La Dacie trajane dite aussi Dacia felix (« Dacie heureuse ») est une partie de la Dacie, riche en or, sel et bois, colonisée et devenue province de l'Empire romain durant 169 ans, de 106 à 275. L'autre province romaine homonyme, plus tardive, a été la Dacie aurélienne.
Le royaume des Daces et les Romains Les Daces et les Gètes sont en contact avec les Romains depuis l'époque de leur roi Burebista, lorsque Rome commence à s'intéresser à la région du bas Danube. Burebista, après avoir fédéré les tribus daces par la diplomatie ou la force, se lance dans une campagne d'expansion territoriale et étend son royaume de la Pannonie à la mer Noire et jusqu'aux monts Hæmos (actuels Balkans) au sud.
En 74 avant Jésus-Christ, les légions romaines de Gaius Scribonius Curio atteignent le bas Danube et entrent en contact avec les Daces. Les Romains sont alors inquiets de l'influence croissante de Burebista, qui en vient à interagir avec la vie politique de la République. Au dernier moment, lors de la bataille de Pharsale, il décide de soutenir Pompée. De ce fait, il s'attire l'inimitié de Jules César. Vers 44 avant Jésus-Christ, alors que César s'intéresse de plus en plus à la conquête de la Parthie, il réfléchit aussi à une campagne contre les Daces pour éliminer Burebista. Sa mort met un terme à ce projet mais au même moment, Buresbista est assassiné à l'occasion d'un complot contre lui, qui démontre que l'union demeure fragile au sein du royaume des Daces, qui se divise en quatre entités distinctes, puis bientôt cinq.
De la mort de Burebista à l'irruption de Décébale, les forces romaines combattent régulièrement les Daces et les Gètes. Ces derniers lancent souvent des raids contre les provinces de Mésie et de Pannonie, obligeant les gouverneurs locaux voire les empereurs à entreprendre des actions de représailles. Entre ces actions militaires, il existe une certaine proximité entre Daces et Romains qui, en temps de paix, commercent et se considèrent amicii et socii : « amis et alliés ». Ainsi, lors de son conflit contre Marc Antoine, Octave s'allie avec les Daces en proposant de se marier avec la fille du roi Cotiso, lequel, en retour, se marierait avec Julia Caesaris filia, la fille d'Octave.
Il est possible que dans la première moitié du premier siècle avant notre ère, les Daces aient envoyé des otages royaux à Rome. Néanmoins, c'est surtout à partir du règne d'Auguste que cette pratique se répand. En outre, les sources rapportent la présence de marchands et d'artisans romains en Dacie, où des esclaves fuyant les Romains se réfugient souvent. Cette présence culturelle et économique grandissante démontre l'influence montante de Rome dans la région.
L'arrivée au pouvoir des Flaviens, et notamment de Domitien, voit une escalade des hostilités le long du bas Danube. Vers 84 ou 85, les troupes daces du roi Décébale franchissent le fleuve et pénètrent en Mésie, qu'ils pillent, allant jusqu'à mettre à mort le gouverneur provincial. Domitien réagit en divisant la province en deux, la Mésie Inférieure et la Mésie Supérieure, avant de riposter. Néanmoins, des troubles avec les Germains l'obligent à conclure la paix. A posteriori, cet épisode apparaît comme une première étape sur la voie des guerres daces de Trajan. En 102, Décébale est contraint de détruire ses forteresses dans la région des monts Orastie, tout en acceptant la présence d'une garnison romaine à Sarmizégétuse. Trajan ordonne aussi à son ingénieur, Apollodore de Damas, de bâtir un pont sur le Danube à Drobeta.
La Dacie sous les Antonins et les Sévères Création de la province (106-117) Dès son annexion, la Dacie est transformée en province romaine. Ce n'est que le deuxième territoire à être acquis comme province depuis la mort d'Auguste près d'un siècle auparavant. Les Romains doivent encore combattre les Sarmates, les alliés de Décébale, qui sont plus au nord. Néanmoins, à la fin de l'année 106, les légionnaires commencent à ériger des forts le long de la nouvelle frontière de la province et Trajan revient à Rome au milieu de l'année 107.
Les premières sources à mentionner la Dacie comme une province remontent au 11 août 106. Elle est gouvernée par un légat impérial de rang consulaire, soutenu par des légats de la légion responsables de chacune des deux légions implantées en Dacie. Un procurateur a la responsabilité de prélever l'impôt de la province et de payer l'armée. L'ensemble des territoires conquis ne sont pas incorporés dans la nouvelle province. La Mésie inférieure s'étend sur l'actuel sud de la Moldavie, la Munténie et l'Olténie oriental, tandis que la Dacie en tant que telle recouvre l'Olténie occidentale, la Transylvanie et le Banat.
De ce fait, la Dacie romaine est entourée à l'est et au sud des deux provinces de Mécie, la province supérieure a sa capitale à Singidunum et la province inférieure à Tomis. Sur sa frontière ouest, la Dacie est exposée à la plaine de Pannonie où vivent les Iazyges, une tribu sarmate. La Moldavie septentrionale abrite, elle, les Bastarnes, les Roxolans et les Carpes. Enfin, le nord de la Transylvanie est habité par les Daces non soumis à Rome, notamment les Costoboces.
Le processus de transformation d'un territoire conquis en une province est coûteux. Tout l'ensemble des infrastructures romaines classiques est érigé dans les nouvelles cités, incluant les thermes, les forums ou les temples, ainsi que des voies romaines et des colonies pour les vétérans. Néanmoins, à part les tentatives de Trajan d'encourager des colons à s'implanter en Dacie, il semble que le gouvernement impérial n'a pas tenté de promouvoir l'installation de nouveaux habitants dans la province.
Du fait des conséquences de la guerre, la population de la Dacie a certainement chuté par rapport à son état d'avant l'invasion. Selon Criton, Daces sont réduits en esclavage et déportés, certains d'entre eux pour devenir des gladiateurs dans le cadre des célébrations de la victoire de l'empereur. En compensation, les Romains mettent en place un programme de création de centres urbains peuplés de citoyens romains et de non-citoyens issus d'autres régions de l'Empire. Néanmoins, un nombre important de Daces continue de vivre à la périphérie de la province dans un mode de vie rural. Quant aux élites locales, comme souvent dans l'Empire, elles sont encouragées à participer à la nouvelle administration.
Trajan établit la capitale de la province à une quarantaine de kilomètres de l'ancienne capitale des Daces, Sarmizegetuse. Elle est nommée Ulpia Traiana Sarmizegetusa. Elle sert d'abord de base à la Legio IV Flauia Felix avant d'être peuplée de vétérans qui ont servi dans les guerres daciques, notamment de la Legio V Macedonica, de la Legio IX Claudia et de la Legio XIV Gemina.
Avec la conquête, la Dacie est traversée de voies romaines qui recouvrent rapidement les voies de circulation naturelles. Néanmoins, seules deux routes ont avec certitude été créées sur ordre de Trajan. La première relie les camps militaires à Napoca et Potaissa. La source épigraphique que constitue le Miliarium d'Aiton indique que cette route est achevée vers 109 ou 110. La deuxième voie passe par Apulum (Alba Iulia) et, depuis la mer du Nord, file vers l'est et la Pannonie inférieure.
Première réorganisation (117-138) thumb|Dacie romaine.
Hadrien est à Antioche quand il apprend la mort de Trajan. Il ne peut alors rejoindre Rome. Il apprend aussi que Caius Iulius Quadratus Bassus, qui a reçu l'ordre de Trajan de défendre la Dacie, est mort lors d'une campagne. En effet, du fait de la guerre qu'il a menée contre les Parthes, Trajan a laissé un certain nombre de provinces en sous-effectif. Les Roxolans en ont profité pour ne plus payer leur tribut et s'allier aux Iazyges contre Rome. Hadrien décide donc de rapatrier un certain nombre de troupes en Dacie avant de pouvoir lui-même quitter la Syrie.
Hadrien hésite alors à l'idée de se retirer de la Dacie étant donné les difficultés que pose sa défense. Il démantèle le pont d'Apollodore sur le Danube pour prévenir toute pénétration des Bulgares au-delà du fleuve. Finalement, en 118, il prend lui-même la tête des troupes qui battent les Iazyges et les Roxolans et rétablit le tribut à leur charge. Il abandonne même certaines des conquêtes de Trajan, notamment les territoires annexés à la Mésie Inférieure qui sont cédés aux Roxolans. Ce qui restent des régions de la Mésie Inférieure au nord du Danube composent une nouvelle province, la Dacie Inférieure, tandis que la province de Dacie en tant que tel devient la Dacie Supérieure. Enfin, Hadrien ordonne à la Legio IV de se replier sur la Mésie Supérieure.
En 124, une nouvelle province est créée, la Dacia Porolissensis, au nord de la Dacie Supérieure, dans la région de Transylvanie. Quant à la Dacie Supérieure, elle n'est plus gouvernée que par un sénateur de rang prétorien car les consuls ne gouvernent que les provinces comprenant au moins deux légions. Le légat impérial qui demeure dans cette province dirige une légion à Apulum. La Dacie Inférieure et la Dacie Porolissense sont dirigées par des procurateur présidiaux.
Dès lors qu'il a décidé de conserver la Dacie, Hadrien s'efforce d'en exploiter les ressources minières abondantes. Il monopolise les revenus générés par cette activité en confiant l'exploitation à des membres de l'ordre équestre, qui la délèguent à d'autres individus. En 124, l'empereur visite Napoca et l'élève au rang de municipe.
Consolidation (138-161) À l'arrivée au pouvoir d'Antonin le Pieux, l'Empire est à son apogée territorial et se consacre principalement à la défense de ses nombreuses provinces. Les nombreuses bornes qui datent de son règne prouvent son attention au bon entretien des voies qui parcourent l'Empire. De même, l'amphithéâtre de Sarmizégétuse est remis en état sous son règne. Enfin, étant donné que les positions romaines à Porolissum (près de Moigrad) sont particulièrement exposées, elles sont rebâties en pierre et pourvues de murs plus solides.
Après une révolte intervenue vers 158, Antonin décide de réorganiser à nouveau la Dacie. La Dacie Porolissensis dont la capitale est Porolissum est laissée en l'état, mais la Dacie Supérieure est renommée Dacie Apulensis, avec Apulum comme capitale, tandis que la Dacie Inférieure devient la Dacie Malvensis, recouvrant l'Olténie dont Romula est la capitale. Chacune de ces provinces est gouvernée par des procurateurs de rang équestre et tous sont responsables devant le gouverneur de rang sénatorial à Apulensis.
Renaissance sous les Sévères
Le règne de Septime Sévère signe le début d'une ère de paix dans la province qui ne subit aucune offensive. Les positions militaires sont restaurées et Sévère étend la frontière orientale de la Dacie de 14 kilomètres vers l'Olt, complétant le limes Transalutanus. Quatorze camps militaires sont bâtis sur une distance de 225 kilomètres, de Flămânda (près du Danube) au sud à Cumidava (aujourd'hui Brețcu). Son règne voit aussi un accroissement des municipia dans la région, tandis que Ulpia Traiana Sarmizegetusa et Apulum se voient octroyées le Ius italicum (le droit italique).
Dans le cadre de ses réformes militaires, Septime Sévère permet aux soldats romains de vivre à l'extérieur des fortifications qu'ils gardent, dans les canabae, où ils peuvent obtenir des lopins de terre. Il les autorise aussi à se marier à des autochtones et leurs enfants deviennent automatiquement des citoyens romains. Pour les soldats n'ayant pas ce statut, ils peuvent l'obtenir pour eux et leur descendance après la fin de leur service militaire.