La Belle Équipe est un film français réalisé par Julien Duvivier, sorti en 1936.

Synopsis À la fin des années 1930, pendant le Front Populaire, cinq ouvriers parisiens Jean (« Jeannot »), Charles (« Charlot »), Raymond (« Tintin »), Jacques et Mario, réfugié espagnol menacé d'expulsion, souffrent du chômage et autres difficultés. Ils achètent ensemble un billet de la loterie nationale et gagnent le gros lot : ! Mais qu'en faire ? Jacques veut partir au Canada, Charles et Raymond retourner dans leurs "pays" respectifs... Mais Jean, en se basant sur leur forte camaraderie, et sur le fait que leurs parts respectives ne vont pas les mener bien loin séparément, suggère d'acheter ensemble une maison à eux, ferme ou autre... Ses amis acceptent rapidement, chacun ayant ses petits critères.

Lors d'une balade en barque le long de la Marne, ils tombent sur une maison en ruine : c'est l'endroit rêvé pour monter une guinguette dont ils feront leur entreprise sous forme de coopérative, au lieu de profiter de leurs gains chacun de leur côté et de manière éphémère. Tous adhèrent à ce plan susceptible de leur permettre de se forger un avenir plus prometteur. Pleins d'espoir et de joie, ils se lancent dans la rénovation, ayant pour but d'ouvrir pour Pâques, la ginguette qu'ils baptisent .

Survient alors une femme à la fois vénale et fatale, Gina, ex-femme de Charles, qui lui réclame sa part du gain. Celui-ci, faible devant cet amour qui l'a rejeté mais qu'il espère encore, lui donne , puisés dans la caisse de secours dont il a la charge. La petite amie de Mario, Huguette, et amie du groupe, fait forte impression sur Jacques. Jean le prévient gentiment de regarder ailleurs, ce que Jacques accepte sans ressentiment. Toutefois, après une nuit où les éléments se déchaînent, brisent la verrière et font voler une partie de la toiture, Jacques décide de partir pour le Canada, sans les prévenir. Pour trouver les fonds nécessaires aux réparations, la caisse de secours est ouverte : Charles avoue son prélèvement, qu'il refuse de retourner chercher auprès de Gina. C'est Jean qui s'en charge, de manière à la fois charmeuse et musclée - mais il retourne ensuite voir Gina, qui lui plaît.

Quelques jours après, c'est la loi, représentée par un gendarme des plus bonhommes, Antomarchi, qui s'annonce : Mario se voit remettre son arrêté d'expulsion, à exécuter dans les trois jours. Raymond, prétextant la fin du chantier, qu'ils pensent fêter avec leurs anciens collègues de l'usine, demande à Antomarchi de lui donner 24 heures de plus - ce que le gendarme accepte, à condition d'être invité avec sa petite famille à la fête. Le jour de la fête, la grand-mère d'Huguette, sa dernière famille, donne sa bénédiction à sa petite-fille et son futur gendre : ils partiront ensemble, avec les économies de la vieille dame. Mais au plus fort de la fête, après avoir planté le drapeau au faît de la guinguette, Raymond fait une chute mortelle alors qu'il danse sur le toit.

Alors qu'il ne reste que deux comagnons de l'équipe initiale, Jean et Charles, ce dernier entretient Jean de sa relation avec Gina : ne pouvant plus supporter l'idée que son ami puisse aimer sa femme, il lui propose de mettre fin au projet. Jean prend une décision radicale : il promet à Charles de quitter Gina. Pour le lui prouver, ils se rendent tous deux chez elle, et lui annoncent de concert renoncer à ses charmes et au reste. En repartant, Jean confie à Charles qu'il était très attaché à Gina, mais que l'amitié de Charles lui est encore plus importante.

Sur le point de terminer les finitions avant l'ouverture, les deux hommes reçoivent la visite de l'ancien propriétaire des lieux, qui examine le résultat comme s'il était à nouveau chez lui. Il leur annonce en effet qu'il a racheté les parts de l'affaire à Jacques, Mario et Raymond, pour chacun. Si Jean et Charles ne le remboursent pas sous peu, il reviendra diriger l'affaire, qu'il rebaptisera d'ailleurs . Remontés, Jean et Charles travaillent pour assurer la plus belle inauguration possible. Le jeune frère de Raymond vient d'ailleurs leur apporter un cadeau qu'il avait préparé sur demande du défunt, pour cette occasion : une horloge Westminster, un grand rêve de Jean. L'ouverture est un immense succès, les clients envahissant la guinguette et contentant ses patrons... jusqu'à ce que Gina arrive.

Elle essaie tout d'abord de reconquérir Jean, mais celui-ci reste ferme dans sa résolution. Par contre, Charles n'est pas aussi solide, et Gina est retorse : elle le persuade qu'elle a encore des sentiments pour lui, mais que Jean n'a fait que se mettre en travers de leur amour, sans qu'elle puisse s'y opposer. C'est alors que Jean les rejoint.

Fin de la version initiale

Dans la version initiale, Charles accuse Jean d'être la cause du départ de Jacques (qu'il aurait persuadé de partir), de l'expulsion de Mario (qu'il aurait dénoncé) et même de la mort de Raymond (qu'il aurait poussé à monter sur le toit). Ce dernier, abasourdi et acculé, l'abat ; il est arrêté par Antomarchi alors qu'il se lamente sur leur infortune :

Fin de la sortie en salle

Jean montre à Charles un télégramme de Jacques qui les félicite de leur ouverture, regrettant de ne pas pouvoir être avec eux, et espérant pouvoir revenir bientôt . Ragaillardi, Charles repousse Gina, soutenu par Jean ; Gina part, et les deux hommes redescendent pour faire la fête avec leurs clients.

Fiche technique Titre : La Belle Équipe Titre original : Jour de Pâques Réalisation : Julien Duvivier Scénario : Julien Duvivier, Charles Spaak Dialogue : Charles Spaak Assistant réalisateur : Robert Vernay Images : Jules Krüger, Marc Fossard Son : Antoine Archimbaud Décors : Jacques Krauss Maquillage : Paule Déan Montage : Marthe Poncin Musique : Maurice Yvain Chanson : Julien Duvivier, Maurice Yvain, Louis Poterat - Quand on s'promène au bord de l'eau chantée par Jean Gabin Tournage : Studios de Joinville (intérieurs) et à Chennevières, sur une île de la Marne (extérieurs) Régisseur général : Lucien Pinoteau Administrateur général : Palat et Darwis Producteur : Arys Nissoti Société de production : Ciné Arys Production Sociétés de distribution : Société d'édition et de location de films (France), Lenauer International Films (États-Unis), Weltfilm-Vereinigung (Autriche) Pays de production : Format : noir et blanc — 35 mm — 1,37:1 — Son : mono Genre : film dramatique Durée : 101 minutes Dates de sortie . : France : , reprises en salles le et le Affiche : Roger Rojac (France)

Distribution

Des fins différentes À l'origine, le réalisateur Julien Duvivier tourna une fin pessimiste dans laquelle Jeannot (Jean Gabin) tue Charlot (Charles Vanel). Cette fin, dans le contexte des débuts du Front populaire, fut jugée trop négative par les producteurs, qui obtinrent de Duvivier qu'il tournât une fin optimiste. C'est pourquoi un autre dénouement fut tourné, dans lequel Gina est évincée par les deux hommes, faisant passer l'amitié et la solidarité avant toutMaurice Bessy, Raymond Chirat, Histoire du cinéma Français - Encyclopédie des films 1935-1939, 1987, Éditions Pygmalion Gérard Wateley, p. 173., fin aux antipodes du projet initial voulu par Duvivier qui haïssait cette modification venant inverser le sens profond du filmPrésentation du DVD Pathé sur le site Culturellementvotre.fr, consulté le 17 octobre 2016.. C'est cette dernière qui est exploitée quand le film sort en salles, film qui d'ailleurs ne rencontre pas le succès public espéré ..

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Dans le ciné-club de Claude-Jean Philippe du sur , les deux fins du film sont présentées l'une à la suite de l'autre. Les ayant-droits du réalisateur ont depuis obtenu par voie de justice, plusieurs décennies après son exploitation, que la dernière séquence initiale pessimiste quant aux relations humaines redevienne à raison celle désirée par Duvivier, et en constitue la version définitive commercialisée en DVD et Blu-ray chez Pathé . La version d'origine avec la fin pessimiste est notamment rediffusée le sur et projetée à Paris sur la butte Montmartre le .

Le film en DVD C'est le dernier des grands films de Jean Gabin des années d'avant-guerre à attendre sa réédition ; cette attente est due à la mésentente entre un éditeur potentiel et les héritiers de Julien Duvivier et de Charles Spaak, à propos de la fin à présenter. Les héritiers souhaitent la fin pessimiste, voulue par le réalisateur ; l'éditeur pressenti (René Chateau) privilégie la fin optimiste, celle exploitée en salle.

À partir de 2000, Christian Duvivier (fils de Julien Duvivier) ainsi que Janine Spaak (épouse de Charles Spaak, scénariste du film), reprochent aux Éditions René Chateau d'exploiter sans autorisation le long métrage en cassette VHS sortie en 1997. En 2006, René Chateau se voit opposer l'interdiction d'exploiter le film et est condamné à verser aux ayants droit de Julien Duvivier. Une décision de justice condamne en 2011 les éditions René Chateau pour avoir exploité la fin optimiste, interdisant la société d'exploiter le film. Dans un arrêt rendu le , la cour d'appel de Paris confirme la contrefaçon, évalue à le préjudice patrimonial, y ajoutant de frais de justice.

Un DVD sort le chez Pathé, présentant le film dans une version restaurée, avec la fin pessimiste de la version initiale originale de Duvivier.

Autour du film

Jean Gabin, accompagné d'un accordéoniste (Adolphe Deprince), chante Quand on s'promène au bord de l'eau, qui sera un grand succès. Les trois premiers rôles masculins portent leur propre prénom dans le film.

Roger Legris, pour avoir collaboré, doit quitter la France à la Libération. Raymond Aimos est tué à la libération de Paris, mitraillé par les Allemands dans une voiture FFIBertrand Matot, La Guerre des cancres, Perrin, 2010 p. 265.. Jean Gabin refuse de tourner pour la Continental et s'expatrie aux États-Unis en 1941, puis s'engage dans les Forces navales françaises libres en 1943. Il participe au sein de la DB à la libération de Paris et à la conquête du nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden ; il est décoré en 1945 de la médaille militaire et de la Croix de Guerre. Robert Lynen, qui joue le frère de Raymond, résistant, est fusillé par les Nazis, en 1944. Charles Vanel décoré de la Francisque par Vichy, est brièvement inquiété à la Libération. Le restaurant La Belle équipe, situé au 92 de la rue de Charonne à Paris et tragiquement connu pour avoir été le lieu du massacre de dix-neuf personnes lors des attentats du , tire son nom de celui du film. L'appartement de Gina est situé 16 rue de Douai. On voit la basilique du Sacré-Cœur dans un décor de la fenêtre.

Notes et références

Notes

Références

Liens externes

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