescendant, les premiers mots d'Hillary à destination de George Lowe sont Edmund Hillary, High Adventure : The True Story of the First Ascent of Everest. Stobart obtient de l'équipe descendante qu'ils ne donnent aucune indication à ceux comme Hunt et Westmacott qui attendaient anxieux au camp de base avancé (camp ), jusqu'à ce que Stobart soit assez près d'eux pour saisir sur la pellicule l'émotion qui suivrait l'annonce de la nouvelle.
L'annonce de la victoire James Morris, le correspondant sur place du journal The Times, apprend la nouvelle au camp de base le et envoie un message codé par coursier à Namche Bazar, où un émetteur sans fil est utilisé pour le transmettre sous forme de télégramme à l'ambassade britannique à Katmandou. Le message codé de Morris à son journal est : . Snow conditions bad était le code convenu pour signifier que le sommet avait été atteint ; advance base abandoned désignait Hillary et awaiting improvement faisait référence à Tenzing. Le message est initialement interprété à l'ambassade comme signifiant que Bourdillon et Tenzing avaient atteint le sommet, mais l'erreur est corrigée avant la diffusion. Une autre source affirme que le message contenait la date réelle non codée
Le message est reçu à Londres et interprété à temps pour que la nouvelle soit publiée, par coïncidence, le matin du couronnement d'Élisabeth II le . La conquête de l'Everest est probablement la dernière grande nouvelle à avoir été livrée au monde par un coursier.
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