Le génocide des Dzoungars est l'extermination de masse du peuple mongol et bouddhiste des Dzoungars par la dynastie Qing, qui règne alors sur la Chine. L'empereur Qianlong ordonne le génocide à la suite de la rébellion de 1755 du chef Dzoungar Amursana contre la domination Qing, alors que ce dernier avait aidé les Qing à conquérir le khanat dzoungar. Le génocide est perpétré par les généraux de l'armée Qing envoyé écraser la révolte des Dzoungars, avec l'aide de leurs alliés ouïghours, des vassaux des Dzoungars entré en révolte contre leurs maîtres.
Avant sa destruction par les Qing, le khanat dzoungar était une confédération de plusieurs tribus oïrats, une des composantes du peuple mongol, qui a émergé au début du , et aussi le dernier grand empire nomade d'Asie. Certains chercheurs estiment qu'environ 80 % de la population Dzoungare, soit entre et , ont été tuées par une combinaison de guerre et de maladie pendant ou après la conquête des Qing en 1755-1757. Après avoir anéanti la population de la Dzoungarie, le gouvernement Qing repeuple la région en installant des colons Han, Hui, Ouighours et Xibe dans des fermes d'État, ainsi que des Mandchous des Huit Bannières.
Conquête du Khanat dzoungar par les Qing
Situation avant le début du génocide
vignette|Amoursana, chef de la révolte anti-Qing
La dynastie Qing entre en guerre contre les Dzoungars lors de la guerre Dzoungar-Qing. Ces derniers vivent alors dans le khanat dzoungar, soit une région qui s'étend de l'extrémité ouest de la Grande Muraille de Chine jusqu'à l'est de l'actuel Kazakhstan et du nord de l'actuel, jusqu'au sud de la Sibérie. La plus grande partie de ce territoire correspond à l'actuelle province du Xinjiang. Ils sont le dernier empire nomade à menacer la Chine, ce qu'ils font du début du jusqu'au milieu du Les chapitres 3 à 7 de décrivent l'essor et le déclin du khanat dzoungar et ses relations avec les autres tribus mongoles, la dynastie Qing et l'Empire russe..
Après une série de campagnes militaires aux résultats peu concluants, qui ont débuté dans les années 1680, les Dzoungars sont vaincus par la dynastie Qing à la fin des années 1750.
Selon Clarke, la campagne militaire des Qing de 1757-58 « équivalait à la destruction complète non seulement de l'État des Dzoungars, mais aussi des Dzoungars en tant que peuple ». Après sa victoire contre les Dzoungars en 1755, l'empereur Qianlong prévoit de diviser leur khanat en quatre tribus dirigées par quatre khans. Amoursana, un chef Oïrat et principal allié des Qing lors de cette campagne, devait devenir le khan de la tribu khoit. Or, si Amursana s'était allié aux Qing, c'était pour devenir le khan de tous les Dzoungar et non juste d'une tribu. Il rejette immédiatement le plan de Qianlong et se révolte contre les Qing en 1755. Fou de rage, l'empereur donne l'ordre d'éradiquer la nation et le nom des Dzoungars dans leur ensemble. Les soldats des bannières mongoles et mandchous doivent recevoir des femmes et des enfants dzoungar comme esclaves et tous les autres Dzoungars doivent être tuésMillward 2007, .
Dans le même temps, en Mongolie-Extérieure, le prince mongol Chingünjav du toumen (« nation ») Khalkha, conspire avec Amoursana pour se révolter contre les Qing. Chingünjav lance sa propre rébellion anti-Qing en Mongolie-Extérieure en 1756, mais celle-ci a été écrasée par les Qing en 1757. Chingünjav et toute sa famille sont exécutés par les Qing une fois la rébellion réprimée, puis les huit bannières mandchoues sont ensuite envoyées mater les Dzoungars par l'empereur Qianlong.
Les ordres directs de l'empereur Qianlong vignette|Portrait de l'empereur Qianlong, musée du Palais.
L'empereur Qianlong a donné les ordres suivants :
Ne montrez aucune pitié envers ces rebelles. Seuls les vieux et les faibles doivent être sauvés. Nos précédentes campagnes militaires ont été trop indulgentes. Si nous agissons comme avant, nos troupes se retireront et d'autres troubles surviendront.
Si un rebelle est capturé et que ses partisans souhaitent se rendre, il doit se rendre personnellement à la garnison, se prosterner devant le commandant et demander (à ce qu'il accepte) sa reddition. S'il se contente d'envoyer quelqu'un pour demander la soumission, c'est sans doute une ruse. Dites à Tsengünjav de massacrer ces Dzoungars rusés. Ne croyez pas ce qu'ils disent.
Qianlong a donné des ordres allant dans le même sens à plusieurs reprises, car certains de ses officiers militaires sont réticents à les exécuter. Certains sont même punis pour avoir épargné les Dzoungars et leur avoir permis de fuir, comme Agui et Hadada ; tandis que d'autres qui ont participé au massacre, sont récompensés comme Tangkelu et Zhaohui (Jaohui).
Les jeunes dzoungars de sexe masculin sont particulièrement visés par l'empereur. Chebudengzhabu, un prince mongol Khalkha de premier rang, offre aux Khalkhas resté loyaux aux Qing des femmes dzoungars comme esclaves, et des ordres sont donnés pour priver les Dzoungars affamés de nourriture. Finalement, ce sont les soldats des bannières mandchous et les Mongols loyalistes qui reçoivent des femmes, des enfants et des vieillards dzoungars comme esclaves, et leur identité culturelle dzoungare est anéantieCrowe 2014, .. Des ordres sont donnés pour « exterminer complètement » les tribus dzoungars, et le génocide laisse la Dzoungarie en grande partie dépeupléeCrowe 2014, ..
L'empereur ne voit aucun conflit entre son ordre d'extermination et la promotion des principes pacifiques du confucianisme. Il soutient sa position et valide le massacre en présentant les Dzoungars comme des barbares et des sous-hommes. L'empereur Qianlong proclame que « balayer les barbares est le moyen d'apporter la stabilité à l'intérieur », que les Dzoungars « tournaient le dos à la civilisation », et que « le Ciel soutenait l'empereur » dans leur destructionNan & Mampilly & Bartoli 2011, .Nan & Mampilly & Bartoli 2011, ..
Génocide L'empereur Qianlong fait déplacer les survivants du peuple Dzoungar vers d'autres régions de la Chine. Il ordonne aux généraux de tuer tous les Dzoungars de sexe masculin à Barkol ou Suzhou (ce qui correspond actuellement à la ville de Jiuquan, Gansu), et répartit leurs femmes et leurs enfants parmi les soldats Qing大清高宗純皇帝實錄, 乾隆二十四年平定準噶爾方略. Dans le Sheng wu ji (圣武记 / 聖武記, shèng wǔ jì, « Mémoire des guerres de l'Empereur »), l'érudit Wei Yuan écrit qu'environ 50 % des foyers dzoungars ont été tués par la variole, 20 % ont fui en Russie ou dans le khanat kazakh, et 30 % ont été tués par l'armée, ne laissant aucune yourte dans une zone de plusieurs milliers de li, sauf celles des personnes qui se sont renduesPerdue 2009, .Perdue 2005, .ed. Starr 2004, .Wei Yuan, 聖武記 Military history of the Qing dynasty, vol.4. “計數十萬戶中,先痘死者十之四,繼竄入俄羅斯哈薩克者十之二,卒殲於大兵者十之三。除婦孺充賞外,至今惟來降受屯之厄鲁特若干戶,編設佐領昂吉,此外數千里間,無瓦剌一氊帳。”Lattimore 1950, .. Selon Clarke, 80% des Dzoungars, soit entre 480.000 et , sont tués entre 1755 et 1758, ce qui « équivaut à la destruction complète non seulement de l'État Dzoungars mais aussi des Dzoungars en tant que peuple ». D'autres auteurs, comme Powers et Templeman, retiennent également cette évaluation de 80% de décès chez les DzoungarsPowers & Templeman 2012, ..
Si, au début de l'expédition, les troupes Qing sont composées de soldats des Bannières et de cavaliers mongols, au fil des campagnes, ils sont rejoints par des dizaines de milliers de fantassins de l'armée de l'étendard vert. Selon les récits russes, non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants dzoungars sont tous massacrés par des soldats mandchous. Après la fin du massacre, il faut attendre plusieurs générations pour que la population de la Dzoungarie commence à se redresser et retrouve son niveau d'avant l'expédition militaireTyler 2004, ..
Selon l'historien Peter Perdue, la destruction des Dzoungars est le résultat d'une politique explicite d'extermination lancée par l'empereur Qianlong. Il l'attribue à une « utilisation délibérée du massacre » et la décrit comme un « génocide ethnique »Perdue 2005, .. Il est rejoint dans son raisonnement par l'historien Mark Levene Mark Levene , Southampton University, see "Areas where I can offer Postgraduate Supervision". Retrieved 2009-02-09., qui a écrit que l'extermination des Dzoungars est « sans doute le génocide du par excellence »Moses 2008, . L'Encyclopedia of Genocide and Crimes Against Humanity classe les actions de l'empereur Qianlong contre les Dzoungars comme un génocide selon la définition donnée par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, car il a ordonné le massacre de la grande majorité des Dzoungars et l'asservissement ou le bannissement du reste de la population, ce qui a entraîné la destruction complète des Dzoungars en tant que groupe culturel et groupe ethniqueShelton 2005, ..
Alliance Khoja - Qing Les Dzoungars avaient conquis et assujetti les Ouïghours en annexant le Khanat de Yarkand en 1680, après avoir tiré parti des luttes de pouvoirs entre deux factions, les Afaqi Khoja et les Ishaqi Khoja, en s'alliant aux premiers pour chasser les second du pouvoir. Agissant d'abord par l'intermédiaire de souverains fantoches, puis en contrôlant directement la région, les Dzoungars mettent l'ancien khanat en coupe réglée, en imposant de très lourds impôts aux Ouïghours. De plus les collecteurs d'impôts se comportent comme des petits despotes, demandant et obtenant des avantages en nature. Des femmes ouïgoures auraient même été victimes de viols en groupe par des collecteurs d'impôts, lorsque le montant des taxes collectées n'était pas satisfaisant.
Les Ouïghours finissent par se révolter et lorsque les troupes Qing arrivent dans la région, les rebelles ouïghours des oasis de Tourfan et Hami se soumettent et se déclarent immédiatement vassaux des Mandchous, leur demandant de l'aide pour renverser les Dzoungars. Les Ouïghours aident à l'approvisionnement des soldats Qing pendant leur campagne anti-Dzoungar et, en récompense pour leur aide, des dirigeants ouïghours, comme Emin Khoja (額敏和卓 =), reçoivent des titres de noblesse QingKim 2008, Kim 2008, Kim 2008, . Les Qing utilisent Emin Khoja Emin comme intermédiaire avec les musulmans du bassin du Tarim, pour les informer que les Qing n'en ont qu’après les Dzoungars et qu'ils vont laisser les musulmans tranquilles. Le but recherché est de convaincre les musulmans de tuer les Dzungars eux-mêmes et de se ranger du côté des Qing, les Mandchous cherchant à utiliser le ressentiment des musulmans envers leurs anciens dirigeants DzoungarsKim 2008, ..
Conséquences du génocide