Le raid de Baricha est une opération militaire américaine menée dans la nuit du au à Baricha, en Syrie, pendant la guerre civile syrienne. Elle conduit à la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » de l'État islamique.

Prélude Même après la proclamation d'un califat et l'édification d'un proto-État par l'État islamique en 2014, son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, demeure dans la clandestinitéSimon Auffret, Les neuf ans de recherches qui ont permis aux Etats-Unis de localiser Abou Bakr Al-Baghdadi, Le Monde, 29 octobre 2019.. À partir de 2015 au moins, des commandos américains épaulés par des forces irakiennes et kurdes sont déployés en Irak et en Syrie avec l'unique objectif de trouver al-Baghdadi. Les services américains obtiennent des informations de la part d'Ismaïl Alwaan Al-Ithawi, ancien conseiller du chef de l'EI et emprisonné depuis 2018 en Irak où il est condamné à mort. Ses renseignements permettent aux Américains de comprendre le mode de déplacement et le dispositif de sécurité du « calife ». Selon Le Monde : .

En , un passeur syrien est arrêté par les renseignements irakiens avec sa femme et un des neveux d'al-BaghdadiRECIT. Comment s'est déroulée l'opération américaine qui a entraîné la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l'Etat islamique, Franceinfo, 29 octobre 2019.. Il tentait alors d'amener à Idleb les deux femmes des frères de Baghdadi, Ahmad et Jumah. Il est déjà connu pour s'être occupé des déplacements des enfants du chef de l'EI lorsqu'ils se trouvaient en Irak. Les Irakiens obtiennent alors des informations sur la route empruntée habituellement par les passeurs pour se rendre à Idleb et leur destination finale. Ces renseignements sont ensuite transmis à la CIA.

Un membre haut placé de l'État islamique, chargé d'organiser les déplacements d'al-Baghdadi en Syrie, se serait également retourné contre le groupe après la mort d'un membre de sa famille aux mains des djihadistesUn informateur ayant mené à Baghdadi pourrait recevoir 25 millions US, AFP, 30 octobre 2019.. Il serait alors entré en contact avec les Kurdes et aurait fourni la description de la cachette du chef de l'EI : la disposition des pièces, les tunnels secrets et le nombre des gardes. Selon Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes, l'informateur aurait volé deux sous-vêtements d'al-Baghdadi et prélevé un échantillon de sang à des fins de test ADN pour confirmer que le sujet sous surveillance était bien le chef de l'État islamiqueRukmini Callimachi, ISIS Leader Paid Rival for Protection but Was Betrayed by His Own, The New York Times, 30 octobre 2019.Syrie: tests ADN effectués sur un sous-vêtement du chef de l'EI, selon un responsable kurde, AFP, 28 octobre 2019..

Avec l'aide des services de renseignement irakiens et kurdes, le lieu de résidence du « calife » est localisé. Il se situe dans une maison isolée, située à l'ouest du village de Baricha, dans le nord du gouvernorat d'Idleb, en Syrie, à cinq kilomètres de la frontière turqueArmin Arefi, Le trouble jeu de la Turquie dans la chute d'Al-Baghdadi, Le Point, 30 octobre 2019.. Selon The Guardian, la bâtisse appartient à Abou Mohamad Salamé, dit Abou al-Bara al-Halibi ou encore Abou Mohammed al-Halabi, membre de Tanzim Hurras ad-Din, un groupe lié à al-QaïdaMartin Chulov Nowhere left to run: how the US finally caught up with Isis leader Baghdadi, The Guardian, 27 octobre 2019.. Mais selon Der Spiegel, le propriétaire de la maison est Salam Haj Deeb, membre de l'État islamique depuis au moins 2013. La zone est sous le contrôle des djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham et de Tanzim Hurras ad-DinJean Guisnel, Les secrets de l'assaut contre Al-Baghdadi, Le Point, 31 octobre 2019.. Des postes d'observation de l'armée turque sont également présents dans la région. Les forces de l'État islamique ont été chassées du gouvernorat d'Idleb en 2014 par les rebelles, mais elles conservent dans la région des cellules clandestines, qui commettent régulièrement des attaques contre les rebelles et les autres factions djihadistesMatteo Puxton, Exclu - Syrie : la guerre des ombres entre les groupes djihadistes à Idlib (1/4), France Soir, 13 août 2018.Matteo Puxton, Syrie - A Idlib, la traque des djihadistes de l'État islamique par ceux d'Hayat Tahrir al-Cham (2/4), France Soir, 16 août 2018.Matteo Puxton, Syrie - A Idlib, les assassinats ciblés de l'État islamique contre les djihadistes rivaux (3/4), France Soir, 21 août 2018.Matteo Puxton, Syrie: Hayat Tahrir al-Cham disperse ses forces pour lutter contre l'État islamique (4/4), France Soir, 24 août 2018.. Pour le journaliste Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme : . Selon le géographe Fabrice Balanche, cité dans un article d'Armin Arefi pour Le Point, et Armin Arefi, Le trouble jeu de la Turquie dans la chute d'Al-Baghdadi, lepoint.fr, modifié le 30/10/2019 à 16:38 - publié le 29/10/2019. Der Spiegel souligne au contraire que plus d'un millier de partisans de l'État islamique avaient été faits prisonniers récemment par les hommes de Hayat Tahrir al-Cham, que les deux groupes sont et qu' d'IdlebChristoph Reuter,The Hunt for the World's Most-Wanted Terrorist, Der Spiegel, novembre 2019..

Abou Bakr al-Baghdadi arrive à Baricha vers selon The New York Times ou pendant l'été d'après The Washington Post. Deux semaines avant le début de l'opération, il est sous la surveillance d'équipes américaines et françaises. Le , la présence d'al-Baghdadi est confirmée à la Maison-Blanche. Deux raids sont annulés à la dernière minute avant que l'opération ne soit finalement déclenchée le .

Le conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien déclare dans une interview que l'opération a été nommée en l'honneur de Kayla Mueller, une jeune travailleuse humanitaire américaine, enlevée par l'État islamique et utilisée comme esclave sexuelle par Abou Bakr al-Baghdadi, tuée en . Cependant le nom exact de l'opération n'a pas été publié. . Selon un journaliste d'ABC, c'est en fait un indicatif radio qui incorporait la date de naissance de Mueller.

Déroulement vignette|gauche|Destruction du site par un drone après l'exfiltration du commando américain. Dans la nuit du 26 au , l'armée américaine lance son opération à Baricha. Elle est menée par une centaine d'hommes de la Delta Force transportés par huit hélicoptères CH-47 Chinook et appuyés par des hélicoptères AH-64 ApacheJean-Dominique Merchet, Al-Baghdadi: comment la Delta force a mené l’opération «Kayla Mueller», L'Opinion, 28 octobre 2018.. Les appareils décollent à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Ils arrivent à destination vers 1 heure du matin.

Les commandos sont déposés au sol près de l'édifice et les premiers échanges de tirs débutent. Arrivés devant la maison, les militaires américains font exploser un mur du bâtiment pour éviter la porte principale, soupçonnée d'être piégée. Abou Bakr al-Baghdadi tire plusieurs coups de feu. Il refuse de se rendre et s'enfuit dans un réseau de tunnels creusés sous l'édifice. Des chiens de l'armée américaine sont lâchés à sa poursuite. Un robot militaire est également engagé dans les tunnelsEN IMAGES. L’endroit où a été tué Abou Bakar al-Baghdadi, le chef du groupe État islamique, Ouest-France, 28 octobre 2019.. Cerné, Abou Bakr al-Baghdadi trouve la mort en actionnant sa ceinture explosive. L'explosion tue également deux de ses enfants.

Les décombres du tunnel sont ensuite déblayés par les soldats américains pour s'emparer de la dépouille. Cinq ou six téléphones et deux à quatre ordinateurs portables sont saisis. À 3 h 30, l'opération est achevée. Les hélicoptères américains repartent en direction d'Erbil, dans le Kurdistan irakien, emportant avec eux le corps déchiqueté d'al-Baghdadi. L'identité du chef de l'État islamique est ensuite confirmée par des tests ADN. La maison est quant à elle bombardée et totalement rasée après le départ des commandos.

Comme pour Oussama ben Laden en 2011, le corps d'Abou Bakr al-Baghdadi est immergé en merLe corps d’Abou Bakr al-Baghdadi a été immergé en mer, L'Obs, 28 octobre 2019.La dépouille du jihadiste Abou Bakr al-Baghdadi a été immergée en mer, France 24 avec AFP et Reuters, 29 octobre 2019..

Réactions vignette|redresse=1.2|De gauche à droite : le conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien, le vice-président Mike Pence, le président Donald Trump, le secrétaire à la Défense Mark Esper, le chef d'État-Major des armées Mark A. Milley et le général Marcus Evans, directeur adjoint des opérations spéciales, dans la salle de crise de la Maison-Blanche, le .

Le , le président américain Donald Trump annonce officiellement la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi« Abou Bakr Al-Baghdadi est mort » : Donald Trump annonce le décès du chef de l’organisation Etat islamique, Le Monde avec AFP, 27 octobre 2019.. Il remercie officiellement la Russie, la Turquie, la Syrie, l’Irak et les Kurdes pour leur soutien.

La mort d'al-Baghdadi est saluée par plusieurs ÉtatsMort de Baghdadi : après l'annonce de Trump, pluie de réactions, Le Point avec AFP, 28 octobre 2019., notamment la RussieMort d'Abou Bakr Al-Baghdadi : la Russie salue une "importante contribution" à la lutte contre le terrorisme, Franceinfo, 28 octobre 2019., la France, le Royaume-Uni, la Turquie, Israël et l'Arabie saouditeRyad se félicite de la mort de Baghdadi qui a «défiguré l'image» de l'islam, Le Figaro avec AFP, 28 octobre 2019..

Le , l'État islamique reconnaît la mort de son « calife » dans un communiqué audio : Le groupe Etat islamique confirme la mort de son chef Abou Bakr Al-Baghdadi et nomme son successeur, Le Monde avec AFP, 31 octobre 2019..

Bilan humain vignette|Photographie de Conan, chien militaire légèrement blessé durant l'opération, qui a pourchassé Abou Bakr al-Baghdadi. Le , le président Donald Trump affirme , sans en préciser le nombre. Il indique également que deux femmes du chef de l'État islamique ont été tuées, que onze enfants ont été évacués lors de l'opération et qu'Abou Bakr al-Baghdadi a tué trois de ses jeunes enfants en actionnant sa ceinture explosive.

Le matin du , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) déclare que le raid américain a fait au moins neuf morts, dont deux femmes et un enfantSyrie : tirs d'hélicoptères contre des jihadistes pro-EI à Idleb, 9 morts, AFP, 27 octobre 2019.. The Guardian donne également un bilan de neuf morts d'après des sources de l'armée américaine.

Le , le général Mark A. Milley, chef d'État-Major des armées, annonce également que deux hommes ont été capturés lors de l'opérationMort d'Abou Bakr Al-Baghdadi : deux hommes capturés lors du raid, le corps du jihadiste "traité de façon appropriée", Franceinfo avec AFP, 28 octobre 2019..

Le , le général Kenneth McKenzie, chef de l'United States Central Command, donne le bilan définitif. Il annonce qu'au total six membres de l'État islamique ont été tués lors du raid — quatre femmes et deux hommes, dont al-Baghdadi — et que deux des enfants d'al-Baghdadi sont morts et non trois comme annoncé initialement par Donald TrumpVIDEO. Des images du raid lors duquel Al-Baghdadi est mort ont été dévoilées par le Pentagone, Franceinfo avec AFP, 31 octobre 2019.. Il précise que les femmes agissaient et portaient des gilets explosifs. Deux hommes ont été faits prisonniers et onze enfants évacués. Il indique également que pendant l'opération, en dehors du complexe, 10 à 15 hommes d'un groupe non-affilié à l'État islamique ont été tués par des frappes aériennes après avoir ouvert le feu sur les hélicoptères en pensant probablement qu'ils étaient la cible de l'attaqueJeff Seldin, Islamic State Leader ‘Crawled Into a Hole’ to Die, Pentagon Says, VOA, 30 octobre 2019..