La cuirasse de Ksour Essef est une cuirasse antique retrouvée dans une tombe punique en 1909 non loin de Ksour Essef, en Tunisie.

Cette pièce d'armure, datée généralement du , est d'origine italiote et provient du sud de l'Italie. Sa découverte en Tunisie a amené les chercheurs à la rattacher aux expéditions de la deuxième guerre punique menées en Italie par le général carthaginois Hannibal Barca entre 211 et 203 av. J.-C. Cette hypothèse est aujourd'hui largement remise en cause à la suite de l'examen approfondi, au tournant des , des différents objets découverts dans la tombe.

La cuirasse est conservée de nos jours au musée national du Bardo à Tunis, tout comme le matériel archéologique retrouvé dans la même sépulture. Elle constitue encore, un siècle après sa découverte, l'une des pièces emblématiques de son département antique.

Histoire vignette|gauche|alt=Photographie ancienne représentant la cuirasse.|Photographie ancienne des deux faces de la cuirasse, dans le Catalogue du musée Alaoui publié par Ernest Leroux. Localisation et datation de la cuirasse La cuirasse est découverte par des ouvriers tunisiens dans un tombeau punique au sud du bourg de Ksour Essef, précisément au lieu-dit d'Hammada-El-Mekata, à douze kilomètres au sud-ouest de Mahdia dans le Sahel tunisien. L'armure est mise au jour dans une niche située sur l'un des côtés de la chambre funéraire.

Sa datation reste relativement incertaine : des archéologues la datent de la fin du , d'autres des ou encore vers 300 av. J.-C..

Histoire des fouilles Dans le contexte du protectorat français de Tunisie, notamment de la fin du au début du , les nécropoles puniques sont très largement fouillées. Sur le site archéologique de Carthage, les fouilles sont principalement le fait de pères blancs, comme Alfred Louis Delattre. L'ouverture des tombes est souvent alors l'objet de cérémonies mondaines, attirant la population coloniale française.

La cuirasse, fabriquée en Campanie ou en Apulie, est retrouvée le , lors de fouilles d'un tombeau punique à puits à l'occasion de travaux de terrassement. L'archéologue et directeur du service des antiquités en Tunisie, Alfred Merlin, qui est rapidement informé de la découverte, étudie la tombe en compagnie de Louis Poinssot, inspecteur des antiquités.

Le matériel présent dans la sépulture subit toutefois des dommages lors des fouilles archéologiques : deux amphores sont brisées, avant de faire l'objet d'une restauration minutieuse réalisée à l'aide des fragments recueillis immédiatement sur place. Les planches du sarcophage, qui sont également détériorées au moment de la fouille par manque de soin, font aussi l'objet d'une restauration au sein du laboratoire du musée du Bardo.

Contexte archéologique

gauche|vignette|alt=Exemple de tombes puniques à puits dans le parc des thermes d'Antonin à Carthage|Exemple de tombes puniques à puits dans le parc archéologique des thermes d'Antonin à Carthage.

Le type de tombe à puits dans lequel le mobilier est retrouvé est répandu dans le Sahel tunisien. La tombe comporte un puits d'accès et deux chambres funéraires ; le puits, de , est comblé au moment de la découverte par des pierres provenant des carrières de Rejiche, non loin de là. L'une des deux chambres funéraires, de environ, est vide lors des fouilles. L'autre, plus grande, mesure sur et de haut.

Le même tombeau livre un coffre-sarcophage en bois de cyprès recouvert de couleur rouge, haut de , long de et large de . Ce sarcophage découvert dans la tombe appartient à un modèle répandu sur une zone géographique s'étendant du Byzacium à Gigthis. Les fouilleurs du début du ne mentionnent qu'un seul corps allongé sur le dos, les ossements étant découverts , revêtus d'un pigment brun-rouge, identifié à du cinabre. Selon Merlin, le défunt a peut-être subi un décharnement rituel préalable à l'inhumation. Deux squelettes sont identifiés dans les nouvelles analyses menées en Tunisie à la fin du , dont l'un appartenant à un individu de sexe masculin, d'une taille d' et âgé d'une quarantaine d'années. Le crâne porte des traces d'ocre rouge.

Outre le sarcophage et la cuirasse, quatre amphores, un bol, une coupelle en bois (contenant encore de l'ocre) et une lampe vernissée noire sont mis au jour lors de la même fouille. Des éléments d'un ceinturon en bronze sont également dégagés, tout comme des plaques métalliques de cuivre présentes dans le sarcophage et qui n'ont pas été signalées par Merlin. Habib Ben Younès identifie ces fragments comme des éléments d'un coffret. La cuirasse se trouve lors de la découverte à côté de la lampe. Le matériel archéologique est déposé ensuite au musée du Bardo, dont la cuirasse . Certains éléments oubliés sont retrouvés dans les réserves du musée dans le courant des . Ben Younès souligne que de nombreux témoignages présents dans les nécropoles puniques fouillées au début du ont disparu, alors qu'ils auraient pu donner de nombreuses informations sur cette civilisation.

Description

gauche|vignette|alt=Détail des motifs floraux|Détail des motifs floraux. vignette|alt=Détail de la représentation divine|Détail de la représentation divine.

La cuirasse (inv. 01-02-03-01) est identifiée comme appartenant au type ou protège-cœur. , elle est réalisée en bronze doré et mesure de hauteur ou sur pour le pectoral. Le côté face mesure sur et le revers mesure sur .

Elle possède un plastron et une dossière ou dossard : les faces de cette dernière partie comportent trois cercles en relief dont une représentation de Minerve casquée. Des mèches de cheveux de la déesse sont visibles. Ses yeux sont grands et ses lèvres épaisses. Elle porte un collier de glands qui rappelle le haut du plastron orné d'un collier similaire de glands et de bucranes. Son casque est décoré de rinceaux et de trois cimiers. Un motif de palmettes est également présent de chaque côté de la tête de la divinité.

Un motif floral, identifié à un lys, est situé entre les cercles. Le plastron comportait un motif central aujourd'hui disparu et probablement réalisé en argent selon Merlin. Le motif de la dossière est une rosace à huit branches. Des bandeaux destinés à attacher la cuirasse au moyen de rivets sont décorés de globes et de palmettes. La cuirasse est également pourvue de décors géométriques et floraux qui complètent son ornementation.

Interprétation Problème de chronologie Il existe un problème d'ordre chronologique dans la tombe fouillée au début du . En effet, le matériel archéologique retrouvé est antérieur à la première guerre punique et donc antérieur à l'hypothèse formulée par le fouilleur, datant la cuirasse de la deuxième guerre punique. L'étude de l'environnement archéologique de la cuirasse rend ainsi sa chronologie hypothétique selon Yann Le Bohec.

Selon une classification du milieu des années 1990, l'une des amphores date de la première moitié du voire de la fin du . Une deuxième amphore, qui est une copie locale de poteries italiennes, est datable de la même période. Une troisième est d'un type produit jusqu'à une période estimée à la seconde moitié du La lampe attique est quant à elle également datable du Enfin, la coupelle appartient à un type répandu jusqu'au Selon Ben Younès, la date à privilégier pour le dépôt funéraire serait vraisemblablement le .

Propriétaire inconnu mais contexte général assuré

La cuirasse, de si on prend en compte le lieu de découverte, n'est pas une œuvre carthaginoise mais une œuvre italiote, d'Italie méridionale ou de Campanie, datée du selon Merlin. Certains vases de cette région italienne parvenus jusqu'à nous représentent des personnages pourvus de telles cuirasses : une statuette qui comporte la même pièce d'armure et des disques en bronze (éléments disposés sur des vêtements de cuir d'une forme analogue à celle de la cuirasse) sont également connus.

Ces éléments de protection pour soldats sont particulièrement coûteux et rares pour l'époque. Merlin évoque en 1909 la présence d'armures similaires, originaires d'Apulie, au musée de Karlsruhe, au British Museum et au musée archéologique national de Naples. La dernière, découverte à Ruvo di Puglia, est à celle de Ksour Essef, , même si cette dernière est en moins bon état de conservation car fortement oxydée. La représentation de Minerve peut être rapprochée des représentations de la même divinité connues pour la Campanie entre 317 et 211 selon le fouilleur. Le ceinturon appartient également à un type présent en Italie méridionale.

La présence d'une telle cuirasse en Tunisie a très vite incité les historiens à la relier à la deuxième guerre punique. Dans cette hypothèse, un guerrier de l'armée d'Hannibal Barca l'aurait rapportée d'Italie à l'issue de la guerre. Merlin reste cependant prudent et évoque un produit importé ou s'aventure à identifier l'occupant de la sépulture comme un mercenaire enterré avec des produits de son pays. Le fait d'en faire est lié à la datation initiale du . La prudence qui est de mise dans les diverses hypothèses formulées par le fouilleur n'est pas toujours de mise dans les travaux ultérieurs.

L'œuvre a peut-être appartenu à un Libyphénicien de l'armée de Carthage selon Ben Younès, ou pourrait être simplement un trophée. C'est peut-être aussi un témoignage de . La cuirasse semble être en tout état de cause un des armées ou mercenaires des guerres carthaginoises, lors du séjour italien de l'armée punique, entre 211 et 203 av. J.-C., ce qui fait d'elle un objet exceptionnel.

Notes et références

Carthago

Le Bardo. La grande histoire de la Tunisie

Histoire générale de la Tunisie, I « L'Antiquité »

La cuirasse de Ksour Essaf au Sahel tunisien : problème de chronologie

Découverte de deux nouveaux éléments dans le mobilier de la tombe à la cuirasse de Ksour Essaf au Sahel tunisien

La Tunisie antique : de Hannibal à saint Augustin

Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique

Histoire militaire des guerres puniques

Découverte d'une cuirasse italiote près de Ksour-Es-Saf (Tunisie)

Voir aussi

Bibliographie

Bibliographie générale . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Travaux sur la cuirasse . . .

Articles connexes Civilisation carthaginoise

Liens externes . .

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