La New Model Army est une armée de la Première révolution anglaise. C'est en 1645 que le Parlement anglais charge Oliver Cromwell d'organiser une armée sur le modèle de ses propres troupes, d'où le nom d'« armée parlementaire ». Contrairement à la plupart des armées de l'époque, ses dirigeants et ses membres sont des soldats professionnels plutôt que des nobles finançant des troupes sur leurs propres deniers. Sir Thomas Fairfax en a le commandement général, et Oliver Cromwell se voit confier la cavalerie, connue sous le nom des « Ironsides ».

La New Model Army est célèbre pour son zèle religieux, son puritanisme et son soutien à la Good Old Cause. Plusieurs de ses soldats sont des puritains et adhèrent aux principes des Dissidents anglais, ce qui donne à cette armée anglaise une composition singulière. Ceci en combinaison avec son indépendance politique, fait d'elle une force qui parvient à renverser la Couronne et son gouvernement, pour aboutir à brièvement imposer une dictature militaire durant l'Interrègne anglais.

thumb|right|200px|Le Catéchisme du soldat : règles, procédures et conditions d'embauche.

Fondation

thumb|200px|left|Charles .

La New Model Army résulte du mécontentement de certains Parliamentarians devant la tournure prise par les événements lors de la Première guerre civile anglaise, premier des trois principaux épisodes de la Première révolution anglaise, en 1644. Ainsi, quoique les troupes parlementaires bénéficient d'une nette supériorité numérique par rapport à celles des Royalists, leur avantage se trouvait obéré par leurs modalités de recrutement. En effet les troupes étaient levées au sein d'associations locales émanant de divers comtés, et répugnaient à combattre loin de leurs campagnes ou de leurs villes. Par ailleurs, la loyauté de certains officiers d'expérience, pourtant membres du Parlement, était mise en cause, surtout parmi les presbytériens, soupçonnés d'être favorables à l'arrêt des hostilités avec Charles .

thumb|right|180px|Thomas Fairfax.

Le , l'association de comtés parlementaires de l’Eastern Association annonçait qu'elle ne pouvait plus assurer le coût financier de l'entretien des troupes. Le Parlement a alors répliqué en faisant de sorte que le Committee of Both Kingdoms, dont la tâche était de superviser la conduite de la guerre, effectue une sorte d'audit des forces parlementaires. Enfin, le , la Chambre des communes votait la Self-denying Ordinance qui empêchait tout membre de la Chambre des lords ou de la Chambre des communes de détenir une position de commandement dans l'armée House of Commons Journal, , 17 décembre 1644 ..

Le , le Committee of Both Kingdoms recommande la création de la New Model Army Ligne de temps du site British Civil Wars, Commonwealth and Protectorate 1638-60. et désigne Sir Thomas Fairfax en qualité de capitaine général tandis que Sir Philip Skippon en devient le sergent major général d'infanterie à pied. La Self-denying Ordinance tardait évidemment à être acceptée par la Chambre des lords mais elle finit par s'imposer en avril, à peu près au même moment que celui de la création effective de la New Model Army. Oliver Cromwell démissionne de son poste en application de l'Ordinance, mais Fairfax saisit la première occasion (le remplacement en juin d'un officier qui souhaitait émigrer) pour le restituer dans son grade de lieutenant-général à cheval en dérogation de la loi nouvelle Ligne de temps du site British Civil Wars, Commonwealth and Protectorate 1638-60.. Cromwell et son beau-fils, Henry Ireton, sont ainsi les seuls membres du Parlement autorisés à continuer de servir, pour des périodes de trois mois, qui sont constamment renouvelées.

Effectifs initiaux thumb|left|220px|Illustration d'un pamphlet intitulé Les Pratiques cruelles du Prince Rupert, 1643.

La New Model Army était composée de , se répartissant comme suit : 11 régiments de cavalerie (), 12 régiments d'infanterie () et un régiment de dragons () En ligne () sur le site British Civil Wars, Commonwealth and Protectorate 1638-60.. Les armées parlementaires déjà existantes du comte d'Essex, de Sir William Waller et du comte de Manchester sont démobilisées afin de fournir les régiments de la nouvelle armée. Bien que les régiments de cavalerie soient déjà à niveau et qu'ils ne manquent pas de volontaires, manquent aux régiments d'infanterie. Ceux-ci sont fournis par les régions aux mains des Parliamentarians dans le sud et l'est du pays.

Les régiments de l'armée nouvellement formée se voient octroyer des uniformes rouges ainsi qu'un Catéchisme du soldat dictant les nouveaux règlements et procédures d'entraînement. La paie quotidienne standard était de 8 pence pour l'infanterie et de 2 shillings pour la cavalerie. L'administration de l'armée se centralise davantage et les approvisionnements en nourriture, vêtements et autres deviennent plus sûrs. Les cavaliers devaient subvenir aux besoins de leur propre cheval.

Le Prince Rupert, l'archétype du Cavalier et l'un des principaux généraux de l'armée de Charles , a donné aux cavaliers servant sous Cromwell le surnom d’Ironsides, soit « côtes de fer ». Ceci faisait davantage référence à leur habileté à passer au travers des forces ennemies qu'à leur armure, comme on le prétend parfois, car leur « armure » consistait en un simple gilet de cuir renforcé (buff coat) et un casque rond.

Idéaux Les fondateurs de la New Model Army voulaient que ce soient les compétences plutôt que le rang social ou la richesse qui déterminent le commandement et les promotions dans l'armée. Ils s'appuient sur les Levellers. Au printemps 1643, Cromwell avait déjà écrit à Waller : En ligne () sur le site British Civil Wars, Commonwealth and Protectorate 1638-60., c'est-à-dire . Ainsi, de nombreux officiers d'unités existantes, le plus souvent des « gentlemen amateurs », sont rapidement limogés après avoir été incorporés dans les nouveaux régiments. À la suite de ces renvois, ils manifestent plusieurs fois à Londres pour réclamer des compensations.

Cromwell préférait aussi les soldats dévoués, comme lui, aux idéaux du puritanisme New Model Army (en ligne), par David Cody, Associate Professor of English, Hartwick College.. Certains Levellers chantaient des psaumes avant les batailles. Le fait que le puritanisme se soit répandu dans l'Armée et que les soldats partagent une ferveur religieuse commune a contribué au renforcement de la cohésion et à améliorer la communication entre les soldats. Par ailleurs, cette ferveur religieuse a rendu l'Armée plus performante, la foi motivant les soldats.

Dès ses débuts, l'Armée était perçue par certains presbytériens comme un nid d’Independents, tandis que plusieurs officiers presbytériens de premier plan, principalement des Écossais, enveniment la situation en refusant de servir l'Armée. Plus tard, ce foisonnement religieux devint une importante source d'interférences dans les intérêts sociaux et politiques du royaume.

Tactiques Cavalerie La cavalerie constitue l'élite de la New Model Army. Sa tactique consiste en attaques percutantes sur les flancs ennemis (généralement ceux des unités de cavalerie adverses) suivies de retraits rapides, les charges frontales étant évitées autant que faire se peut car elles exposent les cavaliers au feu dévastateur de l'artillerie royaliste. Cromwell défend expressément à ses hommes de poursuivre un ennemi en retraite et exige qu'ils tiennent le champ de bataille : ainsi après avoir chargé et bousculé une unité ennemie, plutôt que de poursuivre les soldats en déroute, les « côtes de fer » se regroupent pour frapper un nouvel objectif. Cette tactique et cette discipline de combat les rend particulièrement redoutables.

Les cavaliers sont armés de pistolets et de carabines ainsi que d'épées. Durant la bataille, ils transportent deux pistolets chargés. Le premier doit être tiré lors du premier contact avec l'ennemi, l'autre, est gardé en cas de besoin pour couvrir leur propre retraite ou pour tirer sur l'ennemi en fuite. En combat au corps à corps, les cavaliers utilisent leur sabre. Ils sont aussi entraînés à charger « sabre au clair » et à utiliser la puissance de leurs montures pour enfoncer les formations ennemies.

Infanterie L'infanterie se positionne en général au centre de la formation, les piquiers et les mousquetaires placés alternativement de façon régulière. Sa fonction normale consiste à engager le gros de l'infanterie ennemie jusqu'à ce que la cavalerie la déborde et disloque ses formations.

thumb|left|Défilé de piquiers lors d'une reconstitution historique au Festival de Wallenstein à Memmingen.

Les piquiers doivent présenter aux cavaliers ennemis une forêt impénétrable de piques de façon à protéger les mousquetaires, très vulnérables pendant le rechargement de leurs armes. Les mousquetaires eux, sont censés maintenir un feu constant, par « contremarche », une technique par laquelle les unités tirent en volées successives : chaque soldat du premier rang tire puis se retire vers l'arrière de la formation, composée généralement de six rangées, tout en rechargeant son arme et ainsi de suite. En combat rapproché, les mousquetaires n'ont souvent pas le temps de recharger ; dès lors les infanteries ennemies s'engagent l'une l'autre par la « poussée de la pique », le choc frontal de deux unités de piquiers, tandis que les mousquetaires se joignent à la mêlée en utilisant la crosse de leurs armes comme des massues.

Artillerie L'artillerie de la New Model Army est utilisée avec le maximum d'efficacité lors des sièges, où son rôle est de battre en brèche les fortifications afin de préparer l'attaque de l'infanterie. Ni Cromwell ni les autres commandants de l'Armée ne sont formés à la guerre de siège, aussi essaient-ils de prendre les villes fortifiées par assaut plutôt que de recourir aux techniques de la poliorcétique. La victoire couronne généralement ces attaques brutales (siège de Drogheda) mais souvent très coûteuses (siège de Clonmel).

Les dragons de la New Model Army, de l'infanterie montée armée de carabines à platine à silex et de grenades, sont souvent utilisés pour ouvrir la voie sur les brèches. Vu les risques encourus, ces troupes d'assaut se voient parfois offrir des primes exceptionnelles. L'infanterie régulière les suit, munie de ses armes plus encombrantes : piques et mousquets à platine à mèche Civil War: Tactics (en ligne) sur le site Spartacus Educational..

Les lendemains de la Première révolution anglaise La New Model Army a remporté d'importantes victoires : Naseby, son baptême du feu, le , Preston, en août 1648. Avec la fin de la guerre civile en Angleterre, l'Armée apparaît en mesure de dicter le futur du pays. D'importantes tensions naissent en son sein, que ce soit entre les différentes factions radicales ou parmi ses chefs, tels Cromwell et Ireton.

Politique révolutionnaire et l’Agreement of the People Armée négligée et ignorée Après avoir gagné la guerre civile, les soldats sont mécontents du Long Parlement. En premier lieu, ils n'ont pas été régulièrement payés et, à la fin des hostilités, les représentants conservateurs au Parlement veulent soit démobiliser l'Armée, soit l'envoyer se battre en Irlande, sans régler les arriérés de soldes.

En deuxième lieu, le Long Parlement refuse l'amnistie des crimes ou délits commis sur ordre pendant la guerre ; plusieurs soldats sont en effet pendus pour avoir volé des chevaux destinés à la cavalerie.

Enfin et surtout, constatant que la plupart des Parliamentarians désirent la restauration du roi sans réforme démocratique ou religieuse significative, les soldats se demandent pourquoi ils ont risqué leur vie au long du conflit, interrogation qui fut exprimée avec la plus grande vigueur par leurs représentants élus : les Agitateurs (Agitators) Agitators (en ligne) sur le site British Civil Wars, Commonwealth and Protectorate 1638-60..

Nouvelle constitution