vignette|Carte de tarot représentant l'Ermite (Italie, ).
La canne est un accessoire allongé en forme de bâton, touchant le sol et tenu à la main, principalement destiné à aider la marche, bien qu'il puisse remplir d'autres fonctions (mode, outil, arme, sport). La spécialisation du mot canne au sens de « bâton léger sur lequel on s'appuie pour marcher » n'est pas attestée avant le Site du CNRTL : étymologie de "canne"., puis au sens de « bâton de promenade » au et est vraisemblablement empruntée à l'italien canna, issu du latin canna « roseau »Albert Dauzat, Jean Dubois et Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Larousse, 1974, . Pierre Faveton précise que le mot canne viendrait initialement de kanch (canne en hébreu) qui aurait donné Canna en latin, d'où proviendrait l'appellation française, dans « Les Cannes », Massin (infra).. La canne connaît d'innombrables déclinaisons de forme, d'usage, voire de dénomination.
Histoire
Préhistoire et antiquité Si les premières cannes furent d'abord vraisemblablement de vulgaires bâtons ramassés et utilisés comme tels de façon multi-utilitaire, puis progressivement ouvragés et façonnés, il est difficile de dater l’apparition de la canne qui, en outre, n'adoptera cette appellation générique commune que très tardivementSelon Pierre Faveton (bibliographie infra).. Toutefois, on reconnaît volontiers à l’Égyptien Toutânkhamon la qualité de premier collectionneur de cannes (on en a retrouvé plus d'une centaine de tous types dans son tombeau, cannes qu'il utilisait pour se déplacer suivant les dernières découvertes des scientifiques)Au moins 130 modèles différents. Plus de 300, selon le site d'un fabricant spécialisé, mais la canne est également évoquée dans l'Antiquité grecque (par exemple dans l'énigme posée à Œdipe par le Sphinx) et dans la Bible (notamment l'épopée de Moïse ou l'histoire de Jacob)Selon l'histoire de la canne sur le site d'un fabricant spécialisé et un résumé de l'ouvrage de Pierre Faveton (bibliographie infra), également présente chez les Assyriens et à Rome où tous les nobles ont une canne. Même le légionnaire romain joint à son uniforme une canne-bâton (canne centurion). À l'exception de ce dernier exemple, la canne fait alors souvent office de signe distinctif, hiérarchique ou nobiliaireSelon l'histoire de la canne sur le site d'un spécialiste des cannes anciennes et de collection, même s'il est probable que la canne poursuit une destinée plus rustique et plus utilitaire dans les couches plus rurales de la société.
Période moderne thumb|Cannes féminines au en Europe.
Au Moyen Âge, la canne se fait plus discrète au profit de l'épée chez les féodaux. On note cependant les spécificités des cannes de pèlerinage appelées bourdonDu latin « burdus » : bâton, selon Pierre Faveton (Bibliographie infra). Ce sont, à l'image des crosses épiscopales, des cannes hautes, gainées ou cloutées, parfois sculptées, avec une poignée disposant d'une butée inférieure (pour bloquer la main ou lier une gourde). La Renaissance remet timidement la canne en vogue. Avec la mode des talons hauts, elle sert notamment d’appui et évite de tomber. Malgré les lois somptuaires, elle est un accessoire ostentatoire pour l'aristocrate qui veut avoir la plus ouvragée, la plus précieuse (canne en ébène, en bois de rose, de palissandre ou d'amourette, parfois même en porcelaine, au pommeau de bronze, d'argent, d'ivoire ou incrusté de pierres précieuses). François possède une canne, la régente Catherine de Médicis aussi. Elle reste donc l'apanage des monarques et de la noblesse, comme plus tard pour Louis XIII, puis Louis XIV, ainsi que pour leurs courtisans qui en firent l'une des règles de l'étiquette et même pour leurs comédiens qui l'utilisent comme symbole de grandeur dans leurs pièces. Le connut cependant la canne de femme, un haut bâton enrubanné (ou à dentelles), telle la houlette à rubans de Marie-Antoinette d'Autriche parmi ses moutonsSelon le site d'un fabricant spécialisé, cannes-fayet.com. C'est aussi de cette époque que date l'usage codifié de la canne comme instrument de défense, ce qui deviendra un art martial typiquement français. On se souvient également de la très riche canne de Richelieu, témoignant de son rang et de son aisanceSelon l'histoire de la canne sur le site d'un spécialiste des cannes anciennes et de collection.
La Révolution française marque une étape et une parenthèse extravagante. La canne se démocratise et l'épée autonome décline : la canne-poudrier de la garçonne, et surtout, les énormes cannes torsadées (cannes-gourdins à pommeau de plomb) des jacobins (appelées arbre de liberté ou pouvoir exécutif), avec des variantes comme les grosses cannes ficelées d'une corde à boyau et fourrées d'une épée des Incroyables, alors que de leur côté, les muscadins qui se moquaient des jacobinsRoyalistes progressistes (du nom de leur parfum favori : le musc) affichaient au contraire des jacobins une mise soignée, exhibaient une canne-gourdinVoir l'histoire de la canne sous la Révolution.
Période contemporaine thumb|Pommeau en forme de tête de lévrier en alliage plomb-étain (Angleterre, fin du .
Après cette période d'excentricité, c'est principalement la Belle Époque qui fera de cette orthèse un accessoire viril et élégant de la mode masculine bourgeoise (et non plus seulement aristocratique), complément indissociable du frac noir et de la redingote. On parle alors d'âge d'or de la canneDe multiples sources, dont maxe.be, creationsmirdi.qc.ca et donoyer.com et, selon Pierre Faveton (bibliographie infra), . Chaque circonstance et moment de la journée a sa canne : canne du jour, canne du soir, canne de ville, canne de campagne, canne de promenade ou canne de voyage, cannes à systèmes (canne jumelle pour le théâtre, canne éventail, canne poudrier, canne boussole, canne porte monnaie, canne à réserve d'alcool ou à étui de cigarette, canne sarbacane pour souffler des billets doux, canne montre, parapluie canne, etc.)Cannes anciennes. Elle est tout aussi inutile que la canne du au point que chez certains, elle n'est plus qu'une badine portée sous le bras, comme un lointain souvenir de la cravache des cavaliers. Beaucoup de grands bijoutiers-joaillers se sont investis dès le dans la fabrication de luxueux pommeaux de cannes, comme Fabergé, Cartier, TiffanySelon le site d'un fabricant spécialisé dans les cannes de prestige Les cannes de cette époque sont aujourd'hui les fleurons de belles collections.
Depuis, après un dernier engouement lors de la période Art déco, la canne revient sporadiquement dans la lumière, bien que, de nos jours, ce soit souvent par dérision ou par excentricité individuelle (exemples récents célèbres : le peintre Dali, le faux comte de Saint-Germain, certains artistes du mouvement gothique, etc.)À noter une élégante exception avec l'acteur-danseur franco-américain Fred Astaire (milieu du ) que l'on voyait parfois avec une canne (dans Le Danseur du dessus), à l'exception des utilisations très spécialisées (médicales ou sportives).
thumb|right|Charlot et sa canne de bambou.
Évolution symbolique Au plus loin que l'on remonte dans le temps, la canne fut jadis associée aux images du patriarche (Moïse), du pouvoir (crosse de l'évêque ou du monarque), du berger, du pèlerin (Compostelle), puis à celle du maître à danser (canne-pochette). Aujourd'hui, bien qu'elle connaisse une réelle désaffection depuis le début du , autre qu'utilitaire, elle s'identifie encore à l'image de la vieillesseOn se souvient de l'image du général Charles de Gaulle marchant avec sa canne sur la lande irlandaise après sa démission, ou du président américain Roosevelt à Yalta, à celle du magicien et, de plus en plus, à celle du randonneur, retrouvant ainsi son utilité première pour la promenade.
La célèbre silhouette de Charlot et sa canne de bambou flexible ou les cannes virevoltantes des Dupont et Dupond de Hergé sont notables. Cependant, l'histoire démontre que de tout temps, la canne a eu ses trois fonctions principales qui emportent toutes les autres : l'appui, la parade et la défenseComme le souligne Pierre Faveton précité.
Aspects La canne peut être classée en quatre catégories : la canne d’agrément, voire de prestige, dite aussi « canne vestimentaire », qui est un accessoire raffiné de la tenue masculine qui s'affiche. la canne orthèse, plus indispensable au déplacement et à la marche : ordinaire, spécialisée (cannes traditionnelles du monde rural) ou médicale. la canne à système qui est ingénieuse et qui cache toute sorte d'usages et d'objets plus ou moins utilitaires, inoffensifs ou non. la canne sportive, traditionnelle (art martial) ou plus contemporaine (bâton de randonnée).
Néanmoins, cette catégorisation n'est qu'une commodité. Il n'est pas toujours facile, ni pertinent, de distinguer les cannes entre elles, ni de les regrouper, notamment en fonction de leurs différentes utilisations qui s'interpénètrent : la canne d'agrément peut aussi servir de riche orthèse ; la canne sportive n'est pas à proprement parler une canne orthèse bien qu'elle en dérive mais la canne de randonnée sert néanmoins aussi d'aide à la marche et, en outre, peut être seulement de loisir et non pas sportive (donc une forme d'agrément) ; les cannes système sont souvent des cannes d'agrément parfois luxueuses, etc. En fait, les modèles de canne et leurs usages sont si diversifiés que leurs seuls points communs sont parfois seulement d'être un accessoire tenu à la main et leur forme générale commune silhouettée en bâton.
Composantes Le bâton (ou fût) de la canne classique est souvent en bois, parfois sculptéDans les régions montagneuses, les cannes sculptées sont prisées de nos jours comme souvenirs touristiques, en dehors de leur utilité fugitive d'aide à la promenade. On pense également aux cannes que sculptaient les marins en souvenir de leurs périples, mais il peut aussi s'agir de véritables chefs-d'œuvre sur des cannes d'exception, marqueté, incrusté ou gainé (en cuir ou tressage, par exemple), choisi en fonction de ses qualités esthétiques ou plastiques, précieux ou non (ébène, érable, châtaignier, palissandre, etc.). Il peut être aussi en jonc, en métal ou en matériau composite (modèles luxueux pour la marche ou sportifs). Le bâton est plutôt de section cylindrique mais peut être carré (voire, plus rarement, triangulaire ou ovale) pour les modèles sportifs notamment. En principe le bâton est droit et lisse (hormis les cannes sculptées) mais il peut être torsadé, noueux et de forme vermiculaire.
La poignée. En principe, le bâton s'orne, d'une manière distincte, d'un pommeau (milord ou en boule) ou d'une crosse (classique, en équerre ou Derby), où l'or, l'argent, l'ambre et l'ivoire peuvent servir de support à de véritables œuvres d'art, éventuellement incrustées de pierres précieuses ou de nacre. On trouve aussi des pommeaux et des crosses aux formes les plus diverses, notamment des têtes humaines ou d'animaux. Toutefois, la poignée est le plus souvent en bois, en métal ou en matière plastique sur les modèles contemporains courants, voire en caoutchouc ou liège pour certaines poignées destinées à la randonnée. Quand la canne a une vocation sportive très marquée la poignée fait corps avec la canne, raison pour laquelle celle-ci renoue volontiers avec sa dénomination native de « bâton » (cf. infra).
Les éléments annexes. À l'extrémité inférieure, on trouve l'embout (férule), généralement en caoutchouc, ou en métal en forme de pique (parfois amovible), tandis qu'à l'extrémité opposée, la présence éventuelle d'une dragonne peut permettre l'attache au poignet. Également au niveau supérieur, le bâton peut être renforcé, ou décoré, par une ou des bagues (viroles) et se voir doter d'un accroche-canne. Certaines cannes sont même munies d'amortisseurs.
La longueur de la canne est variable pour un confort de marche optimum.