vignette|Adolph Von Menzel Etude d'un marchand d'oiseaux à Vérone en Italie. Dessin au fusain sur papier crème. 1883. France, collection Calvé-Cantinotti. Adolph von Menzel, né à Breslau le , et mort à Berlin le , est un artiste peintre, graveur et illustrateur prussien. Il est considéré comme le plus important réaliste allemand du et, avec Caspar David Friedrich, comme l'un des deux peintres allemands les plus éminents du siècleFried, 11.. Son travail est très diversifié. Il était bien connu et très honoré de son vivant, principalement pour ses représentations historiques de la vie de Frédéric II (roi de Prusse) dit Frédéric le Grand : il est l'artiste le plus titré de son époque en AllemagneEisler, 559–565.. D'abord connu sous le nom dAdolph Menzel, il est anobli en 1898 et change son nom en Adolph von Menzel.
Sa popularité dans son pays natal, due notamment à ses peintures d'histoire, est telle que peu de ses toiles majeures quittent le pays : beaucoup sont rapidement acquises par les musées de BerlinEisler, 559.. L'œuvre graphique de Menzel (et surtout ses dessins) est plus largement diffusée ; ceux-ci, ainsi que des peintures informelles non initialement destinées à être exposées, ont largement contribué à sa réputation posthume.
Bien qu'il ait voyagé pour trouver des sujets pour son art, visiter des expositions et rencontrer d'autres artistes, Menzel a passé la majeure partie de sa vie à Berlin et est, malgré de nombreuses amitiés, de son propre aveu, détaché des autres. Il est probable qu'il se sente socialement éloigné pour des raisons physiques uniquement : il a une grosse tête et mesure environ Fried, 5.voir Karl Scheffler, Adolf Menzel: Der Mensch, das Werk (Berlin: Cassirer, 1915), qui est d’avis que sa courte stature a affecté son estime de soi et toute sa vie personnelle..
Biographie
Carrière vignette|Autoportrait, vers 1835.
Adolph Menzel nait le de parents prussiens à Breslau, en Silésie prussienneEncyclopaedia Britannica, consulté le 7 décembre 2017., où son père, Carl Erdmann Menzel, lithographe, dirige une école de filles. Son talent artistique se révèle très tôt. Son père aurait voulu en faire un professeur, mais il ne contrecarre pas son goût pour l'art. Après avoir démissionné de son poste d'enseignant, Menzel père crée un atelier de lithographie en 1818.
En 1830, la famille déménage à Alt-Berlin, la capitale montante de la Prusse ; son père décède deux ans plus tard et Adolph Menzel, qui n'a que 16 ans, doit subvenir aux besoins de la famille (la mère et ses deux jeunes frères et sœurs). Il poursuit l'entreprise de son père. En 1833, il fréquente également l'Académie des arts de Berlin pendant six mois, où il puise dans des moulages en plâtre et des sculptures antiques, mais, déçu, abandonne cette tentative et poursuit dès lors sa formation en autodidacte.
En 1833, Louis Friedrich Sachse, de Berlin, publie son premier travail, un album de lithographies, destiné à illustrer un petit poème de Goethe, Kunstlers Erdenwallen. Il exécuta des lithographies du même genre pour illustrer Denkwürdigkeiten aus der brandenburgisch-preussischen Geschichte (Mémoriaux de l’histoire prussienne du Brandebourg), Les Cinq Sens et La Prière, et également des diplômes pour diverses corporations ou sociétés. Louis Friedrich Sachse apporte une contribution significative à la poursuite de la carrière du jeune artiste.
De 1839 à 1842, il produit environ quatre cents dessins à la plume et à l'encre, reprenant en même temps la technique de gravure sur bois, pour illustrer la Geschichte Friedrichs des Grossen (Histoire de Frédéric le Grand) de Franz Theodor KuglerŒuvres de Frédéric le Grand – Werke Friedrichs des Großen. Digitale Ausgabe der Universitätsbibliothek Trier (avec toutes les illustrations des dessins d'Adolph Menzels); consulté le 11 décembre 2015.. Ces travaux permettent à Menzel d’être considéré comme l’un des premiers, sinon le premier, des illustrateurs de son genre à son époque. Ils marquent un tournant décisif dans sa carrière, le font connaitre à un large public et lui fournissent des contacts importants (dont un à la cour royale prussienne) et d'autres commandes. Ce travail à peine terminé, les gravures sur bois des Œuvres de Frédéric le Grand (1843-1849) suivent. Il réalise par la suite Friedrichs des Grossen Armee in ihrer Uniformirung (Les Uniformes de l'Armée sous Frédéric le Grand), Soldaten Friedrichs des Grossen (Les Soldats de Frédéric le Grand), et finalement, sur l'ordre du roi , il illustre les œuvres de Frédéric le Grand, Illustrationen zu den Werken Friedrichs des Grossen (1843-1849). L'artiste a une profonde sympathie pour le roi de Prusse. Dans l'une de ses lettres à Johann Jacob Weber, il déclare qu'il a l'intention de représenter le monarque comme un homme à la fois détesté et admiré, c'est-à-dire simplement comme un homme du peupleCité dans ..
Ses peintures, qui d'abord traitent souvent de sujets historiques et plus tard, de plus en plus de sujets contemporains, deviennent de plus en plus populaires. En 1856, sa représentation de Friedrich et de sa famille à la bataille de Hochkirch est exposée à l'Académie des Arts, et à l'Exposition universelle de 1867 de Paris. Le tableau Rencontre de Frédéric II avec l'empereur à Neisse en 1769, peint en 1857 pour une association artistique privée et dont Menzel a lui-même choisi le sujet, reçoit un accueil mitigé pour des raisons esthétiques et politiques: Adolph Menzels »Begegnung Friedrich II. mit Kaiser Joseph II. in Neisse im Jahre 1769« und Moritz von Schwinds »Kaiser Rudolfs Ritt zum Grabe«. (PDF), Jahrbuch der Berliner Museen, 33, 1991, .. À la demande du roi , Menzel réalise de 1862 à 1865 l’image monumentale de son couronnement à Königsberg. Dès lors, il est invité aux fêtes de la cour. La représentation de la bourgeoisie et de la haute bourgeoisie est désormais l'un de ses thèmes.
En 1873, La Table ronde de Frédéric le Grand est achetée par l'État prussien pour la future Alte Nationalgalerie de Berlin. La galerie acquiert par la suite d'autres peintures et dessins de Menzel. En 1885, une exposition Menzel a eu lieu à Paris ; à Berlin, son anniversaire est célébré avec une grande exposition et de nombreux honneurs.
Sa notoriété grandissante s'accompagne d'une ascension sociale et de nombreux honneurs publics. En 1853, Menzel est élu membre de l'académie des arts de Berlin, puis, en 1856, professeur, mais n'enseigne jamais. En 1895, il est accepté comme membre non résident de l'Académie des beaux-arts (France). lui décerne le titre de Wirklicher Geheimer Rat (Vrai Conseiller privé) avec le prédicat dExcellence en 1895. En 1898, il est le premier peintre à être décoré de l'Ordre de l'Aigle noir, qui est associé à la noblesse personnelleA. Freiherr von Houwald: Brandenburg-Preußische Standeserhebungen und Gnadenakte für die Zeit 1873-1918. Görlitz 1939, .. Menzel est de plus en plus sceptique quant à ces honneurs et aime qualifier ses médailles de « dem ganzen Kladderadatsch ».
Les peintures qui sont à la disposition du public sont reconnues non seulement en Allemagne, mais aussi par l'avant-garde française : Edgar Degas admire et copie son travail, l'appelant « le plus grand maître vivant »Keisch. vignette|Sépulture de Menzel au cimetière de la Trinité (division II) de Berlin.
En 1900, le producteur de chocolat de Cologne Ludwig Stollwerck achète un carnet de croquis avec des dessins de soldats de l'armée prussienne de Menzel pour comme modèles pour les images des cartes à collectionner et des cartes postales de Stollwerck. Il donne le carnet de croquis à la famille impériale après sa nomination au conseil de commerceStollwerck-Archiv, Cologne..
Adolph Menzel décède le . Il a vu sa fin venir. Le jour de l'an 1905, il envoie au Kaiser Guillaume II la salutation : « La dernière leçon est à la porte ! Le ciel protège Votre Majesté et toute votre maison et notre patrie allemande ! »Zitiert nach Alfred Grunow: Der Kaiser und die Kaiserstadt (= Berlinische Reminiszenzen 27). Haude & Spener, Berlin 1970, . Guillaume II, qui considère Menzel comme un glorificateur du prussianisme et l'admire donc beaucoup, ordonne des obsèques nationales et suit le cercueil avec sa famille. Adolph Menzel rejoint sa dernière demeure au cimetière de la Trinité (division II) de Berlin, sur le terrain OM, G1. La tombe honorifique de l'État de Berlin est ornée d'un buste en bronze d'après le modèle créé par Reinhold Begas en 1875. Un peu plus tard, une exposition commémorative a eu lieu à la Alte Nationalgalerie, dans laquelle le public voit pour la première fois le tableau de Menzel, Das Balkonzimmer. La galerie acquiert la succession de Menzel.
Vie privée thumb|Adolph Menzel dans son atelier en 1898. thumb|Adolph Menzel vers 1890. En 1850, Menzel est admis dans l'association littéraire Tunnel über der Spree, qui comprend également Theodor Fontane, Paul Johann Ludwig von Heyse, Franz Theodor Kugler et Theodor Storm. L'artiste, décrit comme réservé et qui n'a que quelques amis proches, trouve ici l'occasion d'échanger des idées. La nature solitaire de Menzel est certainement liée à sa petite taille, à cause de laquelle il est surnommé « die kleine Exzellenz » (« la petite excellence »). Il ne mesure que de haut et est déclaré inapte à l'armée pour cause de « gnomisme ». Menzel n'a jamais été marié et on ne sait rien de ses relations avec les femmes. Il trouve une proximité affective dans sa famille. Il vit avec sa mère et ses frères et sœurs, plus tard, après la mort de sa mère, la mort prématurée de son frère et le mariage de sa sœur Emilie, avec Hermann Krigar, un proche de sa famille. Ensemble, ils effectuent plusieurs déménagements et vont également ensemble dans des stations estivales. Menzel est très attentionné vis-à-vis de ses proches et les soutient financièrement à plusieurs reprises.
Menzel écrit dans son testament : « Non seulement je suis resté célibataire, mais j’ai aussi renoncé toute ma vie à toute relation avec l’autre sexe [...] En bref, il y a un manque de tout lien auto-créé entre moi et le monde extérieur. »
Les voyages apportent de la variété à sa vie assez calme, mais ils le mènent souvent dans des régions déjà connues. À partir de 1850, Menzel entreprend chaque année un long voyage d'été. Les destinations fréquentes sont Dresde et le Massif gréseux de l'Elbe, le sud de l'Allemagne et l'Autriche. Menzel est à trois reprises à Paris : en 1855 et 1867 pour l'Exposition Universelle, où sont également exposées certaines de ses œuvres, et en 1868 (trois de ses tableaux sont exposés au Salon des artistes français) ; il se rend en Italie du Nord trois fois.
En 1866, il se rend en Bohême pour voir le déroulement de la guerre austro-prussienne. Selon ses propres déclarations, ses motivations sont le sens du devoir (il ne peut pas participer en tant que soldat) ainsi que la curiosité, la « soif de savoir ceci et cela, même si ce ne pouvait pas être le nouveau champ de bataille » (à Hermann Krigar, ). Menzel représente souvent la guerre et la mort en relation avec ses illustrations de Friedrich, sans jamais les voir. Il dessine désormais des soldats blessés, mourants et morts et, comme on peut le voir sur ces feuilles, cette nouvelle expérience semble l'avoir beaucoup secoué. Menzel ne peint plus de thèmes de guerre par la suite. Lorsqu'on lui a demandé plus tard pourquoi il n’avait pas peint des œuvres se rapportant à la guerre, Menzel a répondu, en partie : « Les exigences du patriotisme ont été couverts par d’autres et, après tout, est-il nécessaire de peindre l’horreur?! Anno 66 (post festum) Je suis allé en Bohême!... »
À Berlin