Le tricot norvégien est un tricot réalisé entièrement en rond qui se caractérise par des motifs décoratifs de coloris différents que la majorité des gens dans le monde associe au folklore et à la culture des campagnes de la Norvège centrale et méridionale (). Il dépasse néanmoins rarement les trois couleurs et emprunte ses motifs à la flore scandinave, la faune locale, le climat nordique et la vie quotidienne des Norvégiens. Certains motifs proviennent d’une tradition ancestrale que le tricot partage avec les autres activités de l’industrie à domicile () typiquement norvégienne comme la broderie, la sculpture sur bois ou le rosemaling. Très encadré à partir du par les associations regroupant les artisans à domicile, le tricot norvégien passera lentement de la production domestique à la mécanisation et l'industrialisation dans une économie mondialisée.
Un travail de promotion très efficace à l'échelle internationale a permis de répandre l'image du tricot norvégien dès le début du comme un emblème national reconnaissable par tous. Les articles les plus vendus dans le style norvégien sont les pull-overs, les moufles et les bonnets. Histoire thumb|right|Le kofte ou lusekofte, gilet ou sous-pull exposé au musée folklorique norvégien
La technique du nalebinding est l''ancêtre du tricot. Cette technique s'est maintenue jusqu'à nos jours en Scandinavie., notamment pour la réalisation de moufles.
L'histoire de la propagation du tricot proprement dit en Norvège est peu connue. Un fragment de tricot datant de 1566-1567 a été retrouvé dans des fouilles réalisées à Bryggen, mais l'on n'ignore s'il s'agit d'un tricot réalisé sur place ou importé. Certaines sources indiquent que la technique du tricot était répandue dès les années 1630 dans les régions du Rogaland et du Trønelag dès les années 1630, mais il existe très peu d'artefacts venant corroborer cela. Il est par contre certain que la technique du tricot était répandue dans toute la Norvège au siècle.
Les objets tricotés les plus anciens dans les collections des musées norvégiens sont des importations d'articles de luxe datant du siècle. Il existe probablement également une production indigène à cette époque. Dans différents pays européens, cette industrie textile est alors organisée en guildes. Ce n'est pas le cas en Norvège, mais la réalisation de vêtements utilitaires simples - tricotés à domicile - et destinés à la vente prédomine. La région du Rogaland est une des plus anciennes a s'être spécialisée dans ce type de production, d'abord avec des vêtements tricotés à la main, puis avec des vêtements tricotés à la machine.
Le tricot circulaire est très répandu, au plus tard dès le . Au départ, il est réalisé au moyen d' aiguilles à deux pointes: jusqu'à 16 aiguilles sont utilisées pour réaliser des tricots de large circonférence! On ne sait pas précisément quand l'usage d'aiguilles circulaires s'est répandu et si cet usage s'est répandu uniformément entre les régions. Une telle aiguille est en effet présentée dans le magazine Dagmar en 1881, mais le magazine Urd présente encore ce même type d'aiguille comme une nouveauté en 1925.
Les premières filatures apparaissent dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Les paysans livrent leur laine aux filatures, qui se chargent des étapes du nettoyage, du cardage, de la filature et de la teinture chimique de la laine. Au début du vingtième siècle, des entreprises textiles norvégiennes se mettent à commercialiser en masse des vêtements finis en laine, notamment des sous-vêtements, des bonnets, des vêtements de travail. Les vêtements tricotés à la main deviennent plus complexes et colorés.
Au vingtième siècle, les usines textiles norvégiennes produisant des vêtements en tricot font faillite en nombre dans les années 70 et 80. Certaines parviennent cependant à survivre en abandonnant la production de vêtements et en se centrant sur la production de fil de laine de haute qualité destiné essentiellement au tricot à la main.
Vêtements traditionnels
Pullovers Kofte et Lusekofte (Setesdal) Les voyageurs qui traversaient la Norvège au siècle observaient Il s'agit du traditionnel kofte, pullover ou jacquette qu'on enfile par la tête, dont seule la partie supérieure était décorée de motifs traditionnels car la partie inférieure était enfilée dans le pantalon de sorte que l'on ne la voyait jamais. C'est en quelconque sorte l'ancêtre du pull-over norvégien contemporain.
Les différents motifs traditionnels remontent au début du dix-neuvième siècle. A la fin du dix-neuvième siècle, les Norvégiens se passionnent pour leur folklore : c'est la naissance du mouvement bunad, romantique et nationaliste. L'intérêt pour les habits traditionnels s'étend également aux vêtements tricotés. En 1928, Annichen Sibbern Bøhn entreprend de répertorier les différents modèles et publie le résultat de ses travaux en 1933. Depuis lors, tant le kofte que le lusekofte ne cessent de se réinventer.
Sur le plan technique, le tricot norvégien s’apparente au fair isle écossais ou au lopapeysa islandais. Le pull est tricoté entièrement en rond, de bas en hautDe nos jours, de nombreux modèles de pull sont tricotés depuis l'encolure (de haut en bas donc) et il existe des instructions de ce type destinées à la réalisation de pulls norvégiens. Ce n'est cependant pas la méthode traditionnelle de réalisation de ce type de tricot., sur de fines aiguilles à double pointes, et la méthode la technique de la maille steek est utilisée pour l'encolure et les emmanchures. Le haut du pull est tricoté en jacquard, le plus souvent avec des mailles blanches se détachant sur fond noir ou l'inverse. Les fils sont tirés à travers tout le rang sur l'arrière du tricot, de ce fait les parties en jacquard utilisent près du double de laine et sont particulièrement chaudes.
Les motifs géométriques sont obtenus par la répétition de plusieurs motifs. Contrairement au lopapeysa islandais, où les motifs en jacquard sont agencés de manière circulaire tout autour du cou ou du col en formant une sorte de grande collerette au-dessus des épaules, le motif jacquard est horizontal dans l'écrasante majorité des pulls norvégien, recouvrant le haut du torse, les épaules et le haut des bras. Le jacquard est bicolore et est généralement composé d'une large frise décorative avec de grands motifs encadrée par une série de frises décoratives beaucoup plus étroites. La large frise décorative, constituée du plus grand nombre de rang, se situe au niveau de la poitrine.
Sur certains modèles de pull-overs spécifiques, on observe en plus de la broderie ou un élément décoratif en feutre cousu sur le tricot à la fin pour délimiter et augmenter l'effet ornemental du col; c'est surtout le cas avec le gilet traditionnel lusekofte. Le motif autour de l’encolure peut se répéter au bas du pull et des poignets pour obtenir un visuel équilibré et structuré.
Le pull Marius thumb|left|upright=1.4|Le pull Marius, un des motifs norvégiens les plus connus, popularisé à travers le cinéma et l'alpiniste et aviateur Marius Eriksen.
Le pull-over norvégien le plus connu dans le monde, le motif Marius, est la création d' Unn Søiland-Dale, fortement inspirée par le modèle traditionnel du Lusekoffte du Setesdal. L'innovation qu'elle y apporte est dans le choix des couleurs, trois couleurs au lieu de l'habituel motif blanc sur fond noir, l'absence de motif Luse en dessous de la frise décorative et le fait que le bas du pull est foncé et non blanc.
Porté par son fils Marius, pilote de chasse, alpiniste, skieur et acteur, dans un film devenu culte en Norvège (Troll i ord.) dans les années 1950, il deviendra très vite la référence absolue du pull norvégien à cause notamment de la présence des trois couleurs nationales norvégiennes : rouge, blanc et bleu.
Pull Cortina
Pull Prince Harold
Pull et jacquette Fana
Mitaines et gants
Mitaines et gants Selbu L'histoire des moufles et gants Selbu tels que nous les connaissons aujourd'hui remonte à 1855-56. Une jeune femme prénommée Marit Emstad a alors l'idée de tricot des moufles tricoté très finement arborant des motifs d'étoiles noires sur fond blanc, ce motif qui allait connaître un très grand succès et être appelé par la suite étoile de Selbu. Précédemment, les femmes de ce district réalisaient des moufles et des gants en utilisant la technique du nalebinding. Les moufles de Marit rencontrent un franc succès parmi son entourage et toutes les femmes se mettent à réaliser des moufles semblables, utilisant une grande variété de motifs issus de la broderie, de la tapisserie et des sculptures sur bois.
Dans les années 1890, quelques moufles sont tricotées pour la vente. Dès les années 1900 cependant, l'industrie locale s'essouffle et une véritable industrie de tricot à domicile voit le jour. Dans les années 30, plus de 100'000 paires de moufles par étaient tricotées à Selbu et vendues aussi bien dans le pays qu'exportées à l'international. Le travail est payé à la pièce. Pour obtenir un meilleur rendement, les tricoteurs utilisent peu à peu de la laine moins fine, des aiguilles moins fines, une moins grande variété de motifs, etc. Pour mettre un terme à l'érosion de la qualité, les revendeurs créent en 1934 la fédération Selbu Husflidcentral., laquelle définit un cahier des charges détaillant les spécificités du produit (type de fil, forme, dimensions et poids). Cette centrale regroupe des magasins et des producteurs de produits artisanaux de la région, essentiellement de Selbu mais aussi de Tydal. Elle contrôle la qualité et fait apposer un label d’authenticité sur les articles conformes à la norme de vente retenue.
À Selbu, il existe entre-temps plus de 400 modèles différents utilisés dans le tricot traditionnel ou moderne. Il existe des modèles pour hommes et pour femmes que l'on peut reconnaître non pas grâce au motif principal de la main mais grâce à la décoration et à la taille des poignets. Les inscriptions étaient assez courantes. Beaucoup de mitaines comportent des initiales.
Certaines caractéristiques permettent de différencier les mitaines Selbu des autres mitaines noires et blanches sans risque de se tromper : thumb|right|mitaines selbu La Selbu est une mitaine biface. Les motifs sur le dos de la main et ceux de la paume ne sont pas identiques, un liseré épais sépare bien les deux faces en suivant tout le pourtour de la mitaine ; Le pouce n'a pas le même motif décoratif que le reste des doigts ; La partie du poignet est séparé par un ou deux lisérés de manière à tricoter des motifs différents ; Les mitaines pour hommes sont toujours tricotées avec des manchettes courtes recouvertes de motifs variés ; le gant gauche comporte traditionnellement l'inscription « cadeau » entourée de danseurs et de pots de fleurs ou des motifs floraux ; le gant droit portent sur le dos de la main l'inscription « couple marié heureux » (lykkelig brudepar) en capitales et au milieu la lettre « H » ; Les mitaines pour femmes ont souvent des poignets plus longs sans motifs ou bien avec des rayures en zigzags ou ondulés.
Malgré la diversité incontestable des motifs sur les moufles comme sur les pullovers, l'étoile à huit branches demeure aujourd'hui sans conteste le motif le plus célèbre et le plus récurrent des produits labellisés « Selbu ». Il s'agit d'un symbole universel qui a existé à d'autres époques, à d'autres endroits et dans autant de cultures et de religions du monde entier. Et pourtant, l'usage linguistique en Norvège préfère désigner cette étoile ornementale par le nom emblématique de «rose de Selbu».
Nisselue
Motifs