Le Ku Klux Klan, souvent désigné par son sigle KKK ou également le Klan, est une société secrète terroriste suprémaciste blanche des États-Unis d'Amérique fondée à la veillée de Noël 1865 ou au début de l'année 1866.
Avec les lois Jim Crow, il est un des dispositifs des États du Sud pour s'opposer à l'application des droits constitutionnels des Afro-Américains garantis par plusieurs amendements au lendemain de la guerre de Sécession : le treizième amendement de la Constitution des États-Unis du abolissant l'esclavage, le quatorzième amendement du , accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et le quinzième amendement, du , garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis et par conséquent aux anciens esclaves. Dans ce but, le Ku Klux Klan commet des assassinats, lynchages, attentats, viols, tortures, enlèvements, incendies d'écoles ou d'églises afro-américaines.
Il est communément admis de diviser l'histoire du Ku Klux Klan en trois périodes, la première allant de 1865 à 1871, la seconde allant de 1915 à 1944 et enfin la troisième qui s'étend de 1946 à nos jours. Chacune possède des caractéristiques propres dans sa manière de déjouer l'égalité des droits civiques pour tous les citoyens américains et de faire l'apologie du suprémacisme blanc. Son « âge d'or » est la période des années 1920-1930. En dehors de ses exactions terroristes contre la population afro-américaine et ses sympathisants blancs, son histoire est jalonnée de scandales politiques et financiers (chantages, corruption, détournements de fonds, évasion fiscale, intimidations diverses, prévarications, trucages électoraux).
Son influence diminue au cours des années 1960 avec la vague du mouvement américain des droits civiques et la promulgation de différentes lois fédérales, comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968, mettant fin à toutes les formes légales de discrimination raciale sur l'ensemble du territoire des États-Unis.
De nos jours, le Klan est devenu une nébuleuse de groupuscules d'activistes et de terroristes qui se fondent dans le paysage de l'extrême droite et de l'alt-right américaines..
Traversant les trois périodes, l'idéologie du Ku Klux Klan se nourrit des doctrines racistes ou antisémites de certains essayistes et anthropologues du comme Arthur de Gobineau ou Herbert Spencer, et de théories complotistes qu'ils entretiennent à leur tour et le second Klan se réclame également de l'idéologie nativiste........
Contexte historique vignette|Plaque commémorant les six fondateurs du Ku Klux Klan, apposée sur le bâtiment du juge Thomas Jones de la ville de Pulaski, en 1917, par les United Daughters of the Confederacy, au moment où le film Naissance d'une nation de D. W. Griffith marque la renaissance du KKK.|231x231px La création du Ku Klux Klan est une des conséquences de la guerre de Sécession.. Quand celle-ci prit fin, commença la période dite de la Reconstruction (1865-1877) où les enjeux sont les modalités de l'intégration politique des ex-États confédérés à l’Union, le développement d'une économie du Sud ravagée par la guerre, la gestion du retour des prisonniers de guerre, celui des réfugiés. et la question cruciale de l'intégration sociale et politique des Afro-Américains depuis la promulgation du Treizième amendement de la Constitution des États-Unis le abolissant l'esclavage, celle du Quatorzième amendement en 1868 accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et celle du quinzième amendement en 1870 garantissant le droit de vote à tous les citoyens du pays.. Pour répondre à ces questions, le est créé le Bureau des réfugiés, des affranchis et des terres abandonnées (le ) dont la mission est de réinsérer les réfugiés, de venir en aide aux Afro-Américains fraîchement affranchis, de mettre en place des structures scolaires, universitaires et hospitalières à destination des Afro-Américains et de former une élite afro-américaine.....
À l'annonce du treizième amendement et de la création du Bureau des réfugiés, les réactions de la presse des États du Sud sont négatives : ; ; ; . Le Bureau des réfugiés est vilipendé, des Blancs l'accusent de , oubliant l'aide apportée aux Blancs du Sud dans le dénuement par le Bureau des réfugiés. Les planteurs sont irrités de devoir payer leurs anciens esclaves au même tarif que les ouvriers agricoles blancs, s’inquiètent de les voir partir travailler pour d'autres, s'opposent à ce que l'on puisse scolariser les Afro-Américains (avant la fin de la guerre de Sécession, il était interdit de leur apprendre à lire, écrire ou compter). Leur indignation atteint son comble lorsque le Bureau des réfugiés leur demande de prendre en charge les enfants qu'ils ont eus de leurs esclaves afro-américaines. Les représailles commencent, des Afro-Américains qui refusent de travailler pour leurs anciens maîtres et des pasteurs afro-américains sont assassinés, des femmes qui refusent les avances de Blancs sont violées, des bandes de desperados composées, entre autres, d'anciens militaires confédérés sèment la terreur en commettant des atrocités tant à l'encontre d'Afro-Américains que d'agents du Bureau des réfugiés. Malgré tout, le treizième amendement est ratifié par la quasi-totalité des États du Sud, car c'était la condition sine qua non pour être réintégrés en tant qu'État au sein de l'Union. Avec cette adoption, les États du Sud mettent en place différents Black Codes pour adapter les anciennes lois sur l'esclavage à la nouvelle situation.. Ces nouvelles réglementations ont pour but d'entraver l'application du treizième amendement en restreignant les libertés des Afro-Américains. Ainsi dans le Mississippi les Afro-Américains doivent posséder une preuve de leur emploi, un certificat de travail qui les assigne à un employeur, car s'ils veulent changer d'emploi sans l'accord de leur employeur, ils doivent rembourser le montant de leur salaire annuel ; en Caroline du Sud, une loi interdit aux Afro-Américains d'exercer une profession autre qu'ouvrier agricole ou domestique à moins qu'ils ne paient une taxe annuelle de à . Ces Codes noirs se développent dans les différents États du Sud et touchent l'ensemble de la vie sociale, professionnelle et civique des Afro-Américains, restreignant leurs droits à la propriété, à établir leur entreprise, à l'éducation, au mariage, etc. Elles s'appliquent d'autant plus facilement que les juges et les forces de polices locales sont des Blancs sudistes acquis aux thèses racistes.......
Les enquêtes qui sont menées par la (Commission de la reconstruction)..., recueillent des témoignages accablants : il s'avère que les droits civiques des Afro-Américains sont foulés aux pieds, qu'ils continuent de vivre dans des conditions proches de l'esclavage, qu'ils sont l'objet de diverses attaques qui vont de l'insulte au meurtre, en passant par de fausses accusations de viols, que les agents du Bureau des réfugiés sont régulièrement assassinés ou intimidés. Ces enquêtes constatent l'existence de milices armées qui sèment la terreur.. Le rapport se conclut par des résolutions qui vont préparer le Quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis garantissant le droit des Afro-Américains mais aussi affirmant que nul ne peut être dépouillé du droit de propriété, de ses libertés fondamentales, que tout être humain a droit à la même protection juridique..
Alors que se tient la Commission de la reconstruction, la première émeute raciale éclate à Memphis du au , à cause d'une arrestation arbitraire : le bilan se monte à deux morts et deux blessés du côté des Blancs et à quarante-six morts et quatre-vingts blessés du côté des Afro-Américains, cinq Afro-Américaines sont violées, douze églises et quatre écoles sont incendiées. Malgré le refus du maire John Park, le général George Stoneman intervient le troisième jour, instaure la loi martiale et fait défiler ses troupes comprenant des Afro-américains..... Le éclate une nouvelle émeute raciale à La Nouvelle-Orléans. Le bilan de ce massacre fait état d'environ chez les Afro-Américains, principalement des anciens combattants....... Les bandes armées se durcissent, ainsi Ellis Harper, un ex-capitaine confédéré., mène une véritable guérilla, semant la terreur dans le Tennessee et le Kentucky.
Ce climat d’affrontements sanglants durcit les positions des uns et des autres. Pour mettre fin à l'opposition le Congrès vote le Quatorzième amendement, mais dix des États du Sud refusent de le ratifier, le laissant inopérant, livrant les Afro-Américains et leurs soutiens blancs à la haine de leurs anciens maîtres.
Premier Klan ou « Klan primitif » Amusement de nostalgiques désœuvrés Dans ce climat de tensions raciales violentes, des militaires nostalgiques refusent le nouvel ordre né de la défaite. C'est ainsi que six jeunes officiers sudistes démobilisés, désœuvrés et sans le sou (J. Calvin Jones, Frank O. McCord, Richard R. Reed, John B. Kennedy, John C. Lester, James R. Crowe) reviennent dans leur ville de naissance, Pulaski dans le Tennessee, et y fondent le Ku Klux Klan. Comme d'autres villes du Sud, Pulaski a perdu de sa splendeur passée, d'autant plus qu'en 1865 un cyclone a ravagé ses plantations. Les six jeunes officiers se réunissent chez l'oncle de Calvin Jones, le juge Thomas Jones, le jour de la veillée de Noël 1865Une plaque commémorative en bronze, posée en mai 1917, rappelle cet acte fondateur dans le bureau au 209, West Madison Street (photographie de la plaque). Cette plaque devient l'objet d'un pèlerinage depuis l'instauration du Martin Luther King Day en 1986 (des membres du KKK retournent annuellement à Pulaski le 15 janvier pour protester contre cette fête), si bien que le propriétaire du bâtiment fait retourner la plaque en 1989, afin de (voir plaque vierge de dos, patinée). .. (la date de fondation, dans la nuit du 24 au ., est débattue car elle est attestée par les seuls écrits et manuscrits du KKK., leur première rencontre ayant pu n'avoir lieu qu'au printemps 1866). Leur moral est au plus bas et l'un d'entre eux dit : . L'accord étant fait, trois d'entre eux se chargent d'écrire les règles du club et les trois autres de trouver un nom au club. Une semaine après, ils se réunissent chez le colonel Thomas Martin, un notable de Pulaski. Comme convenu, des noms sont proposés , puis John B. Kennedy propose le nom de The Circle, et pour ajouter une touche de distinction de l'appeler dans son équivalent en grec ancien (qui signifie cercle).. Afin que le nom soit incompréhensible pour le commun des mortels, James R. Crowe suggère de l'appeler KuKlux et Kennedy ajoute Klan en mémoire des clans écossais, vu que les six membres fondateurs ont des ancêtres à l'origine de la colonisation écossaise des Amériques: c'est en séparant Ku de Klux que naît le nom Ku Klux Klan. Les six sont satisfaits de leur trouvaille, qui possède, selon eux, une dimension mystérieuse voire occulte; de plus, John C. Lester prétend que la prononciation de Ku Klux Klan évoque le «bruit d'os qui s'entrechoquent». Ils vont par la suite, se déguiser avec des draps, se mettre des taies d’oreillers sur la tête, se lancer dans des cavalcades nocturnes à travers la ville et chanter des sérénades auprès de leurs amoureuses ou de leurs parents. Il est également possible aussi que John B. Kennedy se soit inspiré pour le nom de Kuklos, d'une célèbre fraternité de Caroline du Nord, la Kuklos Adelphon, dissoute en 1855 et aurait emprunté le règlement de cette société...