Les cellules (en anglais, ) sont des réseaux clandestins coordonnés par l'OTAN pendant la guerre froide.

Ces cellules visent à combattre une éventuelle occupation par le bloc de l'Est en se tenant prêtes à être activées en cas d'invasion par les forces du pacte de Varsovie. La plus célèbre de ces cellules et la première à avoir fait l'objet de révélations est le réseau italien Gladio (« Glaive » en italien).

Stay-behind fait aussi référence à une tactique militaire consistant à laisser des soldats spécialement entraînés se laisser dépasser par l'ennemi afin de conduire des opérations de renseignement, de surveillance, d'acquisition d'objectif et de reconnaissance, souvent à partir de caches préinstallées.

Historique

Mise en place Les réseaux apparaissent après la Seconde Guerre mondiale et au début de la Guerre froide.

Ils sont conçus comme un réseau occulte de résistance destiné à œuvrer, en cas d’invasion par l'Union soviétique de l'Europe de l'Ouest et d'une Troisième Guerre mondiale. Leur but est de procéder à des opérations de recueil d’informations, de sabotage, de propagande et de guérilla.

En février 1948, après le coup de Prague, la CIA entreprend de systématiser des préparatifs qui s'inscrivent dans un contexte de plus en plus brûlant. Le , le Conseil de sécurité des États-Unis adopte la résolution NSC 10/2, chargeant l' d'établir un programme d'action clandestin. L’ (OPC) est créé par la résolution NSC 10/2 et devient le service action de la CIA jusqu'au regroupement des deux organisations en 1950.

En cas de succès d'une invasion, la CIA souhaite pouvoir compter sur le soulèvement de réseaux de résistance bien armés et bien organisés. Tirant les leçons de l’expérience de la Seconde Guerre mondiale, l’OPC ne veut pas avoir à armer ses partisans après une occupation en faisant appel aux techniques aléatoires du parachutage et d’infiltration d'agents en territoire ennemi. La décision est donc d'implanter dans les pays « menacés » des capacités de résistance et de sabotage, qui n’entreraient en œuvre qu’après une éventuelle invasion comme les unités auxiliaires fondés au Royaume-Uni devant la menace d'invasion allemande. Sous le contrôle de Frank Wisner, le directeur de l’OPC, l’opération rassemble quelques vétérans de la clandestinité ayant affronté les services de sécurité de l’Allemagne nazie.

Il est bientôt chargé par le département de la Défense des États-Unis d'établir un réseau en Europe de l'Ouest et d'organiser des réseaux de résistance en Europe de l'Est , 1988, .

À la demande de James Forrestal, la CIA coopère avec l'OTAN pour créer des cellules stay-behind.

On trouve ainsi durant les premières années des réseaux , à côté d'agents de la CIA, des anciens du MI9 (chargé durant la mondiale des réseaux d'évasions) ou du , devenu la du MI6. En France, des Jedburgh, des SAS et des anciens du BCRA sont chargés de recruter et d'installer ces réseaux de résistance.

En , les activités du Comité clandestin de l'Union occidentale, chargé au début de la planification, sont transférées, sur l'initiative du général Eisenhower, au (CPC) en « liaison directe et officielle » avec le Grand quartier général des puissances alliées en Europe, les rôles clés étant tenus par les services spéciaux américain et français.

En schématisant, le CPC et la CIA se répartissent les rôles ; le CPC gérant les réseaux dans les pays de l'Alliance atlantique et la CIA les organisant dans les pays neutres.

Les États adhérents au arrivent en plusieurs vaguesRetour sur les réseaux Stay Behind en Europe : Le cas de l'organisation Luxembourgeoise - Gérald Arboit, CF2R, 2 août 2008 : les pays « précurseurs » (1944-1949), réellement menacés par l'expansion communiste, directement, comme la Grèce, l'Allemagne de l'Ouest et l'Autriche, ou indirectement comme la France, le Royaume-Uni, l'Italie, la Norvège, la Belgique et les Pays-Bas ; les pays qui rejoignent le réseau après la répression des émeutes de 1953 en Allemagne de l'Est et l'insurrection de Budapest (1953-1956), comme la Suède, la Finlande, la Turquie, le Luxembourg et le Danemark ; les pays atypiques, sont l'Espagne, le Portugal et la Suisse.

En 1990, le CPC, devenu depuis le Comité de coordination allié (CCA), se réunit encore régulièrement.

Le contexte théorique de leur éventuelle activation est toujours le même : si un des pays concernés est envahi par l'Armée soviétique, son gouvernement légitime se réfugie au Royaume-Uni, en Amérique du Nord ou en Irlande, et le réseau , devenu immédiatement opérationnel, passe à l'action en étroite coordination, grâce à ses propres moyens de télécommunications, avec celui-ci.

Sa principale activité consistait à repérer et à sélectionner, durant les périodes de service militaire, les appelés jugés assez mûrs et de confiance pour pouvoir appartenir au réseau. Une fois co-optés, ceux-ci sont assez régulièrement convoqués pour des périodes d'exercice d'une durée approximative d'une semaine. En théorie, l'appartenance à ces réseaux est incompatible, sauf pour l'encadrement, avec une fonction dans les services de sécurité officiels.

Dans une note documentée au plus près des sources britanniques et américaines déclassifiées, l'historien français Gérald Arboit montre que la mise en place de ces structures clandestines résulte de retours d'expérience des pays qui ont vécu l'occupation allemande et organisé des réseaux de résistance, en plus de la volonté du Royaume-Uni de conserver un droit de regard sur ces opérations européennes. Avec le soutien de la France, son allié de toujours, avant de le délaisser au profit des États-Unis au début des années 1950, elle met en place une coordination clandestine qui existera jusqu'en 1990. Elle est chargée de piloter la mise en place des réseaux dans les différents pays de l'Union de l'Europe occidentale. Elle sera concurrente de la politique américaine, surtout en Italie..

La révélation publique de l'existence de ces réseaux par le premier ministre italien Giulio Andreotti en fait naître une énorme campagne de presse, alimentée en partie par la réaction de repli des autorités concernées. Des spéculations confinant parfois à la théorie du complot attribuent également à ces organisations la paternité de nombres d'activités criminelles à connotation politique bien que la réalité soit plus prosaïqueGenevefa Étienne, Claude Moniquet, Histoire de l'espionnage mondial, tome 2, Éditions du Félin, 2002, , .

En 2008, des enquêtes parlementaires sont déclenchés en Suisse, Italie, Belgique, Pays-Bas, Autriche et Luxembourg.

Les réseaux dans différents pays Au Luxembourg Des réseaux de stay-behind sont accusés de participer à une série d'attentats dans les années 1980Jean-Pierre Stroobants, « Fragilisé par un scandale touchant les services secrets du Luxembourg, Juncker démissionne » Le Monde.fr, 10 juillet 2013.

En Allemagne de l’Ouest

À partir de 1972, le 13e régiment de dragons parachutistes, régiment français basé en Lorraine à Dieuze, se voit attribuer une mission de Stay-behind.

En Belgique

Le réseau de stay-behind belge existe en Belgique entre 1952 et 1990Le Stay-behind belge entre histoire et théories du complot : un quart de siècle de discours sur un réseau secret en Belgique (1990-2016). Émergence, évolution et opposition des discours.

Les groupes dépendant des premiers réseaux resteront actifs jusqu’à la fin des années 1980. La loi du soumet les services de renseignement au Comité permanent de contrôle des services de renseignement (ou ). La même loi institue également le Comité permanent de contrôle des services de police (« Comité P »). L’Administration de la sûreté de l’État, service de renseignement civil qui dépend du ministre de la Justice, et le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), service de renseignement militaire qui dépend de l’état-major des forces armées, lui-même placé sous l'autorité du ministre de la Défense, sont les deux services belges désormais régis par la loi du , qui organise les services de renseignement et définit leurs missions et leurs compétences.

En France

Le SDECE se donne pour mission de . Il crée ainsi le réseau stay-behind français, qui permet d'exfiltrer des hautes personnalités en cas d'invasion soviétique afin de créer un gouvernement en exil. Les historiens font référence à ces plans connus sous des noms divers : « Arc-en-ciel », « Rose des vents » ou « Mission 48 », mais aucune source d'archives ne les confirme"Mythes et réalités d’une stratégie « stay-behind » au début de la guerre froide (1945-1954)" le 22 avril 2016 par Elie Tenembaum, pour le site « Fragments sur les temps présents », créé en 2008 avec Nicolas Lebourg, Sylvain Crépon, Gaël Brustier, Jean-Yves Camus, Stéphane François, et Olivier Dard .. Le réseau sera supprimé par Pierre Marion à la demande du président de la République François Mitterrand dans les années 1980.. Un nouveau réseau stay-behind, cette fois-ci exclusivement français et géré par la DGSE, est mis en place.

En Grèce Le réseau Lochos Oreinon Katadromon (LOK), créé en Grèce en fin 1944 sur ordre de Winston Churchill, est intégré à l’ensemble des européens lorsque la Grèce rejoint l'OTAN en 1952. Il est impliqué dans le coup d’état de 1967, un mois avant l'élection probable de Georges Papandreou et dans l’instauration de la dictature des colonels (1969-1974). Devenu premier ministre dans les années 1980, son fils, Andreas Papandreou, déclare avoir découvert son existence en 1984 et demandé sa dissolution. Toutefois, lorsqu’en 1990, l’opposition socialiste demande la création d’une commission d'enquête sur les liens avec le coup d’État de 1967, elle est refusée, le ministre de l’intérieur, Yannis Vassiliadis, déclarant qu’il s’agissait d'un « acte nationalement justifié » A Military History of the Cold War, 1944–1962, Jonathan M. House.

En Italie Le réseau Gladio italien, dont l'existence est révélée publiquement en 1990 par le premier ministre Giulio Andreotti, est devenu un synonyme courant pour désigner l'ensemble des organisations stay-behind in Questione giustizia, 1991, n. 3.. Plusieurs affaires et scandales politiques des années de plomb y sont rattachés.

Aux Pays-Bas Aux Pays-Bas, le réseau , dirigé au début par l'ancien chef du service de renseignement à Londres durant la Seconde Guerre mondiale, entretient des stocks d'armes jusqu’en 1983 qui sont disséminés dans tout le pays. L’un des dirigeants de la section Opérations créa une structure de documentation dans les années 1960 qui fut repérée par le KGB, qui en fit une cible prioritaire. Il est fort probable que le réseau aurait été anéanti lors d'un conflit du fait de sa petitesse, ce qui aurait peut-être menacé les autres structures nationales avec lesquelles il était liéHistoire de l'espionnage mondial: les services secrets, de Ramsès II à nos jours, Genovefa Étienne, Claude Moniquet ·1997 ·Page 268.

En Suisse

La Suisse, bien qu'elle soit un pays neutre, qui ne pouvait donc participer à un organisme lié à l'OTAN, a été, selon l'agent secret belge André Moyen, l'un des premiers pays à participer au projet , sans doute à la demande de la FranceLa Tribune de Genève, 15 novembre 1990.

En 1979, l'arrestation en Autriche d'un espion suisse, qui observait des manœuvres militaires, a révélé l'existence d'une organisation secrète sous les ordres du colonel Bachmann. Elle associait les services secrets militaires et une officine privée en relation avec des services comme le MI6 britannique et l'OTAN. Son but était de mettre en place un réseau destiné à résister en cas d'invasion par les forces communistes. C'était la première révélation d'un dispositif stay-behind. Le scandale a éclaté, et le colonel Bachmann a démissionné. Une nouvelle organisation secrète a pris la relève. Richard Ochsner, sous-chef d'état-major du Groupe renseignements et sécurité (GRS), a créé l'organisation de résistance P-26 et le service de renseignement extraordinaire P-27 entre 1977 et 1981.