vignette|Graffiti ironique (), en partie masqué par le niveau du Regent's Canal, à Londres, en allusion à l'élévation du niveau de la mer provoquée par le changement climatique. Banksy, ..
Le déni du changement climatique (ou du réchauffement climatique), aussi appelé climatoscepticismeCe dernier terme tend à être considéré comme un euphémisme., est une attitude de dénégation face au consensus scientifique sur le changement climatique.
On distingue actuellement trois formes de dénégation, correspondant à trois points du consensus scientifique : le changement climatique n’existe pas ; le changement climatique que nous constatons n’est pas d’origine humaine ; il y a bien un changement climatique, mais celui-ci n’a pas d’effets notables qui justifieraient qu’on agisse pour le réduire, voire il a autant d’effets positifs (pour le tourisme ou l'agriculture) que négatifs.
Ces trois premières formes de déni amènent à considérer inutile toute démarche de lutte contre le dérèglement climatique, ce qui est parfois considéré comme une quatrième forme de déni.
Cependant, les regards sur l'origine du changement climatique sont variés chez les climatosceptiques (allant d'une origine purement naturelle à une origine mixte) et leur opposition aux politiques de lutte contre le changement climatique est loin d'être univoque.
Certains « négateurs » approuvent le terme de « déni », mais beaucoup préfèrent se dire « climatosceptiques »., « climato-sceptiques »Qui sont les climato-sceptiques et sur quelles théories se basent-ils ?, Geo, 14 décembre 2018. ou « climato-réalistes ». Cependant de nombreux scientifiques estiment que le mot « scepticisme » est désormais inapproprié pour qualifier l'attitude de négation du dérèglement climatique anthropique. et préfèrent le terme « climato-dénialistes ».., « climato-négationnistes ». ou encore « négateurs du changement climatique (anthropogène) ».. On parle aussi d'obstruction climatique..
Au sens large, ce déni peut aussi être « implicite », quand des individus ou des groupes sociaux acceptent les hypothèses et démonstrations scientifiques, mais sans parvenir à les traduire en actions ni en changements de comportements. Plusieurs travaux de sciences sociales ont analysé ces attitudes, en les classant comme des formes de négationnisme : voire de pseudoscience Sven Ove Hansson, « Science denial as a form of pseudoscience », Studies in History and Philosophy of Science, 63, 2017, p. 39-47, .. Toutes ces formes de déni alimentent la controverse sur le changement climatique, et inversement.
Des campagnes visant à saper la confiance du public dans les sciences du climat ont été mises en évidence, en Amérique du Nord notamment. Elles ont été décrites comme une « machine à produire du déni », construite, financée et entretenue par des intérêts industriels, politiques et idéologiques, trouvant des relais dans les médias conservateurs et les « blogueurs sceptiques » afin de créer l'impression qu'il existe une grande incertitude autour des données montrant que la planète se réchauffe : .
Selon des observateurs tels que Naomi Klein (2011, journaliste altermondialiste), ces campagnes de déni sont soutenues par ceux qui prônent des politiques économiques conservatrices, et par des intérêts industriels opposés à la réglementation ou la taxation des émissions de (et équivalent ) Naomi Klein, Capitalism vs. the Climate , The Nation, 2011 (consulté le 2 janvier 2012)., en particulier les lobbies du charbon et plus généralement des énergies fossiles, les frères Koch, des groupes de défense de l'industrie ainsi que des conservateurs et libertariens, souvent américains : . Plus de 90 % des articles « sceptiques » sur le changement climatique proviennent de groupes de réflexion classés à droite..
En dépit du fait que, depuis les années 1960, les sociétés pétrolières avaient une connaissance des effets de l'utilisation des énergies fossiles sur le climat, certaines d'entre elles ont organisé des campagnes de déni du changement climatique en s'appuyant sur une stratégie qui a été comparée au déni organisé sur les dangers du tabagisme par l'industrie du tabac.
Le déni du changement climatique et la controverse politique sur le réchauffement ont eu une forte incidence sur les politiques en matière de réchauffement de la planète, sapant une partie des efforts déployés pour lutter contre le changement climatique ou pour s'y adapter : Even though climate science has now firmly established that global warming is occurring, that human activities contribute to this warming… a significant portion of the American public remains ambivalent or unconcerned, and many policymakers (especially in the United States) deny the necessity of taking steps to reduce carbon emissions…From the outset, there has been an organized "disinformation" campaign… to generate skepticism and denial concerning AGW..
Ceux qui encouragent ou créent ce déni utilisent couramment des tactiques et moyens rhétoriques donnant l’apparence d’une controverse scientifique, là où il n’y en a pas et . Une véritable désinformation climatique se met en place, en créant et diffusant délibérément des contenus faux, approximatifs ou insidieusement trompeurs concernant le changement climatique, ses origines anthropiques, ses conséquences et les possibilités de transition écologique.
Terminologie vignette|upright=1.5|Amardeo Sarma donnant une conférence sur le négationnisme face au changement climatique et sur les futurs problèmes énergétiques et environnementaux dans le monde lors du Congrès européen des sceptiques (2015).
Scepticisme et négationnisme Les qualificatifs de « climatoscepticisme » et de « refus du changement climatique » renvoient l'un comme l'autre au déni, au rejet ou à un doute injustifié du consensus scientifique sur le rythme et l'ampleur du réchauffement planétaire, son importance ou son lien avec le comportement humain, en tout ou en partie : . Cependant, le scepticisme est une attitude rationnelle face à des assertions qui ne sont pas sûres alors que le déni devrait porter sur une assertion largement admise par ailleurs. Dès lors l'emploi de l'expression « scepticisme climatique » pour qualifier le négationnisme climatique véhicule l'idée implicite que le doute reste conséquent, ce qui n'est pas le cas : : Within the community of scientists and others concerned about anthropogenic climate change, those whom Inhofe calls skeptics are more commonly termed contrarians, naysayers and denialists..
Le terme « climatosceptique » est apparu dans les années 1990. Même si tous les scientifiques adhèrent à la notion de scepticisme scientifique (qui fait partie de l’essence de la démarche scientifique), le mot « sceptique » a donc été accolé aux adjectifs climatique ou écologique (au moins à partir de la mi-) pour désigner des minorités, y compris scientifiques, manifestant des points de vue contraires au consensus scientifique. Un petit groupe de scientifiques a présenté de tels points de vue dans des déclarations publiques et dans les médias bien plus qu’au sein de la communauté scientifique : : . Cet usage a continué. Dans son article de , The Heat is On : The warming of the world's climate sparks a blaze of denial, Ross Gelbspan révèle comment l'industrie a fait appel à un pour instiller le doute dans l'opinion publique dans une .. Son livre, , semble avoir été le premier à se concentrer spécifiquement sur le sujet : The term 'climate scepticism' emerged in around 1995, the year journalist Ross Gelbspan authored perhaps the first book focusing directly on what would retrospectively be understood as climate scepticism.. Gelbspan y a évoqué un organisé par une impliquant : : : : ..
Rôles des campagnes et débat terminologique En , la chaine de télévision canadienne CBC a diffusé un documentaire sur cette campagne mondiale, intitulé The Denial Machine : : … CBC Television Fifth Estate, 15 novembre 2006, The Climate Denial Machine, Canada.. En 2007, la journaliste a présenté un article sur « la machine à nier », expression qui sera ensuite reprise par des universitaires. Sur CBC également, Keith Kahn-Harris insiste sur la nécessité de bien différencier le déni (souvent inconscient, et momentanément nécessaire pour la psyché quand il faut affronter des réalités difficiles) et le « dénialisme » (qui est une démarche active et créative de refus de la vérité, et de recherche d'une fausse réalité) ; pour lui le déni est en quelque sorte « silencieux », alors que le dénialisme est « bruyant »Keith Kahn-Harris explains the difference between denial and denialism.(Keith Kahn-Harris explique la différence entre le dédi et le dénialisme).
Le déni explicite porté par les médias s'est accompagné d'un déni implicite, dominant dans de nombreux groupes sociaux, aux États-Unis notamment, où tout en acceptant le consensus scientifique, la plupart des gens se montrent incapables d’en accepter les conséquences et incapables de prendre des mesures pour réduire le problème : . Ceci a été illustré dans l'étude de Kari Norgaard qui a porté sur un village norvégien touché par le changement climatique, mais où les habitants ont détourné leur attention vers d'autres problèmes..
La terminologie est discutée ou nuancée : la plupart de ceux qui rejettent activement le consensus scientifique se qualifient eux-mêmes de « climatosceptiques » faisant preuve de scepticisme face au changement climatique, mais quelques-uns ont dit préférer être qualifiés de « négationnistes » : : . Le mot « scepticisme » est, cependant, utilisé à tort, car le scepticisme scientifique fait partie intégrante de la méthodologie scientifique : (Mann, 2012:26). Les anglophones utilisent aussi le mot « contrarianisme », qui est plus spécifique, mais moins fréquemment utilisé. Dans la littérature universitaire et les médias, les expressions « négation du changement climatique » et « négationniste du changement climatique » ont été utilisées comme termes descriptifs (sans intention péjorative). L'historien Robert N. Proctor utilise le terme « négationniste ».. Le Centre national de l'éducation scientifique et l'historien Spencer R. Weart reconnaissent tous deux que l'une ou l'autre option est problématique, et ils ont décidé d'utiliser le « déni du changement climatique » plutôt que le « scepticisme » : : « I do not mean to use the term 'denier' pejoratively — it has been accepted by some of the group as a self-description — but simply to designate those who deny any likelihood of future danger from anthropogenic global warming. ».
Les termes liés au négationnisme et au déni ont été critiqués pour avoir introduit un ton moralisateur ou parce qu’ils évoquent potentiellement le déni de l’existence de l’holocauste.. Certains ont prétendu que ce lien était intentionnel, ce que les universitaires ont vivement contesté. L'utilisation du mot et concept de « déni » est antérieure à l'Holocauste et courante dans d'autres domaines, par exemple le déni de grossesse, le déni ou négationnisme du VIH/sida comme le signale John Timmer, d'Ars Technica en 2014 : .
En , une lettre ouverte du Comité d'enquête sur les sceptiques (Committee for Skeptical Inquiry) a appelé les médias à cesser d'utiliser le terme « scepticisme » pour faire référence au déni du changement climatique, car le scepticisme scientifique est l’un des fondements de la « méthode scientifique », et il est très différent du déni (le rejet a priori d'idées sans considération objective) observé chez ceux qui sont impliqués dans des tentatives politiques visant à saper la science du climat. Selon ce comité : ...