La « Delta Force », officiellement 1st Special Forces Operational Detachment-Delta (Airborne) (1st SFOD-D (A)), est une unité des forces spéciales américaines appartenant à l'US Army et dépendant du Joint Special Operations Command (JSOC). L'unité porte également d'autres noms officiels, dont Combat Applications Group (CAG).
Une de ses caractéristiques principales est le secret qui l'entoure, ce qui explique le peu de renseignements disponibles sur l'unité. En effet, l'armée américaine continue de la maintenir dans le secret bien que son existence soit actuellement indiscutable, et refuse de livrer toute information à son sujet.
Historique Création vignette|gauche|upright=0.9|Colonel Charles Beckwith.
Au début des années 1960, le Special Air Service (SAS) britannique et les Special Forces américaines créèrent un programme d'échange par lequel un officier et un sous-officier du 22 SAS allaient au 7th Special Forces Group (SFG) pour une durée d'un an, et réciproquement. Un des premiers participants à ce programme, le capitaine Charles Beckwith des SF, fut extrêmement impressionné par les particularités du SAS (sélection rigoureuse, exercices aussi réalistes que possible avec planification sommaire, exercices à balles réelles, etc). De retour aux États-Unis, il conseilla à l'US Army de créer une unité similaire au SAS, mais ses suggestions répétées ne rencontrèrent aucun échoCharles Beckwith, Delta Force, .
Ce n'est qu'à partir de la fin 1975, en étudiant les rôles des différents composantes de l'US Army au sortir de la guerre du Viêt Nam, que les hautes autorités de l'US Army et en particulier son Deputy Chief of Staff for Operations and Plans (DCSOPS), le général Edward C. « Shy » Meyer, réalisent le manque et le besoin d'une force spéciale spécialisée dans les actions commando. À la suite d'un briefing en , le général William DePuy commandant le Training and Doctrine Command (TRADOC) donna l'ordre au général Robert C. Kingston qui commandait l'US Army John F. Kennedy Center for Military Assistance (USAJFKCENMA, ou plus couramment JFK Center, unité parente des Special Forces) de développer un concept d'une telle unité, et celui-ci confia la tâche à Charles Beckwith, devenu entre-temps colonelCharles Beckwith, Delta Force, . L'US Army John F. Kennedy Center for Military Assistance (USAJFKCENMA) a été renommé US Army John F. Kennedy Special Warfare Center and School (USAJFKSWCS) en 1983..
Beckwith, assisté de quelques hommes, affina le concept de l'unité jusqu'au début de 1977, et, comme il existait déjà au sein des Special Forces les détachements opérationnels Alpha, Bravo et Charlie, décida de l'appeler Delta. Il obtint l'accord du Forces Command (FORSCOM), qui a autorité sur l'affectation du personnel, puis, le , l'approbation du général Bernard W. Rogers, Chief of Staff of the Army (CSA). Le 1st Special Forces Operational Detachment-Delta (1st SFOD-Delta, appelée couramment juste « Delta ») est placé sous l'autorité du JFK Center, qui dépend lui-même du XVIIIe corps aéroporté américain, qui dépend du FORSCOM qui est sous l'autorité du DCSOPS, le général Ed MeyerCharles Beckwith, Delta Force, . Le projet connut une accélération soudaine à la suite de l'opération du GSG 9 allemand qui libéra par la force les otages d'un avion de la Lufthansa détourné à Mogadiscio le . L'ordre d'activer Delta, avec alors pour première mission le contre-terrorisme, fut donné le (Beckwith étant alors en déplacement en Europe, il ne le reçut qu'en décembre)Charles Beckwith, Delta Force, .
Beckwith prévint qu'il lui faudrait deux ans avant que l'unité ne soit opérationnelle. Cependant, le Readiness Command (REDCOM) qui s'était vu confier la responsabilité de tester et déployer les unités contre-terroristes à la suite du raid d'Entebbe en 1976, avait constaté le besoin d'une unité spécialisée à la suite du détournement de Mogadiscio, et en avait besoin immédiatement. En conséquence, le successeur de Kingston à la tête du JFK Center, le général Jack Mackmull, avec lequel Beckwith avait une mauvaise relation, confia au colonel Bob Mountel, commandant le 5th Special Forces Group (SFG), le soin de créer une unité d'intérim, appelée Blue Light. À tort ou à raison, Beckwith pensa que Mountel avait l'intention de montrer qu'il pouvait créer une unité plus rapidement et pour moins cher que Delta, et un esprit de rivalité s'établit entre les deux unitésCharles Beckwith, Delta Force, ; Rod Lenahan, Crippled Eagle: A Historical Perspective of U.S. Special Operations 1976-1996, Narwhal Press, Charleston, South Carolina, 1998 ), . Pour le détail des mesures prises par le REDCOM à partir de 1976 (création du cadre antiterroriste JTF-7X au sein de la Joint Task Force 7 permanente, Joint Readiness Exercises (JRX) et Emergency Deployment Readiness Exercises (EDRE) à thème contre-terroriste impliquant les Rangers et la 1st Special Operations Wing, étude des opérations antiterroristes menées par d'autres pays), voir Rod Lenahan, Crippled Eagle, .
Delta s'installa dans les vieux bâtiments de la Stockade (prison militaire) de Fort Bragg. La liste de son personnel fut classifiée par le Military Personnel Center (MILPERCEN). Il lança une campagne de recrutement, décidant de recruter dans toute l'armée et pas uniquement dans l'infanterie, à l'instar du SASCharles Beckwith, Delta Force, . Cependant, le général Mackmull limita les possibilités de recruter au sein des Special Forces, de crainte que les SFG, déjà en sous-effectif, se vident de leur personnel. Parallèlement, certains officiers du FORSCOM empêchaient les Rangers de participer à la sélection de Delta.
Beckwith dut court-circuiter la chaîne de commandement et parler directement au CSA, le général Rogers, pour débloquer la situation. Beckwith demanda que Delta soit rattachée directement au DCSOPS Meyer, mais cela fut impossible par manque de personnel à l'état-major de l'armée. Le général Meyer simplifia néanmoins la chaîne de commandement en ordonnant que pour tout ce qui concerne Delta, Mackmull réponde directement au département de l'armée. Il ordonna également que les SF et Rangers puissent participer librement aux épreuves de sélectionCharles Beckwith, Delta Force, .
Une des premières étapes dans la formation de l'unité fut la création d'un bâtiment d'entraînement derrière la Stockade, où les opérateurs s'exercèrent à entrer dans une pièce, identifier les cibles, et abattre des cibles simulant des terroristes tout en épargnant les otages. Avec l'aide de la Federal Aviation Administration (FAA) et de compagnies aériennes, ils s'entraînèrent également à prendre d'assaut des avions détournésCharles Beckwith, Delta Force, .
Delta chercha également à apprendre toute tactique ou technique utile auprès d'autres services dont le FBI et l'United States Secret ServiceCharles Beckwith, Delta Force, . À l'époque, le FBI n'avait que des unités type SWAT entraînées pour des arrestations à hauts risques mais pas pour libérer des otages. En cas de prise d'otage impliquant plusieurs terroristes et plusieurs otages, le FBI prévoyait de confier la situation à Delta dès qu'ils auraient l'autorisation présidentielle pour le faire. Delta effectua son premier exercice avec le FBI, nom de code Joshua Junction, dans le Nevada en . Des exercices subséquents impliquèrent d'autres services américains, comme le Nuclear Emergency Search Team (NEST)S. F. Tomajczyk, U. S. Elite Counter-Terrorist Forces, ; Rod Lenahan, Crippled Eagle, . Le nom du NEST a été changé en Nuclear Emergency Support Team en 2002..
Delta passa avec succès un exercice de certification initiale en , à l'issue duquel Blue Light n'apparaissait plus nécessaire. Blue Light fut désactivée quelques mois plus tardCharles Beckwith, Delta Force, ; ..
Au cours de l'année 1979, Delta entama des programmes d'échange avec des unités étrangères dont le SAS, le GSG 9 ouest-allemand, le GIGN français et des unités spéciales israéliennes. L'unité s'agrandit, passant à deux escadrons appelés A et B. Beckwith formalisa les tâches, conditions et standards de l'unité servant d'indicateurs pour évaluer son état de préparation, qui serviront aux évaluateurs extérieurs et aux futurs commandants de l'unité. Le document résultant, surnommé « le Livre Noir », énumérait notamment une soixantaine de compétences individuelles, environ vingt-cinq compétences de niveau de la patrouille, huit à dix compétences de niveau de la troupe. Un escadron avait trois compétences : prendre d'assaut un bâtiment, une situation en plein air, et un avion de ligneCharles Beckwith, Delta Force, .
Début , Delta passa son exercice de validation finale, devant un jury comptant l'ambassadeur Anthony Quainton, directeur de l'Office for Combatting Terrorism du département d'État des États-Unis, des représentants des agences concernées par le terrorisme (FBI, CIA, Secret Service, DoE, FAA, etc.), ainsi que des observateurs étrangers dont le colonel Ulrich Wegener, créateur et commandant du GSG-9, le général Sir Peter de la Billière, commandant du SAS Regiment, le capitaine Christian Prouteau, créateur et commandant du GIGN, et des IsraéliensCharles Beckwith, Delta Force, ; Christian Prouteau, Mémoires d'État, Michel Lafon, Paris, 1998 , ; Sir Peter de la Billière, Looking for trouble: SAS to Gulf Command - The Autobiography, HarperCollins, London, 1994 , . Cet exercice de validation est également évoqué dans Steven Emerson, CIA : Les guerriers de l'ombre, et Tom Clancy avec General Carl Stiner (Ret.) et Tony Koltz, Shadow Warriors: Inside the Special Forces, G. P. Putnam's Sons, New York, 2002 , . Quelques heures plus tard, une foule menée par des étudiants prit en otage le personnel de l'ambassade américaine de Téhéran, en Iran. La crise iranienne des otages et l'opération , qui fut menée pour tenter de les libérer par la force, devait être la première opération de Delta.
Évolutions vignette|droite|upright=0.7|Insigne d'épaule de l'US Army Special Operations Command (USASOC) porté par la Delta Force.
Une des conséquences directes de l'échec de l'opération fut la création d'un commandement d'opérations spéciales interarmées, le Joint Special Operations Command (JSOC), sous les ordres duquel furent placées la Delta Force et une unité de l'US Navy similaire nouvellement créée, le SEAL Team 6Steven Emerson, CIA : Les guerriers de l'ombre ; Rod Lenahan, Crippled Eagle, .
Au début des années 1980, le directeur du FBI William Webster décida de combler l'écart existant entre les unités SWAT et Delta en créant la Hostage Rescue Team. Le colonel Paschall, commandant Delta à l'époque, collabora avec le FBI pour entraîner des agents du bureau dans les tactiques et techniques contre-terroristesS. F. Tomajczyk, U. S. Elite Counter-Terrorist Forces, ; Thomas K. Adams, US Special Operations Forces in Action: The Challenge of Unconventional Warfare, Frank Cass Publishers, New York/London, 1998 , .
En 1985, l'unité fit l'objet d'enquêtes de l'armée et du département de la Justice car un certain nombre de ses hommes avaient détourné des fonds en exagérant leurs notes de frais de déplacements. Le scandale aurait pu menacer l'existence de l'unité, mais son commandant de l'époque, William Garrison, prit leur défense et ne punit que ceux qui avaient commis le plus d'abus. Sept membres de l'unité seraient passés en cour martiale et quatre-vingts autres auraient reçu des sanctions disciplinaires non-judiciairesDavid M. Alpern, « Delta Force under fire », Newsweek, 16 décembre 1985 ; « 'Black' Funds: Elite Army Troops Face Charges », Time, 2 décembre 1985 ; Mark Bowden, La Chute du faucon noir, .