thumb|Carte des emplacements des principaux camps pour soldats en Allemagne en 1914-1918.

Le camp de prisonniers de Langensalza en Thuringe, au nord de l’Allemagne, est un important camp de prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale.

Il a été le lieu de détention de soldats de différentes nationalités en particulier français et russes. Destiné au départ à accueillir , répartis pour la plupart dans des kommandos de travail extérieurs, le camp de Langensalza a vu passer jusqu’à vivant dans des conditions souvent difficiles. Le camp comportait deux annexes à Ohrdruf et à Erfurt.

L’histoire de ce camp de mauvaise réputation a été marquée par deux graves épidémies de typhus en 1915 qui ont fait près d’un millier de victimes mais aussi par la fusillade sanglante des prisonniers par les gardes du camp le . Le tir meurtrier seize jours après l'Armistice du 11 novembre a fait scandale avec ses dont 10 prisonniers français et une trentaine de blessés.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, un kommando du camp de concentration de Buchenwald a été installé à Langensalza : ouvert le il a été évacué début . Environ 1300 déportés y travaillaient au montage d’avions Junkers.

Le camp Langensalza est une ville d’eau de Thuringe (elle s’appelle d’ailleurs Bad Langensalza depuis 1956) située dans l’est de l’Allemagne, à au nord-est d’Erfurt. Sa population est d’environ en 2018 mais elle était de dont en 1912.

Le camp de prisonniers (Kriegsgefangenenlager) était situé à environ au nord-est de la ville, en direction du village de Merxleben, dans le fond d’une cuvette argileuse environnée de collines. Il occupait une surface de entourés de barbelés et souvent boueux, il était relié à la ville par une petite voie ferréeLes prisonniers de guerre en Allemagne impériale pendant la Grande Guerre page 24 .

En est décidée la construction d’un camp pour de guerre : il n’y a d’abord que des tentes pour . En , le camp compte dix baraques en bois construites par les détenus et destinées à recevoir chacune dans quatre compartiments de 250 bas-flancs superposés sur trois niveaux avec une litière en paille.. Sept compagnies de soldats allemands étaient affectées à la garde du camp ( chacune ?) appuyées par des mitrailleuses lourdes et deux canons placés en surplomb. Le commandant du camp logeait dans l’ancien moulin à l’extérieur du camp où se trouvait la Kommandantur.

Peu à peu des aménagements ont été installés : le ‘théâtre’ (salle de spectacle), terrain de sport, bibliothèque, ‘popote’ (cantine), lazaret (hôpital), chapelle, cimetière…

Effectifs Le camp a fonctionné de au En allemand Gefangenenlager in Langensalza: 20. November 1914 bis 18. März 1919 de Harald Rockstuhl. Il dépendait du corps d’armée armée allemande basé à Cassel : le premier commandant du camp a été le colonel von Koppy (capitaine en 1905 dans le corps expéditionnaire allemand en Namibie – Deutsch-Südwestafrika ?) puis le major general Gessner et enfin le major general Scholtz à partir de 1916 mais le commandant du camp (par délégation ?) signe capitaine von Marshall).

Les premiers soldats prisonniers sont des Russes ( dont 5 officiers) qui arrivent le . Dans les jours suivants 7500 autres suivent’’Chronik der Stadt Bad Langensalza in Thüringen 786-2000’’ de Harald Rockstuhl . 80 prisonniers français arrivent ensuite et le mélange des nationalités devient la règle.

Le camp était en grande partie un camp de transit avant l’envoi en kommandos de travail des soldats ou leur réaffectation vers d’autres camps comme celui de Cassel. La population de base du camp oscillait entre 2000 et 3000 prisonniers, surtout des sous-officiers qui n’étaient pas obligés de travailler selon la convention de Genève. Le nombre des hommes s'accroissait fortement dans les périodes de tension comme lors des épidémies de typhus en 1915« Le camp, lorsque l’épidémie se déclara, contenait environ , à savoir , , et » (Dautrey , , qui qualifie Langensalza de « camp de concentration » Les prisonniers de guerre en Allemagne impériale pendant la Grande Guerre page 24 , lors de l'intégration en , des prisonniers d’Ohrduf et d’Erfurt ou après l'armistice du .

Le camp est alors surpeuplé et soumis aux plus grandes privations (ils en étaient réduits à brûler le charpente du « théâtre » inutilisé) : les prisonniers ont manifesté leur joie en apprenant l’armistice mais ils se sont vite interrogés sur leur rapatriement au vu de la désorganisation générale. Le sureffectif s’amplifia quand les kommandos extérieurs employés dans les mines ou les fermes rentrèrent au camp pour ne pas être oubliés lors du rapatriement annoncé. C’est alors qu’eut lieu l’assassinat de 16 prisonniers par les gardes le .

Il y eut aussi des civils internés à Langensalza : quelques centaines capturés dans les régions conquises par les armées allemandesLe témoignage d’un agriculteur de Varredes (Seine-et-Marne) emmené de force à le 08/09/1914 pendant la bataille de la Marne, montre ce que pouvaient être les conditions de vie en ce lieu .

Le relevé allemand des prisonniers passés par le camp de Langensalza retient, à la date du , dont , , , , 180 Belges, 100 Roumains, 27 AméricainsHarald Rockstuhl « Vom 20. November 1914 bis zum 18. März 1919 waren im Gefangenenlager Langensalza 28.000 Gefangene aus Frankreich/Camp de prison Langensalza (12.200); Rußland/ (9.400); Großbritannien/Prison camp Langensalza (3.500); Italien/Campo di prigionia Langensalza (2.300); Belgien (180); Rumänien/Lag r Langensalza (100) sowie aus den USA (27) untergebracht ».

Selon les chiffres allemands il y eut au total sur toute la durée du camp de Langensalza dont 1642 ont été enterrés dans le cimetière du camp (les autres relevaient des kommandos extérieurs) : les principales causes ont été le typhus et les maladies pulmonaires. Les prisonniers anglais ou originaires du Commonwealth morts dans les camps allemands ont été ré-inhumés dans le cimetière de Niederzwehren en 1922-1923 : on y trouve les tombes des 225 prisonniers morts au camp de Langensalza entre 1915-1918Commonwealth War Graves Commission . Les morts français ont été ré-inhumés dans la nécropole de Sarrebourg et il faudra attendre la loi du pour qu’ils aient droit à la mention « Mort pour la France »« Les travaux d'exhumation débutent à Langensalza le 28 novembre 1923 et s'achèvent le 19 juin 1926, y laissant les mémoriaux érigés par les prisonniers pour leurs camarades » [www.paysages-et-sites-de-memoire.fr › uploads › 2017/04 › Fiche_MS04] et Mort pour la France . Un mémorial a été élevé dans l'ancien cimetière du camp.

Les conditions de vie Le camp de Langensalza avait la réputation d’être un des camps les plus dursGood camps & bad camps . Si les sous-officiers n’étaient pas obligés de travailler selon la convention de Genève, le plus grand nombre des soldats prisonniers de guerre étaient affectés à des Kommandos à l’extérieur du camp et utilisés comme main d’œuvre dans les mines de sel ou de charbon, les usines ou les fermes des environs avec des conditions de vie difficilesTémoignages anglais .

Les prisonniers qui ne travaillaient pas, en particulier des sous-officiers que l’on voit en uniforme sur les photos d’époqueCollections d’images , occupaient leurs journées en jouant aux cartes ou au football, en participant à des activités musicales avec l’harmonie ou en montant des pièces de théâtre. Les photos autorisées montrent un camp serein mais les conditions d’hygiène ont été dégradées à certaines périodes et la nourriture très insuffisante, composée essentiellement d’une soupe mélangeant choux et betteraves sans viande.

Les tâches d’hostellerie (cuisine, blanchisserie…) étaient confiées à des prisonniers soldats tandis qu’une partie de l’administration quotidienne (interprète, courrier, infirmerie…) était assurée surtout par des sous-officiers et des médecins qui jouissaient d’un traitement privilégié (chambrée, laisser-passer…) et constituaient un Comité qui était l’interlocuteur des autorités.

Des cartes postales préimprimées étaient prévues pour communiquer avec les familles qui pouvaient répondre et envoyer des colis, alimentaires ou autres (vêtements…) et des mandats : ce service fonctionnait de façon variable selon les périodes avec l’existence de la censure et des confiscations. Les produits reçus faisaient l’objet de troc ou de commerce entre les prisonniers et avec les gardes (cigarettes et chocolat en particulier). Ils utilisaient une monnaie spéciale en marks.

Les contrevenants au règlement du camp recevaient des punitions individuelles qui consistaient en journées de prison. Il y avait aussi les punitions collectives qui consistaient en privation de distractions, de colis pendant plusieurs semaines consécutives, et même de nourriture pendant plusieurs jours. Dans le camp, les brutalités (coups et blessures) étaient assez rares mais beaucoup plus fréquentes dans les kommandos extérieurs rattachés au Lager principal. Les autorités militaires allemandes se préoccupaient de la réciprocité de traitement de leurs propres prisonniers dans les camps des alliés : ceux-ci ont parfois soulevé des réclamations et demandé des inspections de pays neutres comme l’Espagne. Des visites d'inspecteurs neutres et de la Croix-Rouge ont eu lieu mais elles sont restées superficielles et sans effetVisites du camp par les délégués de l'ambassade d'Espagne à Berlin : « Langensalza (Thuringe), visité le 12 septembre 1917. Lazaret : 153 Français, 221 Russes, 3 Belges, 173 Anglais, 13 Roumains, 3 Portugais, 2 Serbes »..

Les témoignages de cette vie quotidienne difficile abondent : les prisonniers racontent la malnutrition, les conditions sanitaires dégradéesTémoignage : « Nous étions dévorés par la vermine et il y avait parmi nous beaucoup de malades, dont la plupart souffraient des voies respiratoires » , mais aussi parfois les violences des gardiens, les brimades et le règlement pointilleux qui exigeait par exemple que le salut militaire soit rendu en toute circonstance à tous les officiers rencontrés dans le campBritish Prisoners of War in First World War Germany de Oliver Wilkinson page 95 . L’affaiblissement des prisonniers sous alimentés et le mélange des nationalités, ont constitué le terreau de graves et meurtrières épidémies de typhus en 1915.

Les épidémies de typhus en 1915 Les conditions sanitaires dégradées, l’affaiblissement des prisonniers sous alimentés et le mélange des nationalités, ont constitué dans de nombreux camps de prisonniers en Allemagne (Cassel, Wittemberg...) le terreau de graves épidémies comme les pneumonies et la tuberculose mais aussi le choléra ou le typhus.

Les épidémies de typhus ont été particulièrement meurtrières en 1915 à Langensalza en raison de la désorganisation médicale du camp qui valut à l’Allemagne de violentes accusations de négligences assimilables à des crimes de guerreL’Illustration du 29 août 1915 et la fiche sur l’épidémie de typhus du printemps 1915 ou Rapports et procès-verbaux d'enquête de la commission instituée en vue de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l'ennemi en violation du droit des gens (décret du 23 septembre 1914) <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6529551s.texteImag].

Deux pics d’épidémie eurent lieu de janvier à . Les chiffres diffèrent selon les sources mais on retient le chiffre de près de liés à cette épidémie (les morts liées aux conséquences du typhus comme les amputations inefficaces sont en effet à ajouter : un auteur évoque ces amputations et avance même le chiffre de ).