vignette|300px|Carte hollandaise d'une côte de l'île Maurice (1753). Lhistoire de Maurice est l'histoire d'un ensemble de petites îles du Sud-Ouest de l'océan Indien aujourd'hui regroupées dans la république de Maurice.
Avant 1500 Il est vraisemblable que les Austronésiens aient découvert l'archipel des Mascareignes, même s'ils n'y ont pas laissé de trace, car des études récentesBurney et al. (2004).Hurles et al. (2005).Dahl O. (1991), Adelaar (2006), Simon (2006).Verin (2000), . montrent qu'ils ont peuplé Madagascar entre et . Le récit du capitaine persan Ibn Shahriyar renforce cette hypothèse, car il rapporte dans son Livre des merveilles de l'Inde qu’un marchand arabe vit arriver sur la côte du Mozambique, en 945, montées par des Waq-Waq (Indonésiens actuels), venus y chercher des ressources et des esclaves.
Les Arabes découvrent probablement l'île Maurice au Moyen Âge, à une date inconnue. Ils en connaissent en tout cas l'existence, dans cette zone de Waq-Waq, puisque le planisphère de l'Italien Cantino, produit en 1502, fait apparaître l'île Maurice sous le nom arabe de Dina Arobi (île abandonnée) et l'île Rodrigues sous le nom de Dina Mozare (île de l'Est) ; Saint-Brandon (écueils des Cargados Carajos) est noté bas-fonds.
Période portugaise (1500c-1600c) En 1494, le traité de Tordesillas laisse le champ libre aux Portugais en Afrique et dans l’océan Indien. Les Portugais détournent à leur profit le commerce des épices, de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Cela porte un coup dur au commerce arabe et accélère la décadence des États musulmans de la Méditerranée. Les Portugais ne veulent plus dépendre des Arabes pour s’approvisionner en produits exotiques.
Dès 1500, ils entreprennent la conquête de tous les comptoirs arabes de la côte africaine de l’océan Indien. Des prises qui se feront par la force.
Ainsi dès le début du , les Portugais prennent pied aux Mascareignes. Les historiens divergent sur le nom du découvreur et la date de l’événement : Diogo Dias (1450c(1515c) en 1500 ou 1505 ; Domingos Fernandez (?) en 1511 ; Pedro de Mascarenhas en 1513.
L’île de la Réunion est nommée Santa Apollonia, l’île Maurice Cirné, nom du navire du capitaine d'expédition Diogo Fernandes Pereira., et Rodrigues porte le nom de son découvreur Diogo Rodrigues.
Tout comme pour les Arabes, l’île Maurice, inhabitée, ne semble pas beaucoup intéresser les Portugais qui s’en servent uniquement pour y faire escale. Ils ne laissèrent trace de leur passage qu’à travers les noms qu’ils donnèrent à l’archipel et aux îles.
Période hollandaise (1598~-1710)
vignette|Le pique-nique des Hollandais aux premières heures de l'histoire humaine de Maurice. Vers la fin du , les marins hollandais de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales commencent à sillonner l’océan Indien. Ils sont les premiers à reconnaître la grande valeur de l’île. D’une part, grâce à sa position géostratégique sur la route des Indes depuis l’Afrique du Sud. D’autre part, grâce à son climat favorable, sa faune et sa richesse en bois précieux.
À partir de cette époque, l’intérêt qu’ont porté les nations de marins pour l’île Maurice a crû, à commencer par les Danois, les Français et les Anglais. Les Hollandais envisagent alors d’annexer l’île afin d’en conserver les richesses.
En 1598, une escadre hollandaise, sous les ordres de l'amiral Wybrand van Warwyck, aborde l'Île Maurice qui est renommée Mauritius en l'honneur de Maurice de Nassau, le stathouder de Hollande. Un groupe de colons venus des établissements hollandais du Cap s'installent avec des esclaves d'origine africaine.
En 1638, un gouverneur et une vingtaine de familles y vivent. Mais la population hollandaise à Maurice va très peu augmenter au cours des années qui suivirent.
Afin de rentabiliser leur nouvel établissement de l'Île Maurice, les Hollandais développent vers 1641 le commerce des esclaves en provenance de Madagascar. Cependant, peu d'esclaves malgaches sont acheminés vers Maurice durant l'occupation hollandaise.
À la fin du , il se trouve sur l’île environ deux cents Hollandais et entre cinq cents et mille esclaves de Madagascar, d’Afrique, d'Inde et de Java dont les descendants, plus ou moins métissés, constituent la population dite créole.
En 1710, les Hollandais abandonnent volontairement Maurice, après avoir pillé la faune et la flore locales. La chasse intensive et l'introduction d'espèces prédatrices (telles que les chats, rats, chiens et autres) a fait disparaître des espèces animales comme le célèbre dodo (apparenté aux pigeons et appartenant à la famille des raphidés) ou l'espèce endémique de tortue géante.
Deux perspectives historiques : selon une, les Hollandais abandonnent volontairement Maurice pour des raisons de manque de perspective ; pour l'autre, les Hollandais se font chasser de l'île par les nègres marrons désormais présents sur l'île.
L’abattage systématique des arbres a quasiment épuisé les ressources en bois précieux (causant en particulier l'épuisement du bois d'ébène). Les cyclones tropicaux récurrents détruisent les plantations, les rats, les chèvres et les cochons, importés, ont bouleversé l’équilibre naturel et engendré des ravages parmi les espèces autochtones. Dans le même temps, la nouvelle colonie installée par les Hollandais au cap de Bonne-Espérance semble promettre des perspectives de développement bien supérieures.
D’un point de vue linguistique, il reste du passage des Hollandais sur l’île uniquement quelques toponymes : outre le nom de l’île lui-même, les districts des plaines Wilhems et de Flaq ou le Pieter BothPeter Stein, Connaissance et emploi des langues à l’île Maurice, Helmut Buske Verlag, Hambourg, 1982, ..
Période française (1715-1810)
vignette|Carte de la fin du .
Les Français s'installent pour la première fois dans l’océan Indien en 1643, sur la pointe sud de Madagascar, dans la garnison de Fort-Dauphin. De là, des mutins sont envoyés à plusieurs reprises en exil à l’île Maurice où le nombre de Hollandais restait faible. À partir de 1663, on note les premières tentatives françaises d’habiter durablement l’île. Après quelques péripéties, deux Français et dix esclaves s’y installent. Au cours des décennies suivantes n’arrivent que des groupes isolés de colons à Maurice, en provenance de Bretagne et de Madagascar.
En , la France, dont le commerce avec les Indes orientales est harcelé par la piraterie qui sévit dans la région, envoie un bateau de guerre stationner à Maurice afin d'en prendre possession. Cela ne présente pas de difficultés particulières, les Hollandais ayant presque totalement quitté l’île en 1710. Le Malouin Guillaume Dufresne d'Arsel est chargé de cette mission par le Secrétaire d'État à la Marine, Pontchartrain, et prend possession de l'île au nom de Louis XIV le . Dès lors, Maurice est rebaptisé « l’Isle de France ». Il ne s’agit pas pour la France de faire de l’île une colonie de peuplement, mais de disposer d’une base arrière afin de sécuriser les transports commerciaux avec les Indes.
En 1721, l’administration de Maurice est confiée à la Compagnie française des Indes orientales qui prend possession de l’île dans le but de la coloniser et y installe quinze colons et un prêtre. Puis d’autres colons et esclaves sont envoyés depuis La Réunion, la France métropolitaine et Madagascar. Pour concurrencer les autres pays européens, Louis XIV et Colbert ont créé la Compagnie des Indes orientales en 1664. Afin d'attirer des capitaux, ils lui ont accordé un monopole commercial dans l'océan Indien pendant et lui ont cédé la souveraineté sur Madagascar, ainsi que sur les îles voisines et les futurs territoires à conquérir. En 1725, les Français annexent l'île Rodrigues qui est occupée en permanence à partir de 1735. Par ailleurs, l'île Bourbon (appelée aujourd'hui La Réunion) reçoit ses premiers colons en 1665.
P. Stein, . vignette|Frontispice du Voyage à l'Isle de France de Bernardin de Saint-Pierre, 1773. Dès le début de la colonisation française à l'île de France, surtout entre 1721 et 1735, plusieurs centaines d'esclaves (entre 400 et 600), en provenance du Sénégal et de la Guinée, arrivent sur l'île. En 1723, le célèbre Code noir de 1685 est adapté à l'usage des Mascareignes et les lettres patentes de Louis XV, en forme d'édit, sont enregistrées à l'île Bourbon (La Réunion) dans la ville de Saint-Paul, le , par le Conseil supérieur de Bourbon. Ce nouveau Code noir adapté à la situation de l'île Bourbon et de l'île de France favorise, dès 1725, l'arrivée de milliers d'esclaves provenant en majorité de l'île de Madagascar et de l'Afrique orientale pour y cultiver le café et les plantes à épices. Cette main-d'œuvre abondante parait nécessaire pour permettre à la Compagnie des Indes orientales de poursuivre l'expansion économique de l'Océan Indien.
La Bourdonnais impose la suprématie française dans la région (1735-1746) Il faut attendre l’arrivée d’un nouveau gouverneur, le comte Mahé de La Bourdonnais, pour que la nouvelle colonie commence à prospérer. Son arrivée en 1735 marque le début de la période de suprématie française dans l’océan Indien. Il fait construire des fortifications et un port à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui Port-Louis et y déplace son quartier général. Cinq navires de guerre, et 500 soldats sont stationnés là. Des marins (surtout originaires de Bretagne et de Normandie) s'installent sur l'île et y font souche. Les premiers entrepôts et magasins sont ouverts. Port-Louis s'étend et devient le chef-lieu des établissements français de toute la région.
Mahé de La Bourdonnais fait venir des engagés indiens depuis la péninsule pour travailler dans les plantations. En quelques années, l’île sauvage devient une colonie rentable. La Bourdonnais favorise l'exploitation des forêts pour le bois d'œuvre (et des chantiers navals), la production de café, d'indigo et de poivre. De grandes plantations sucrières (canne à sucre) administrées par des colons venus de France et de l'île Bourbon, avec des demeures de style colonial, commencent à être exploitées.
Alors que l'île de France ne compte que en 1735, elle atteint en 1767 les , dont . L'île Bourbon (La Réunion) en compte (dont ). Les historiens l'ont établi, la période d'émergence du créole mauricien se situe entre 1721 et 1769, ce qui expliquerait que le créole mauricien d'aujourd'hui contient encore des mots d'origine sénégalaise provenant en réalité de la langue wolof. Ce créole contient en outre de grandes quantités de mots malgaches et comoriens, car un grand nombre d'esclaves proviennent aussi de Madagascar et des Comores.
À partir de 1735, le gouverneur Mahé de La Bourdonnais (1699-1753) fait peupler l'île Rodrigues, avec comme mission le ramassage de tortues et leur chargement sur les bateaux de la Compagnie des Indes orientales. Mais Rodrigues connait son véritable peuplement à partir de 1760. Une garnison française y réside même en permanence ; l'île comprend alors des colons blancs et des esclaves.
La Bourdonnais participe de plus aux batailles maritimes contre les Britanniques à la tête d’une flotte opérée par . Le gouverneur général des Indes, à qui il fait de l’ombre, s’arrange pour le destituer en 1746. La Bourdonnais est rapatrié en France pour être jugé. Accusé d’avoir été corrompu par les Britanniques, il finit par être réhabilité mais seulement après quelques années en prison.
La guerre de Sept Ans (1756-1763) et la défaite française face à l’Empire britannique marquent la fin de la prospérité pour « l’Isle de France ». La Compagnie des Indes, proche de la ruine, est contrainte à la rétrocession des Mascareignes au roi de France en 1767.
Pierre Poivre développe l'île (1767-1772) Sous la tutelle du ministre de la Marine, une direction bicéphale, ayant autorité sur les deux îles, s’installe à l’Isle de France : un Gouverneur général et un Intendant.