Thomas Bruce dit Lord Elgin, né le dans la résidence familiale de Broomhall House (Fife) et mort le à Paris, comte d'Elgin et comte de Kincardine, fut un diplomate et militaire britannique, surtout connu pour avoir transporté le décor sculpté du Parthénon d'Athènes à Londres.
Thomas Bruce devint Lord Elgin à cinq ans, après les morts de son père et de son frère aîné. Ses études le menèrent à Paris et Dresde. Il commença une carrière militaire, qui resta virtuelle même s'il finit au grade de général en 1837. Il fit surtout une carrière diplomatique d'abord à Vienne, puis Bruxelles et Berlin. Il fut en 1798 approché personnellement par le roi qui désirait nommer un ambassadeur auprès de la Sublime Porte à Constantinople. En effet, le Royaume-Uni n'y était alors représenté que par les agents commerciaux de la Levant Company. Lord Elgin quitta la Grande-Bretagne en septembre de l'année suivante avec sa jeune épouse enceinte et une importante suite. L'ambassadeur fut accueilli de façon fastueuse dans la capitale ottomane. Là, il se heurta immédiatement à l'agent de la Levant Company John Spencer Smith et au frère de celui-ci l'amiral William Sidney Smith. Les difficiles relations entre les trois hommes ternirent les négociations autour de l'évacuation de l'Égypte par les troupes françaises et entraînèrent la bataille d'Héliopolis (1800).
Avant son départ, Lord Elgin avait été convaincu par l'architecte Thomas Harrison de faire en sorte que son ambassade fût « profitable aux Beaux-Arts en Grande-Bretagne ». Une partie des employés d'Elgin fut embauchée dans ce but. À Athènes, sous la direction de Giovanni Battista Lusieri, ils enlevèrent de l'Acropole entre 1801 et 1805 : sur le Parthénon : 12 statues des frontons, 156 plaques de la frise et 13 métopes ; la frise du temple d'Athéna Nikè et une cariatide de l'Érechthéion. En tout, plus de 200 caisses quittèrent la Grèce.
La fin de la vie de Lord Elgin fut marquée par les scandales, les procès et les difficultés financières. Prisonnier de Napoléon, il perdit toute possibilité de poursuivre sa carrière diplomatique. En 1807-1808, après un long procès et un Acte du Parlement, il divorça de sa première épouse Mary Nisbet, après l'infidélité de celle-ci. Surtout, les « marbres Elgin » furent la ruine de ses finances et de sa réputation. Il fut très critiqué pour ses « déprédations » à Athènes par des personnalités telles que Lord Byron.
Biographie Famille et éducation Thomas Bruce était le cinquième des huit enfants et deuxième des quatre fils de Charles Bruce et de son épouse Martha White. La famille était politiquement proche de William Pitt le Jeune et Henry Dundas qui aidèrent la carrière de Thomas Bruce.
En 1771, Thomas Bruce perdit son père et son frère aîné et hérita des titres, à peine âgé de cinq ans. Lord Elgin commença son éducation à la Cormick's School à Wandsworth (banlieue sud de Londres). En 1775, il était à la Harrow School puis à partir de 1778 à la Westminster School. Il fréquenta l’université de St Andrews entre 1782 et 1786 avant d'étudier le droit à la Sorbonne. Il passa aussi un an à Dresde pour apprendre l'allemand, profitant de son séjour pour visiter d'autres villes allemandes.
Juste avant de partir pour son ambassade auprès de l'Empire ottoman, Lord Elgin épousa le Mary Nisbet. Elle était considérée comme très belle, et était aussi la fille unique d'un très riche propriétaire terrien de Dirleton (leurs revenus étaient estimés à par anSelon le site universitaire measuringworth, une fortune de d'alors représenterait en 2014 entre 1,6 million euros si on considère ce que cela représentait en niveau de vie et 25 millions d'euros si on considère ce que cela représentait en statut économique.). La fortune de son épouse n'était pas un détail pour Elgin qui se trouvait déjà endetté : il avait beaucoup dépensé pour les débuts de sa carrière diplomatique mais aussi pour le réaménagement de la résidence familiale de Broomhall. Des domaines de la famille Bruce en Écosse étaient extraits de la chaux et du charbon qui firent sa fortune. La propriété familiale de Broomhall avait été construite pour Charles Bruce, le d'Elgin, par John Adam. Thomas Bruce la fit raser et fit construire à partir de 1796, un bâtiment plus grand, plus grandiose, dans le goût néoclassique. Il engagea l'architecte Thomas Harrison. Sa fortune ne fut cependant pas suffisante pour couvrir les coûts exorbitants des travaux ; Elgin emprunta et s'endetta, sans réussir à rembourser ; la fortune Nisbet était donc la bienvenue.
La jeune femme avait 21 ans et Elgin près de 33 ans. Elle avait hésité avant d'accepter de l'épouser, principalement car elle craignait le voyage en temps de guerre à travers l'Europe et le séjour prolongé dans l'Empire ottoman. Elgin proposa de renoncer à son poste d'ambassadeur et les parents de la jeune femme surent montrer à celle-ci l'avantage pour une famille bourgeoise de contracter un mariage avec une famille de la haute noblesse. Lord Elgin obtint cependant du Foreign Secretary de retarder un peu son départ afin qu'il s'accoutumât à la vie maritale. Les lettres de Lady Elgin à ses parents fournissent une source inestimable pour la période de l'ambassade à Constantinople. Les époux semblent avoir eu dans les premiers temps une relation faite d'affection, pouvant laisser supposer que le mariage n'était pas qu'un mariage de raison. Ils eurent deux fils et trois filles. Leur premier fils naquit à Constantinople en . Leur divorce, pour adultère de sa part à elle, nécessita un Acte du Parlement après des procès devant les justices anglaise et écossaise (1807-1808). Cela causa un important scandale.
Elgin se remaria le avec Elizabeth Oswald, fille de James Townsend Oswald. Ils eurent cinq fils et trois filles, dont James, l'héritier du titre et gouverneur général des Indes, et Augusta Stanley qui fut dame de compagnie de la reine Victoria.
Carrière militaire et politique En 1785, Thomas Bruce entra comme enseigne au des Scots Guards. Lorsque les guerres révolutionnaires commencèrent en 1793, il fut chargé du financement d'un régiment de « Fencibles » (milice de défense côtière) dont il devint le lieutenant-colonel. Bien qu'il ne commandât jamais son régiment qui ne vit jamais le feu, Lord Elgin monta régulièrement en grade, jusqu'à obtenir celui de général en 1837.
En 1790, Lord Elgin désira se lancer en politique. Les pairs écossais n'étant pas de droit membres de la Chambre des lords, il devait y être « élu ». Il se tourna alors vers Henry Dundas qui contrôlait le processus. Il fut rapidement désigné parmi les seize pairs représentants de l'Écosse à la Chambre des lords. Il conserva ce siège jusqu'en 1807. Il participa aux activités de la Chambre autant que ses autres obligations le lui permirent.
Premiers postes diplomatiques En 1791, Robert Murray Keith, le ministre plénipotentiaire britannique auprès du Saint-Empire romain germanique tomba malade. Le gouvernement britannique désirait le replacer rapidement, afin de poursuivre les négociations pour convaincre le nouvel empereur Léopold d'entrer dans ce qui allait devenir la Première Coalition contre la France de la Révolution. Henry Dundas avait été favorablement impressionné par les premières activités de Lord Elgin à la Chambre des lords. Il lui proposa le poste. Elgin l'accepta immédiatement. Il dîna avec le Premier ministre William Pitt le soir même. Celui-ci lui expliqua ce qu'il attendait de lui en politique étrangère. À la fin de la soirée, en raison de ce que Pitt considérait comme une urgence, le Premier ministre se fit apporter encre et papier et lui rédigea ses instructions. Elgin était « Envoy-Extraordinary ». Il partit le lendemain. Le diplomate britannique accompagna l'Empereur autrichien dans sa tournée des territoires italiens pour tenter de l'amener dans l'alliance britannique. S'il n'y réussit pas, sa réputation diplomatique était cependant faite.
Quand Keith reprit son poste à Vienne, le gouvernement envisagea de continuer à employer Lord Elgin. Il présentait en effet plusieurs avantages. Sa fortune était modeste, ce qui l'obligeait à se trouver un emploi ; mais elle était suffisamment importante pour que l'appât du gain ne fût pas sa seule motivation. Enfin, il faisait partie des tories dévoués au gouvernement. Le poste d'ambassadeur auprès du royaume de Prusse lui fut proposé. Elgin préférait Bruxelles (Pays-Bas autrichiens) car il serait plus proche de Londres où il comptait poursuivre son travail à la Chambre des lords. À sa demande, il y fut donc nommé « Envoy-Extraordinary ». Il passa presque tout son temps à faire la liaison avec l'armée du Saint-Empire qui affrontait les troupes françaises. Il ne quitta la Belgique que lorsque ces dernières l'emportèrent définitivement.
Il revint en Grande-Bretagne en 1794-1795, partageant son temps entre Londres et l'Écosse. En 1795, Lord Elgin ne put plus refuser et fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin. C’est là qu'il devint l'ami de John Tweddell. Elgin resta en poste près de trois ans. Il découvrit, à sa naïve surprise la réalité de la diplomatie européenne : les intrigues, la diplomatie parallèle et le renseignement. Une bonne partie aussi de son activité nécessitait sa participation à la vie mondaine de la capitale prussienne. Il semble ne pas y avoir excellé : il était absent régulièrement pour aller prendre les eaux dans diverses stations balnéaires d'Allemagne (pour soigner ses « rhumatismes », plus probablement sa syphilis) ; il était un hôte assez froid ; très souvent, sa porte n'était ouverte le soir qu'à sa « favorite » Madame Ferchenbeck.
Il revint brièvement en Grande-Bretagne en 1798, après la noyade accidentelle de son frère James. En décembre de la même année, il était nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porte du sultan Sélim III à Constantinople.
Ambassadeur à Constantinople Organisation de l'ambassade thumb|alt=Tableau : portrait en pied d'homme en veste rouge de cavalier|Portrait de George III réalisé par William Beechey en 1799/1800. En , Lord Elgin assistait à un bal donné par le roi dans sa résidence de Gloucester Lodge à Weymouth. Le souverain lui expliqua, lors d'une conversation particulière, qu'il songeait à envoyer un ambassadeur à Constantinople. En effet, le Royaume-Uni montrait peu d'intérêt pour l'Empire ottoman : il n'y avait pas toujours d'ambassadeur ; parfois un simple chargé d'affaires l'y représentait ; parfois même, il laissait les relations diplomatiques à la Levant Company qui disposait même du privilège de nommer tous les diplomates (ambassadeur, consuls et leurs employés) auprès de toutes les puissances levantines. Même si la compagnie commerciale était alors en déclin, le gouvernement britannique maintenait la fiction de son rôle diplomatique en lui demandant d'approuver les ambassadeursCe fut encore le cas pour Lord Elgin.. Le dernier ambassadeur, Robert Liston, était rentré en 1794. Depuis lors, son ancien secrétaire particulier, John Spencer Smith, par ailleurs employé de la Levant Company, faisait office de chargé d'affaires. Cependant, le débarquement de Bonaparte en Égypte et la victoire française aux Pyramides changèrent la donne. L'Empire ottoman devenait un allié potentiel dans la guerre que la Grande-Bretagne menait contre la France. Spencer Smith fut chargé d'entamer les négociations, tandis qu'une mission militaire, commandée par le général Koehler, était envoyée pour proposer de moderniser l'armée ottomane et tandis surtout que la flotte commandée par William Sidney Smith (le propre frère du chargé d'affaires) entrait en action. Pour donner encore plus de poids à l'amiral, le gouvernement britannique lui accorda le rang diplomatique de ministre plénipotentiaire. Ses victoires navales et terrestres (en Syrie) augmentèrent encore sa renommée, alors que le gouvernement britannique avait décidé de nommer un véritable ambassadeur.