Lîle Longue () est une presqu'île bretonne située dans la rade de Brest qui sert de base sous-marine à la Marine nationale française pour ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).
Géographie Situation L'île Longue est une presqu'île située en rade de Brest, dans le Finistère, sur le territoire de la commune de Crozon. Elle est rattachée à la presqu'île de Crozon, et sépare la baie de Roscanvel de l'anse du Fret. Son altitude était de avant les travaux de terrassement de 1967-1972.
L'isthme reliant l'île Longue au continent était à l'origine un cordon sablonneux, uniquement franchissable à marée basse. Parcouru d'un chemin empierré au , l'isthme a été élargi et rendu insubmersible lors des travaux de construction de la base opérationnelle. Aujourd'hui, c'est un vaste parking.
La presqu'île se composait d'un plateau rocheux, ceinturé de falaises abruptes dans lesquelles de nombreuses carrières ont été exploitées. Des sources se trouvaient sur le territoire, qui de ce fait a été habité : la presqu'île comprenait au trois hameaux : Kernalleguen, situé à moins d'un kilomètre de l'isthme, Kermeur, à un kilomètre et demi, et Bothuelc'h, légèrement plus au nord.
Des vestiges d'anciennes tombes ont été retrouvés sur l'île, ce qui induit un certain nombre de contraintes relativement à l'exploitation des lieux.
Cadre géologique vignette|Cadre géologique de la Bretagne. La presqu'île de Crozon est constituée d'un socle de schistes briovériens (datant de -550 Ma) sur lequel reposent en discordance des séries paléozoïques fortement métamorphisées. Le magmatisme dans le Massif armoricain au cours de l'orogenèse varisque se traduit au niveau de l'île Longue par la mise en place d'un laccolite de microgranite. L'érosion arase, jusqu'à leurs racines, les montagnes hercyniennes, rivales d'un Himalaya à venir, formant une pénéplaine qui est affectée de grands plis hercyniens, formant anticlinaux et synclinaux, et met au jour le laccoliteBABIN C, DIDIER J., JONIN M. (1968) - Un laccolite de microgranite en rade de Brest : l'île Longue. Bull. B.R.G.M., 1,3, p. 1 -9.. Le microgranite monzonitique constituant le laccolite est une roche porphyrique, gris bleuté, ce qui lui valut d'être dénommé naguère « porphyre » ; les phénocristaux, de plusieurs millimètres, sont les suivants : quartz globoïde, oligoclase xénomorphe, microcline, biotite légèrement chloritiséeChauris et al., Notice explicative de la feuille Brest, éditions du BRGM, 1980, p. 28. La roche présente des cristaux de feldspath blanc et une teinte générale gris clair. Se prêtant à la fente et très résistante, elle a été très demandée pour réaliser les pavés des ports de Brest, Quimper ou Rochefort.. Le nombre de carrières est tel que Théohile Bonnemaison évoque en 1822 dans son Journal de physique, de chimie, d'histoire naturelle l'île Longue aux « flancs dénudés par des exploitations multipliées »Louis Chauris (1996) - Les carrières de pavés à l’Île-Longue, Avel Gornog (Crozon), 4, p. 40-45.
Le micro-granite proche de Rostellec (« eurite ») a longtemps aussi fait l'objet d'exploitations intensives dans des carrières ouvertes en bordure de la rade, avec les mêmes applications que celui de l'île Longue. Le seul inconvénient de ces deux granites était de devenir glissants sous les pas ferrés des chevaux..
Description de l'île Longue en 1895
Carrières L'exploitation du « porphyre », un microgranite dont est constituée l'île Longue, existait depuis le . À la fin du , près de sont expédiés chaque année pour le pavage des quais des arsenaux de Brest et Rochefort et des rues de villes. Près de onze carrières ceinturaient l'île Longue, dont la plus grande, à l'ouest de Kermeur, s'appelait « Vengleuz Braz »..
Fortifications L'île Longue, constituée d'un plateau rocheux, muni de sources, protégée de falaises et accessible par un cordon sablonneux uniquement franchissable à marée basse, a attiré les yeux de Vauban et de Dajot, qui décidèrent de la fortifier afin de : rendre intenable le fond de la rade pour une escadre qui aurait franchi le goulet et voudrait bombarder l'arsenal de Brest ; permettre une contre-offensive de flanc contre un débarquement ennemi qui chercherait à se saisir de la rive sud du goulet et attaquerait les lignes de Quélern.
Fort L'ingénieur Dajot fait construire un fort au sommet de l'île Longue vers 1776, constitué d'une batterie basse avec un parapet en demi-cercle, abritant de petits bâtiments protégés par une gorge rectiligne brisée en son centre par un bastion formant saillant, et enjambée par un pont-levis.
Rempart En 1879, un rempart est construit au sud de l'île Longue, côté terre, avec une porte à pont-levis, défendue par une casemate, et protégée par deux bastions. Les vestiges de la porte, de la casemate et du mur d'escarpe sont encore visibles (aux personnels autorisés) aujourd'hui.
Le camp d'internement pendant la Première Guerre mondiale
Le préfet du Finistère écrit pendant l'été 1914 : « La rade de Brest contient de nombreux points où il serait facile de constituer des baraquements et où la surveillance serait des plus faciles à établir. (...) Le principal établissement semble devoir être l'île Longue, presqu'île isolée au milieu de la rade. Dans des conditions de sécurité parfaite, il serait aisé de transformer l'île Longue en camp d'internement par le barrage d'un isthme très étroit Le fort actuel devant être désaffecté offrirait un abri aux (...) [qui aideraient] à la construction de baraquements pouvant s'étendre selon les besoins numériques jusqu'à »Cité par Jean-Pascal Scadagne, "Les Bretons dans la guerre de 14-18", éditions Ouest-France, 2006, .
vignette|Prisonniers allemands photographiés en 1919. Appareillé le de New York, avec à son bord , dont allemands et , le paquebot Nieuw Amsterdam est intercepté le par la légère française et dérouté sur Brest.
Du 3 au , les de nationalité allemande (y compris des Alsaciens-Lorrains), austro-hongroise, ottomane, sont enfermés au fort de Crozon et à Brest, avant d'être internés dès le sur l'île Longue dans un camp aménagé à cet effet et qui compta en tout .. Les , réparties sur un terrain de , accueillaient chacune et certaines même . Le camp était entouré de barbelés et d'un chemin de ronde ; il disposait de locaux de vie, de détente et d'ateliers, et des locaux administratifs. Dénommé camp « de concentration », la vie y était certes dure, mais la dignité humaine néanmoins respectée, la Croix-Rouge y étant présenteExposition sur la Première Guerre mondiale réalisée à Châteaulin en 2015..
Le camp était le siège d'une activité intellectuelle et culturelle importante. Ainsi, Les prisonniers furent autorisés à rédiger un journal du camp en langue allemande "Die Insel-Woche" : parurent entre le et le ; ils sont une source d'information précieuse sur la vie du camp.http://www.ilelongue14-18.eu/?-Le-journal-des-prisonniers-&lang=fr Die Insel Woche, le journal des prisonniers en ligne. Consulté le 26 décembre 2012, des représentations théâtraleshttp://www.ilelongue14-18.eu/?-la-vie-intellectuelle-&lang=fr La vie intellectuelle au camp. Consulté le 26 décembre 2012..
En 1918, la grippe espagnole fit de nombreux morts dans les camps d'internement de l'île Longue, du fort de Crozon et du fort de Lanvéoc. D'autres camps de prisonniers de guerre furent installés dans le Finistère, dans l'ancienne conserverie de l'île de Sieck (il ferma en ), les dépôts du fort de Landaoudec (à Crozon ; il ferma dès ) et Kerbénéat, ainsi que le camp de femmes de Kergroës (à Moëlan-sur-Mer).
Les derniers prisonniers sont libérés le . Parmi les prisonniers d'origine austro-hongroise internés à l'île Longue, se trouvaient Louis Manheim (un jeune Slovaque étudiant à Paris et membre de la Grande Loge de France), le cinéaste Georg Wilhelm Pabst, le directeur des champagnes Mumm, Fritz Sauckel (un des futurs dirigeants du régime nazi)Jean-Yves Guengant, "Des chaînes à la lumière ou l'histoire singulière d'une loge maçonnique de prisonniers pendant la Grande Guerre", éditions PAM, 2016, le poète allemand Hermann von Boetticher., le député hongrois Barna Buza., l'écrivain hongrois Aladar Kuncz..
L'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale En 1940, l'occupant implante dans l'ancien camp de prisonniers une batterie anti-aérienne, active jusqu'en 1944. Des monuments mégalithiques sont détruits lors de la construction de blockhaus.
La base de sous-marins
L'île Longue en 1965
« C'était très joli et plutôt sauvage vers son extrémité. Il y avait beaucoup de fermes et un éperon rocheux impressionnant, un à-pic de de hauteur qui surplombait des eaux cristallines. Il y avait des maisons secondaires à l'entrée et pas mal de fermes où on croisait des métayers très touchants » se souvient Pierre PommelletStéphane Jézéquel, L'Île Longue s'agrandit, les pionniers à l'honneur, journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, n° du 24 novembre 2019..
Le choix du site En 1965, lors de sa visite inaugurale à l'École navale, le général de Gaulle décide de faire de l'île Longue, presqu'île voisine, la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la marine française. Les fermiers qui y vivent sont expropriés, d'après la procédure d'extrême urgence d'utilité publique, « dans des conditions qui ne seraient heureusement plus possibles aujourd'hui » (en 2011), d'après l'ingénieur chargé des constructions, Pierre Pommellet.. Quelques manifestations furent organisées, mais d'ampleur limitée.
Le choix s'est porté sur ce lieu, à la fois proche de l'arsenal de Brest mais suffisamment éloigné pour limiter l'impact en cas d'accident, et facile à contrôler, du fait de sa configuration en presqu'île. Une langue de terre facilement fermée, des espaces permettant l'installation de deux grands bassins, une défense contre les attaques facilitée par l'étroitesse du goulet, la proximité de l'arsenal de Brest sont autant d'atouts. L'inconvénient principal est la distance relativement longue à franchir avant de quitter le plateau continental et de plonger dans les abysses. Chaque départ de SNLE exige une escorte à la fois sous-marine et en surface.
Les travaux vignette|Les différents zones militaires de l'île Longue.
Commencés en 1967, les travaux durent cinq ans. Ce chantier, à l'époque le chantier « le plus important d'Europe », demande de béton coulés, d'acier pour les charpentes des bassins, de plates-formes, de jetées et de quais. Jusqu'à personnes travaillent sur le site.
Les travaux remodèlent en profondeur l'aspect de la presqu'île : élargissement de l'isthme, construction de terre-pleins sur l'ensemble de son périmètre (la presqu'île gagne , pour atteindre ), creusement de deux bassins de radoub, d'ateliers et de bâtiments annexes, clôture et système de surveillance…
La masse de béton à couler est telle qu'il est envisagé d'utiliser à cette occasion la ligne ferroviaire entre Châteaulin et Le Fret du réseau breton mais cette solution n'est pas retenue. Le blockhaus central qui sépare les deux bassins aura nécessité de béton précontraint afin de pouvoir résister à l'explosion accidentelle d'un missile..
Utilisation
Le général de Gaulle survole le site en hélicoptère fin , juste avant de prononcer son discours de Quimper.
Le , Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins français, est transféré de son quai provisoire situé dans l'arsenal de Brest à la nouvelle base de l'île Longue.. Le Redoutable est ensuite admis au service actif au sein de la force océanique stratégique (FOST) sous le commandement de l'amiral Louzeau, le . Puis il en appareille pour sa première patrouille opérationnelle le .