(« Les Géants endormis ») est un collectif de militants agissant sur les réseaux sociaux dont l'objectif est la lutte sur internet et dans les médiasLes activistes de Sleeping Giants s’attaquent aux annonceurs de « Valeurs actuelles », L'Obs, 2 décembre 2019."Pourvoyeur de haine" : après CNews, Sleeping Giants s'attaque à "Valeurs actuelles", L'Express, 2 décembre 2019.Pierre Plottu, Après CNews, Valeurs actuelles est la nouvelle cible des Sleeping Giants, Slate, 2 décembre 2019.. Leur mode d'action est d'interpeller publiquement sur les réseaux sociaux les annonceurs dont les publicités apparaissent dans tout média relayant des discours jugés racistes, anti-immigration ou sexistes, ou des médias condamnés pour incitation à la haine, essentiellement d'extrême droite. Le collectif naît en aux États-Unis peu après la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine, avec le lancement d'un compte Twitter visant à boycotter Breitbart News.

L'organisation agit principalement depuis son compte Twitter mais elle dispose également d'un compte Facebook. Au fil du temps, diverses antennes régionales sont montées en Australie, en Belgique, au Brésil, au Canada, en Finlande, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, en Espagne, en Suède, en Suisse et enfin au Royaume-Uni (antennes possédant aussi leurs propres comptes Twitter).

Historique Depuis 2016, le rédacteur freelance Matt Rivitz, un « vétéran de l'industrie publicitaire », et la spécialiste du marketing dirigent Sleeping Giants Megha Rajagopalan, The Leaders Of Sleeping Giants Are Splitting Over A Dispute On Credit And Titles, buzzfeednews.com, 8 juillet 2020.

En dehors des actions menées sur les réseaux sociaux afin de faire pression sur les entreprises pour qu'elles cessent de soutenir financièrement les médias d'extrême droite, Nandini Jammi mène une campagne ciblant Robert Mercer, ancien co-directeur général du fonds spéculatif Renaissance Technologies, ainsi que des plateformes dont Stripe et PayPal pour qu'elles cessent de traiter les paiements des militants et groupes d'extrême droite. Elle fait également pression pour que Bank of America cesse de faire affaire avec les prisons privées.

Matt Rivitz organise, lui, les sections internationales de Sleeping Giants, installe des panneaux d'affichage autour des campus d'Amazon et de Facebook pour les inciter à rompre leurs liens avec Breitbart News, fait campagne contre YouTube et Facebook qui avaient donné une plate-forme à Alex Jones. Il met en place et dirige l'e-commerce de l'organisation.

L'identité de l'instigateur de Sleeping Giants reste inconnue jusqu'en , date où Matt Rivitz, ancien employé des sociétés TBWA/Chiat/Day et Goodby, Silverstein & Partners, confirme qu’il est le fondateur du groupe, après avoir été identifié par le média conservateur The Daily CallerSandrine Cassini, Contre la haine, ces militants qui s’attaquent à la pub, Le Monde, 21 novembre 2019. John McCarthy, Sleeping Giants on Breitbart and brand safety: 'It's not our job to police your ads', thedrum.com, 4 septembre 2019.

En , Nandini Jammi quitte l'organisation affirmant que Matt Rivitz a tenté de minimiser son rôle dans l'organisation. Elle publie un article de blog après avoir quitté l'organisation, intitulé « Je quitte les Sleeping Giants, mais pas parce que je le veux », avec le sous-titre : « Comment mon co-fondateur blanc m'a fait sortir du mouvement que nous avons construit ensemble ». Questionné par BuzzFeed News, Matt Rivitz considère que « pour le meilleur ou pour le pire, chaque organisation a besoin d'un leader et ce rôle dans Sleeping Giants m'appartient, quel que soit son titre ». Rivitz a ensuite rédigé des excuses publiques.

En France, en 2021, CNews et Valeurs Actuelles intentent un procès contre le collectif. La cour de cassation, en 2025, leur donne tort arguant qu'aucune qualification pénale ne peut être retenue contre l'activité des Sleeping Giants.

Campagnes Actions contre Breitbart News Le collectif naît en aux États-Unis peu après la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016, avec le lancement d'un compte Twitter visant à boycotter Breitbart News. Le premier message (sur Twitter) cible la société de gestion financière SoFi (compagnie spécialisée dans la gestion financière). La plupart des messages de l'organisation sur le réseau social Twitter sont destinés aux entreprises fournissant de la publicité à la chaîne Breitbart News. La majorité de leurs messages incitent à participer au boycott de l'entreprise, tant que celle-ci n'aura pas rejoint la lutte contre Breitbart. L'essentiel de l'activité du réseau ne provient pas du compte lui-même, mais de « retweets » de celui-ci ; cette méthode donne à l'organisation un très grand impact sur les utilisateurs des réseaux sociaux.

En , 820 entreprises ont rejoint le mouvement et avaient cessé de fournir de la publicité (et donc de l'argent) à Breitbart News, selon les statistiques fournies par l'organisation. Un peu plus tard, en , on décompte plusieurs milliers d'annonceurs qui ont cessé de placer leurs produits sur la chaîne Breitbart News (les publicités sont la source de revenus principale des chaînes de télévision), considérant cette campagne comme un moyen de protester ouvertement contre la politique de Donald Trump ainsi que de se garantir la confiance des militants (et par conséquent celle des personnes qui suivent l'organisation sur les réseaux sociaux).

La liste des entreprises ayant rejoint le mouvement s'agrandit. On peut retenir parmi les marques les plus célèbres AT & T, Kellogg's, BMW, Visa, Autodesk, Lenovo, HP Inc., Vimeo, Deutsche Telekom, Lyft, Allstate, Nest et Warby Parker (société spécialisée dans la vente de lunettes sur internet). Le gouvernement canadien cesse également de fournir de la publicité à Breitbart News, après avoir estimé que son contenu « n'est pas conforme au code de valeur et d'éthique du gouvernement ». La stratégie de consiste à faire pression sur les annonceurs en associant méthodes traditionnelles (manifestations) et méthodes numériques (activisme en ligne), dans le but de recruter et de mobiliser une large population d'utilisateurs des réseaux sociaux. Selon Slate, la stratégie de est similaire à celle adoptée en 2014 par le mouvement Gamergate contre Gawker Media.

En revanche, les Sleeping Giants n’ont pas réussi à convaincre trois des géants du Web de prêter la moindre attention à ses campagnes. Facebook, Google, tout comme Amazon n'ont jamais répondu à l'organisation, qui souhaite que les deux premières sociétés interdisent globalement la diffusion de publicités à Breitbart et qu'Amazon y supprime sa publicitéPaul Farhi, The mysterious group that’s picking Breitbart apart, one tweet at a time, washingtonpost.com, 22 septembre 2017.

La décision de Kellogg's de se joindre à l'initiative de provoque la colère de Breitbart News. Le média lance alors une campagne de boycott des produits Kellogg's en .

Autres actions aux États-Unis En , mène une campagne visant à pousser les entreprises à ne plus fournir de publicités à The O'Reilly Factor, après la publication de l'affaire de cinq accords de harcèlement sexuel visant l'animateur Bill O'Reilly sur la chaîne de télévision conservatrice Fox News. Sleeping Giants finit par l'emporter, entraînant l'annulation de l'émission.

En , en concertation avec notamment l'Anti-Defamation League et Common Sense Media, les Sleeping Giants tweetent le hashtag #StopHateForProfit à leurs abonnés exigeant que Facebook surveille les « discours de haine » de manière plus agressiveInside the Ad Boycott That Has Facebook on the Defensive, politico.com, 3 juillet 2020.

Actions au Canada À partir de , l'antenne locale canadienne utilise les mêmes moyens pour interpeller les sociétés fournissant de la publicité au média conservateur canadien The Rebel Media. La réussite de l'opération est confirmée quelques mois après le début de celle-ci.

Actions en Australie En 2018, Sleeping Giants Oz s'en prend notamment à la chaîne de télévision d'information en continu Sky News, après que celle-ci a diffusé une interview du nationaliste d'extrême droite James Purtill, Sleeping Giants Oz: How an anonymous Twitter account took on Sky News, abc.net.au, 28 novembre 2018. En six mois, plus d’une douzaine d’entreprises ont retiré leurs publicités de Sky News en réponse à la campagne menée par Sleeping Giants, expliquant ne pas vouloir être associées avec des valeurs ne correspondant pas à leur entreprise, évoquant notamment racisme et misogynie.

Actions en France La branche française de Sleeping Giants apparaît le Pierre Plottu, Ils veulent priver les sites d'extrême droite de "l'argent de la haine", France Soir, 10 juillet 2019. avec pour seules mentions légales . L'objectif de la branche française est de lutter contre le financement des discours de haine. Elle prend d'abord pour cible deux sites d'extrême droite : le site d'information généraliste Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard et Dominique Jamet, et le blog Breiz atao, créé par Boris Le Lay, lesquels perdent alors presque tous leurs annonceurs : plus de bloquent Boulevard Voltaire, tandis que Breiz atao est également banni de Google AdsHakima Bounemoura, Qui sont les « Sleeping Giants », ces citoyens qui luttent contre la propagation de la haine en ligne ?, 20 Minutes, 14 octobre 2019..

En , l'antenne française interpelle la société Ferrero, qui retire l'émission Zemmour & Naulleau de la liste de diffusion des publicités Nutella.

En , le collectif lance une action contre Valeurs actuelles, dont selon lui « la plupart des articles reprenaient telles quelles la rhétorique, les théories complotistes, l'intolérance et l'accumulation de faits divers orientés que nous n'avions rencontrés que sur les pires blogs extrémistes », concluant que « beaucoup de ses titres ou articles n'ont rien à envier à Boulevard Voltaire ou Minute ». Le collectif informe plusieurs marques que leur publicité figure sur le magazine au côté de contenus qui pourraient nuire à leur image, et les incite à retirer leur publicité du magazine en ligneThéo Moy, "Sleeping Giants" : ces militants qui intimident les annonceurs des médias qui leur déplaisent, marianne.net, 14 juin 2021.. Les militants se défendent de pratiquer un , inspiré de la branche américaine. Le , le magazine Valeurs actuelles publie « le mur de la honte », qui recense un millier de marques qu'il dénonce comme étant « contre le débat d'idée », et encourage ses lecteurs à interpeller ces marques en leur en envoyant un message pré-rédigé. Selon Capital, ce « mur » prête à confusion car la liste utilisée recense en réalité les entreprises qui ont retiré leurs publicités du site Boulevard Voltaire à l'initiative de Sleeping Giants, lequel dénonce en retour la « stratégie de victimisation » de Valeurs actuelles. Toujours selon Capital, les marques Red by SFR et Frichti auraient renoncé à boycotter Valeurs actuelles, sans toutefois en préciser la raison. En 2019, le syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) dénonce une « campagne diffamatoire et discriminatoire » de Sleeping Giants, déclarant que « Valeurs actuelles a le statut de presse d'information politique et générale (IPG) accordé par l'État, afin d'assurer l'existence d'une offre de presse pluraliste, seule garante du caractère démocratique du débat public ».