Jean Desbrousse, dit Hubert Débrousse ou Jean-Hubert Debrousse, né le à La Teste-de-Buch et mort le à La Chapelle-Rablais, est un homme d'affaires, directeur de journal, homme politique, collectionneur d'art et philanthrope français.
Biographie
Famille et jeunesse
Jean Debrousse est le fils de (1826-1913) et de (1817-1878). Ce dernier, ancien tailleur de pierre devenu ingénieur civil, fait fortune sous le Second Empire en tant qu'entrepreneur de travaux publics.
Prénommé « Hubert » par ses parents et amisLa Revue philanthropique, t. XXIV, 1908-1909, ., Jean a une demi-sœur, (1841-1883), fille de François-Hubert Debrousse et de sa première épouse Catherine Dessans, une sœur de Marie-Félicie morte en 1841. Marie-Catherine épouse en 1861 le baron Charles-Arthur Alquier.
Longtemps inscrit au collège Saint-Louis puis placé deux ans en pension, Jean est un élève paresseux. Jeune homme dépensier, il s'endette et presse en vain son père de l'associer à ses affaires. En , alors qu'il est encore mineur, il entame une liaison avec une demi-mondaine, Marie-Héloïse-Françoise Court, née Berthier, dite Charlotte Berthier, qui parvient à lui soutirer des cadeaux luxueux ainsi que d'importantes sommes d'argent. Le père réagit en faisant imposer à son fils un conseil judiciaire puis en portant plainte contre Charlotte Berthier. L'affaire est portée devant le tribunal correctionnel, qui condamne la demi-mondaine le , en application de l'article 406 du Code pénal punissant « quiconque aura abusé des besoins, des faiblesses ou des passions d'un mineur, pour lui faire souscrire, à son préjudice, des obligations, quittances ou décharges, pour prêt d'argent ou de choses mobilières »Le Constitutionnel, 24 novembre 1865, , .. Henri Rochefort s'amuse de ce scandale dans Le FigaroLe Figaro, 3 décembre 1865, , ..
En 1870, Jean Hubert-Debrousse entre au conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer de Picardie et des Flandres (qu'il présidera en 1878)La France, 31 août 1878, ., aux côtés de son beau-frère, le baron Alquier, et d'Ernest BarocheLe Moniteur universel, 6 février 1870, , .. Quatre ans plus tard, il côtoie son père au sein du conseil d'administration de la Compagnie franco-algérienneLe Globe, 12 juillet 1874, ..
Pendant la guerre franco-allemande de 1870, Jean s'engage dans l'escadron des éclaireurs à cheval de la Seine commandé par Léon FranchettiLe Gaulois, 6 février 1871, , ..
Directeur politique de La Presse
En , son père lui cède la direction politique de La Presse, dont il a fait l'acquisition un peu plus de deux ans auparavant. En rupture avec le monarchisme jusqu'alors affiché par ce journal, Jean-Hubert Debrousse adopte une ligne éditoriale ouvertement républicaineLa Presse, 4 avril 1875, , .. Outre le programme publié dans l'édition du , ce revirement se manifeste par le remplacement de par l'ancien préfet républicain Justin Massicault au poste de rédacteur en chef.
Dès les jours suivants, Debrousse polémique âprement avec Albert Wolff, du Figaro, qui le traite d'« amateur à qui papa a acheté un journal pour le distraire comme d'autres pères achètent à leur enfant un toutou mécanique »Le Figaro, 10 avril 1875, , .. Le conflit avec Le Figaro est ravivé quelques mois plus tard, La Presse du contenant une anecdote sur Cham qu'elle a repris au Figaro du sans en créditer le journal d'Hippolyte de Villemessant. La polémique, très violente, entraîne un duel entre , secrétaire de la rédaction de La Presse, et Antonin Périvier, du FigaroLe Figaro, 7 juillet 1875, , ., ainsi qu'un échange de lettres ouvertes entre Debrousse et Villemessant, qui décide de rappeler à ses lecteurs les détails du procès de Charlotte BerthierLe Figaro, 4 juillet 1875, , ..
Le , Massicault abandonne la rédaction en chef de La Presse « par suite de non-entente avec M. J. Débrousse »La Presse, 27 septembre 1875, , .. Henri Brisson quitte également la rédaction. Ces départs, suivis du retour de Topin au poste de rédacteur en chef, seraient dû à un différend politique, Massicault étant trop anticlérical et « socialiste » aux yeux de DebrousseLe Rappel, 28 septembre 1875, , .. Après ce recentrage, La Presse et son directeur politique réaffirment leur républicanisme, dans la ligne du Centre gauche, et leur opposition au gouvernement BuffetLa Presse, 24 janvier 1876, , ..
Devenu propriétaire de La Presse après la mort de son père, Debrousse revend le quotidien dès l'été 1879 au financier belge Simon Philippart.
Activités politiques vignette|Le château des Moyeux, à La Chapelle-Rablais. Encouragé par Antoine-Léonce Guyot-Montpayroux et soutenu par Horace de Choiseul-PraslinLe Figaro, supplément du 24 janvier 1876, . et Amable RicardLa Presse, 25 janvier 1876, , ., Jean-Hubert Debrousse se porte candidat dans l'arrondissement de Provins à l'occasion des élections législatives de 1876. Il affiche une profession de foi modéréeLa Presse, 19 février 1876, , . et une étiquette de centre gaucheFeuille de Provins, 12 février 1876, , .. Le député sortant est Othenin d'Haussonville, un orléaniste qui a accepté le régime républicain en votant l'amendement Wallon mais qui reste considéré comme un homme de l'Ordre moral. Au premier tour, Debrousse obtient 12,7% des suffrages, devant le candidat bonapartiste, le général (12 %), mais loin derrière d'Haussonville (31,7 %) et le conseiller général républicain Louis-Edmond Sallard (43 %)Feuille de Provins, 26 février 1876, , .. Fidèle à la discipline républicaine, Debrousse se désiste en faveur de SallardLa Presse, 23 février 1876, , ., qui est ainsi élu au second tour.
Pendant la campagne, Debrousse a été vivement attaqué par un journal soutenant d'Haussonville, Le Nouvelliste de Seine-et-Marne, dirigé par Pierre-Alexandre Lebrun, qui n'a pas hésité à exhumer les déboires rencontrés en 1865 par le jeune Debrousse. Le directeur de La Presse ayant porté plainte pour diffamation, Lebrun est condamné quelques mois plus tardLa Presse, 23 mai 1876, , ..
Le , Debrousse est élu maire de La Chapelle-RablaisFeuille de Provins, 14 octobre 1876, , ., où se trouve son château des Moyeux.
En vue des élections législatives de 1877, un groupe d'électeurs de l'arrondissement de Provins demande à Debrousse de poser à nouveau sa candidature. Considérant que les 363 députés républicains sortants doivent être confortés et donc réélus, le directeur de La Presse décline l'offre et laisse ainsi le champ libre à SallardJournal de Seine-et-Marne, 18 juillet 1877, , .. Debrousse et son père participent au financement de la campagne électorale républicaine en versant au Comité des gauchesLe Siècle, 13 octobre 1877, , ..
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur depuis le Feuille de Provins, 16 février 1878, , ., Debrousse est nommé officier de l'Étoile de Roumanie quelques mois plus tardFeuille de Provins, 11 mai 1878, , ..
Il est également nommé commandeur de la Couronne d'Italie en 1886Feuille de Provins, , , ..
Collection
Amateur d'art, collectionnait notamment les œuvres des peintres Ferdinand Roybet, Eugène Boudin, Paul-Désiré Trouillebert, et Euphémie Muraton, avec une prédilection particulière pour Théodule Ribot. Il possédait en effet plus d'une quarantaine de toiles et aquarelles de ce maître, dont il était le mécène..
Debrousse était également le propriétaire de tableaux de Manet (Le Buveur d'eau, 1864, et L'Artiste, 1875)Exposition des œuvres de Édouard Manet, Paris, 1884, ., de Daumier (À l'Audience, vers 1860, et Les Confrères, vers 1856) et de plusieurs Courbet, dont une version de La Belle irlandaise, ainsi que la toile Proudhon dans son jardin, acquise en 1877La France, 29 novembre 1877, ..
Mort et legs Président du conseil d'administration de la Société des mines de Malfidano, fondée par son père, Jean-Hubert Debrousse meurt dans son château des Moyeux le Archives départementales de Seine-et-Marne, état civil de La Chapelle-Rablais, registre des décès de 1899, acte (vue 100 sur 126).. Le défunt ayant également un domicile parisien au de l'avenue Victor-Hugo, les obsèques sont célébrées le à Saint-Honoré-d'Eylau. L'inhumation a lieu quelques jours plus tard dans le caveau familial de La Teste-de-BuchL'Avenir d’Arcachon, 17 décembre 1899, , ., déplacé plus tard à Arcachon.
Dans son testament, daté du , Debrousse, qui n'a pas eu d'enfant, institue l'Assistance publique en tant que légataire universelle de ses biens. Il lui lègue ainsi environ treize millions de francs, suivant en cela le modèle de sa demi-sœur, la baronne Alquier, qui a légué plus de cinq millions de francs à la même institution afin de fonder un hospice pour les vieillards indigents. Déshérité par la baronne, Debrousse avait tout d'abord contesté cette donationLe Siècle, 4 janvier 1886, , . avant d'en reconnaître finalement l'utilité.
Construit à l'emplacement de l'ancien château de Bagnolet et inauguré le , l'hospice Debrousse (aujourd'hui remplacé par l'EHPAD Alquier-Debrousse) est agrandi grâce au legs de Jean-Hubert Debrousse. Ses nouveaux bâtiments sont inaugurés le , en présence de Debrousse, belle-mère de la baronne Alquier et mère de Jean. Celle-ci, déjà fondatrice de l'hospice Debrousse de Lyon, fera également don d'une partie de sa fortune au profit de l'agrandissement de l'établissement de la rue de Bagnolet, de l'achèvement du nouvel hôpital Trousseau et de la fondation d'un hôpital à La Teste-de-BuchMadame Veuve Debrousse (1826-1913), s.l., 1913, ..
Jean Debrousse a également légué un million de francs à l'Institut de France, qui s'en sert notamment pour subventionner l'Alliance française et pour financer les travaux de Pierre et Marie CurieMémoires et comptes rendus de la Société des ingénieurs civils de France, 1903, . ainsi que plusieurs publications, dont celle du Journal des savantsGaston Boissier, L'Institut de France, Paris, Renouard, 1907, .Pierre Gauja, Les Fondations de l'Académie des sciences (1881-1915), Hendaye, 1917, ..
Outre ces legs philanthropiques, Debrousse a également rédigé un testament en faveur de sa mère et un autre au profit de l'ancienne chanteuse d'opéra Pauline Gueymard, qui conserve ainsi l'usufruit d'un immeuble ayant appartenu au millionnaireMarescot du Thilleul, L'Assistance publique à Paris: ses bienfaiteurs et sa fortune mobilière, Paris/Nancy, Berger-Levrault, 1904, ..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Léon Roger-Milès, Collection de feu M. Hubert Debrousse... (catalogue de vente aux enchères), Paris, Galerie Georges Petit, 1900, 64 p.
Liens externes
Histoire du château des Moyeux sur le site Internet du château (consulté le ).
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