thumb|220px|Astrolabe d'Ibrahim ibn Said al-Sahli, Tolède, . thumb|220px|Al-Fârâbî traduit par Gérard de Crémone, ms. du . Joan Vernet, né le à Barcelone et mort ler dans la même ville, professeur à l'université de Barcelone pendant plus de trente ans, est un historien des sciences et arabisant catalan .
Il est l'élève et l'héritier intellectuel du grand orientaliste Liste des scientifiques de l'âge d'or de l'Islam. La rigueur et l'étendue de son œuvre savante lui confèrent une autorité internationale dans le domaine de l'histoire des sciences et des transferts culturels entre l'Orient et l'Occident.
Auteur du livre Ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne, il est aussi traducteur du Coran et des Mille et Une Nuits en langue espagnole (castillan).
Biographie Joan Vernet, de son nom complet Joan Vernet i Ginés, est né le à Barcelone, d'une famille venant de Tarragone.. Sa mère est originaire d'El Puente del Arzobispo (province de Tolède) et son père un catalan de la commune d'El Masroig (province de Tarragone)Diccionario Akal de Historiadores españoles contemporáneos, Ignacio Peiró Martín y Gonzalo Pasamar Alzuria, Madrid, 2002, notice "Vernet Ginés Juan"..
Formation scolaire thumb|200px|Pensionado de la Enseñanza, Barcelone. thumb|200px|Observatoire astronomique Fabra, Barcelone. Dans les années 1931-1932, Juan Vernet est élève au Colegio Alemán (collège allemand), situé Calle Moià à BarceloneJuan Vernet, "Autobiografía intelectual", Anthropos. Revista de documentacion cientifica de la cultura, n° 117 : "Juan Vernet, historia de la ciencia y de la cultura. Aportaciones de la Escuela de Barcelona", Barcelone, février 1991.. En 1933, il fréquente l'école municipale de Prades (province de Tarragone).
À partir de 1936 et jusqu'en 1939, il prépare son baccalauréat à l'Institut Salmerón, rue Muntaner à Barcelone"Recuerdos de un estudiante de la facultad de filosofía y letras (1942-1946)", Juan Vernet, Boletín de la Real Academia de la Historia, tome CXCIX, n° I, année 2002., dans lequel il entre sur la suggestion du professeur Pere Bosch Gimpera. Il y apprend notamment le français en mémorisant des textes et en traduisant des nouvelles.
Il hésite jusqu'au dernier moment entre un baccalauréat scientifique ou littéraire. Il choisit finalement le second. Mais il continue à se rendre à l'Observatoire astronomique Fabra scruter le ciel et ses astres.
Formation universitaire thumb|200px|Université de Barcelone, avant 1914 (carte colorisée). thumb|120px|Millàs Vallicrosa, avant 1949. En , Juan Vernet entame des études de lettres et de philosophie à l'université de Barcelone, dans le contexte de dénuement des années qui suivent la guerre civile. Il doit subvenir au coût de ses études et commence à travailler : stagiaire auprès d'un procureur nommé Sola, surveillance du travail des manutentionnaires qui déchargeaient les wagons de charbon sur le port de Barcelone.
En 1943, il découvre à la bibliothèque de l'Athénée, le livre de Josep Maria Millàs VallicrosaJosep Maria Millàs Vallicrosa. Millàs Vallicrosa, érudit renommé, travaillait à la résurrection des textes littéraires, scientifiques et religieux laissés par les Juifs catalans., Assaig d'història de les idees físiques i matemàtiques a la Catalunya medieval (Essai sur l'histoire des idées physiques et mathématiques dans la Catalogne médiévale, en catalan, 1931) qui décide de son attirance vers l'histoire des sciences arabes.
thumb|140px|Manuscrit d'Ibn al-Banna (1256-1321). Juan Vernet suit pendant deux ans les cours d'arabe du professeur Ramón Mallofré y LletgéRamón Mallofré y Lletgé était chargé de cours. Il meurt en 1951 et lègue à Juan Vernet tous les livres qu'il désire de sa bibliothèque. puis, la troisième année, les cours d'arabe et d'hébreu du professeur Millàs Vallicrosa.
En 1946, Juan Vernet obtient sa licence en philologie sémitique., et en 1948 son doctorat de Lettres et Philosophie, à l'université de Madrid, avec une thèse sur Ibn al-Banna, astronome marocain (1256-1321).
C'est dans ce milieu d'érudits de haut niveau que Juan Vernet acquiert les connaissances scientifiques, philologiques et linguistiques qui lui permirent ensuite de mener des investigations savantes en histoire des sciences.
Enseignement thumb|220px|Alcazarquivir, ancien Protectorat espagnol au Maroc. En 1946, Vernet fait partie de la délégation d'étudiants de la section de philologie sémitique de l'université de Barcelone qui effectue un voyage de fin d'année scolaire au Maroc, sous la direction de Millàs Vallicrosa. Il visite Tétouan, Chaouen, Alhucemas, Larache et Alcazarquivir.
Dès sa licence obtenue, en 1946, Juan Vernet sollicite une place de professeur de lettres auprès du Centro Oficial de Enseñanza Media de Alcazarquivir, l'organisme qui s'occupait des écoles hispano-arabesGonzález González Irene, «École et idéologie dans le protectorat espagnol au Nord du Maroc (1912-1956)», Carnets de l’IREMAM, 18 octobre 2012. dans les petites provinces de la zone du Protectorat espagnol au Maroc. Il obtient ce poste et arrive sur place le "Juan Vernet: su presencia en Marruecos y en Madrid", Mariano Arribas Palau, Anthropos. Revista de documentacion cientifica de la cultura, : "Juan Vernet, historia de la ciencia y de la cultura. Aportaciones de la Escuela de Barcelona", Barcelone, février 1991.. Il y enseigne pendant quelques mois mais fréquente aussi, en tant qu'élève adulte, une école arabe où il se familiarise avec le dialecte qu'il trouve assez proche de l'arabe classique acquis à l'université. Il retourne à Barcelone en . thumb|220px|Édifice historique de l'université de Barcelone (2004).
Millàs Vallicrosa le recrute, après un test réussi, comme chargé de cours pour l'année 1947-1948. Il demeure adjoint de Millàs Vallicrosa, de 1947 à 1954. Cette fonction lui laisse le temps de se préparer aux épreuves pour accéder à un poste de professeur. Il dépouille alors tous les articles du Journal asiatique (depuis 1822 !) et de la Revue des études islamiques, fondée par Louis Massignon.
En 1954, enfin, il accède au poste de professeur, chargé de toutes les disciplines relatives à la langue arabe, à l'université de Barcelone. Il y demeure jusqu'en 1987, formant un grand nombre de disciples.
Sur le jihad et l'extrémisme musulman Interrogé, en 2001, par le journal El País, Juan Vernet exprime des positions plutôt modératrices. Ses propos ont été relayés en 2005 par une association musulmane espagnole (le Rassemblement islamique d'al-Andalus)»Islam y al-Andalus, en ligne, mai 2005..
À la question : sommes-nous confrontés à une guerre sainte ? il répond : «La guerre sainte n'existe pas. J'ai traduit deux fois le Coran et le mot jihad y apparaît dans le sens d'effort. Dans mes éditions du Coran, j'ai ajouté en italique des petits titres. Et dans certains cas, j'ai indiqué guerre sainte, geste que je regretterai toute ma vie. Le problème est celui de la transmission et de l'interprétation selon les différentes écoles»..
À la question : pensez-vous que l'islam soit intégriste ? Juan Vernet répond : «Je n'aime pas le mot intégriste. Je préfère extrémiste. On ne peut identifier l'islam avec un intégrisme».
À propos des caricatures de Mahomet À propos des caricatures de Mahomet parues dans un journal danois en 2005, Juan Vernet a déclaré qu'elles ne lui plaisaient pas car « elles suscitaient la haine sans raison ». Il a ajouté que « la liberté d'expression, c'est aussi le respect des autres » Debate de civilizaciones, El PaÍs (Madrid), 7 février 2006.
Vie privée Il épouse en 1961 Leonor Martínez Martín (née le et morte le )Fiche data.bnf.fr sur Leonor Martínez Martín et sur 'blogarabiia. qui était professeur de langue et littérature arabe à la faculté de philologie de l'université de Barcelone. Avec elle, il a trois filles : Leonor, Isabel et Diana.
À la mort de leurs parentsJulio Samsó Moya leur a rendu hommage en ces termes : "Avec leur mort disparaît la génération des maîtres du département d'Arabe de l'université de Barcelone, auquel mari et femme ont été liés toute leur vie et sur lequel ils ont laissé leur empreinte", in "Leonor Martínez Martín (1930-2013)", Traducir el mundo árabe. Homenaje a Leonor Martínez Martín, publications de l'université de Barcelone, 2014, p.11., les trois filles ont légué à la bibliothèque de l'université de Barcelone, un fonds de volumes : histoire de la science et de la technologie, et études arabes et islamiques pour le fonds Juan Vernet ; philologie et littérature pour le fonds Leonor Martínez Martín..
Travaux et apports à l'histoire Ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne
Présentation thumb|220px|Tour de guet musulmane à Torrelodones (proche de Madrid). En 1978, Juan Vernet fait paraître un livre, achevé depuis 1974 : La cultura hispano-árabe en Oriente y Occidente. Sa traduction en langue française est due à Gabriel Martinez-Gros et paraît en 1985.
Avec Julio Samsó, c'est une des figures du « groupe de Barcelone ». qui poursuit les travaux de José María Millas Vallícrosa.
Pour son auteur
Place historiographique Après l'essai de Juan Vernet Ce que la culture doit aux arabes d'Espagne et les années 1970,
Pour la médiéviste Danielle Jacquart : « Il est impossible de donner ici ne serait-ce qu'un aperçu des publications de ces deux maîtres [Vernet et Samsó ] et de leurs disciples. On se contentera de citer leurs synthèses respectives sur la science arabe en Espagne : J.Vernet Ce que la culture doit aux arabes d'Espagne trad. de l'Espagnol par Grabiel Martinez Gros, Paris 1978 ; J.Samsó La cultura de los antiguos en Al Andalus Madrid 1982 »..
Traduction du Coran thumb|180px|Page manuscrite d'un Coran andalou du . Juan Vernet effectua deux traductions du Coran en langue castillane, l'une en 1953 et l'autre en 1963. Ses éditions comportent des notes, des petits titres thématiques à l'intérieur des sourates et la double numérotation des versetsCelle de l'Allemand Flügel et celle de l'édition arabe du Caire (1923). (comme le faisait l'orientaliste français Régis Blachère dans sa propre traduction dès 1949). L'œuvre de Vernet a reçu de multiples approbations aussi bien académiques que des milieux croyants musulmans.
L'arabisant espagnol et catalan, Mikel de Epalza, observe que la traduction par Juan Vernet du Coran en castillan est : «considérée comme un classique unique en cette langue. Elle est apparue meilleure que celle de ses prédécesseurs argentins et que celle de l'écrivain juif-espagnol, Raphaël Cansinos-Assens (1863-1964). Les études universitaires ont utilisé une méthode "laïque", non confessante et objective d'étude des phénomènes religieux de l'islam, avec l'approche qui domine en général dans l'université européenne»Mikel de Epalza, "Antecedentes islamocristianos concretos de la traducción del Corán al catalán", 'Ilu. Revista de Ciencias de las Religiones, , 2003, p. 213..
Ailleurs, Mikel de Epalza cite les propos du traducteur spécialisé dans les versions coraniques en espagnol, Juan Pablo Arias TorresJuan Pablo Arias Torres, Universidad de Málaga, Traducción e Interpretación. : «les versions de Vernet durant les décennies antérieures et celle de Cortés, plus récente, ont joué le rôle d'une sorte de "traduction académique officielle" et ont été l'objet de références obligées dans la plupart des travaux scientifiques en langue castillane sur ces questions»Mikel de Epalza, El Corán y sus traducciones: propuestas, publications de l'université d'Alicante, 2008, p. 309.
Certains musulmans d'Espagne, cependant, ne partagent pas cette perception. Ainsi, une candidate de confession musulmane aux élections du 7 décembre 2017 en Catalogne, sur la liste de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), déclarait-elle : «Nous les musulmans, on n'aime pas la traduction du Coran par Juan Vernet. Elle ne nous paraît pas correcte»..
Traduction des Mille et une Nuits