La Shoah en Ukraine recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs ukrainiens du Reichskommissariat Ukraine, pendant l’occupation de la République socialiste soviétique d’Ukraine par l'Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1941 et 1944, plus d'un million de Juifs ukrainiens ont été assassinés dans le cadre des politiques d'extermination mises en œuvre par le Generalplan Ost et la .

Contexte

À l’issue de la Première Guerre mondiale, la disparition des empires centraux (Reich allemand, Autriche-Hongrie) et les bouleversements issus de la Révolution bolchévique en Russie entraînèrent la dislocation de l’Ukraine, éclatant son territoire et ses populations, notamment juives, entre les différents pays issus des traités de paix. Les Juifs connurent des situations différentes (selon les circonstances politiques et les territoires dans lesquels ils étaient implantés).

Si la brève République populaire d’Ukraine (-) donna le droit à la communauté juive de gérer ses institutions religieuses, culturelles et éducatives, des pogroms furent néanmoins perpétrés, auxquels participèrent toutes les forces nationales et politiques. La situation ne fut pas meilleure dans les régions ukrainiennes rattachées à la Pologne où la situation des Juifs commença à se détériorer avec le boycotts des entreprises et des magasins, système de quota officieux dans les établissements scolaires...

En Roumanie, la montée de l’antisémitisme et l’influence croissante des théories racistes et totalitaires se traduisirent par la formation de mouvements roumains nationalistes d’extrême-droite et la fascisation des partis indépendantistes ukrainiens. À l’opposé, la population juive de l’Ukraine Transcarpathienne rattachée à la Tchécoslovaquie connut entre les deux-guerres une existence paisible. À la suite des accords de Munich en 1938, la région fut finalement annexée par la Hongrie. Les Juifs commencèrent alors à être l’objet d’une politique de discrimination et de persécutions.

Ukraine soviétique Durant les premières années de mise en place du régime soviétique, les principales décisions laissaient à penser que les Juifs avaient enfin trouvé une patrie en URSS et, plus particulièrement, en Ukraine soviétique. Cependant, les années 1920-1930 furent marqués, dans les domaines économique et de la vie publique, par une terrible désillusion et par une succession de mesures qui annonçaient la . Il n’est guère que dans le domaine culturel que les années 1920-1930 correspondirent à un âge d’or. Élevé au rang de langue officielle, le yiddish se développa à grande échelle : utilisation dans certaines régions par les administrations, enseignement en yiddish dans des écoles d’état, foisonnement de journaux, revues, théâtres et salles de concert…

En 1939, on estime que la population juive en Ukraine s’élevait à (5 millions en URSS), représentant la deuxième plus importante communauté juive d’Europe. Cette même année, l’URSS annexa l’est de la Pologne en application du pacte germano-soviétique, puis, en la Bucovine du nord. Près de , fuyant les territoires occidentaux de la Pologne annexée par l’Allemagne essayèrent de trouver refuge en URSS, notamment en Ukraine.

Generalplan Ost au sein du Reichskommissariat Ukraine

gauche|250px|vignette|Carte de la Shoah en Ukraine. Au début de la guerre, l'une des ambitions d'Hitler était d'exterminer, d'expulser ou de réduire en esclavage la plupart ou la totalité des Slaves de leurs terres d'origine afin de créer un pour les colons allemands. Ce plan génocidaireDIETRICH EICHHOLTZ "»Generalplan Ost« zur Versklavung osteuropäischer Völker" devait être appliqué progressivement sur une période de 25 à 30 ansMadajczyk, Czesław. "Die Besatzungssysteme der Achsenmächte. Versuch einer komparatistischen Analyse." Studia Historiae Oeconomicae vol. 14 (1980): in Hitler's War in the East 1941−1945: A Critical Assessment by Gerd R. Ueberschär and Rolf-Dieter Müller.

Selon l'historien , le Generalplan Ost prévoyait une de la population urbaine, par le travail ou la famine, notamment avec le plan famine, tandis que les concepteurs des projets coloniaux établissent des projets visant à l'extermination de .

Escadrons de la mort (1941-1943)

vignette|Le à Zboriv dénommée Zborów à l'époque, un jeune adolescent est amené sur les lieux du meurtre de sa famille gisant au sol. Il va ensuite être abattu d'une balle dans la nuque par l'officier nazi qui se trouve derrière lui. Lorsque la Wehrmacht entra en Ukraine en , les Juifs de l’Ouest, y compris les réfugiés qui avaient fui l’invasion de la Pologne à l’automne 1939, furent pris au piège. Quelques dizaines de milliers réussirent à s’enfuir, qui furent souvent rattrapés et tués par la suite. Les Kommandos des Einsatzgruppen s’en prirent d’abord aux et aux . Cependant, dès les premières heures de la campagne, Himmler se rendit sur le terrain pour suggérer que femmes et enfants soient tués aussi systématiquement que les hommes. Désormais, ce que les nazis appelaient le d’Ukraine fut englobé dans la planification de la .

vignette|Un membre de lEinsatzgruppe C s'apprête à tirer sur un homme assis près d'une fosse commune à Berdytchiv (Ukraine) en 1942. À l'arrière-plan se tiennent des membres de la Wehrmacht, du Reichsarbeitsdienst et des formateurs des jeunesses hitlériennes. Le verso de la photo porte l'inscription Le Dernier Juif de VinnytsiaD'après l'historien Jürgen Matthäus et l'organisation Bellingcat, le membre du commando spécial nazi sur le point d'exécuter d'une balle dans la tempe un jeune homme en costume, agenouillé devant une fosse remplie de cadavres, serait Jakobus Onnen, un professeur allemand devenu criminel de guerre Grâce à l'IA, un historien a identifié le nazi abattant un prisonnier sur cette photo de l'Holocauste.

Le nombre total de pertes civiles pendant la guerre et l'occupation allemande en Ukraine est estimé à quatre millions, dont près d'un million de Juifs assassinés par les Kommandos des Einsatzgruppen, des bataillons de lOrdnungspolizei, la Wehrmacht et des collaborateurs nazis locaux. LEinsatzgruppe C commandé par Otto Rasch a été affecté au nord et au centre de l'Ukraine ; lEinsatzgruppe D d'Otto Ohlendorf a quant à lui opéré en Moldavie (au sud de l'Ukraine), en Crimée et, à compter de 1942, au nord du Caucase. Selon le témoignage d'Ohlendorf lors du procès des Einsatzgruppen, . Dans la pratique, les victimes étaient en majorité des civils juifs désarmés (aucun membre dEinsatzkommando n'a été tué dans l'action au cours de ces opérations). Le musée du mémorial de l'Holocauste des États-Unis raconte l'histoire d'un survivant des tueries des Einsatzgruppen de Piryatin, en Ukraine, après l'assassinat de le , le deuxième jour de la fête juive Pessa'h :

gauche|vignette|Les Juifs creusent leurs propres tombes avant leur exécution (Zboriv, le ).

Du 16 au , l'''Einsatzgruppe D exécute citoyens soviétiques, dont la plupart étaient Juifs. Ce massacre se déroule dans une zone proche de la ville de Mykolaïv ainsi que de la ville voisine de Kherson, au sud de l'Ukraine (ex-URSS).

Le massacre de Juifs le plus notoire en Ukraine s'est déroulé dans le ravin de Babi Yar, près de Kiev, où furent assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux, principalement le bataillon Schutzmannschaft, les 29 et .

D'autres massacres eurent lieu à cet endroit les mois suivants, faisant entre et Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Tziganes, Ukrainiens et otages civils. Les assassinats en masse à Kiev ont été décidés par le Generalmajor Friedrich Eberhardt, le commandant de la police du groupe d'armées Sud (SS-Obergruppenführer Friedrich Jeckeln) et le commandant de lEinsatzgruppe C Otto Rasch. Cette mission fut assurée par les troupes de la SS et du SD, et des membres de la police de sécurité, assistés par la police auxiliaire ukrainienne. Les Juifs de Kiev se rassemblèrent au lieu ordonné, s'attendant à être embarqués dans des trains. La foule était suffisamment dense pour que la majorité ignorât ce qui se passait en réalité : Ils furent conduits à travers un corridor formé de soldats, roués de coups de crosse, puis forcés à se déshabiller et conduits au bord du ravin et exécutés. Un chauffeur de camion décrivit la scène :

En Crimée (attribuée à l’Ukraine par Khrouchtchev après la Seconde Guerre mondiale mais république soviétique autonome au moment de l’invasion allemande) vivaient environ . Lorsque les Allemands conquirent la région à l'automne 1941, environ s’étaient réfugiés plus à l’Est et environ autres avaient été mobilisés dans l’Armée rouge. Les Allemands trouvèrent donc environ qui furent rapidement les victimes d’une machine génocidaire tournant désormais à plein régime sur le territoire soviétique.

vignette|250x250px|Le ghetto de Lvov en 1942.

À partir de , la conjonction entre les projets de Himmler et la volonté exterminatrice des collaborateurs ukrainiens incite à accélérer la cadence de l'extermination : sont alors initiées, dans les territoires de l'Est, des réflexions à la fois pour rationaliser les tueries et pour exterminer également les femmes et les enfants, en évitant que cela ne pose de problèmes de conscience aux bourreaux allemands. Divers solutions sont alors expérimentées à l'automne 1941, notamment le camion à gaz : le fourgon est hermétiquement fermé, les gaz d'échappement, entre autres le monoxyde de carbone, sont dirigés à l'intérieur du fourgon asphyxiant ainsi une quarantaine de personnes à chaque utilisation. Par ailleurs, sur le modèle du camion à gaz, les premières chambres à gaz, expérimentées en Ukraine et dans le Warthegau, reprennent ce mode de fonctionnement, mais sont fixes, avec un moteur à l'extérieur, les gaz d'échappement étant dirigés vers l'intérieur de la chambre, isolée de l'extérieur. vignette|« Des femmes juives de la Rus subcarpatique qui ont été sélectionnées pour le travail forcé à Auschwitz-Birkenau, marchent vers leur caserne après avoir été désinfectées et rasées » (1944) En effet, en Ukraine, comme dans le reste de l’Union soviétique, le Reich nazi n’avait pas la possibilité, du fait de la proximité du front, d’installer des centres d’extermination. Le plus souvent, le réseau ferroviaire était inapproprié à la déportation vers les centres d’extermination situés en Pologne. C’est pourquoi la a continué, en Ukraine, jusqu'à la fin de l’occupation du pays par la Wehrmacht, début 1944. Seulement 20 % environ des Juifs d’Ukraine ont été déportés à Belzec, Sobibor et Auschwitz. Les 80 % restants des victimes ont été tués par les commandos SS ou leurs auxiliaires.

Bilan des victimes vignette|Juifs exécutés par le nazis au cimetière juif de Lwow, juin 1944 Pratiquement tous ceux qui n’ont pas pris la fuite furent tués en l’espace de deux ans et demi, entre et .